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La doctrine sociale de l'Église; la primauté de la personne sur les systèmes

Alain Pilote le lundi, 01 janvier 2001. Dans Doctrine Sociale

La doctrine sociale de l'Église peut se résumer dans ce principe de base : la primauté de la personne humaine :

« La doctrine sociale chrétienne a pour lumière la Vérité, pour objectif la Justice et pour force dynamique l'Amour... Son principe de base est que les êtres humains sont et doivent être fondement, but et sujets de toutes les institutions où se manifeste la vie sociale. » (Jean XXIII, encyclique Mater et Magistra, 15 mai 1961, nn. 219 et 226.)

Le Crédit Social partage la même philosophie. C.H. Douglas écrivait au début de son tout premier livre, Economic Democracy : « Les systèmes sont faits pour l'homme, et non pas l'homme pour les systèmes, et l'intérêt de l'homme, qui est son propre développement, est au-dessus de tous les systèmes. »

Et Jean-Paul Il écrivait dans sa première encyclique, Redemptor Hominis (4 mars 1979, n. 15) : « L'homme ne peut renoncer à lui-même ni à la place qui lui est propre dans le monde visible, il ne peut devenir esclave des choses, esclave des systèmes économiques, esclave de ses propres produits. »

Tous les systèmes doivent être au service de l'homme, y compris les systèmes financiers et économiques : « En tant que société démocratique, veillez attentivement à tout ce qui se passe dans le puissant monde de l'argent ! Le monde de la finance est aussi un monde humain, notre monde, soumis à la conscience de nous tous ; pour lui aussi il y a des principes éthiques. Veillez donc surtout à ce que vous apportiez une contribution au service du monde avec votre économie et vos banques, et non une contribution - peut-être indirecte - à la guerre et à l'injustice ! » (Jean-Paul II, Fluëli, Suisse, 14 juin 1984.)

Le principe de subsidiarité

Cela nous amène à l'un des principes les plus intéressants de la doctrine sociale de l'Église, celui de la subsidiarité : les niveaux supérieurs de gouvernements ne doivent pas faire ce que les niveaux inférieurs, plus près de l'individu, peuvent faire. C'est le contraire de la centralisation – et de son application la plus extrême, un gouvernement mondial, où tous les gouvernements nationaux sont abolis.

Ce principe de subsidiarité signifie aussi que les gouvernements existent pour aider les parents, non pas pour prendre leur place : Par exemple, en ce qui concerne les écoles, le rôle de l'État est de corriger le système financier pour que les parents puissent éduquer leurs enfants sans l'intervention de l'État. Cela serait possible par l'attribution d'un dividende à chaque citoyen, et les parents pourraient ainsi se grouper et fonder leurs propres écoles. Voici comment le Pape Pie XI expliquait ce principe dans son encyclique Quadragesimo Anno (n. 79) ;

« On ne saurait ni changer ni ébranler ce principe si grave de philosophie sociale : de même qu'on ne peut enlever aux particuliers pour les transférer à la communauté, les attributions dont ils sont capables de s'acquitter de leur seule initiative et par leurs propres moyens, ainsi ce serait commettre une injustice, en même temps que troubler d'une manière très dommageable l'ordre social, que de retirer aux groupes d'ordre inférieur, pour les confier à une collectivité plus vaste et d'un rang plus élevé, les fonctions qu'ils sont en mesure de remplir eux-mêmes... L'objet naturel de toute intervention en matière sociale est d'aider les membres du corps social, et non pas de les détruire ni de les absorber. »

La famille, première société

Le principe de subsidiarité implique aussi que les parents ont préséance sur l'État, et que les gouvernements ne doivent pas détruire les familles ni l'autorité des parents. Comme l'Église l'enseigne, les enfants appartiennent aux parents, et non à l'État :

« Aussi bien que la société civile, la famille est une société proprement dite, avec son autorité et son gouvernement propre, l'autorité et le gouvernement paternel... La société domestique a sur la société civile une priorité logique et une priorité réelle... Vouloir donc que le pouvoir civil envahisse arbitrairement jusqu'au sanctuaire de la famille, c'est une erreur grave et funeste... L'autorité paternelle ne saurait être abolie, ni absorbée par l'État... Ainsi, en substituant à la providence paternelle la providence de l'État, les socialistes vont contre la justice naturelle et brisent les liens de la famille. » (Léon XIII, encyclique Rerum Novarum, n. 1214)

