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IX — Contretemps

le mercredi, 01 mai 1940. Dans Autour du drame monétaire

J’aurais aimé, dans le présent article et dans les suivants, entreprendre pour de bon de vous parler du Crédit Social proprement dit. Malheureusement, un surcroît de travail, que je ne puis refuser, m’oblige à cesser pour quelques mois ma collaboration à Vers Demain. Ce n’est que partie remise.

Je tenais à motiver mon absence, pour bien souligner qu’il ne s’agit en aucune façon d’un recul, d’une dérobade.

Je reviendrai donc, avec les articles promis. Ainsi, j’indiquerai alors dans quel sens je suis créditiste, partisan du Crédit Social. Chemin faisant, j’indiquerai ce qui me semble être les erreurs fondamentales du Père Thomas-M. Lamarche, en prenant bien soin de limiter le débat à la monnaie.

Enfin, je traiterai avec complaisance ce brûlant sujet : le dividende. En effet, c’est-là la pierre d’achoppement de tous ceux qui ne peuvent avaler le Crédit Social. De plus, lors de mes premiers contacts avec le Crédit Social, le dividende m’intriguait fort moi-même. J’ai sans doute bien évolué, puisque, aujourd’hui, je crois que c’est justement le dividende qui fait la supériorité du Crédit Social.

NÉBULOSITÉ

Avant mes vacances forcées, je me permets de confier à mes lecteurs, quelques brèves réflexions, encore, sur l’attitude du journal Le Devoir vis-à-vis du Crédit Social. Toujours par souci de la vérité et pour tâcher d’éclairer ceux qui n’en reviennent pas de voir contre nous presque tous les bien-pensants.

Que de fois n’a-t-on pas accusé le Crédit Social d’être nébuleux, au Devoir en particulier ? Tout uniment !

Pourtant, c’est déjà fort nébuleux, et simpliste en outre, que d’accuser une doctrine de nébulosité, sans plus, sans montrer en quoi elle l’est, sur quel point, sans tenir compte des circonstances où ses principes sont exposés. En ce sens, le système monétaire actuel est fort nébuleux lui-même pour une foule de gens, y compris les rédacteurs en cause en ce moment. Cependant, loin de s’en porter plus mal, ce fameux système ne s’en porte que mieux !

LE PÈRE LAMARCHE ET LE DEVOIR

Autre constatation. Le Devoir annonce régulièrement les volumes du Père Lamarche, "Comment Rendre l’Argent au Peuple ?" Ce qui, en soi, est fort bien. Il y a pourtant un mais... significatif.

En effet, Le Devoir s’est empressé, il n’y a guère longtemps encore, de publier quelques passages d’une série d’articles du P. Lamarche, articles parus dans Le Droit en réponse à M. Even ; et Le Devoir ajoutait : ces articles "éclairent singulièrement cette question à l’ordre du jour," i.e. le Crédit Social.

Or, qui sait, où a-t-on vu, dans Le Devoir, que le P. Lamarche est du moins d’accord avec les créditistes sur la condamnation du système monétaire actuel ? Nous savons bien que le dit journal a aussi publié, le 22 juillet 1939, sous des lignes liminaires tout à fait impartiales, une partie de la vivante préface de Monsieur George Hermann Derry. Mais qui a remarqué ou retenu cet aperçu sommaire, déjà lointain ?

Évidemment, une conférence de M. Beaudry-Leman mérite plus de publicité.

RÉFUTATION DU PÈRE LAMARCHE

Revenons à la soi-disant réfutation de M. Even, qu’a faite le P. Lamarche dans les articles mentionnés plus haut. Le Devoir, avons-nous dit, a publié des extraits bien choisis de ces articles. Les lecteurs du Devoir avaient-ils lu l’article de M. Even, l’article que prétend réfuter le P. Lamarche ? Ils auraient pu constater, si Le Devoir avait publié l’article en question, que cette réponse du Père est peut-être une réponse au ton de la réfutation de M. Even, mais qu’elle n’en est pas une au fond de cette réfutation. Le Père Lamarche n’a pas compris Douglas ! C’est possible avec la meilleure foi du monde.

Nous reviendrons sur le sujet, sur le complexe psychologique qu’a dû vivre le Père Lamarche, en élaborant sa thèse.

SOUPÇON D’EMBOURGEOISEMENT

Pour conclure, l’attitude du Devoir sur la question me paraît peu objective, même tendancieuse. Et tous ceux qui sont hantés par la nécessité d’une réforme monétaire, (le P. Lamarche en est), qui en voient l’effarante urgence, ne peuvent s’empêcher de regretter ce soupçon d’"embourgeoisement", chez le seul quotidien montréalais qu’ils peuvent estimer, appuyer et lire.

L’ESSENTIEL

Tout de même, si nous pouvons tenir de tels propos sans nous attirer un "rabrouement" sensationnel, ce sera déjà beaucoup, même le principal. L’indépendance de la pensée, non l’arbitraire, ni la licence, est une condition du salut social et national, en tant que cette indépendance est la manifestation de la liberté, de la vraie liberté... qui est faculté de chercher sans entraves la Vérité et... de la répandre.

Théophile BERTRAND

VERS DEMAIN 1er mai 1940 page 3, 1940_05_No12_P_003.doc

 

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