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7 octobre 1571, victoire de Lépante L'Europe chrétienne sauvée du joug musulman

Louis Even le vendredi, 15 juillet 2022. Dans Événement historique

Hommages à Notre-Dame du Très Saint Rosaire

Nous reproduisons un article très intéressant de Louis Even publié dans le journal Vers Demain de septembre-octobre 1971. Nous voyons la puissante intervention de Notre-Dame du Rosaire pour sauver la chrétienté :

par Louis Even

Le 7 octobre 1571 a été marqué par la victoire de Lépante contre les Turcs musulmans qui envahissaient l'Europe chrétienne. Victoire dont nos manuels parlent de moins en moins, dont maints historiens actuels nient l'importance ou même l'utilité. Et pourtant, ce fut une grande date dans l'histoire de l'Église en même temps que l'histoire de la civilisation.

Mais pour s'en rendre compte, il faut savoir ce qu'était l'ennemi arrêté à Lépante, et ce qu'il avait déjà fait de ravages dans les chrétientés dévastées par ses conquêtes ; savoir aussi ce qu'était le monde à l'époque de Lépante. Ce que nous allons essayer d'exposer sommairement ici, non pas pour des étudiants qui veulent se spécialiser en histoire, mais pour les simples lecteurs de Vers Demain qui aiment à reconnaître l'intervention de Dieu dans le cours d'événements où les acteurs sont des hommes.

Sans doute ne faut-il pas attribuer à la seule victoire de Lépante le salut des valeurs gréco-romaines et chrétiennes. Mais s'il n'y avait pas eu Poitiers avec Charles Martel en 732, Lépante avec Don Juan en 1571, Vienne avec Jean Sobieski en 1683, l'Europe aurait-elle échappé au fléau de l'Islam qui a tenu tant de pays sous son joug, parfois des siècles durant ?

1571

1571 n'est pas une date tellement ancienne. C'est même plutôt moderne, puisque l'on fait commencer l'histoire moderne avec la chute de Constantinople en 1453. Dans le calendrier canadien, c'était la période vide entre les voyages de découvertes du Canada par Jacques Cartier et la fondation de Québec par Champlain. Dans le calendrier espagnol, c'était l'époque de l'expansion coloniale au Mexique et dans l'Amérique du Sud ; quarante ans avant Lépante, Notre-Dame de Guadaloupe était descendue du Ciel à Tépeyac, près de Mexico, pour prendre possession de ce continent nouveau. Dans les calendriers français, allemands, anglais, et d'autres, c'étaient les heurts de plus en plus violents entre catholiques et protestants.

Quatre siècles seulement entre ces jours et les nôtres. Mais que d'événements, que de figures politiques ou militaires, que d'idéologies, que de révolutions, de bouleversements et de guerres se sont succédé sur la terre des hommes ! Un tableau chasse l'autre et l'on risque de manquer de données pour juger à leur valeur des faits qui ont plus de patine que d'âge.

Aujourd'hui, le fléau à redouter est certainement le triomphe du communisme. Mais dès le septième siècle et pendant mille ans, ce fut à maintes reprises le fléau du sabre musulman qui menaça le monde chrétien. Les mots "Islam, Musulman, Mahométan, Sarrasin, Maure, Turc, Ottoman", variant d'après la nationalité ou la dynastie de l'envahisseur, ou nés de circonstances, désignaient tous l'Infidèle, celui qui voulait substituer la religion de Mahomet à celle du Christ, non pas par la persuasion, mais par le sabre, la terreur et la subjugation.

Sous le signe d'Allah

Tout cela commença dans un pays sans importance, sommairement structuré : dans l'Arabie des nomades bédouins, où se trouvaient à peine quelques agglomérations urbaines servant de marchés, de places d'échanges entre les caravaniers du désert et les producteurs de pays mieux établis. Dans l'une de ces villes, La Mecque, située à une centaine de kilomètres (une soixantaine de milles) à l'est de la Mer Rouge, naquit Mahomet, vers l'an 575. Orphelin de bonne heure, il fut élevé par un oncle, puis dut gagner sa vie comme caravanier, mais, vers l'âge de 25 ans, fut délivré de tout souci matériel en épousant une femme plus âgée que lui d'une quinzaines d'années, mais douée d'une bonne fortune dont il fut le gérant.