« Rendre à César... »

La fameuse réponse de Jésus dans l'Évangile, « Rendez à César ce qui appartient à César, et à Dieu ce qui appartient à Dieu » (Matthieu 22, 21), met justement une limite au pouvoir de César (l'État), en disant que tout ne lui appartient pas, qu'il existe des choses qui n'appartiennent pas à César, mais à Dieu. La personne et la famille sont une création de Dieu qui passent avant l'État. Cela signifie aussi que César ne peut taxer sans limite les familles et les individus :

« Une condition indispensable pour que tous ces avantages (liés au droit à la propriété) deviennent des réalités, c'est que la propriété privée ne soit pas épuisée par un excès de charges et d'impôts... C'est pourquoi elle (l'autorité publique) agit contre la justice et l'humanité, quand sous le nom d'impôts, elle grève outre mesure les biens des particuliers. » (Léon XIII, Rerum Novarum)

Comme l'explique M. Louis Even, « pour accomplir ses fonctions propres, César ne doit pas recourir à des moyens qui empêchent les personnes, les familles d'accomplir les leurs... Parce qu'il n'accomplit pas ce redressement, que lui seul peut accomplir (casser le monopole de la création de l'argent par les banques privées et créer lui-même, pour la nation, son propre argent sans dette), César sort de son rôle, accumule des fonctions, s'en autorise, pour imposer des charges lourdes, parfois ruineuses, aux citoyens et aux familles. Il devient ainsi l'instrument d'une dictature financière qu'il devrait abattre. »

L'État-Providence

Ces fonctions que l'État accumule, au lieu de corriger le système financier, créent une bureaucratie monstrueuse, avec une armée de fonctionnaires qui embête plus les citoyens qu'elle ne les sert. Dans son encyclique Centesimus Annus (n. 48), le Pape Jean-Paul II dénonce ces excès de l'« État-Providence » :

« On a assisté, récemment, à un important élargissement du cadre de ces interventions (de l'État), ce qui a amené à constituer, en quelque sorte, un État de type nouveau, l'« État du bien-être » (ou État-Providence)... Cependant, au cours de ces dernières années en particulier, des excès ou des abus assez nombreux ont provoqué des critiques sévères de l'État du bien-être... (qui) provoque la déperdition des forces humaines, l'hypertrophie des appareils publics, animés par une logique bureaucratique plus que par la préoccupation d'être au service des usagers, avec une croissance énorme des dépenses. » La solution, indique le Saint-Père, est de respecter le principe de subsidiarité, ne pas interférer dans les compétences des familles et des niveaux de gouvernements inférieurs, car « les besoins sont mieux connus par ceux qui en sont plus proches ».

Le service de la dette

La plupart des taxes aujourd'hui sont injustes et inutiles, et pourraient être éliminées dans un système de Crédit Social. La partie la plus injuste de ces taxes, et qui n'a aucune raison d'être, est celle qui sert à payer le « service de la dette » – les intérêts que le pays doit payer chaque année sur sa dette nationale, pour avoir emprunté à intérêt de l'argent que l'État aurait pu créer lui-même, sans intérêt.

Comme il a déjà été expliqué maintes fois dans Vers Demain, et que tous nos lecteurs devraient savoir maintenant, est qu'aucun pays ne peut payer sa dette dans le système actuel, puisque tout argent est créé sous forme de dette : tout l'argent qui existe vient en circulation seulement lorsqu'il est prêté par les banques, à intérêt. Les banques créent le capital qu'elles prêtent, mais pas l'intérêt qu'elles exigent en retour. Comme il est impossible de rembourser de l'argent qui n'existe pas, les dettes s'accumulent.

Un exemple qui vient immédiatement à l'esprit est celui des pays d'Amérique latine qui, en dix ans, de 1980 à 1990, avaient payé 418 milliards $ d'intérêts sur un emprunt original de 80 milliards $... et ils doivent encore le capital, même s'ils l'ont remboursé plus de cinq fois avec les intérêts ! Les institutions financières comme le Fonds Monétaire International (FMI) et la Banque Mondiale prétendent venir en aide aux pays en difficultés financières avec leurs prêts, mais à cause des intérêts que ces pays doivent payer, ces prêts les appauvrissent encore davantage.

