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Après le vote du 26 mars

Louis Even le lundi, 01 avril 1940. Dans Élections

La majorité énorme accordée au parti libéral est due, sans doute, à l’opinion que le maintien des libéraux au pouvoir était la meilleure garantie contre la guerre à outrance et surtout contre la conscription.

On comprend ce sentiment, surtout si on se rappelle la position des conservateurs et du cabinet d’union au cours de la dernière guerre.

Mais, dans le comté de Lac St-Jean-Roberval et dans le comté de Hull, les électeurs avaient l’avantage de pouvoir choisir un indépendant qui, en outre d’être par principe opposé à toute enrégimentation des individus, surtout par la conscription, réclamait des réformes économiques urgentes, l’argent au service des familles.

Faut-il conclure, du résultat, que les gens de ces deux comtés sont majoritairement contents du régime actuel ? Ou bien n’ont-ils pas été mis à même de connaître mieux ? Est-ce que les créditistes de ces deux comtés sont en nombre inférieur ? Les créditistes de ces deux comtés eux-mêmes ont-ils bien voté pour leur candidat ? Les influences corruptrices, actives en temps d’élection, ont-elles manœuvré là d’une manière spéciale ? L’assurance d’être protégé contre la conscription par le parti libéral a-t-elle fait oublier toutes les trahisons et toutes les inerties passées ?

Impossible de répondre à ces questions en connaissance de cause. Nous ne pouvons qu’exposer des faits dont nous sommes certains. Les voici :

Dans Lac St-Jean-Roberval, c’est sans contredit aux assemblées du Crédit Social qu’on trouvait les plus grosses assistances et le plus d’enthousiasme. On nous écrit la même chose de Hull.

Par suite d’un accident de la route au Manitoba, j’ai été retenu à l’hôpital et absent du comté de Lac St-Jean-Roberval pendant toute la durée de la campagne ; mais MM. J.-E. Grégoire, de Québec, Henri Dubuc, de Sherbrooke, Louis Tardivel, de Portneuf, Jean-Nil Jean, de Saint- Joseph d’Alma, Wilbrod Tremblay, de Saint- Méthode, Mlle Gilberte Côté, de Montréal, étaient continuellement en tournée d’assemblées.

Les créditistes des deux comtés, Hull et Lac St-Jean, ont fait d’immenses sacrifices de temps, d’argent et d’énergie pour le succès de leur cause.

Les adversaires n’ont pas manqué de recourir à toutes sortes de fausses représentations et de subterfuges pour suppléer à l’absence d’arguments.

Pour les électeurs du Lac St-Jean, j’étais un importé ; on m’a fait provenir de tous les pays, même de la Russie. Petit jeu ! Pour le Crédit Social, ils feignaient de concéder qu’il a du bon, mais que son avènement à l’heure actuelle serait prématuré (ce ne sont sans doute pas eux qui souffrent !) La veille de la nomination, ils faisaient annoncer à la radio que je retirais ma candidature. Pour comble, le jour même de la votation, c’était ma mort subite qu’on annonçait à la radio et la Presse Canadienne confirmait la nouvelle. Je ne suis ressuscité que pour les journaux du soir.

Mais tout cela n’explique pas l’échec. Dans des villages comme St-Jérôme, Chambord, Saint-Félicien, les créditistes sont certainement en grande majorité, et pourtant, le vote nous a été adverse. Par contre, dans Mistassini, par exemple, où notre propagande n’a été faite que le dimanche avant-veille du 26 mars, nous avons recueilli un nombre intéressant de voix. Cela prouve que l’organisation libérale dispose de moyens et de méthodes que je ne puis définir, parce que je ne les connais pas, pour virer l’opinion partout où elle constate à temps qu’il y a un virement à faire.

Notre article La finance derrière l’autel en page 4 du présent numéro, donne une idée des méthodes sales et hypocrites auxquelles les libéraux ont recouru dans le comté de Hull. Les créditistes n’auraient pas fait le quart de cela sans s’attirer les foudres des autorités et les dénonciations d’une presse plus pharisienne que catholique.

Conclusion : suspendre toute activité créditiste ? Jamais. Nous avons aujourd’hui exactement la même valeur de doctrine qu’avant l’élection et plus d’adhérents qu’il y a deux mois — quoi qu’en disent certains journaux.

Mais l’abîme de notre esclavage est très profond, les chaînes qui nous lient sont fortes et de plus en plus nombreuses. Qu’on se rappelle seulement que sur six millions d’électeurs, plus de deux millions dépendent du gouvernement soit pour leur salaire, soit pour leur allocation !

Nous ne sortirons pas de là par des assauts irréguliers ni avec des moitiés de sacrifices. Il faut mener la lutte avec force et persévérance, 365 jours par année. Contre la presse de partis et la presse mercantile à la solde de la Finance, il nous faut édifier notre presse créditiste. C’est autour de notre journal VERS DEMAIN qu’il nous faudra former une élite suffisamment nombreuse et profondément renseignée.

Le Crédit social ne peut être imposé à la multitude ; mais la multitude, instruite par l’élite que nous formerons, réclamera spontanément et avec une force irrésistible une chose qui lui appartient.

Travail long peut-être que cette éducation, mais travail possible et travail nécessaire si l’on veut éviter le chaos. Notre mot d’ordre aux créditistes est : Plus fort que jamais — tout de suite — sans arrêter ! Un abonné par deux familles !

Louis Even

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