Comme les autres Arabes de son pays et de son temps, Mahomet ne professait aucune doctrine religieuse arrêtée. Chacun avait ses dieux préférés, parmi lesquels dominait cependant Allah, l'Incréé. Mahomet aimait rencontrer des étrangers et converser avec eux – dont des Juifs, des chrétiens hérétiques – et lisait leurs livres. Son esprit fut bientôt travaillé par des inquiétudes religieuses. Il passait par des moments tourmentés, des crises ; certains de ses compatriotes le disaient possédé d'un démon.

S'étant façonné une religion vaguement monothéiste, il la prêcha d'abord à sa femme, puis à d'autres personnes de la parenté. Un seul dieu : Allah. Mais quelques prophètes "missionnés" par Allah : Abraham, Moïse, Jésus, et surtout lui, Mahomet.

Les gens de La Mecque ne se rangèrent pas tous avec lui ; il fut même forcé de quitter cette ville et s'enfuit à Médine en 622. C'est de cette année-là que les Mahométans font dater leur ère ; ce fut pour eux l'An I, comme l'avait été l'année de la naissance de Jésus pour les chrétiens. Dès 629, cependant, Mahomet put revenir dans la "ville sainte" de La Mecque, avec l'auréole de grand prophète d'Allah. Il mourut en 632, laissant à ses disciples le Coran, évangile des musulmans. Un paradis de plaisirs éternels, y compris les plaisirs charnels, est promis à ceux qui accomplissent fidèlement les quelques pratiques indiquées dans le Coran, et surtout à ceux qui auront étendu la religion de Mahomet par n'importe quel moyen.

La "guerre sainte"

Cette religion plut aux Arabes, fiers de ce qu'Allah avait choisi comme son plus grand prophète un homme de leur nation. Les rivalités internes qui les divisaient entre tribus, entre dynasties, s'effacèrent devant l'appel religieux sous la bannière d'Allah. Mahomet avait dit : "Le paradis est à l'ombre des épées.

Avec l'épée, conquérir des pays, devint un cri de ralliement. Et puisque les autres pays, le nord de l'Afrique, l'Asie Mineure, jusqu'à Byzance (Constantinople), et au delà, étaient peuplés de chrétiens, ce sont les pays chrétiens qu'il fallait conquérir. Sans s'arrêter à la mer : au delà, n'y avait-il pas l'Europe, où des envahisseurs barbares s'étaient en grande partie établis et convertis au Christianisme ? Le champ à conquérir était donc vaste.

Un disciple et successeur de Mahomet, le khalife Omar s'écriait : "Il nous appartient de dévorer les chrétiens, et il appartient à nos fils de dévorer leurs descendants, tant qu'il y en aura."

La "guerre sainte" des cavaliers d'Allah commença dès l'an 634, deux années après la mort du prophète. Et à une allure foudroyante. Avec succès aussi, profitant de la faiblesse de chrétiens divisés par des hérésies, profitant également du mécontentement de nations fatiguées d'être sous la tutelle du gouvernement impérial de Byzance.

Les troupes musulmanes franchirent les frontières de leur Arabie, se jetant, d'une part, sur la Mésopotamie, occupant ce pays vassal de la Perse ; d'autre part, vers le sud de la Palestine, se rendant vite maîtres de Gaza. Dès 635, la capitale de la Syrie, Damas, capitulait.

Les musulmans se tournèrent alors contre les Perses, et leur roi Héraclius dut retraiter, en ordonnant de transporter à Byzance la vraie Croix dont il était dépositaire. Les places fortifiées offraient bien quelque résistance, mais tombaient à leur tour, Jérusalem en février 638. Le khalife Omar vint triomphalement faire sa prière coranique sur l'esplanade de l'ancien Temple de Salomon, là où fut ensuite érigée une mosquée musulmane, la Mosquée d'Omar.

De la Palestine, les musulmans se jetèrent sur l'Égypte, et la très importante cité d'Alexandrie tombait en 643.