Ce sont des exemples semblables qui ont amené Saint Léon à écrire : « C'est une avarice injuste et insolente que celle qui se flatte de rendre service au prochain alors qu'elle le trompe... Celui-là jouira du repos éternel qui entre autres règles d'une conduite pieuse n'aura pas prêté son argent à usure... tandis que celui qui s'enrichit au détriment d'autrui, mérite en retour la peine éternelle. » Saint Jean Chrysostome écrivait aussi : « Rien n'est plus honteux, ni plus cruel que l'usure. »

Au Canada, la situation n'est pas différente, elle est même pire ! 93% de la dette nationale de 562 milliards $ est le résultat d'intérêts composés ; seulement 7% (39 milliards $) représente ce que le gouvernement canadien a dû emprunter depuis 1867 pour ses dépenses en biens et services. Le reste, 523 milliards $, représente ce qu'il en a coûté pour emprunter ces 39 $ milliards !

Selon la Coalition pour le Jubilé 2000, pour chaque dollar versé en aide aux pays pauvres, 8 dollars sont remboursés par ces mêmes pays en intérêts. Voir la caricature ci-contre. De plus, on estime à 19 000 le nombre d'enfants qui meurent chaque jour dans les pays pauvres en raison de coupures dans les soins de santé, afin de payer l'intérêt sur la dette.

Toute personne la moindrement sensée réalisera qu'il est criminel et immoral d'exiger des pays de continuer à payer des intérêts sur des dettes dont le capital a déjà été remboursé plusieurs fois par l'intérêt. On peut donc comprendre pourquoi l'Église condamne si fortement l'usure (le prêt d'argent à intérêt), et demande l'effacement des dettes. Lorsqu'on comprend que l'argent prêté par les banques est littéralement créé à partir de rien, d'un simple trait de plume, alors il est facile de comprendre que les dettes peuvent être effacées de la même manière, sans que personne ne soit pénalisé.

Un dividende à tous

Beaucoup de politiciens « soi-disant de droite » s'insurgent contre les ingérences de l'État, mais n'ont rien à proposer pour venir en aide à l'indigence des familles, et disent que ce n'est pas à l'État, mais aux organismes de charité, de s'occuper des pauvres. Mais comme le dit Jean-Paul II, « la charité ne remplace pas la justice ». C'est ce que disent aussi les créditistes de Vers Demain, en proposant de donner à chaque citoyen, du berceau à la tombe, sans conditions, un dividende, ou revenu annuel garanti.

Ce dividende n'est pas une charité à leur faire, mais bien un dû, puisque chaque citoyen de la nation est cohéritier des richesses naturelles du pays et des inventions des générations précédentes. Contrairement au bien-être social, revenu minimum d'insertion et autres mesures de sécurité sociale qui nécessitent un tas d'enquêtes et sont financés par l'argent pris dans les poches des contribuables, ce dividende serait donné à tous sans condition, et financé non pas par les taxes, mais par de l'argent nouveau créé par la nation, basé sur la production du pays. C'est de plus la seule solution logique face au remplacement de l'homme par la machine dans la production.

Un salaire pour la mère au foyer

Ce dividende permettrait aussi de reconnaître l'importance du travail de la femme au foyer en lui versant un revenu, ce qui est d'ailleurs l'un des points de la doctrine sociale de l'Église.

« L'expérience confirme qu'il est nécessaire de s'employer en faveur de la revalorisation sociale des fonctions maternelles, du labeur qui y est lié, et du besoin que les enfants ont de soins, d'amour et d'affection pour être capables de devenir des personnes responsables, moralement et religieusement adultes, psychologiquement équilibrés. Ce sera l'honneur de la société d'assurer à la mère - sans faire obstacle à sa liberté, sans discrimination psychologique ou pratique, sans qu'elle soit pénalisée par rapport aux autres femmes - la possibilité d'élever ses enfants et de se consacrer à leur éducation selon les différents besoins de leur âge. Qu'elle soit contrainte à abandonner ces tâches pour prendre un emploi rétribué hors de chez elle n'est pas juste du point de vue du bien de la société et de la famille si cela contredit ou rend difficiles les buts premiers de la mission maternelle. » (Jean-Paul II, encyclique Laborem Exercens, 15 septembre 1981, n. 19)

« C'est par un abus néfaste, qu'il faut à tout prix faire disparaître, que les mères de famille, à cause de la modicité du salaire paternel, sont contraintes de chercher hors de la maison une occupation rémunératrice, négligeant les devoirs tout particuliers qui leur incombent, – avant tout, l'éducation des enfants. » (Pie XI, Quadragesimo Anno, n. 71)

En octobre 1983, le Saint-Siège publiait la « Charte des droits de la famille », dans laquelle il demandait « la rémunération du travail d'un des parents au foyer ; elle doit être telle que la mère de famille ne soit pas obligée de travailler hors du foyer, au détriment de la vie familiale, en particulier de l'éducation des enfants. » (Art. 10).

