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Le bonheur du Ciel

le samedi, 01 janvier 2022. Dans Église catholique romaine

par le Père Ovila Melançon, C.S.C.

Dieu désire le salut de tous, alors plusieurs concluront que tous iront donc au ciel. Malheureusement, la réalité est quelque peu différente : même s'il est vrai que Jésus a versé son sang et est mort sur la croix pour notre salut, il existe malgré tout des gens qui s'obstinent dans le mal et refusent jusqu'au bout cet amour de Dieu, et dans leur cas, ce qui les attend, ce n'est pas le bonheur éternel du ciel, mais une éternité de malheur en enfer, séparés de Dieu pour toujours. On ne souhaite évidemment ce sort à personne, mais c'est une réalité que l'enfer existe, et que Satan, qui s'est rebellé contre Dieu et le hait pour l'éternité, cherche la perte des âmes en les trompant par différentes séductions et tentations. On peut lire dans Matthieu, 7, 13-14 : « Entrez par la porte étroite ; car large est la porte, et spacieuse la voie qui conduit à la perdition, et nombreux sont ceux qui y passent ; car étroite est la porte, et resserrée la voie qui conduit à la vie, et il en est peu qui la trouvent ! »

Dieu nous offre les moyens de nous sauver, par les sacrements, spécialement ceux de l'Eucharistie et de la confession (voir article en page 20). Comme le disait le saint Père Pio de Pietrelcina, célèbre capucin stigmatisé, tel que mentionné en dernière page de Vers Demain d'août-septembre 2021 : « La vie présente ne nous est donnée que pour acquérir la vie éternelle. Faute d'y penser, nous mettons toutes nos affections dans ce monde dans lequel nous ne faisons que passer et lorsqu'il nous faut le quitter, nous nous effrayons et nous nous troublons. Croyez-moi, pour vivre heureux durant le pèlerinage terrestre, il nous faut avoir devant nos yeux l'espérance de l'arrivée de notre patrie où nous demeurerons éternellement... »

Penser au bonheur du ciel nous aide à persévérer et demeurer dans le bien dans ce monde. Un livre a été écrit sur ce sujet en 1972, par le Père Ovila Melançon, intitulé tout simplement « Le ciel », qui donne un aperçu— dans la mesure où cela est humainement possible, bien sûr — de ce que sera le bonheur du ciel. Le Père Melançon, membre de la Congrégation de Sainte-Croix, décédé à Montréal le 15 décembre 2011 à l'âge de 101 ans, a écrit plusieurs articles et ouvrages portant sur des questions théologiques, mais dans un langage accessible à tous. De plus, il était reconnu pour la sûreté de sa doctrine et son attachement profond à l'Église. Nous sommes heureux de publier de larges extraits de son livre « Le ciel » qui, vous le constaterez, est d'une grande profondeur théologique :

Le bonheur éternel correspondra comme degré d'intensité au degré de nos mérites au moment de la mort : « Il y a beaucoup de demeures dans la maison du Père » (Jean 14, 1), disait le Seigneur. Chacun selon ses mérites et la sincérité de son désir, y recevra une récompense plus ou moins grande : « Qui sème chichement moissonnera chichement ; qui sème largement moissonnera largement » (2 Cor 9, 6). Il y a donc intérêt à donner beaucoup au Seigneur, car, pour un chrétien, donner ainsi n'est pas perdre, mais semer. La récolte aura lieu au moment de la mort et à la Parousie (fin des temps).

La pensée du ciel réconforte et stimule à la vertu

Le ciel est l'un des mystères les plus sublimes. Il est la fleur épanouie, ou mieux encore le fruit de la grâce, dont le Verbe incarné a planté le germe et la racine au centre de notre humanité. Il importe donc de le faire mieux connaître, pour en susciter davantage le désir et l'espoir.

En comparaison du ciel et des moyens qui y conduisent, tout le reste est vanité. Sa méditation nous fait nous détacher des choses terrestres et nous pousse à la pratique des vertus. Le ciel est le flambeau qui fait pâlir l'attrait parfois si vif des choses présentes ; il est la lumière qui transforme nos jugements et qui fait établir la véritable hiérarchie des valeurs. La pensée et l'attente du ciel poussaient saint Paul à affronter les plus rudes travaux et les plus redoutables périls ; elles le faisaient même surabonder de joie au milieu de ses souffrances et de ses peines. La pensée du ciel développe une sainte indifférence à l'égard des honneurs et des commodités de la vie ; la terre semble bien vile, lorsque nous contemplons le ciel. En ce sens, saint Grégoire le Grand a écrit : « Ces biens (de la terre) s'amoindrissent, ces objets perdent leur illusion et deviennent méprisables, lorsque l'on considère la nature et l'immensité des récompenses qui nous sont promises : les biens terrestres, mis en proportion avec la félicité d'en haut, cessent de paraître un avantage, ils ne sont plus qu'un poids et une douloureuse servitude. La vie temporelle, auprès de la vie éternelle, ne mérite pas le nom de vie, mais celui de mort ».