En même temps, vers l'est, les cavaliers d'Allah couraient sur toute l'Asie Mineure, le Liban, la Turquie, l'Arménie, la Perse, le Turkestan. Dès 643, après neuf années seulement de sa "guerre sainte", l'Islam couvrait en Asie et en Afrique un pays aussi vaste que la moitié de l'Europe.

Écroulée, la belle chrétienté du nord de l'Afrique : l'Égypte qui avait donné à l'Église de saints et éminents docteurs et peuplé le désert de Thébaïde de saints anachorètes et de monastères.

La vague de l'Islam ne s'en tint pas là. Après l'Égypte, la Tripolitaine, le Magreb (Tunisie, Algérie, Maroc d'aujourd'hui), subjuguant les chrétientés de Carthage, Hippone, des saints Cyprien et Augustin, et d'autres.

D'Afrique en Europe

À l'été 711, Tarik avec ses 7,000 cavaliers berbères, les Maures, traversait le détroit de Gibraltar, conquérait rapidement Algésiras, Séville, Cordoue, Tolède, submergeant l'Espagne presque entière, l'actuel Portugal y compris. Le drapeau vert mahométan flottait sur la presqu'île ibérique, et n'en sera délogé que sept siècles plus tard.

En 719, l'Infidèle atteignait et franchissait les Pyrénées. Des cavaliers d'Allah. pénétraient en France, pillaient le sud, gagnaient la vallée du Rhône, poussaient leur raid jusqu'à Autun, semant la terreur à la seule annonce de leur approche. Le royaume des francs était alors dans une sorte d'anarchie, entre la dynastie disparaissante des Mérovingiens et l'avènement prochain des Carlovingiens. Les envahisseurs musulmans, que les Francs désignèrent sous le nom de Sarrasins, en profitaient.

En 732, l'émir Abd-er-Rahman, jeta sur la Gaule la horde de ses cavaliers, pillant et rançonnant Bordeaux, et se dirigeant vers la Loire. Mais un chef aussi courageux que profondément chrétien, lui barra le chemin sur les collines de Poitou. C'était Charles Martel, fils de Pépin le Bref et grand-père de Charlemagne.

Charles Martel et ses leudes se préparèrent au combat par la prière, la sainte Messe, la communion, le recours à Notre-Dame. La rencontre fut terrible. Le soir venu, les Sarrazins étaient défaits, leur chef tué. Et pendant la nuit, laissant leurs tentes derrière eux, les Sarrazins s'enfuirent en vitesse vers les Pyrénées.

Cette victoire de Poitiers arrêtait définitivement l'invasion islamique de l'Europe par l'ouest.

L'Est fut moins protégé. La capitale de l'Empire d'Orient, Constantinople (Byzance) était une ville très bien fortifiée, mais les empereurs qui s'y succédaient furent pour la plupart mous et souvent dissolus. Ils avaient laissé l'Asie Mineure tomber sans guère de résistance. La flotte arabe s'était même emparée des îles importantes de Chypre et de Crète. Exaltée par ces succès, la flotte arabe se lança contre Byzance dès l'année 673, appuyée par une armée arabe qui attaquait sur terre, mais sans succès. Les mêmes attaques reprises cinq années de suite eurent le même résultat. Nouvel effort de l'Islam et le nouvel échec en 717.

Chute de Constantinople

Sept siècles allaient passer, l'Islam se contentant de garder les positions conquises. En Palestine et en Égypte, il eut à les défendre contre les entreprises des croisades chrétiennes organisées en vue de libérer la Terre Sainte du joug musulman. Les croisades n'atteignirent pas ce but, malgré les succès initiaux et l'établissement d'un Royaume Franc de Jérusalem qui ne dura pas un siècle.

En même temps que les croisades, commençait en Espagne la "Reconquista". La reconquête de l'Espagne, commencée par la libération de Saragosse en 1108, s'acheva par celle de Grenade en 1492, chassant les Maures qui avaient occupé cette ville pendant 780 années.

