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La politique — En marge des élections

Louis Even le jeudi, 15 février 1940. Dans La politique

UN PARLEMENT D’INDÉPENDANTS

Les opinions politiques émises dans ce journal sont connues des lecteurs. Nous croyons à la démocratie, mais nous n’attendons rien de démocratique d’un système de division consacrée.

Nous doutons fortement de la liberté de représentants du peuple englobés dans des partis, surtout lorsque leur élection est financée à même une caisse qui n’est pas remplie par des mains désintéressées.

Les résultats sont d’ailleurs là pour le démontrer.

La formule selon nous, ce n’est ni un député bleu, ni un député rouge, ni un député rouge-bleu, mais un député tout court. Si on veut lui coller un qualificatif, que ce soit, par opposition aux groupes liés, le titre d’indépendant.

Nous souhaitons qu’un jour, les électeurs de la province de Québec, enfin dégoûtés de la stérilité des gouvernements de partis, sachent placer à Ottawa un front de 65 indépendants qui sauront protéger les intérêts de la province de Québec tout en légiférant pour le bien commun du Canada.

Ce ne sera certainement pas encore à la présente élection.

LA POSITION DES CRÉDITISTES

La doctrine du Crédit Social a, plus que toute autre, contribué à rendre palpable, pour ainsi dire, l’absurdité des clans de couleur. Les créditistes n’ont de respect que pour un véritable représentant du peuple, un délégué qui consulte ses mandants et réclame pour eux, tout d’abord, ce que tous veulent avoir.

Si les candidats en présence se prévalent de bannière libérale ou conservatrice, vu que libéraux comme conservateurs ont rejeté et tourné en dérision les propositions du Crédit Social, il semble logique que les créditistes détournent leurs yeux avec mépris de ces personnages enrégimentés et qu’ils se choisissent un candidat renseigné et indépendant.

Encore faut-il qu’ils le fassent avec quelque chance de succès. Tant que la majorité de l’électorat préfère adorer les idoles, par ignorance ou par entraînement, il ne reste qu’une voie : éclairer les électeurs, les fortifier par des convictions ; cela se fait mal dans une campagne électorale.

Comme le remarque notre ami, le Docteur Eugène Fortin, on ne présente pas des aspirants à l’examen avant qu’ils aient achevé leurs études.

Et où en sont les créditistes de la province de Québec ? À quel stage ? Peuvent-ils, en bien des conscriptions électorales, se considérer assez forts pour jeter par dessus bord les ricaneurs d’hier ? La lettre suivante, adressée à un ami, nous consultait au sujet d’une candidature indépendante dans son comté, avec la réclamation du Crédit Social au premier plan de son programme, exprime notre opinion raisonnée sur la situation.

* * *

Montréal, le 27 janvier 1940

Bien cher ami,

Vous me demandez ce que faire dans votre comté en présence de l’appel au peuple que vient de décréter le premier-ministre du Canada.

C’est aux électeurs de votre comté de le décider, sont-ils vraiment prêts à faire une chose qu’ils n’ont encore jamais faite ? Renoncer à la recherche de faveurs personnelles ou locales et voter pour un candidat qui, s’il est élu, sera certainement dans l’opposition ?

Sont-ils assez convaincus et assez déterminés pour financer eux-mêmes leur candidat sans aucun espoir de récompense autre que la satisfaction d’avoir posé un acte vers la libération économique de leur pays ?

Où sont les preuves de leurs sacrifices et de leur détermination dans le passé ? Combien ont dépensé un dollar pour s’instruire et éclairer les autres autour d’eux ? Combien sur les vingt mille électeurs et électrices de votre comté ? Croyez-moi, mon cher, la ligne Maginot des financiers ne cédera pas devant des soupirs, des désirs, des agitations passagères.

Depuis dix-sept mois que je parcours villes et campagnes de notre province, et les comtés français des provinces voisines, j’ai parlé à plus de 10,000 personnes et toutes ont manifesté leur probation de la logique et de l’humain du Crédit Social. Combien ont aidé ?

Quel mot d’ordre a-t-on donné aux créditistes enthousiastes réunis en Congrès à Québec le 19 juin dernier ? On leur a dit : Commencez immédiatement un travail systématique, un travail de détail. Voyez plus loin que votre porte. Appuyez un apôtre dans chaque comté, un lieutenant dans chaque paroisse, un sous-lieutenant dans chaque rang. Contactez chaque famille de votre paroisse. Prenez note des résultats. Revoyez les hésitants d’abord, les réfractaires ensuite. Fournissez à votre central les relevés.

Où ce travail a-t-il été fait ? Où la littérature créditiste a-t-elle été régulièrement placée ? Où les pressions ? Où les appuis ?

Des sympathisants, oui ; nombreux, oui ; enrôlés, non ; lutteurs, pas de signe ; convaincus jusque devant les orages, j’en doute.

