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Aux funérailles du Saint-Père, le 8 avril 2005, homélie du Cardinal Ratzinger

Benoît XVI le dimanche, 01 mai 2005. Dans Jean-Paul II

«A la fenêtre de la maison du Père, il nous voit et nous bénit»

ZF05040801 - 2005-04-08

Par le cardinal Ratzinger

CITE DU VATICAN, Vendredi 8 avril 2005 (ZENIT.org) - De la fenêtre du Ciel, Jean-Paul II continue de bénir les foules : c'est l'image que le cardinal Joseph Ratzinger, doyen du collège des cardinaux, et en tant que tel président de la célébration, a laissée à la foule rassemblée place Saint-Pierre pour les funérailles de son ami Jean-Paul II, vendredi matin. Une homélie au cours de laquelle le cardinal s'est ému à plusieurs reprises. Treize fois les applaudissements de la foule ont scandé ses propos. Il expliquait : « Il a interprété pour nous le mystère pascal comme mystère de la Divine miséricorde ».

Rouge, deuil pontifical, rouge du collège des cardinaux rassemblés. Vent, brise de Pentecôte. Bois, de cyprès qui embrasse le corps du défunt, et où son blason est gravé : la croix et le « M » de Marie à l'ombre de la Croix. Autant de signes marquant la célébration de ces funérailles du siècle, sur le parvis de la basilique Saint-Pierre, sous l'effigie du Christ ressuscité.

« Pour nous tous, disait le cardinal à la fin de son homélie, demeure inoubliable (applaudissements] la manière dont en ce dernier dimanche de Pâques de son existence, le Saint-Père, marqué par la souffrance, s'est montré encore une fois à la fenêtre du Palais apostolique et a donné une dernière fois la Bénédiction Urbi et Orbi. Nous pouvons être sûrs que notre Pape bien-aimé (applaudissements) est maintenant à la fenêtre de la maison du Père, qu'il nous voit et qu'il nous bénit (applaudissements). Oui, puisses-tu nous bénir, Très Saint-Père, nous confions ta chère âme à la Mère de Dieu, ta Mère, qui t'a conduit chaque jour et te conduira maintenant à la gloire éternelle de son fils, Jésus Christ, notre Seigneur. Amen. » [applaudissements).

Le cardinal Ratzinger a commenté la rencontre de Pierre et du Christ ressuscité dans l'Evangile de saint Jean et les trois appels de Karol Wojtyla, au sacerdoce, à l'épiscopat, au siège de Pierre.

Il disait : « Suis-moi », dit le Seigneur ressuscité à Pierre ; telle est sa dernière parole à ce disciple, choisi pour paître ses brebis. « Suis-moi » – cette parole lapidaire du Christ peut être considérée comme la clé pour comprendre le message qui vient de la vie de notre regretté et bien-aimé Pape Jean-Paul II, dont nous déposons aujourd'hui le corps dans la terre comme semence d'immortalité - avec le cour rempli de tristesse, mais aussi de joyeuse espérance et de profonde gratitude »,

Il a alors salué « de façon particulière les jeunes », qui ont éclaté en applaudissements. Il a ajouté : « Les jeunes que Jean-Paul Il aimait définir comme l'avenir et l'espérance de l'Église »,

Il a rappelé le premier appel de Karol Wojtyla : « Suis-moi – depuis qu'il était jeune étudiant Karol Wojtyla s'enthousiasmait pour la littérature, pour le théâtre, pour la poésie. Travaillant dans une usine chimique, entouré et menacé par la terreur nazie, il a entendu la voix du Seigneur : Suis-moi ! Dans ce contexte très particulier, il commença à lire des livres de philosophie et de théologie, il entra ensuite au séminaire clandestin créé par le Cardinal Sapieha et, après la guerre, il put compléter ses études à la faculté de théologie de l'université Jagellon de Cracovie. Très souvent, dans ses lettres aux prêtres et dans ses livres autobiographiques, il nous a parlé de son sacerdoce, lui qui fut ordonné prêtre le 1er novembre 1946 ».

Puis vint le deuxième appel, que le cardinal Ratzinger résume ainsi : « Suis-moi ! » En juillet 1958, commence pour le jeune prêtre Karol Wojtyla une nouvelle étape sur le chemin avec le Seigneur et à la suite du Seigneur. Karol s'était rendu comme d'habitude avec un groupe de jeunes passionnés de canoë aux lacs Masuri pour passer des vacances avec eux. Mais il portait sur lui une lettre qui l'invitait à se présenter au Primat de Pologne, le Cardinal Wyszynski et il pouvait deviner le but de la rencontre : sa nomination comme évêque auxiliaire de Cracovie. Laisser l'enseignement académique, laisser cette communion stimulante avec les jeunes, laisser le grand combat intellectuel pour connaître et interpréter le mystère de la créature humaine, pour rendre présent dans le monde d'aujourd'hui l'interprétation chrétienne de notre être - tout cela devait lui apparaître comme se perdre soi-même, perdre précisément ce qui était devenu l'identité humaine de ce jeune prêtre ».