À l'est, Byzance tint contre toute attaque des Turcs musulmans jusqu'en 1453. Mais cette année-là, Mahomet II lança un assaut formidable contre Byzance, par terre et sur mer. Ce fut des deux côtés une lutte formidable et sanglante. Le soir du 29 mai, les Turcs étaient dans la ville. On s'était battu sur les murailles. On continua à le faire dans les rues envahies. L'empereur y trouva la mort. Après la capitulation, pillage et tuerie pendant trois jours. Des milliers de chrétiens furent égorgés ; d'autres, de tout âge et des deux sexes, furent vendus comme esclaves.

Le Turc était en Europe et n'en devait plus sortir. Il porta bientôt ses conquêtes dans les Balkans. La Bulgarie, la Bosnie, la Hongrie tombèrent sous son joug et y demeurèrent deux longs siècles.

La prise de Constantinople fut un rude coup pour toute la chrétienté. Le pape Nicolas V avait en vain essayé d'organiser une croisade. Son appel aux nations chrétiennes d'Europe était demeuré sans écho. On n'était plus aux temps chevaleresques de Godefroy, de Bouillon ou de saint Louis. Au contraire, des rois et des princes cherchaient à tirer des avantages commerciaux par des ententes bilatérales avec les Turcs. Comme font aujourd'hui nos nations évoluées avec la Chine rouge de Mao, depuis que Pierre E. Trudeau en a pris honteusement les devants, aux applaudissements des exportateurs canadiens.

Le Turc signait des pactes de paix, mais les brisait quand ça faisait son affaire ; après quoi, il exigeait de nouvelles concessions comme condition pour accepter un nouvel arrêt dans ses invasions. Méthode turque d'alors, méthode communiste d'aujourd'hui, le traitant honnête se faisant graduellement dévorer par le traitant malhonnête.

Appel à une sainte ligue

Vint l'année 1571, sixième et dernière année du fécond pontificat de saint Pie V. Le Turc musulman était solidement établi en Europe. Sa flotte régnait sur la Mer Ionienne et voguait librement sur le reste de la grande Méditerranée, du Détroit, de Bosphore à celui de Gibraltar. Les navires chrétiens étaient pour elle une proie, à moins d'arborer le drapeau de France, parce que le roi de ce pays, François ler, jouissait alors d'un accommodement commercial passé avec le Sultan, sa religion baissant pavillon devant les affaires.

L'Italie n'était pas alors le pays unifié d'aujourd'hui. Un des plus puissants États de cette péninsule, la République de Venise, possédait plusieurs îles dans la Mer lonienne. C'était une république commerçante. Au lieu de s'opposer au Sultan turc, le Doge de Venise préférait signer avec lui des accords commerciaux. Chaque fois, il lui fallait céder quelque île, ce qui contribuait à renforcer la puissance maritime de l'Infidèle.

Le Pape Pie V essaya de gagner les divers gouvernements chrétiens d'Europe, à former une Sainte Ligue pour arrêter et repousser un ennemi qui menaçait toute l'Europe par l'Est, comme il l'avait menacée par l'Ouest huit siècles auparavant, avant d'être définitivement mis en déroute par Charles Martel. Mais comme aux jours de la chute de Byzance, l'Europe chrétienne ne réagit pas. Il y avait eu la Renaissance. Il y avait eu le schisme entre l'Orient et l'Occident. Il y avait maintenant la Tunique du Christ déchirée par les sectes protestantes. Il y avait les rivalités entre nations, et il y avait les intérêts commerciaux d'hommes influents auprès des gouvernements,

Cependant, l'Espagne, dont le roi Philippe II était en même temps roi d'Autriche, répondit favorablement. Les Turcs étaient alors engagés à la conquête de Chypre, île qui appartenait à la république de Venise. Le Doge de Venise aurait préféré traiter avec le Sultan pour un accord ; mais sous la pression de saint Pie V qui avait une âme de croisé, il décida d'entrer dans la Sainte Ligue. Outre la république de Venise, celles de Gênes et de Lucques se joignirent au projet ainsi que les ducs de Savoie, de Parme de Ferrare et d'Urbino. La flotte papale était évidemment de la partie.

Don Juan d'Autriche

Le Pape demanda à Philippe II de désigner don Juan d'Autriche comme généralissime d'expédition. Le choix était bon. Don Juan, fils naturel de Charles-Quint, donc demi-frère de Philippe II, était un homme d'armes, bon chrétien, courageux et compétent. Il n'avait pourtant que 24 ans ; mais depuis quatre années déjà, il était "General del Mar" (général de la mer), ce qui voulait dire amiral de la flotte espagnole. Le roi lui adjoignit Luis de Requesens, vice-amiral de longue expérience marine.