Qu’avez-vous constaté dans votre propre comté en septembre dernier ? Fléchissement général à la suite des déclarations impérialistes d’un homme formé dans un milieu à deux mille milles d’ici. On confond les idées avec des hommes, un crédo avec un croyant. Faut-il bondir, on se terre ; faut-il affronter, on fuit.

Cinquante, puis cent, puis cent cinquante lettres m’arrivent, toutes portant la même note : désemparement, abattement, gémissements, lamentations. Est-ce avec ça qu’on gagne des batailles ?

Des tenaces font face à la situation. Les créditistes ne bougent plus, on ira les remuer chez eux. Et l’on a VERS DEMAIN.

Présenté dès la fin de Septembre aux groupes enregistrés, VERS DEMAIN ranime les découragés.

Viennent les élections provinciales d’octobre. Les versatiles — ils sont nombreux — oublient tout crédit social pour se lancer dans la campagne électorale. On continuera après le 25 octobre, disent-ils. Jamais pressés, sauf pour les démonstrations.

L’élection s’achève. L’échec de Paul Gouin en a prostré un grand nombre. Vous avez vu cela, mon cher ami. Vous avez entendu les réflexions : Impossible de réussir un mouvement, rien ne changera jamais ! Certainement pas avec une troupe faite de "sympathisants" ou de soldats de chocolat !

Mi-novembre : on revient un peu du choc. On redonne signe de vie. Un mois de relèvement sensible. Mais voici les fêtes : la propagande et le soutien sont remisés pour un autre mois !

Et vous parlez de partir en guerre électorale avec de pareils soldats ! Est-ce un régiment de cette étoffe qui va organiser la résistance aux amorces des promesses et de l’argent ; la résistance à la vague déclenchée par des tirades à la radio et sur les estrades, par des parades bruyantes, entretenue par la boisson et agrémentée de calomnies sensationnelles ?

Pendant vingt ans, dans la province de Québec, on a fait les élections fédérales sur la conscription de 1917. On fera celle-ci encore et exclusivement sur le spectre de la conscription. Les réformes économiques, qui touchent pourtant à la vie de tous les jours, seront oubliées, enterrées.

Combien avez-vous de bureaux de votation dans votre comté ? 140 ? Avez-vous 140 groupements créditistes ? Chacun de ces groupes, s’ils existent, est-il prêt à fournir sa contribution pour les frais de l’élection ?

De grâce, mon cher Ami, soyons réalistes un peu. Les batailles ne se font pas dans les nuages, pas même dans l’imagination. Tant que nous n’aurons pas une ossature militante, solide et tenace dans chaque circonscription électorale, n’employons nos énergies qu’à la former.

On compte six mille familles dans votre comté. Y avez-vous trois mille lecteurs assidus du journal qui explique, défend et diffuse vos idées ? Les journaux font l’opinion ; le vôtre fait-il l’opinion dans votre comté ? Si vous y aviez au moins une élite de 600, une famille sur dix !

Le comté de Hull pousse son homme. Il a chance de gagner la partie. Pas seulement à cause de la valeur personnelle de M. Turpin. On sait si l’électorat en a sacrifié des valeurs ! Mais il y a là des convaincus qui ont fait leur preuve, qui n’hésitèrent jamais à se saigner, pauvres qu’ils sont, pour soutenir le mouvement.

Lorsque les convictions vont jusqu’au sacrifice, que les sacrifices se répètent même lorsque les autres ne font pas leur part, c’est alors qu’on peut avoir confiance.

Je ne vous écris pas cette lettre pour vous décourager. Bien au contraire. Je suis le premier à constater, dans l’ensemble, le progrès constant du mouvement, et je le proclame, mais il n’est pas encore rendu au palier où l’on touche la victoire.

Il y serait si les applaudisseurs avaient fait autre chose qu’applaudir, si les convaincus s’étaient bien mis en tête qu’il faut lutter 365 jours par année et ne jamais se coucher sans avoir produit sa part d’effort personnel dans la grande entreprise.

Pour ce qui vous concerne, cher ami, n’arrêtez point votre travail d’éducation : c’est cela qui compte. Profitez de l’occasion pour rappeler à vos collaborateurs, qui vous laissent si seul en temps ordinaire et voudraient vous hisser en temps d’élection, qu’il y a un électorat à préparer avant d’avoir l’élu qu’ils désirent.

Il reste beaucoup à faire dans la province de Québec si longtemps mangée par la politique de partis. On ne le fera bien que par la diffusion du messager qui porte régulièrement dans les familles la doctrine économique et sociale dont nous voulons le triomphe. C’est tout le but de VERS DEMAIN. Donnons-lui 65,000 abonnés dans 65 comtés, le reste viendra tout seul.

Votre tout dévoué pour la grande cause libératrice,

Louis Even

15 fév 1940 p4 1940_02_No8_P_004.doc

Louis Even

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