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Vers un monde meilleur

Louis Even le samedi, 23 janvier 1965. Dans Economie

Au service de la personne, de la famille Le sens de la responsabilité personnelle

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Le message des Bérets Blancs

Mes chers amis,

Louis EvenVous connaissez les Bérets Blancs, n'est-ce pas ? Vous les avez vus ces hommes, ces femmes, jeunes ou moins jeunes, allant de paroisses en paroisses, de maisons en maisons avec un béret blanc sur la tête, un drapeau blanc sur leur auto, alertes, souriants, visiblement heureux de leur mission. Béret blanc, drapeau blanc, oui, mais avec des symboles sur son fond blanc : un livre d'or, signifiant bien le travail d'éducation qu'ils accomplissent et qu'ils invitent les autres à accomplir. Puis une flamme rouge avec rayon d'or signifiant non moins bien leur dévouement total, l'apostolat auquel ils se livrent dans un but tout de charité, sans le moindre salaire, sans la moindre rémunération matérielle.

Que font-ils ainsi de maisons en maisons ? Ils portent un message et invitent les gens à se joindre à eux pour la réalisation du message qu'ils transmettent. Quel message ? Le message d'un monde meilleur, d'un monde temporel dans lequel la vie sera moins dure, moins âpre, un monde dans lequel fleurira plus de fraternité entre les hommes, un monde dans lequel la famille sera moins absorbée par les soucis du pain quotidien matériel, moins angoissée à la pensée d'un lendemain peut-être sans pain pour des enfants qui ont faim. Un monde dans lequel on reconnaîtra concrètement chaque être humain pour ce qu'il est véritablement : une personne. Une personne dont la chose la plus haute dans l'univers visible.

Dans notre monde actuel où l'argent et la puissance matérielle font la loi et inspirent les institutions, les papes ont maintes fois senti le besoin de rappeler la primauté de la personne humaine; le pape Pie XII l'a dit et répété :

La personne humaine est au faîte de toutes les choses visibles et tout doit être mis à son service.

L'Église le fait dans son économie spirituelle; elle est toute au service de la personne avec les Sacrements, avec son trésor spirituel auquel elle invite les personnes à participer le plus largement possible. Mais dans le monde temporel c'est à la société civile d'organiser elle-même l'accès aux biens terrestres dont la personne a besoin à cause de sa nature, d'un être ayant un corps en même temps que l'esprit et l'Église rappelle au peuple leur devoir à ce sujet. Le même pape Pie XII le disait dans son fameux radio-message de la Pentecôte en 1941 :

Les biens créés par Dieu l'ont été pour tous les hommes et doivent être à la disposition de tous. Il ne fait pas d'exceptions. Il ajoute :

Tout homme en tant qu'être doué de raison tient en fait de la nature même le droit fondamental d'user des biens de la terre et c'est un droit, dit-il, que personne ne peut leur enlever.

Le droit ne vient ni du gouvernement ni de règlements humains. Il vient de la nature même que le Bon Dieu a donné à l'homme. C'est un droit individuel et imprescriptible. C'est bien des besoins matériels et des biens matériels que le pape parle et c'est aux pouvoirs civils qu'il rappelle leur devoir en ajoutant :

C'est laisser à la volonté humaine et aux formes juridiques des peuples, c'est -à-dire à la législation, aux législateurs, c'est laissé à eux de régler plus en détails la réalisation pratique de ce droit.

Le pape Jean XXIII a repris les paroles de Pie XII plusieurs fois et dans Mater et Magistra il y a cette phrase :

Le progrès social doit accompagner et rejoindre le progrès économique de telle sorte que toutes les catégories sociales aient leur part de produits accrus.

Ce qui veut dire que quand la production augmente, tout le monde doit avoir davantage de produits; tous, pas seulement les producteurs, patrons et employés qui après tout ne forment pas tous ensembles même pas la moitié de la population du pays. Le Père Arès, un Jésuite, a écrit dans Relations :

L'homme dépasse en grandeur et en dignité l'État et tous les groupements sociaux. Il est la valeur suprême à laquelle tout doit être ordonné dans la vie sociale.

Voilà ce que comprennent et proclament partout les Bérets Blancs et leur journal Vers Demain . C'est pour cela qu'ils vont à tous, ils vont aux personnes là où elles sont : dans les maisons. Au lieu de chercher comme d'autres les sièges honorifiques et payants dans les parlements.

La personne au premier plan, que ce soit un enfant qui vient de naître, ou un adulte ou un vieillard, que ce soit un homme bien portant ou un malade, un employé ou un chômeur, un diplômé ou un ignorant, chaque être humain est individuellement plus important que toutes les institutions, que tous les gouvernements du monde. Pourquoi donc ? Parce que chaque personne est douée d'un esprit immortel qui a une vocation à l'infini et à l'éternel. Ce qu'on ne peut certainement pas dire de la plus grosse institution ni du gouvernement le plus puissant.

Mais quel cas est fait ce ce grand principe dans le monde actuel ? Je ne parle évidemment pas des pays communistes; les communistes ne croient ni à Dieu ni à l'âme immortelle. C'est pourquoi pour eux un homme vaut d'après son rendement, d'après son utilité matériel pour le Parti ou pour la collectivité. Les communistes sont après tout conséquents avec eux-mêmes. Si l'homme ne dure que le temps entre sa naissance et sa mort, l'État communiste peut bien chercher à en tirer le plus de partie possible.

