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«Nous sommes venus l'adorer»

le samedi, 01 octobre 2005. Dans Benoît XVI

Le Saint-Père Benoît XVI à Cologne pour la Journée mondiale de la Jeunesse

En juillet 2002 à Toronto, au Canada, le Pape Jean-Paul II avait invité les jeunes du monde entier à se rendre à Cologne, en Allemagne, pour la 20e Journée Mondiale de la Jeunesse, en août 2005, sous le thème « Nous sommes venus l'adorer » (Mt 2, 2). La cathédrale de Cologne contient les reliques des trois Rois Mages d'Orient, qui ont accepté de tout quitter pour suivre l'étoile qui les conduisit au Sauveur du genre humain, le Christ Jésus, roi de l'univers.

Avec la mort de Jean-Paul II, la Divine Providence a fait en sorte que ce soit un Pape allemand qui accueille cette année les jeunes du monde entier en Allemagne, à l'occasion du premier voyage officiel de Benoît XVI en dehors de l'Italie. Le nouveau Souverain Pontife a conquis les jeunes par son humilité et ses enseignements profonds, qui portaient surtout sur l'Eucharistie, en cette année spéciale qui est justement consacrée à la Sainte Eucharistie, « source et sommet de la vie et de la mission de l'Église », comme le mentionne le thème du Synode des évêques à Rome en ce mois d'octobre 2005.

Lors de son arrivée en Allemagne, le jeudi 18 août 2005, Benoît XVI a été reçu à l'aéroport par le Président de la République fédérale d'Allemagne, Horst Köhler. Le Saint-Père a déclaré :

De S.S. le Pape Benoît XVI

« Avec une joie profonde, je me trouve aujourd'hui, pour la première fois après mon élection sur la Chaire de Pierre, dans ma chère patrie, l'Allemagne.

« Avec une vive émotion, je remercie Dieu qui m'a permis de commencer mes visites pastorales hors de l'Italie précisément par une visite à la nation qui m'a donné le jour. Je viens à Cologne à l'occasion de la vingtième Journée Mondiale de la Jeunesse, que mon prédécesseur, l'inoubliable Jean-Paul II, avait programmée et prévue depuis longtemps.

« Au cours de cette journée mondiale de la Jeunesse, nous réfléchirons ensemble sur le thème "Nous sommes venus l'adorer" (Mt 2, 2). C'est une occasion à ne pas manquer pour approfondir la signification de l'existence humaine comme "pèlerinage" accompli sous la conduite de l'"étoile", à la recherche du Seigneur. Nous regarderons ensemble la figure des Mages qui n'auraient jamais pu imaginer devenir pèlerins même après leur mort, qu'un jour, leurs reliques auraient été transportés en pèlerinage à Cologne. Nous regarderons ces figures qui, venant de terres différentes, furent les premiers à reconnaître en Jésus Christ, dans le Fils de la Vierge Marie, le Messie promis et à se prosterner devant lui (cf. Mt 2, 1-12). »

Dans l'après-midi, le Saint-Père est monté à bord d'un bateau, sur le Rhin, en direction de la cathédrale de Cologne, en compagnie de 60 jeunes représentant l'ensemble des jeunes présents à Cologne ; 400 000 jeunes saluaient le Pape depuis le rivage. Le Saint-Père leur a dit que le bonheur qu'ils recherchaient avait un nom : Jésus de Nazareth :

« Chers jeunes, je suis heureux de vous rencontrer ici, à Cologne, sur les rives du Rhin ! Vous êtes venus des différentes parties de l'Allemagne, de l'Europe, du monde, vous faisant pèlerins à la suite des Mages. En suivant leurs traces, vous voulez découvrir Jésus. Vous avez accepté de vous mettre en route, pour venir, vous aussi, contempler personnellement, et en même temps de manière communautaire, le visage de Dieu qui se révèle dans l'enfant de la crèche. Comme vous, je me suis mis, moi aussi, en route, pour venir, avec vous, m'agenouiller devant la blanche hostie consacrée, dans laquelle les yeux de la foi reconnaissent la présence réelle du Sauveur du monde. Nous continuerons à méditer ensemble sur le thème de cette Journée Mondiale de la Jeunesse : "Nous sommes venus l'adorer" (Mt 2, 2).

« À vous tous, je voudrais dire avec insistance : ouvrez tout grand votre cœur à Dieu, laissez-vous surprendre par le Christ ! Accordez-lui "le droit de vous parler" durant ces journées ! Ouvrez les portes de votre liberté à son amour miséricordieux ! Exposez vos joies et vos peines au Christ, le laissant illuminer de sa lumière votre intelligence et toucher de sa grâce votre cœur ! En ces jours bénis de partage et de joie, faites l'expérience libératrice de l'Église comme lieu de la miséricorde et de la tendresse de Dieu envers les hommes ! C'est en elle et par elle que vous rejoindrez le Christ, qui vous attend.