Don Juan partit de Madrid le 6 juin 1571, pour aller joindre Requenses à Barcelone. Le 26 juin, la flotte alliée appareillait de Gênes pour Naples. Lorsque les unités furent assemblées à Messine, port de Sicile, elles comprenaient 300 voiles, dont 170 galères ; en effectifs humains, 50,000 marins et rameurs, et 30,000 soldats entraînés pour le combat.

Don Juan reçut du cardinal Granvalle, au nom du Pape, la bannière de la Sainte Ligue : fond de damas bleu, image du Christ, armes du Pape, lion de saint Marc et blason de Don Juan lui-même. Plus tard, au cours d'un conseil de guerre tenu à bord, Don Juan se voyait remettre un Agnus Dei, une prophétie de saint Isidore de Séville et la promesse de la victoire.

Notre-Dame de Guadaloupe

Ce que la plupart des historiens ne mentionnent jamais, c'est que Don Juan avait aussi reçu en Espagne une image de Notre-Dame de Guadaloupe qui avait touché le tableau miraculeux d'origine céleste. Ce tableau est le tilma du voyant indien Juan Diego, sur lequel parut le portrait de la Vierge quand l'Indien, obéissant aux ordres de Marie, l'ouvrit devant l'Évêque de Mexico. (Cela s'était passé 40 ans avant Lépante, en 1531, et le tableau existe encore aujourd'hui.)

L'image ayant touché ce tableau avait été apportée du Mexique et donnée au roi Philippe II. Le roi la remit à Don Juan pour attirer la protection et l'aide de Notre-Dame de la Guadaloupe sur l'expédition de la Sainte Ligue contre l'Infidèle. Don Juan fit pieusement installer cette image dans la chapelle du bateau-amiral du Génois Jean-André Doria.

Nous sommes particulièrement heureux de glaner ce détail peu connu dans le livre de Mgr Charles-Eugène Parent, p.d. "La Vierge de Guadaloupe", page 135. Nous apprenons ainsi que la Vierge si chère à notre cœur, Notre-Dame de Guadaloupe, Impératrice des Amériques, fut de la partie à la mémorable journée du 7 octobre 1571.

Bataille navale du 7 octobre

Une partie de la flotte ottomane était occupée à l'assaut de Chypre, mais le gros de cette flotte se trouvait dans la baie de Lépante, une baie formée par le golfe de Patras sur le littoral ouest de la Grèce continentale. Lépante était une ville OCcupée par les Turcs depuis 72 années (en 1499).

La flotte de la Sainte Ligue atteignit les côtes occidentales de la Grèce. Après avoir longé le littoral nord-ouest de l'Épire, elle arriva à l'entrée du golfe de Patras. Le chrétien et l'Infidèle allaient se mesurer. Voici une description, brève mais saisissante de cette rencontre et de l'engagement des forces, faite par Suzanne Briet, dans un article intitulé "Lépante et l'éternelle question d'Orient", paru dans "Écrits de Paris", numéro de juillet-août 1971 :

"La majeure partie de la flotte turque, commandée par Ali Pacha, se présentait en vue de la baie de Lépante. Quand Don Juan aperçut l'ennemi, il donna l'ordre de déployer la bannière et de tirer un coup de canon : une ovation de l'armée entière lui répondit. L'amiral avait fait scier les éperons de ses vaisseaux pour faciliter l'abordage. Les esclaves chrétiens de la chiourme avaient été désentravés, et les entraves des galériens musulmans avaient été renforcées.

"La flotte chrétienne comprenait trois divisions sur une seule ligne. À gauche, les Vénitiens avec Barberigo. Au centre, les Espagnols en masses compactes, avec les galères capitanes, Don Juan sur « la patrona », Requesens derrière lui. À droite, les galères papales, savoyardes et autres, sous les ordres de Doria. En arrière, une division de réserve, avec le marquis de Santa Cruz.