Le cardinal Ratzinger évoque cette vie toute donnée : « Suis-moi – Karol Wojtyla accepta, entendant la voix du Christ dans l'appel de l'Église. Et il a compris ensuite jusqu'à quel point était vraie la parole du Seigneur : « Qui cherchera à conserver sa vie la perdra. Et qui la perdra la sauvegardera ». Notre Pape - nous le savons tous - n'a jamais voulu sauvegarder sa propre vie, la garder pour lui ; il a voulu se donner lui-même sans réserve, jusqu'au dernier instant, pour le Christ et de ce fait pour nous aussi ».

Le cardinal raconte ainsi l'élection au siège de Pierre : « Suis-moi ! En octobre 1978, le Cardinal Wojtyla entendit de nouveau la voix du Seigneur. Se renouvelle alors le dialogue avec Pierre, repris dans l'Évangile de cette célébration : « Simon, fils de Jean, m'aimes-tu ? Sois le pasteur de mes brebis ! » À la question du Seigneur, Karol, m'aimes-tu ? l'Archevêque de Cracovie répond du plus profond de son cour : « Seigneur, tu sais tout : tu sais bien que je t'aime », L'amour du Christ fut la force dominante de notre bien-aimé Saint-Père ; ceux qui l'ont vu prier, ceux qui l'ont entendu prêcher, le savent bien. Ainsi, grâce à son profond enracinement dans le Christ, il a pu porter une charge qui est au-delà des forces purement humaines : être le pasteur du troupeau du Christ, de son Église universelle »,

« Suis-moi ! En même temps qu'il lui confiait de paître son troupeau, le Christ annonça à Pierre son martyre », ajoute le cardinal doyen.

Et d'expliquer : « Dans la première période de son pontificat, le Saint-Père, encore jeune et plein de force, allait, sous la conduite du Christ, jusqu'aux confins du monde. Mais ensuite il est entré de plus en plus dans la communion aux souffrances du Christ, il a compris toujours mieux la vérité de ces paroles : « C'est un autre

qui te mettra ta ceinture... ». Et vraiment, dans cette communion avec le Seigneur souffrant, il a annoncé infatigablement et avec une intensité renouvelée l'Évangile, le mystère de l'amour qui va jusqu'au bout ».

Le pape s'en est allé aux premières vêpres du dimanche de la Miséricorde. Le cardinal Ratzinger explique cette orientation de tout le pontificat, cette alchimie de l'amour : « ll a interprété pour nous le mystère pascal comme mystère de la Divine miséricorde. Il écrit dans son dernier livre la limite imposée au mal « est en définitive la Divine miséricorde ». Et en réfléchissant sur l'attentat, il affirme : « En souffrant pour nous tous, le Christ a conféré un sens nouveau à la souffrance, il l'a introduite dans une nouvelle dimension, dans un nouvel ordre : celui de l'amour [...]. C'est la souffrance qui brûle et consume le mal par la flamme de l'amour et qui tire aussi du péché une floraison multiforme de bien ».

« Animé par cette perspective, le Pape a souffert et aimé en communion avec le Christ et c'est pourquoi le message de sa souffrance et de son silence a été si éloquent et si fécond », ajoute le cardinal.

Il ne pouvait pas ne pas évoquer la Mère de Dieu : « Divine miséricorde : le Saint-Père a trouvé le reflet le plus pur de la miséricorde de Dieu dans la Mère de Dieu. Lui, qui tout jeune avait perdu sa mère, en a d'autant plus aimé la Mère de Dieu. Il a entendu les paroles du Seigneur crucifié comme si elles lui étaient personnellement adressées : « Voici ta Mère ». Et il a fait comme le disciple bien-aimé : il l'a accueillie au plus profond de son être - Totus tuus. Et de cette Mère il a appris à se conformer au Christ ».

L'homélie a été saluée par un long applaudissement : autant de gratitude pour cette évocation pleine de profondeur, de beauté, d'affection, en syntonie avec les sentiments de la foule, que de gratitude pour celui auquel il rendait ainsi hommage.

Benoît XVI

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