« Il me revient aujourd'hui de recueillir cet extraordinaire héritage spirituel que le Pape Jean-Paul II nous a laissé. Il vous a aimés, vous l'avez compris, et vous le lui avez rendu avec tout l'enthousiasme de votre âge. Maintenant, tous ensemble, nous avons le devoir de mettre en pratique ses enseignements. Forts de cet engagement, nous sommes ici à Cologne, pèlerins à la suite des Mages.

« Selon la tradition, leurs noms en langue grecque étaient Melchior, Gaspard et Balthazar. Dans son Évangile, Mathieu rapporte la question qui brûlait le cœur des Mages : "Où est le Roi des Juifs qui vient de naître ?" (Mat 2, 2). C'est pour le rechercher qu'ils avaient fait le long voyage jusqu'à Jérusalem. C'est pour cela qu'ils avaient supporté fatigues et privations, sans céder au découragement, ni à la tentation de retourner sur leurs pas. Maintenant qu'ils étaient proches du but, ils n'avaient pas d'autres questions à poser que celle-là.

« Nous aussi, nous sommes venus à Cologne parce que nous avons entendu résonner dans notre cœur, bien que sous une autre forme, la même question qui avait poussé les hommes de l'Orient à se mettre en chemin. Il est vrai que nous aujourd'hui nous ne cherchons plus un roi ; mais nous sommes préoccupés par l'état du monde et nous demandons : Où puis-je trouver les critères pour ma vie, les critères pour collaborer de manière responsable à l'édification du présent et de l'avenir de notre monde ? À qui puis-je faire confiance - à qui me confier ? Où est celui qui peut m'offrir la réponse satisfaisante aux attentes de mon cœur ?

« Poser de telles questions signifie avant tout reconnaître que le chemin ne peut pas s'achever avant d'avoir rencontré Celui qui a le pouvoir d'instaurer son Royaume universel de justice et de paix, auquel les hommes aspirent, mais qu'ils ne savent pas construire tout seuls. Poser de telles questions signifie aussi chercher Quelqu'un qui ne se trompe pas et qui ne peut pas tromper, et qui est donc en mesure d'offrir une certitude assez forte pour permettre de vivre pour elle et, si nécessaire aussi, de mourir.

« À l'horizon de l'existence, quand se profile une telle réponse, il faut, chers amis, savoir faire les choix nécessaires. C'est comme lorsque l'on se trouve à une croisée de chemins : quelle route prendre ? Celle qui m'est dictée par les passions ou celle qui m'est indiquée par l'étoile qui brille dans ma conscience ? Ayant entendu la réponse : "À Bethléem en Judée, car voici ce qui est écrit par le prophète" (Mt 2, 5), les Mages choisirent de poursuivre leur route et d'aller jusqu'au bout, éclairés par cette parole. De Jérusalem, ils allèrent jusqu'à Bethléem, c'est-à-dire de la parole qui leur indiquait où se trouvait le Roi des Juifs qu'ils cherchaient jusqu'à la rencontre avec ce Roi qui était en même temps l'Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde.

« Cette parole s'adresse aussi à nous. Nous aussi, nous devons faire un choix. En réalité, à bien y réfléchir, c'est précisément l'expérience que nous faisons en participant à chaque Eucharistie. À chaque Messe, en effet, la rencontre avec la Parole de Dieu nous introduit à la participation au mystère de la croix et de la résurrection du Christ et ainsi nous introduit à la Table eucharistique, à l'union avec le Christ. Sur l'autel est présent Celui que les Mages virent couché sur la paille : le Christ, le Pain vivant descendu du ciel pour donner la vie au monde, l'Agneau véritable qui donne sa vie pour le salut de l'humanité. Éclairés par cette Parole, c'est toujours à Bethléem - la "Maison du pain" - que nous pourrons faire la rencontre bouleversante avec la grandeur inconcevable d'un Dieu qui s'est abaissé jusqu'à se donner à voir dans une mangeoire, jusqu'à se donner en nourriture sur l'autel.

« Pouvons-nous imaginer la stupeur des Mages devant l'Enfant emmailloté ! Seule la foi leur permit de reconnaître sous les traits de cet enfant le Roi qu'ils cherchaient, le Dieu vers lequel l'étoile les avait guidés. En lui, comblant le fossé entre le fini et l'infini, entre le visible et l'invisible, l'Éternel est entré dans le temps, le Mystère s'est fait reconnaître, se donnant à nous dans les membres fragiles d'un petit enfant. "Aujourd'hui, les Mages considèrent avec une profonde stupeur ce qu'ils voient ici : le ciel sur la terre, la terre dans le ciel ; l'homme en Dieu, Dieu dans l'homme ; et celui que le monde entier ne peut contenir, enfermé dans le corps d'un tout-petit" (saint Pierre Chrysologue, Homélie pour l'Épiphanie, 160, n. 2). Au cours de ces journées, en cette "Année de l'Eucharistie", nous nous tournerons avec la même stupeur vers le Christ présent dans le Tabernacle de la miséricorde, dans le Sacrement de l'Autel.