"La flotte musulmane se présentait sous la forme d'un croissant, dont les pointes étaient dirigées vers l'ennemi. Au nord, se trouvait Sirocco, le pacha d'Alexandrie ; au sud, Uluch Ali lui faisait face ; entre eux, Ali Pacha, grand amiral, commandait un centre qui ne soutenait aucune réserve.

"En tenue de combat, cuirassé et casqué. Don Juan parcourut le front de bataille sur une frégate légère, exhortant chaque unité et leur disant les mots qui pouvaient les animer. Quand il eut repris sa place sur la capitane, Ali Pocha vint au-devant de lui et fit tirer le canon. Les Turcs poussèrent leurs clameurs tandis que les chrétiens restaient silencieux.

"Les Turcs, bons arbalétriers, firent des coupes sombres dans les rangs des assaillants. Les hommes de Don Juan tombaient comme des mouches, mais ils étaient remplacés par les hommes de Requesens. Calonna réussit à prendre les Turcs par derrière. Ali Pacha eut la tête tranchée. Ce fut une mêlée indescriptible. Les Turcs avaient perdu leur chef et leurs vaisseaux. Le golfe était jonché de débris et de cadavres. La Chrétienté avait infligé à l'Islam son premier échec sur mer."

Après la victoire

À la nouvelle de la victoire, Venise fêta joyeusement. À Rome, saint Pie V glorifia Don Juan par ces mots : "Fuit homo missus a Deo" (Il y eut un homme envoyé par Dieu). Mais la victoire fut avant tout l'œuvre de la Sainte Vierge, et le Pape le reconnut officiellement. Les combattants, au courant de l'image de Guadaloupe, la saluèrent comme le labarum de la victoire.

Quand au Pape, il institua en action de grâces la fête de Notre-Dame des Victoires, à célébrer le 7 octobre de chaque année. Sous un titre différent, c'était toujours la même Notre-Dame. D'ailleurs, le successeur immédiat de Pie V, le Pape Grégoire XIII maintint cette fête du 7 octobre, mais sous le vocable mieux approprié de Notre-Dame du Rosaire, parce que, à la demande de saint Pie V lui-même, adressée à toute la chrétienté, c'est par la récitation du chapelet que partout les individus, les familles, tous les fidèles avaient ardemment supplié Notre-Dame de procurer la victoire de la Sainte Ligue contre les forces de l'Islam.

Après Lépante

À Constantinople, les promoteurs de la Guerre Sainte musulmane essayaient de faire sous-évaluer la défaite, en disant qu'une marine se reconstruit. Mais jamais plus une flotte ottomane ne vint narguer et menacer la chrétienté européenne.

Des historiens, même catholiques, ont été portés à minimiser l'importance, voire même l'utilité de la victoire de Lépante, parce qu'au lendemain de leur défaite, les Turcs gardaient tous les territoires conquis par eux jusque-là. Et, en effet, un envoyé du roi Charles IX de France, le cardinal de Noailles, fut l'artisan du traité de 1673 qui maintenait les Turcs dans toutes leurs conquêtes. Il nous semble bien qu'on aurait pu exiger des restitutions, beaucoup de restitutions, de la part d'un brigand si lourdement vaincu à Lépante. Le Turc bénéficia sans doute de combines suscitées par des intérêts commerciaux puissants.

Quelles qu'aient été les causes de cette indulgence, soit même trahison masquée de diplomatie, cela, premièrement, n'enlève rien aux mérites et à la gloire des croisés de la Sainte Ligue ; et deuxièmement, l'ennemi restait écrasé sur mer. D'ailleurs, s'il ne perdit rien alors en fait de territoires conquis et s'il put relancer des attaques sur terre, il allait bientôt trouver là aussi un mur à sa taille. Un peu plus d'un siècle plus tard, en effet, et malgré des forces très supérieures en nombre, le Turc allait essuyer une défaite terrestre définitive sous les murs de Vienne, aux mains du brave et héroïque chef polonais Jean Sobieski, en 1683. Là aussi, tandis que les hommes d'armes bataillaient, les esprit et les cœurs de chrétiens face au danger surent se tourner vers Notre-Dame, l'Auxilium Christianorum.

Louis Even

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