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Saint Joseph, patron de la bonne mort

le mardi, 01 mars 2022. Dans Catéchèses et enseignements, Pape François

Le décès inattendu de notre directeur, Marcel Lefebvre, est une occasion pour nous tous de se questionner sur la mort... et ce qui suit après, car si la mort est la fin physique de notre corps, notre âme est immortelle. La mort physique n'est qu'un passage vers le monde surnaturel. Et tout comme le Christ est ressuscité d'entre les morts, la foi nous enseigne qu'au Jugement dernier, tous ressusciteront, soit pour le bonheur éternel – le Paradis – ou le malheur éternel — l'enfer — selon les actes qu'on aura posés durant notre vie sur terre.

La question n'est pas de savoir si nous allons mourir, mais quand. Cela s'applique pour tous, sans exception. Et cela peut arriver à l'improviste, sans qu'on y soit trop préparé. L'important est de savoir qu'après la mort, on apporte avec nous non pas l'argent ou des biens matériels, mais nos bonnes actions, nos actes de charité envers le prochain. C'est ce qu'a rappelé le pape François lors de son audience du mercredi 9 février 2022, qui portait sur le thème : saint Joseph, patron de la bonne mort :

par le pape François

Chers frères et sœurs, bonjour ! Dans la dernière catéchèse, stimulée une fois encore par la figure de saint Joseph, nous avons réfléchi sur le sens de la communion des saints. Et c'est précisément à partir de là que je voudrais aujourd'hui approfondir la dévotion particulière que le peuple chrétien a toujours eu pour saint Joseph, comme patron de la bonne mort. Une dévotion née de la pensée que Joseph soit mort avec l'assistance de la Vierge Marie et de Jésus, avant que ceux-ci ne quittent la maison de Nazareth. Il n'y a pas de données historiques, mais comme on ne voit plus Joseph dans la vie publique, on pense qu'il est mort là, à Nazareth, dans sa famille. Et pour l'accompagner dans la mort, Jésus et Marie étaient là. (Note de Vers Demain : La vénérable religieuse espagnole Marie d'Agreda (1602-1665) a écrit « La cité mystique de Dieu », dictée par la Vierge Marie, où il est fait mention que saint Joseph avait 33 ans lorsqu'il épousa la Vierge Marie, et serait mort à l'âge de 60 ans.)1

Le pape Benoît XV, il y a un siècle, écrivait que « par Joseph, nous allons directement à Marie, et par Marie à l'origine de toute sainteté, qui est Jésus ». Aussi bien Joseph que Marie nous aident à aller à Jésus. Et encourageant les pratiques pieuses en l'honneur de saint Joseph, il en recommande une en particulier, et disait ceci : « Puisqu'il est considéré à juste titre comme le protecteur le plus efficace des mourants, ayant expiré avec l'assistance de Jésus et de Marie, il sera du ressort des saints pasteurs d'inculquer et de favoriser [...] les pieuses associations qui ont été instituées pour implorer Joseph en faveur des mourants, comme celles "de la Bonne Mort", du "Transit de saint Joseph" et "pour les Agonisants". » (Motu proprio Bonum Sane, 25 juillet 1920) : c'étaient les associations de l'époque.

Chers frères et sœurs, peut-être certains pensent-ils que ce langage et ce thème ne sont qu'un héritage du passé, mais en réalité notre relation avec la mort ne concerne jamais le passé, mais c'est toujours le présent. Le pape Benoît XVI disait il y a quelques jours, en parlant de lui-même, qu'il « se tient devant la porte obscure de la mort ». C'est bien de remercier le Pape qui a cette lucidité, à 95 ans, pour nous dire ceci : « Je suis devant l'obscurité de la mort, la porte obscure de la mort ». Un bon conseil qu'il nous a donné, n'est-ce pas ?

La soi-disant culture « du bien-être » tente d'évacuer la réalité de la mort, mais de manière spectaculaire la pandémie de coronavirus l'a remise en évidence. Cela a été terrible : la mort était partout, et tant de frères et de sœurs ont perdu des êtres chers sans pouvoir être près d'eux, ce qui a rendu la mort encore plus difficile à accepter et à traiter. Une infirmière me racontait qu'elle se trouvait devant une grand-mère en train de mourir de la Covid, et qu'elle lui a dit : « Je voudrais dire au revoir aux miens avant de m'en aller ». Et l'infirmière, assez courageuse, a sorti son téléphone portable et l'a connectée avec les siens. La tendresse de cet adieu...

Malgré cela, l'on cherche par tous les moyens d'écarter la pensée de notre finitude, s'illusionnant ainsi d'ôter à la mort son pouvoir et de chasser la peur. Mais la foi chrétienne n'est pas une façon d'exorciser la peur de la mort, elle nous aide plutôt à l'affronter. Tôt ou tard, tous nous passerons par cette porte...

La vraie lumière qui éclaire le mystère de la mort vient de la résurrection du Christ. Voici la lumière. Et saint Paul écrit : « Nous proclamons que le Christ est ressuscité d'entre les morts ; alors, comment certains d'entre vous peuvent-ils affirmer qu'il n'y a pas de résurrection des morts ? S'il n'y a pas de résurrection des morts, le Christ non plus n'est pas ressuscité. Et si le Christ n'est pas ressuscité, notre proclamation est sans contenu, votre foi aussi est sans contenu » (1 Co 15, 12-14). C'est une certitude : Christ est ressuscité, Christ est ressuscité, le Christ est vivant parmi nous. Et c'est la lumière qui nous attend derrière cette porte obscure de la mort.