Jésus est Celui que vous cherchez

« Chers jeunes, le bonheur que vous cherchez, le bonheur auquel vous avez le droit de goûter a un nom, un visage : celui de Jésus de Nazareth, caché dans l'Eucharistie. Lui seul donne la plénitude de vie à l'humanité ! Avec Marie, donnez votre "oui" à ce Dieu qui se propose de se donner à vous. Je vous redis aujourd'hui ce que j'ai dit au début de mon pontificat : "Celui qui laisse entrer le Christ dans sa vie ne perd rien, rien, absolument rien de ce qui rend la vie libre, belle et grande. Non ! Ce n'est qu'avec cette amitié que s'ouvrent en grand les portes de la vie. Ce n'est qu'avec cette amitié qu'on déverrouille réellement les grandes potentialités de la condition humaine. Ce n'est qu'avec cette amitié que nous faisons l'expérience de ce qui est beau et de ce qui libère" (Homélie pour la Messe inaugurale du pontificat, 24 avril 2005). Soyez-en vraiment convaincus : le Christ n'enlève rien de ce qu'il y a de beau et de grand en vous, mais il mène tout à sa perfection, pour la gloire de Dieu, pour le bonheur des hommes, pour le salut du monde.

« Au cours de ces journées, je vous invite à vous engager sans réserve à servir le Christ, quoi qu'il en coûte. La rencontre avec Jésus Christ vous permettra de goûter intérieurement la joie de sa présence vivante et vivifiante, pour en témoigner ensuite autour de vous. Que votre présence dans cette ville soit déjà le premier signe de l'annonce de l'Évangile par le témoignage de votre comportement et de votre joie de vivre. Laissons monter de notre cœur un hymne de louange et d'action de grâce au Père pour tant de bienfaits qu'il nous a accordés et pour le don de la foi que nous célébrerons ensemble, le manifestant au monde à partir de cette terre située au centre de l'Europe, d'une Europe qui doit beaucoup à l'Évangile et à ses témoins au cours des siècles. »

Après être descendu du bateau de croisière, le Saint-Père s'est rendu à la Cathédrale de Cologne, avec les jeunes transportant la croix des Journées Mondiales de la Jeunesse. Selon une pieuse tradition, les reliques des Rois Mages se trouvent dans cette cathédrale depuis 1164. Lors de son discours, le Saint-Père a déclaré :

« La ville de Cologne ne serait pas ce qu'elle est sans les Rois Mages, qui ont tant de poids dans son histoire, dans sa culture et dans sa foi. Ici, l'Église célèbre toute l'année, en un sens, la fête de l'Épiphanie ! C'est pourquoi, avant de m'adresser à vous, chers habitants de Cologne, j'ai voulu me recueillir quelques instants en prière devant le reliquaire des trois Rois Mages, rendant grâce à Dieu pour leur témoignage de foi, d'espérance et d'amour. Parties de Milan en 1164, les reliques de ces Sages d'Orient, escortées par l'Archevêque de Cologne, Reinald von Dassel, franchirent les Alpes pour arriver à Cologne, où elles furent accueillies avec de grandes manifestations de liesse. Se déplaçant à travers l'Europe, les reliques des Mages ont laissé des traces évidentes, qui subsistent encore aujourd'hui dans les noms de lieu et dans la dévotion populaire. Pour les Rois Mages, Cologne a fait fabriquer le reliquaire le plus précieux de tout le monde chrétien et a élevé au-dessus de lui un reliquaire encore plus grand : la Cathédrale de Cologne. »

Le lendemain, vendredi le 19 août, le Saint-Père débutait sa journée avec une messe privée à l'Archevêché de Cologne, suivie d'une visite au Président allemand à Bonn, puis un retour à l'Archevêché de Cologne pour un repas avec 12 jeunes, y compris une Canadienne, Véronique Rondeau, 23 ans, de Joliette, au Québec. Benoît XVI a ensuite rencontré 3 000 séminaristes du monde entier réunis à l'église Saint-Pantaléon, lors d'une cérémonie où l'on a pu aussi entendre les témoignages d'un séminariste, d'un prêtre, et d'un évêque, le Cardinal Marc Ouellet, archevêque de Québec au Canada. La journée s'est terminée avec une rencontre oecuménique à l'Archevêché.

