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Enfin, la science au piano !

Par Gilberte Côté-Mercier le samedi, 01 juin 1940. Dans Réflexions

Le 18 mai dernier, au Plateau, c’était le concert de l’École Normale de Musique, dirigée par les dames de la Congrégation, et dont le siège est à Westmount, à l’Institut Pédagogique.

Redire les éloges des critiques qui, à qui mieux mieux, dans les journaux, ont apprécié technique et sonorité, serait servir un plat réchauffé. Tous les mots du dictionnaire, qui expriment si mal les émotions musicales, ont été employés.

Mais il y a une remarque, la principale, que nos critiques ont oublié ou refusé de faire, c’est la suivante :

À ce concert, d’élèves pourtant, on a vu, réalisée dans tous les sujets, une technique semblable et très efficace, une technique qui ne manque jamais son objectif, qui arrive à toutes les sonorités désirées avec une sûreté et une facilité inconnues jusqu’à présent.

Cette remarque, si évidente, aucun critique ne l’a faite. II y a bien monsieur Dominique Laberge à qui on a dit et qui répète que

“cette nouvelle technique enlève toute fatigue, tout effort exténuant, cette méthode qui, paraît-il, est la plus rationnelle qui soit.”

Mais, oui, ne craignez pas de le dire, cette méthode enlève toute fatigue. De plus, cette méthode ne manque jamais son coup. Et c’est justement parce que cette méthode est très rationnelle, sans doute.

Qu’est-ce donc que cette méthode a de rationnel ?

Elle est scientifique, messieurs. Enfin, on a mis de la science dans l’art ! Au génie musical, monsieur Schmitz a joint le génie scientifique. Il a eu le bon sens de ne pas dissocier l’esprit.

Monsieur Schmitz s’est dit que le piano est un instrument mécanique qui travaille suivant les lois de la mécanique.

Monsieur Schmitz s’est encore dit que l’homme qui joue au piano est lui aussi un instrument mécanique qui travaille suivant les lois de la mécanique. Cela peut scandaliser nos artistes dans les nuages qui s’imaginent qu’un artiste n’a pas de corps et qu’il peut ignorer tout de la science physique. Je me rappelle avoir fait sursauter un de nos “brillants” pianomanes, un jour que je lui avais dit que les mêmes lois de la physique régissaient le maniement du piano et le maniement des armes à feu.

Et, monsieur Schmitz s’est mis à étudier les lois mécaniques, des leviers et autres, qui régissent le piano et le corps de l’homme qui s’applique au piano.

Et monsieur Schmitz a fait une science de sa technique puisqu’il l’a basée sur les lois éternelles de la nature.

Et monsieur Schmitz, étant le premier à avoir découvert cela, est classé parmi les génies.

Et monsieur Schmitz, étant un génie, est jalousé et critiqué par un grand nombre de ses confrères contemporains.

Et les fondatrices de l’École Normale de Musique, qui furent les premières dans notre pays à adopter la “méthode nouvelle,” firent preuve de grande intelligence. C’est l’un des nombreux fleurons de la couronne de la grande Mère Sainte-Anne-Marie.

Voilà pourquoi toutes les élèves de l’École Normale de Musique jouent admirablement bien. Elles mettent la science au service de leur art.

1 juin 1940 page 6, 1940_06_No14_P_006.doc

 

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