La misère en face de l'abondance

Dieu a mis sur la terre tout ce qu'il faut pour nourrir tout le monde. Mais à cause du manque d'argent, les produits ne peuvent plus joindre les gens qui ont faim : des montagnes de produits s'accumulent en face de millions qui meurent de faim. C'est le paradoxe de la misère en face de l'abondance :

« Jamais, plus jamais la faim ! Mesdames et messieurs, cet objectif peut être atteint. La menace de la faim et le poids de la malnutrition ne sont pas une fatalité inéluctable. La nature n'est pas, en cette crise, infidèle à l'homme. Tandis que, selon l'opinion généralement acceptée, 50% des terres cultivables ne sont pas encore mises en valeur, le fait s'impose du scandale d'énormes excédents alimentaires que certains pays détruisent périodiquement faute d'une sage économie qui en aurait assuré une consommation utile.

« Nous touchons ici au paradoxe de la situation présente : L'humanité dispose d'une maîtrise inégalée de l'univers ; elle dispose des instruments capables de faire rendre à plein les ressources de celui-ci. Les détenteurs mêmes de ces instruments resteront-ils comme frappés de paralysie devant l'absurde d'une situation où la richesse de quelques-uns tolérerait la persistance de la misère d'un grand nombre ?... on ne saurait en arriver là sans avoir commis de graves erreurs d'orientation, ne serait-ce parfois que par négligence ou omission ; il est grand temps de découvrir en quoi les mécanismes sont faussés, afin de rectifier, ou plutôt de redresser de bout en bout la situation, » (Paul VI à la Conférence Mondiale de l'Alimentation, Rome, 9 novembre 1974.)

« De toute évidence, il y a un défaut capital, ou plutôt un ensemble de défauts et même un mécanisme défectueux à la base de l'économie contemporaine et de la civilisation matérialiste, qui ne permettent pas à la famille humaine de se sortir, dirais-je, de situations aussi radicalement injustes. » (Jean-Paul II, encyclique Dives in Misericordia, 30 novembre 1980, n. 11.)

« La misère en face de l'abondance... « représente en quelque sorte un gigantesque développement de la parabole biblique du riche qui festoie et du pauvre Lazare. L'ampleur du phénomène met en cause les structures et les mécanismes financiers, monétaires, productifs et commerciaux qui, appuyés sur des pressions politiques diverses, régissent l'économie mondiale ; ils s'avèrent incapables de résorber les injustices héritées du passé et de faire face aux défis urgents et aux exigences éthiques du présent... Nous sommes ici en face d'un drame dont l'ampleur ne peut laisser personne indifférent. » (Jean-Paul II, Redemptor Hominis, n. 15.)

Réforme du système financier

C'est pour toutes ces raisons que le Pape dénonce la dictature de l'argent rare et demande une réforme des systèmes financiers et économiques, l'établissement d'un système économique au service de l'homme :

« Je tiens encore à aborder une question délicate et douloureuse. Je veux parler du tourment des responsables de plusieurs pays, qui ne savent plus comment faire face à l'angoissant problème de l'endettement... Une réforme structurelle du système financier mondial est sans nul doute une des initiatives les plus urgentes et nécessaires. » (Jean-Paul II, message à la 6e session de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement, Genève, 26 septembre 1985.)

« ll est nécessaire de dénoncer l'existence de mécanismes économiques, financiers et sociaux qui, bien que menés par la volonté des hommes, fonctionnent souvent d'une manière quasi automatique, rendant plus rigides les situations de richesse des uns et de pauvreté des autres. » (Jean-Paul II, encyclique Sollicitudo Rei Socialis, n. 16.)

C'est donc un devoir et une obligation pour tout chrétien de travailler à l'établissement de la justice et d'un meilleur système économique. Vive la doctrine sociale de l'Église, et vive la technique du Crédit Social qui mettrait si bien en application cette doctrine !

Alain Pilote

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