Le samedi soir, lors de la veillée avec 800 000 jeunes réunis sur l'esplanade de « Marienfeld » (le champ de Marie), à 27 kilomètres du centre de Cologne, Benoît XVI a souligné que la véritable révolution, la seule qui peut transformer le monde, provenait de Dieu :

« Chers jeunes ! Dans notre pèlerinage avec les mystérieux Mages d'Orient, nous sommes arrivés au moment que saint Matthieu, dans son Évangile, décrit ainsi : "En entrant dans la maison (sur laquelle l'étoile s'était arrêtée), ils virent l'enfant avec Marie sa mère ; et, tombant à genoux, ils se prosternèrent devant lui" (Mt 2, 11). Le cheminement extérieur de ces hommes était achevé. Ils étaient parvenus à leur but. Mais, à ce point, commence pour eux un nouveau cheminement, un pèlerinage intérieur qui change toute leur vie, parce qu'ils avaient sûrement imaginé ce Roi nouveau-né d'une manière différente.

« Le nouveau Roi, devant lequel ils s'étaient prosternés, était très différent de ce qu'ils attendaient. Ainsi, ils devaient apprendre que Dieu est différent de la façon dont habituellement nous l'imaginons. C'est ici que commença leur cheminement intérieur. Il commença au moment même où ils se prosternèrent devant l'enfant et où ils le reconnurent comme le Roi promis. Mais la joie qu'ils manifestaient par leurs gestes devait s'intérioriser.

« Ils devaient changer leur idée sur le pouvoir, sur Dieu et sur l'homme, et, ce faisant, ils devaient aussi se changer eux-mêmes. Maintenant, ils le constataient : le pouvoir de Dieu est différent du pouvoir des puissants de ce monde. Le mode d'agir de Dieu est différent de ce que nous imaginons et de ce que nous voudrions lui imposer à lui aussi. Dans ce monde, Dieu n'entre pas en concurrence avec les formes terrestres du pouvoir. Il n'a pas de divisions à opposer à d'autres divisions. Dieu n'a pas envoyé à Jésus, au Jardin des Oliviers, douze légions d'anges pour l'aider (cf. Mt 26, 53). Au pouvoir tapageur et pompeux de ce monde, il oppose le pouvoir sans défense de l'amour qui, sur la Croix — et ensuite continuellement au cours de l'histoire — succombe et qui cependant constitue la réalité nouvelle, divine, qui s'oppose ensuite à l'injustice et instaure le Règne de Dieu. Dieu est différent — c'est cela qu'ils reconnaissent maintenant. Et cela signifie que, désormais, eux-mêmes doivent devenir différents, ils doivent apprendre le style de Dieu.

« Ils étaient venus pour se mettre au service de ce Roi, pour conformer leur royauté à la sienne. Telle était la signification de leur geste de déférence, de leur adoration. Leurs présents — or, encens et myrrhe —, dons qui s'offraient à un Roi considéré comme divin, en faisaient aussi partie. L'adoration a un contenu et comporte aussi un don. Voulant par leur geste d'adoration reconnaître cet enfant comme leur Roi, au service duquel ils entendaient mettre leur pouvoir et leurs capacités, les hommes provenant d'Orient suivaient assurément les traces justes. En le servant et en le suivant, ils voulaient, avec Lui, servir la cause de la justice et du bien dans le monde.

« Et en cela, ils avaient raison. Maintenant, ils apprennent cependant que cela ne peut se réaliser simplement en donnant des ordres et du haut d'un trône. Maintenant, ils apprennent qu'ils doivent se donner eux-mêmes — un don moindre que celui-là ne suffit pas pour ce Roi. Maintenant, ils apprennent que leur vie doit se conformer à cette façon divine d'exercer le pouvoir, à cette façon d'être de Dieu lui-même. Ils doivent devenir des hommes de la vérité, du droit, de la bonté, du pardon, de la miséricorde. Ils ne poseront plus la question : à quoi cela me sert-il ? Ils devront au contraire poser la question : avec quoi est-ce que je sers la présence de Dieu dans le monde ? Ils doivent apprendre à se perdre eux-mêmes et ainsi à se trouver eux-mêmes. Quittant Jérusalem, ils doivent demeurer sur les traces du vrai Roi, à la suite de Jésus.

« Chers amis, nous nous demandons ce que tout cela signifie pour nous. Car ce que nous venons de dire sur la nature différente de Dieu, qui doit orienter notre vie, sonne bien, mais reste plutôt indéfini et vague. C'est pourquoi Dieu nous a donné des exemples. Les Mages venant d'Orient sont seulement les premiers d'un long cortège d'hommes et de femmes qui, dans leur vie, ont constamment cherché du regard l'étoile de Dieu, qui ont cherché le Dieu qui est proche de nous, les êtres humains, et qui nous indique la route. C'est le grand cortège des saints — connus ou inconnus par lesquels le Seigneur, tout au long de l'histoire, a ouvert devant nous l'Évangile et en a fait défiler les pages ; c'est la même chose qu'il est en train de faire maintenant. Dans leur vie, comme dans un grand livre illustré, se dévoile la richesse de l'Évangile. Ils sont le sillon lumineux de Dieu, que Lui-même, au long de l'histoire, a tracé et trace encore.