Chers frères et sœurs, ce n'est que par la foi en la résurrection que nous pouvons regarder l'abîme de la mort sans être submergés par la peur. Non seulement cela, mais nous pouvons redonner un rôle positif à la mort. En effet, la réflexion sur la mort, éclairée par le mystère du Christ, nous aide à regarder d'un œil nouveau toute la vie. Je n'ai jamais vu un camion de déménagement derrière un corbillard ! Nous irons seuls, sans rien dans les poches du linceul : rien. Parce que le linceul n'a pas de poches. (...)

Il ne sert à rien d'accumuler si un jour nous mourrons. Ce que nous devons accumuler, c'est la charité, la capacité de partager, la capacité de ne pas rester indifférent aux besoins des autres. Ou encore, à quoi bon se disputer avec un frère, ou avec une sœur, un ami, un membre de la famille ou un frère ou une sœur dans la foi si ensuite un jour nous mourrons ? Quel est l'intérêt de se mettre en colère, de se mettre en colère contre les autres ? Face à la mort, tant de questions sont redimensionnées. C'est bon de mourir réconcilié, sans rancune et sans regret ! Je voudrais dire une vérité : tous nous cheminons vers cette porte, tous.

L'Évangile nous dit que la mort arrive comme un voleur, comme le dit Jésus : elle arrive comme un voleur, et même si nous essayons de maîtriser son arrivée, peut-être en planifiant notre propre mort, elle reste un événement avec lequel nous devons compter et devant lequel nous devons aussi faire des choix.

Deux considérations s'imposent à nous, chrétiens. La première est que nous ne pouvons pas éviter la mort, et c'est précisément pour cette raison que, après avoir fait tout ce qui est humainement possible pour guérir la personne malade, il est immoral de s'engager dans l'acharnement thérapeutique (cf. Catéchisme de l'Église catholique, n. 2278). Cette phrase du peuple fidèle de Dieu, des gens simples : « Laisse-le mourir en paix », « aide-le à mourir en paix » : quelle sagesse !

La deuxième considération concerne la qualité de la mort elle-même, la qualité de la douleur, de la souffrance. En effet, nous devons être reconnaissants pour toute l'aide que la médecine s'efforce d'apporter, afin que, grâce aux « soins palliatifs », toute personne qui s'apprête à vivre la dernière partie de sa vie puisse le faire de la manière la plus humaine possible. Cependant, il faut se garder de confondre cette aide avec des dérives inacceptables qui portent à tuer. Nous devons accompagner les personnes jusqu'à la mort, mais ne pas la provoquer ni favoriser aucune forme de suicide.

Je rappelle que le droit aux soins et aux traitements pour tous doit toujours être prioritaire, afin que les plus faibles, notamment les personnes âgées et les malades, ne soient jamais écartés. En effet, la vie est un droit, non la mort, celle-ci doit être accueillie, non administrée. Et ce principe éthique concerne tout le monde, pas seulement les chrétiens ou les croyants.

Mais je voudrais souligner ici un problème social mais réel. Cette « planification » — je ne sais pas si c'est le mot qui convient — mais l'accélération de la mort des personnes âgées. Nous constatons souvent, dans une certaine classe sociale, que les personnes âgées, parce qu'elles n'ont pas les moyens, reçoivent moins de médicaments par rapport à ce dont ils auraient besoin, et c'est inhumain : cela ce n'est pas les aider, cela c'est les pousser plus rapidement vers la mort. Et cela n'est ni humain ni chrétien.

Il faut prendre soin des personnes âgées comme d'un trésor de l'humanité : elles sont notre sagesse. Et si elles ne parlent pas, et si elles sont dénuées de sens, mais elles sont le symbole de la sagesse humaine. Ce sont ceux qui nous ont précédés et qui nous ont laissé tant de belles choses, tant de souvenirs, tant de sagesse. S'il vous plaît, n'isolez pas les personnes âgées, ne précipitez pas la mort des personnes âgées. Caresser une personne âgée, c'est la même espérance que caresser un enfant, car le début de la vie et la fin sont toujours un mystère, un mystère qu'il faut respecter, accompagner, soigner. Aimer.

Que saint Joseph nous aide à vivre le mystère de la mort de la meilleure manière possible. Pour un chrétien, la bonne mort est une expérience de la miséricorde de Dieu, qui est proche de nous aussi dans ce dernier moment de notre vie. Également dans la prière de l'Ave Maria, nous demandons à la Vierge d'être près de nous « à l'heure de notre mort ». C'est précisément pour cette raison que je voudrais terminer cette catéchèse en priant tous ensemble la Vierge, un Ave Maria pour les mourants, pour ceux qui passent par cette porte obscure, et pour tant de familles qui sont en train de vivre le deuil. Prions ensemble : Ave Maria...

Pape François


a

1.) https://www.versdemain.org/articles/eglise-catholique-romaine/item/la-pieuse-mort-de-saint-joseph

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