Lorsque notre constance faiblit et que nous ne sentons plus notre courage à la hauteur des renoncements exigés par la loi divine, il convient d'élever nos regards, nos pensées et nos cœurs vers la céleste patrie. En considérant que la récompense éternelle est tellement disproportionnée avec les souffrances de cette vie, l'espérance fait revivre la générosité au service de Dieu.

Rien n'élève plus facilement l'âme et la vie, rien ne transporte plus sûrement dans le monde divin que la pensée du ciel, car nous y trouverons la Divinité dévoilée, le monde surnaturel dans sa manifestation pleine, suprême et éternelle. Et surtout quand la vie se fait plus triste, que le travail devient plus lourd, quand l'ennui et le dégoût du devoir nous gagnent ; quand tout se lasse en nous, même l'espérance ; ou bien encore, lorsque les peines nous viennent plus nombreuses et plus accablantes ; lorsque notre âme s'irrite ou s'abat de voir tant de péchés, d'injustices, de mensonges, de corruption, de rencontrer tant d'ingratitude, de malveillances, de déceptions : il fait bon alors de secouer son ennui, son dégoût, sa tristesse, pour s'envoler, d'un énergique élan, vers la Cité de la paix, de la justice, de la pureté, de la vérité.

Les considérations sur le ciel nous présentent de grandes lumières pour mieux vivre avant la mort ; elles nous tirent de notre superficialité et de notre somnolence, en nous révélant la profondeur incommensurable de l'âme, qui pourra être comblée par la possession éternelle de Dieu, Vérité suprême et Bien souverain.

Difficultés de parler du bonheur du ciel

Notre fin dernière est une énigme que la raison ne peut éclaircir. Seule la foi peut élever nos pensées, fortifier notre courage, enflammer notre espérance et nous assurer qu'au-delà de nos années périssables, il est une vie nouvelle et éternelle. Ici, nous sommes portés à faire nôtres ces paroles de sainte Angèle de Foligno : « Tous les mots me paraissent des blasphèmes, tellement ils sont au-dessous de ce qu'il faudrait dire ». Ou encore ces paroles de sainte Catherine de Gênes : « Je parle de l'amour, et il me semble que je l'insulte, tant mes paroles sont loin de la réalité. Sachez seulement que, si une goutte (de l'Amour divin) qui coule dans mon cœur tombait en enfer, l'enfer serait changé en Paradis ».

Les biens célestes sont au-dessus de toute conception et ils échappent dès lors aux lois ordinaires du langage humain. Néanmoins, on peut dire avec Bossuet : « Toutes les comparaisons tirées des choses humaines sont les effets comme nécessaires de l'effort que fait notre esprit, lorsque, prenant son vol vers le ciel et retombant par son propre poids dans la matière, il se prend, comme à des branches, à ce qu'il a de plus élevé et de moins impur, pour s'empêcher d'y être tout à fait replongé ». Essayons cependant de résumer les pensées que nous fournissent sur le bonheur du ciel l'Écriture Sainte et la théologie.

Saint Paul s'est déclaré impuissant à décrire ce bonheur : « Nous annonçons, écrivait-il, ce que l'œil n'a pas vu, ce que l'oreille n'a pas entendu, ce qui n'est pas monté au cœur de l'homme, tout ce que Dieu a préparé pour ceux qui l'aiment » (1 Cor 2, 9) Les biens que Dieu nous prépare dépassent tout ce que nos sens peuvent percevoir, tout ce que notre expérience parviendra jamais à acquérir, toutes les pensées de notre esprit, et les désirs qui s'élèveront dans nos cœurs.

Par sa raison, l'homme n'atteint Dieu que dans ses œuvres (cf. Rom 1, 20) ; c'est seulement une connaissance partielle et discursive ; on le devine, comme une énigme dans son âme, ce qui est une connaissance bien obscure. Mais dans le ciel, l'homme connaîtra Dieu, en lui-même, en toute exactitude et selon qu'il a été lui-même connu de Dieu. Cette connaissance subjective consistera moins à connaître la nature divine et ses attributs qu'à parvenir à une communauté d'être et de vie avec Dieu. Comprendre Dieu comme on est compris de lui, c'est participer à la vie de Dieu, en avoir l'expérience.