« Mon vénéré prédécesseur, le Pape Jean-Paul II — il est présent avec nous en cette heure ! — a béatifié et canonisé une grande foule de personnes, de périodes lointaines et récentes. Par ces figures, il a voulu nous montrer comment il faut faire pour être chrétien ; comment il faut faire pour mener sa vie de manière juste pour vivre selon le mode de Dieu. Les bienheureux et les saints ont été des personnes qui n'ont pas cherché obstinément leur propre bonheur, mais qui ont simplement voulu se donner, parce qu'ils ont été touchés par la lumière du Christ. Ils nous montrent ainsi la route pour devenir heureux, ils nous montrent comment on réussit à être des personnes vraiment humaines. Dans les vicissitudes de l'histoire, ce sont eux, les saints, qui ont été les véritables réformateurs qui, bien souvent, ont fait sortir l'histoire des vallées obscures dans lesquelles elle court toujours le risque de s'enfoncer à nouveau ; ils l'ont illuminée chaque fois que cela était nécessaire, pour donner la possibilité d'accepter — parfois dans la douleur — la parole prononcée par Dieu au terme de l'œuvre de la création : "Cela est bon".

« Il suffit de penser à des figures comme saint Benoît, saint François d'Assise, sainte Thérèse d'Avila, saint Ignace de Loyola, saint Charles Borromée, aux fondateurs des Ordres religieux du dix-neuvième siècle, qui ont animé et orienté le mouvement social, ou aux saints de notre temps — Maximilien Kolbe, Edith Stein, Mère Teresa, Padre Pio. En contemplant ces figures, nous apprenons ce que signifie "adorer", et ce que veut dire vivre selon la mesure de l'Enfant de Bethléem, selon la mesure de Jésus Christ et de Dieu Lui-même.

Seuls les saints peuvent changer le monde

« Les saints, avons-nous dit, sont les vrais réformateurs. Je voudrais maintenant l'exprimer de manière plus radicale encore : c'est seulement des saints, c'est seulement de Dieu que vient la véritable révolution, le changement décisif du monde. Au cours du siècle qui vient de s'écouler, nous avons vécu les révolutions dont le programme commun était de ne plus rien attendre de Dieu, mais de prendre totalement dans ses mains le destin du monde.

« Et nous avons vu que, ce faisant, un point de vue humain et partial était toujours pris comme la mesure absolue des orientations. L'absolutisation de ce qui n'est pas absolu mais relatif s'appelle totalitarisme. Cela ne libère pas l'homme, mais lui ôte sa dignité et le rend esclave. Ce ne sont pas les idéologies qui sauvent le monde, mais seulement le fait de se tourner vers le Dieu vivant, qui est notre créateur, le garant de notre liberté, le garant de ce qui est véritablement bon et vrai. La révolution véritable consiste uniquement dans le fait de se tourner sans réserve vers Dieu, qui est la mesure de ce qui est juste et qui est, en même temps, l'amour éternel. Qu'est-ce qui pourrait bien nous sauver sinon l'amour ?

« Chers amis, permettez-moi d'ajouter seulement deux brèves pensées. Ceux qui parlent de Dieu sont nombreux ; au nom de Dieu on prêche aussi la haine et on exerce la violence. Il est donc important de découvrir le vrai visage de Dieu. Les Mages d'Orient l'ont trouvé quand ils se sont prosternés devant l'enfant de Bethléem. "Celui qui m'a vu a vu le Père", disait Jésus à Philippe (Jn 14,9). En Jésus Christ, qui, pour nous, a permis que son cœur soit transpercé, en Lui, est manifesté le vrai visage de Dieu. Nous le suivrons avec la grande foule de ceux qui nous ont précédés. Alors, nous cheminerons sur le juste chemin.

« Cela veut dire que nous ne nous construisons pas un Dieu privé, nous ne nous construisons pas un Jésus privé, mais que nous croyons en Jésus et que nous nous prosternons devant Lui, devant ce Jésus qui nous est révélé par les Saintes Écritures et qui, dans la grande foule des fidèles appelée Église, se révèle vivant, toujours avec nous, et dans le même temps toujours devant nous. On peut beaucoup critiquer l'Église. Nous le savons, et le Seigneur lui-même nous l'a dit : elle est un filet avec de bons et de mauvais poissons, un champ avec le bon grain et l'ivraie. Le Pape Jean-Paul II, qui, dans les nombreux bienheureux et saints qu'il a proclamés, nous a montré le vrai visage de l'Église, a aussi demandé pardon pour ce que, dans le cours de l'histoire, en raison de l'action et de la parole d'hommes d'Église, s'est produit de mal. De cette manière, il nous a aussi fait voir notre vraie image et il nous a exhortés à entrer avec tous nos défauts et toutes nos faiblesses dans le cortège des saints, qui a commencé avec les Mages d'Orient.

