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Le vote des femmes

Gilberte Côté-Mercier le mercredi, 01 mai 1940. Dans Élections

Par décision du Parlement de la province de Québec, les femmes de la province de Québec qui ont 21 ans et plus ont été reconnues majeures.

Oui, les femmes de la province de Québec, à l’instar de leurs consœurs des autres provinces et des autres pays (sauf chez les négresses), auront maintenant le droit de choisir leurs représentants.

Les femmes de la province de Québec ont atteint leur maturité. Oh ! peut-être bien qu’elles pouvaient être d’âge mûr depuis longtemps, mais les hommes qui administraient la province ne le reconnaissaient pas. Et, paraît-il, dans notre monde de sages, pour qu’une chose soit vraie, il faut qu’elle soit admise !

Oui, les femmes de la province de Québec, qui payent des taxes, sont reconnues capables de se choisir un faiseur de taxes.

Oui, les femmes de la province de Québec, qui font des enfants, sont reconnues capables de choisir des députés.

Oui, les femmes de la province de Québec, qu’on recherche pour quêter de porte en porte pour toutes sortes d’œuvres ; sont reconnues capables de sortir une fois tous les quatre ans pour se rendre au bureau de scrutin.

Oui, les femmes de la province de Québec, qui passent leur vie à équilibrer des budgets de famille et de commerce, sont reconnues capables, au moins autant que les hommes, de considérer un budget de gouvernement.

Oui, les femmes de la province de Québec, qui ont un grand sens pratique, sont reconnues capables de juger des raisonnements... spéculatifs de nos administrateurs.

Depuis si longtemps que la province est mal administrée, par des hommes seulement, on reconnaît qu’il n’y a vraiment pas grand risque à ajouter au contingent de voteurs ignorants un contingent égal de voteuses ignorantes.

Et aussi, on se dit, aujourd’hui en 1940, que les femmes sont des animaux raisonnables comme les hommes. Par conséquent, elles sont supposées avoir un cerveau pour s’en servir. On se dit que les femmes pourraient bien être capables d’étudier les problèmes publics, au moins autant que les hommes, qui sait ?

Malgré l’opposition de l’Hon. Albini Paquette, médecin très savant, on reconnaît, à notre Parlement de Québec, que, justement à cause de la "différence psychologique et physiologique" entre un voteur et une voteuse, le vote de l’un pourrait être un magnifique complément au vote de l’autre. N’est-ce pas la nature elle-même qui veut que l’homme et la femme travaillent conjointement pour édifier fort et beau. Mais, pour quelques-uns, il vaut mieux que la chose publique soit ni forte ni belle.

Les femmes, on les a longtemps éloignées de la chose publique, à cause justement de la malpropreté de la politique. Aujourd’hui, on s’est ravisé ; on reconnaît qu’une chose malpropre doive être nettoyée, et que, lorsqu’il s’agit de nettoyage, les femmes sont toujours là, quoiqu’elles aient "besoin des hommes pour déplacer les gros morceaux", selon le mot gracieux de madame Alphonse Coulombe de la Dorée, Lac-St-Jean.

Maintenant, les femmes qui n’ont ni frères ni maris, mais qui ont quand même des charges législatives, auront le droit de surveiller la législation.

Et les femmes ayant frères et maris, qui leur servaient de porte-voix, auront l’avantage d’accompagner leurs hommes au poil, et peut- être bien ainsi d’empêcher leur porte-voix de se mouiller la voix et la conscience en passant au comité de parti.

Réjouissez-vous, mesdames, de ce que vos frères se soient ouvert les yeux. Vous avez le droit de vous moquer un peu des retardataires qui tirent encore de l’arrière, mais ce que vous n’avez pas le droit de faire, c’est de prendre en riant votre nouvelle fonction.

Songez à la misère de notre peuple, et à l’importance de votre rôle, et mettez-vous tout de suite à l’œuvre pour étudier les problèmes publics et pouvoir remplir sagement ce devoir de citoyenne. L’étude que vous pourrez faire vaudra beaucoup mieux pour votre esprit et le bien commun de vos familles et de la société que toutes les parties de cartes, de bingos, de placotage et de salons de beauté qu’on semble vous avoir assignées comme vocation.

Gilberte CÔTÉ, B.A., L. Ph.

1er mai 1940 page 1, 1940_05_No12_P_001.doc

 

Gilberte Côté-Mercier

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