La béatitude éternelle

Le Royaume de Dieu réalisé sur terre par la prédication et par la foi aura son achèvement dans la béatitude éternelle. Les anges et les saints dans le ciel jouiront d'un bonheur parfait en voyant Dieu et en l'aimant. Saint Grégoire de Nazianze affirmait que le ciel sera une fête perpétuelle. L'âme y sera fixée en Dieu pour toujours, contrairement à ce qu'apportent les plaisirs de la terre, qui sont si fragiles et si courts et qu'on ne peut goûter sans l'appréhension d'un lendemain chargé d'inquiétudes.

La béatitude surnaturelle dépasse sans mesure les forces naturelles et les exigences de toute nature créée, même celles des natures angéliques les plus hautes. Elle consiste dans une participation à la béatitude même de Dieu, celle dont il jouit en se voyant et en s'aimant lui-même de toute éternité. Ainsi, il est dit dans la parabole des talents, au bon serviteur : « Entre dans la joie de ton Seigneur » (Mt 25, 21), c'est-à-dire prends part à ma béatitude même.

Nous sommes appelés à voir Dieu comme il se voit, à l'aimer comme il s'aime. La profondeur de notre volonté est telle que seul Dieu, vu face à face, peut la combler et l'attirer irrésistiblement. La profondeur que possède notre volonté par sa nature même, est augmentée par la charité et l'espérance infuses, qui dilatent pour ainsi dire notre cœur, développent sa capacité d'amour et suscitent en nous des aspirations plus élevées que celles qui relèveraient de la nature laissée à elle-même. Dieu seul vu face à face peut remplir le vide profond de notre cœur et combler la profondeur de notre volonté.

L'amour de Dieu, tout en restant fini du côté de l'homme, portera immédiatement sur Dieu, le Bien infini. Nul autre objet ne pourra satisfaire toutes nos aspirations. Dès maintenant, d'ailleurs, notre cœur ne trouve un vrai repos durable que dans l'amour de Dieu. Comme notre intelligence, notre volonté est finie par sa nature même, mais elle s'ouvre sur l'infini, elle a un objet qui est sans limite.

La béatitude essentielle des élus consiste dans une union vitale avec Dieu par les facultés supérieures, intelligence et volonté, c'est-à-dire dans la vision béatifique et dans l'amour qui en résulte. Notre âme sera unie à la Nature divine tout entière, et à toutes ses perfections infinies. Les perfections divines se montreront à l'âme, la raviront, entreront avec elle dans une éternelle intimité, la combleront de biens, la pénétreront dans les profondeurs de sa substance et de ses facultés, dans ses actes, dans tous les replis de son être.

Cette union avec les Personnes divines n'empêchera ni ne gênera l'union avec les créatures, avec les saints et les anges. Au contraire, c'est Dieu qui la fera ; en effet, à travers l'Essence divine, nous serons initiés aux secrets les plus ravissants des âmes glorifiées. Ainsi, l'Essence divine sera le milieu dans lequel les bienheureux se parleront, et l'on peut même dire qu'elle sera le merveilleux langage par lequel les âmes entreront en communication les unes avec les autres.

Dans sa bonté, Dieu daigne appeler l'homme à une béatitude surnaturelle. Déjà participant de la nature divine par la grâce sanctifiante (cf. 2 Pierre 1, 4), l'homme participera au ciel à la béatitude même de Dieu, à cette béatitude dont il jouit en se contemplant et en s'aimant lui-même de toute éternité. La vision béatifique constituera le bonheur spécial de l'intelligence, tandis que l'amour béatifique fera le bonheur de la volonté. Saint Augustin a décrit excellemment cette situation : « Dieu est le but de nos désirs, Lui que l'on verra sans fin, que l'on aimera sans se lasser, et que l'on glorifiera sans fatigue ».

La vision béatifique

La vision béatifique dépasse considérablement toutes les visions même intellectuelles que reçoivent ici-bas quelques grands mystiques et qui demeurent au plan de la foi, car elles ne fournissent pas encore l'évidence intrinsèque de la très Sainte Trinité. La vision béatifique, au contraire, apporte cette évidence et elle montre que s'il n'y avait pas trois Personnes en Dieu, Il ne serait pas Dieu.