« En définitive, que l'ivraie existe dans l'Église est consolant. Ainsi, avec tous nos défauts, nous pouvons néanmoins espérer nous trouver encore à la suite de Jésus, qui a précisément appelé les pécheurs. L'Église est comme une famille humaine, mais elle est aussi, en même temps, la grande famille de Dieu, par laquelle il forme un espace de communion et d'unité dans tous les continents, dans toutes les cultures et dans toutes les nations. Nous sommes donc heureux d'appartenir à cette grande famille que nous voyons ici ; nous sommes heureux d'avoir des frères et des amis dans le monde entier. Nous faisons précisément l'expérience, ici, à Cologne, du fait qu'il est beau d'appartenir à une famille vaste comme le monde, qui comprend le ciel et la terre, le passé, le présent et l'avenir, et toutes les parties de la terre. Dans ce grand rassemblement de pèlerins, nous marchons avec le Christ, nous marchons avec l'étoile qui éclaire l'histoire.. « "En entrant dans la maison, ils virent l'enfant avec Marie sa mère ; et, tombant à genoux, ils se prosternèrent devant lui" (Mt 2, 11). Chers amis, il ne s'agit pas d'une histoire lointaine, survenue il y a très longtemps. Il s'agit d'une présence. Ici, dans la sainte hostie, il est devant nous et au milieu de nous. Comme en ce temps-là, il se voile mystérieusement dans un silence sacré et, comme en ce temps-là, se dévoile précisément le vrai visage de Dieu. Il s'est fait pour nous le grain de blé tombé en terre, qui meurt et qui porte du fruit jusqu'à la fin du monde (cf. In 12, 24). Il est présent comme en ce temps-là à Bethléem. Il nous invite au pèlerinage intérieur qui s'appelle adoration. Mettons-nous maintenant en route pour ce pèlerinage et demandons-lui de nous guider. Amen. »

L'heure du Christ

Le dimanche matin, 21 août, sur la même esplanade de Marienfeld, devant plus d'un million de jeunes (dont les 800 000 qui avaient passé la nuit sur place), lors de l'homélie à l'occasion de la Messe de clôture des Journées mondiales de la Jeunesse, le Pape Benoît XVI a incité les jeunes à devenir missionnaires dans un monde qui oublie Dieu, et à assister à la messe chaque dimanche : : « Chers jeunes ! Devant la sainte Hostie, dans laquelle Jésus s'est fait pour nous pain qui soutient et nourrit notre vie de l'intérieur (cf. In 6, 35), nous avons commencé hier soir le cheminement intérieur de l'adoration. Dans l'Eucharistie, l'adoration doit devenir union. Dans la Célébration eucharistique, nous nous trouvons en cette "heure" de Jésus dont parle l'Évangile de Jean. Grâce à l'Eucharistie son "heure" devient notre heure, sa présence au milieu de nous. Avec ses disciples, il a célébré la cène pascale d'Israël, le mémorial de l'action libératrice de Dieu qui avait conduit Israël de l'esclavage à la liberté. Jésus suit les rites d'Israël. Il récite sur le pain la prière de louange et de bénédiction.

« Mais ensuite, se produit quelque chose de nouveau. Il ne remercie pas Dieu seulement pour ses grandes œuvres du passé ; il le remercie pour sa propre exaltation, qui se réalisera par la Croix et la Résurrection, et il s'adresse aussi aux disciples avec des mots qui contiennent la totalité de la Loi et des Prophètes : "Ceci est mon Corps donné pour vous en sacrifice. Ce calice est la Nouvelle Alliance en mon Sang". Il distribue alors le pain et le calice, et en même temps il leur confie la mission de redire et de refaire toujours de nouveau en sa mémoire ce qu'il est en train de dire et de faire en ce moment.