Malheureusement, même dans nos pays chrétiens, tout en proclamant les principes, tout en rendant un hommage verbal, un hommage des lèvres à la primauté de la personne humaine, on s'en soucie souvent fort peu dans la pratique. Ne voit-on pas généralement respecter bien plus l'homme qui s'enrichit que le pauvre sans-le-sou, que le chômeur sans emploi, que l'invalide incapable de travailler. On ne fera pas attendre un financier qui vient offrir ses capitaux alors que c'est pour lui un moyen de s'enrichir davantage mais on fera attendre des semaines, parfois des mois quand ce n'est pas indéfiniment un pauvre, un sans revenu qui sollicite une allocation d'indigence pour subsister et faire subsister sa famille.

On accueille comme un bienfaiteur le riche qui vient exploiter nos richesses naturelles avec le travail de nos gens. Mais on fait sentir à l'indigent admis à une allocation qu'il est une charge à la société et on le suivra de bien près avec enquêtes après enquêtes non pas pour l'aider davantage mais pour voir si on ne pourrait pas suspendre ou diminuer l'aide qu'il obtient du Bien-Être Social. Pourtant, encore une fois, tous les hommes ont droit à une part des richesses que le Bon Dieu a créées pour tous et c'est un devoir de la société d'organiser l'ordre temporel pour la réalisation de cette fin.

Le journal Vers Demain insiste souvent sur le droit de chaque personne à une part des biens terrestres, à une part des fruits du progrès et Vers Demain présente des propositions concrètes pour que cela se réalise, les propositions du Crédit Social. Non pas du Parti qui porte faussement ce nom et qui n'est qu'une recherche du pouvoir. Mais les propositions du Crédit Social authentiques énoncées par Douglas comprenant un dividende périodique à chaque citoyen, employé ou non employé, tout en continuant de récompenser le travail par le salaire aux employés, par le juste profit aux entrepreneurs.

Mais Vers Demain ne se contente pas d'expliquer et d'attendre; il forme des hommes et des femmes qui dénoncent le système et ses injustices, la bureaucratie et ses lenteurs et qui même en dedans du régime actuel exige le règlement des cas de misères immérités qu'il rencontre; c'est là développer le sens des responsabilités personnelles ors la responsabilité est un des attributs de la personne. Les conditions actuelles tendent malheureusement à dépersonnaliser l'individu. L'industrie moderne avec ses grosses entreprises fait des centaines de milliers d'ouvriers les simples exécutants de décisions prises par un petit groupe à la tête de l'entreprise. Elle change de plus en plus les ouvriers en simples robots attelés à des machines et la politique courante, la politique de partis dépersonnalise également; elle fait du citoyen un simple votant manipulé par des organisateurs de parties réduits à se taire et à payer ses taxes entre les élections.

On voit même des gens qui se réclament du nom de créditistes mais traîtres au véritable Crédit Social, qui font comme les partis politiques. Ils ont bien à la bouche les mots de liberté, dignité de la personne humaine, mais eux aussi n'attendent de ceux à qui ils s'adressent qu'une simple croix le jour du vote auprès du nom du candidat du parti.

Un monde meilleur vous en trouverez un exemplaire dans la phalange grandissante de ceux qui travaillent à le bâtir. Nos Bérets Blancs, les Pèlerins de Saint-Michel le vivent justement ce monde meilleur dans leurs réunions, dans leurs activités, dans leur porte-en-porte, vous n'avez qu'à assister à leur réunion, qu'à vous joindre un peu à eux dans leurs activités pour vous en rendre compte, pour apprendre ce que sera un monde meilleur, un monde de vérité, un monde de fraternité, un monde du souci du bien des autres. Venez avec les Pèlerins de Saint-Michel, venez avec les Bérets Blancs de Vers Demain.

Si au contraire, vous voulez apprendre ce qu'est un monde de mensonges, un monde d'égoïstes, un monde de compétions entre ambitieux, un monde de déceptions aussi pour ceux qui y accrochent leurs espoirs, et si vous voulez continuer à maintenir, à empirer les conditions actuelles tout en disant le contraire, allez aux partis politiques. Les partis politiques se disputent le pouvoir; ceux qui sont au gouvernement veulent y rester, ceux qui n'y sont pas veulent y aller, cette vieille formule n'a jamais donné au peuple ce qu'il en attendait. Ce n'est pas en changeant de gouvernement ni en changeant pour un autre parti ancien ou un nouveau groupe ou de nouveaux ambitieux ou des ambitieux ratés des vieux partis, ce n'est pas comme cela qu'on obtiendra un monde meilleur.

Le grand philosophe catholique Jacques Maritain a écrit :

Ce qui presse aujourd'hui ce n'est pas de mettre ses aptitudes, ses compétences au service de l'administration et des affaires du pays. C'est de travailler à la transformation de l'ordre temporel pour le rendre plus humain, plus chrétien. Cette transformation exige de l'héroïsme chrétien.

De l'héroïsme chrétien ? Cela implique le don de soi et ce n'est point cela qu'on pratique dans les partis politiques. La transformation souhaitée pour un monde meilleur sera l'œuvre d'apôtres en politique, l'œuvre d'hommes et de femmes qui se dévouent, qui donnent de leur temps et de leur personne et aussi toujours selon le même auteur :

Qui provoque en eux-mêmes d'abord une rénovation de la vie spirituelle et de la vie morale.

C'est tout un programme. Et c'est cela que s'efforcent de faire nos Pèlerins de Saint-Michel, les Bérets Blancs avec sincérité et sans respect humain. Ils veulent le bien de tous, les Bérets Blancs, ils sont donc vos amis à tous recevez -les donc bien. Ils vous présentent le journal Vers Demain dans lequel vous apprendrez ce qu'il faut faire pour aller vers un monde meilleur et en vous abonnant vous contribuez déjà à grossir cette force, force politique non pas électorale, cette force qui chaque jour avance de plus en plus vers la formation, vers l'établissement d'un monde meilleur.

Louis Even

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