Les élus dans le ciel verront Dieu beaucoup plus parfaitement que dans le miroir des créatures si parfaites soient-elles, beaucoup mieux que par son rayonnement dans le monde des anges. En effet, ils verront Dieu immédiatement, sans l'intermédiaire d'aucune créature dont la vue s'imposerait, mieux même que nous ne voyons les personnes avec lesquelles nous parlons ; étant un être tout à fait spirituel, Dieu sera intimement présent dans notre intelligence qu'il éclairera et fortifiera pour lui donner la capacité de le voir.

Même si elle est intuitive et absolument immédiate, la vision béatifique de Dieu dans le ciel ne sera pourtant pas compréhensive, comme celle que Dieu a de lui-même. En effet, lui seul peut se connaître autant qu'il peut être connu. D'ailleurs, même la Vierge Marie, qui voit Dieu plus clairement et plus parfaitement que tous les anges et les saints réunis, ne pourra parvenir à le voir et à le connaître d'une façon adéquate.

Dieu est infini, et l'on doit ajouter que si la créature peut le voir, ce qu'elle peut découvrir de ses perfections n'est presque rien en comparaison de ce que l'Être éternel contemple lui-même dans la splendeur de son Verbe et en union d'amour avec l'Esprit-Saint. On peut comparer les bienheureux du ciel à des voyageurs qui regardent l'océan ; ils savent que c'est l'océan, ils voient de leurs yeux cet océan qui s'étend et se déroule dans l'immensité, mais ils ne peuvent embrasser de leurs regards toutes ses rives et ses contours.

L'infini n'a ni borne, ni fond, ni rivage ; c'est pourquoi les bienheureux du ciel chercheront éternellement à découvrir en Dieu de nouvelles perfections ; éternellement, ils aspireront à goûter des délices toujours plus pures et plus enivrantes Ils iront de gloire en gloire, de joie en joie, car « le Bien infini n'a pas de bornes, le désir qu'il provoque est sans mesure », écrivait saint Grégoire de Nysse.

Les élus voient toutes les perfections divines concentrées et harmonisées dans leur source commune, c'est-à-dire dans l'Essence divine qui les contient éminemment et formellement, plus et mieux que la lumière blanche ne contient les sept couleurs fondamentales de l'arc-en-ciel. Ils comprennent aussi comment la Miséricorde la plus tendre et la Justice la plus inflexible procèdent d'un seul et même Amour, infiniment généreux et infiniment saint ; ils voient comment la même qualité éminente d'amour concilie en soi des attributs en apparence aussi opposés. Ils voient comment la Miséricorde et la Justice s'unissent de façons variées en toutes les œuvres divines.

Ils voient comment tout en Dieu est sagesse et se convertit en amour. Ils voient comment la divine Sagesse s'identifie avec la Vérité première toujours connue, et comment toutes ces perfections ne font qu'un dans l'essence même de Celui qui est. Ils contemplent l'éminente simplicité de Dieu, sa pureté et sa sainteté absolues, concentration de toutes les perfections sans aucune trace d'imperfection.

D'un unique regard intellectuel, jamais interrompu, ils voient aussi la fécondité infinie de la Nature divine s'épanouissant en trois Personnes, l'éternelle génération du Verbe, « resplendissement de la gloire du Père et effigie de sa substance » (Heb 1, 3), l'ineffable spiration du Saint-Esprit, terme de l'amour mutuel du Père et du Fils, qui les unit éternellement dans la plus intime communication d'eux-mêmes.

Sur terre, nous ne pouvons qu'énumérer les perfections divines, et nous ne voyons pas comment elles se concilient ; du mal et parfois d'une malice effroyable comme dans le cas des persécutions. Nous savons que Dieu ne permet le mal que pour un plus grand bien, mais ce plus grand bien est parfois difficile à découvrir.

Toutefois, dans le ciel, tout s'éclairera. Nous comprendrons la valeur des souffrances et nous verrons comment se concilient intimement l'infinie justice si redoutable et la tendresse de l'infinie miséricorde, dont le principe est la divine Bonté, qui est essentiellement diffuse. Par contre, cette infinie Bonté a droit d'être aimée par-dessus tout et c'est le principe de la justice. Ici-bas, nous sommes comme celui qui connaîtrait les sept couleurs de l'arc-en-ciel, mais qui jamais n'aurait vu la lumière blanche.

Père Ovila Melançon, C.S.C.

Photo : Fresque de la coupole de la cathédrale de Chicoutimi, au Québec, réalisée en 1924 par les peintres Louis-Eustache Monti (1873-1933) et Matteo Martirano (1908-1996). La fresque de la coupole représente le Christ au centre avec les pieds sur la terre, au-dessus de lui Dieu le Père, en dessous l'archange saint Michel, entouré de Marie, Joseph et les apôtres portant l'instrument de leur martyre.

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