Le seul acte qui renouvelle le monde

« Qu'est ce qui est en train de se passer ? Comment Jésus peut-il donner son Corps et son Sang ? Faisant du pain son Corps et du vin son Sang, il anticipe sa mort, il l'accepte au plus profond de lui-même et il la transforme en un acte d'amour. Ce qui de l'extérieur est une violence brutale – la crucifixion —, devient de l'intérieur l'acte d'un amour qui se donne totalement. Telle est la transformation substantielle qui s'est réalisée au Cénacle et qui visait à faire naître un processus de transformations, dont le terme ultime est la transformation du monde jusqu'à ce que Dieu soit tout en tous (cf. 1 Co 15, 28). Depuis toujours, tous les hommes, d'une manière ou d'une autre, attendent dans leur cœur un changement, une transformation du monde. Maintenant se réalise l'acte central de transformation qui est seul en mesure de renouveler vraiment le monde : la violence se transforme en amour et donc la mort en vie.

« Puisque cet acte change la mort en amour, la mort comme telle est déjà dépassée au plus profond d'elle-même, la résurrection est déjà présente en elle. La mort est, pour ainsi dire, intimement blessée, de telle sorte qu'elle ne peut avoir le dernier mot. Pour reprendre une image qui nous est familière, il s'agit d'une fission nucléaire portée au plus intime de l'être — la victoire de l'amour sur la haine, la victoire de l'amour sur la mort. Seule l'explosion intime du bien qui vainc le mal peut alors engendrer la chaîne des transformations qui, peu à peu, changeront le monde. Tous les autres changements demeurent superficiels et ne sauvent pas. C'est pourquoi nous parlons de rédemption : ce qui du plus profond était nécessaire se réalise, et nous pouvons entrer dans ce dynamisme. Jésus peut distribuer son corps, parce qu'il se donne réellement lui-même.

« Cette première transformation fondamentale de la violence en amour, de la mort en vie, entraîne à sa suite les autres transformations. Le pain et le vin deviennent son Corps et son Sang. Cependant, la transformation ne doit pas s'arrêter là, c'est plutôt à ce point qu'elle doit commencer pleinement. Le Corps et le Sang du Christ nous sont donnés afin que, nous-mêmes, nous soyons transformés à notre tour. Nous-mêmes, nous devons devenir Corps du Christ, consanguins avec Lui. Tous mangent l'unique pain, mais cela signifie qu'entre nous nous devenions une seule chose. L'adoration, avons-nous dit, devient ainsi union. Dieu n'est plus seulement en face de nous, comme le Totalement Autre... Il est au-dedans de nous, et nous sommes en Lui. Sa dynamique nous pénètre et, à partir de nous, elle veut se propager aux autres et s'étendre au monde entier, pour que son amour devienne réellement la mesure dominante du monde.

« L'heure de Jésus est l'heure où l'amour est vainqueur. En d'autres termes : c'est Dieu qui a vaincu, parce qu'il est l'Amour. L'heure de Jésus veut devenir notre heure et elle le deviendra, si nous-mêmes, par la célébration de l'Eucharistie, nous nous laissons entraîner dans ce processus de transformations que le Seigneur a en vue. L'Eucharistie doit devenir le centre de notre vie.

« Ce n'est ni positivisme ni soif de pouvoir, si l'Église nous dit que l'Eucharistie fait partie du dimanche. Au matin de Pâques, les femmes en premier, puis les disciples, eurent la grâce de voir le Seigneur. Depuis lors, ils surent que désormais le premier jour de la semaine, le dimanche, serait son jour à Lui, le jour du Christ. Le jour du commencement de la création devenait le jour du renouvellement de la création. Création et rédemption vont ensemble. C'est pour cela que le dimanche est aussi important. Il est beau qu'aujourd'hui, dans de nombreuses cultures, le dimanche soit un jour libre ou, qu'avec le samedi, il constitue même ce qu'on appelle le "week-end" libre. Ce temps libre, toutefois, demeure vide si Dieu n'y est pas présent.

Participez à la messe du dimanche

« Chers amis ! Quelquefois, dans un premier temps, il peut s'avérer plutôt mal commode de devoir prévoir aussi la Messe dans le programme du dimanche. Mais si vous en prenez l'engagement, vous constaterez aussi que c'est précisément ce qui donne le juste centre au temps libre. Ne vous laissez pas dissuader de participer à l'Eucharistie dominicale et aidez aussi les autres à la découvrir. Parce que la joie dont nous avons besoin se dégage d'elle, nous devons assurément apprendre à en comprendre toujours plus la profondeur, nous devons apprendre à l'aimer. Engageons-nous en ce sens — cela en vaut la peine ! Découvrons la profonde richesse de la liturgie de l'Église et sa vraie grandeur : nous ne faisons pas la fête pour nous, mais c'est au contraire le Dieu vivant lui-même qui prépare une fête pour nous. En aimant l'Eucharistie, vous redécouvrirez aussi le sacrement de la Réconciliation, dans lequel la bonté miséricordieuse de Dieu permet toujours un nouveau commencement à notre vie.

« Qui a découvert le Christ se doit de conduire les autres vers Lui. On ne peut garder pour soi une grande joie. Il faut la transmettre. Dans de vastes parties du monde, il existe aujourd'hui un étrange oubli de Dieu. Il semble que rien ne change même s'il n'est pas là. Mais, en même temps, il existe aussi un sentiment de frustration, d'insatisfaction de tout et de tous. On ne peut alors que s'exclamer : Il n'est pas possible que ce soit cela la vie ! Non vraiment.

« Et alors conjointement à l'oubli de Dieu, il existe comme un "boom" du religieux. Je ne veux pas discréditer tout ce qu'il y a dans cette tendance. Il peut y avoir aussi la joie sincère de la découverte. Mais dans ce contexte, la religion devient presque un produit de consommation. On choisit ce qui plaît, et certains savent aussi en tirer un profit. Mais la religion recherchée comme une sorte de "bricolage", en fin de compte ne nous aide pas. Elle est commode, mais dans les moments de crise, elle nous abandonne à nous-mêmes.

« Aidez les hommes à découvrir la véritable étoile qui nous indique la route : Jésus Christ ! Nous aussi, nous cherchons à le connaître toujours mieux pour pouvoir conduire les autres vers lui de manière convaincante. — « C'est pourquoi il est si important d'aimer la Sainte Écriture et, par conséquent, de connaître la foi de l'Église qui nous ouvre le sens de l'Écriture. C'est l'Esprit Saint qui guide l'Église dans sa foi en croissance, et c'est lui qui l'a faite et qui la fait pénétrer toujours plus dans les profondeurs de la vérité (cf. Jn 16, 13). Le Pape Jean-Paul II nous a donné une œuvre merveilleuse, dans laquelle la foi des siècles est expliquée de façon synthétique : le Catéchisme de l'Église catholique. Moi-même, récemment, j'ai pu présenter l'Abrégé de ce Catéchisme, qui a également été élaboré à la demande du Pape défunt. Ce sont deux livres fondamentaux que je voudrais vous recommander à tous.

« Évidemment, les livres à eux seuls ne suffisent pas. Formez des communautés fondées sur la foi ! Au cours des dernières décennies sont nés des mouvements et des communautés dans lesquelles la force de l'Évangile se fait sentir avec vigueur. Cherchez la communion dans la foi en étant ensemble des compagnons de route qui continuent à suivre le chemin du grand pèlerinage que les Mages d'Orient nous ont indiqué les premiers ! La spontanéité des nouvelles communautés est importante, mais il est aussi important de conserver la communion avec le Pape et avec les Évêques. Ce sont eux qui garantissent qu'on ne recherche pas des sentiers privés, mais au contraire qu'on vit dans la grande famille de Dieu que le Seigneur a fondée avec les douze Apôtres.

« Encore une fois je dois revenir à l'Eucharistie. "Puisqu'il y a un seul pain, la multitude que nous sommes est un seul corps" dit saint Paul (1 Co 10, 17). En cela il entend dire : Puisque nous recevons le même Seigneur et que Lui nous accueille et nous attire en lui, nous sommes une seule chose aussi entre nous. Cela doit se manifester dans la vie. Cela doit se voir dans la capacité à pardonner. Cela doit se manifester dans la sensibilité aux besoins de l'autre. Cela doit se manifester dans la disponibilité à partager. Cela doit se manifester dans l'engagement envers le prochain, celui qui est proche comme celui qui est extérieurement loin, mais qui nous regarde toujours de prés. Il existe aujourd'hui des formes de bénévolat, des modèles de service mutuel, dont notre société a précisément un besoin urgent. Nous ne devons pas, par exemple, abandonner les personnes âgées à leur solitude, nous ne devons pas passer à côté de ceux qui souffrent. Si nous pensons et si nous vivons dans la communion avec le Christ, alors nos yeux s'ouvriront.

« Alors nous ne nous contenterons plus de vivoter, préoccupés seulement de nous-mêmes, mais nous verrons où et comment nous sommes nécessaires. En vivant et en agissant ainsi, nous nous apercevrons bien vite qu'il est beaucoup plus beau d'être utiles et d'être à la disposition des autres que de se préoccuper seulement des facilités qui nous sont offertes. Je sais que vous, en tant que jeunes, vous aspirez aux grandes choses, que vous voulez vous engager pour un monde meilleur. Montrez-le aux hommes, montrez-le au monde, qui attend justement ce témoignage des disciples de Jésus Christ et qui, surtout par votre amour, pourra découvrir l'étoile que, comme croyants, nous suivons.

« Allons de l'avant avec le Christ et vivons notre vie en vrais adorateurs de Dieu ! Amen ! »

S.S. Benoît XVI

À la fin de la Messe, le Saint-Père a annoncé que la prochaine Rencontre mondiale de la jeunesse aura lieu à Sydney, en Australie, en 2008.

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