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Des enfants avec de vrais parents mariés, un père et une mère

le jeudi, 01 janvier 2004. Dans Famille

L'État a-t-il mieux à offrir avec ses nouvelles législations?

Voici une homélie de Son Éminence le Cardinal Marc Ouellet, en la fête de saint Jean-Baptiste, patron des Canadiens français, 24 juin 2003. Le Primat du Canada exhorte la province de Québec, égarée par le laïcisme et la corruption des mœurs, à se convertir, à retourner à la pratique religieuse :

« Réjouissons-nous de la naissance de Jean : il sera le prophète du Très-Haut, il marchera devant le Seigneur pour lui préparer le chemin ».

La fête nationale des Québécois et des Canadiens français nous rassemble dans cette belle église Saint-Jean-Baptiste qui honore la figure de notre patron. La beauté de ce temple impressionne n'est-ce pas ? Elle exprime bien la splendeur de notre héritage chrétien, aujourd'hui menacé mais toujours vivant. Réjouissons-nous de la naissance de Jean le Baptiste, dont le nom signifie 'grâce' et qui est justement le plus grand prophète de la grâce, le précurseur de Jésus-Christ. Réjouissons-nous du message toujours actuel que sa figure sévère, mais tendre aussi, apporte à notre méditation.

Jean-Baptiste prêchait un baptême de conversion et il n'hésitait pas à dénoncer Hérode qui vivait en situation maritale irrégulière. Cette audace prophétique lui a coûté la tête le jour où la compagne d'Hérode eut la chance de se venger. Qu'aurait-il dénoncé aujourd'hui en matière de mariage ? Je vous le laisse deviner... car c'est assez évident, mais je me garde de l'imiter..., non seulement pour ne pas perdre la tête ! mais surtout pour ne pas perdre l'occasion d'annoncer l'essentiel de son message.

Car le message de Jean, c'est Jésus. Et rien d'autre. Ce n'est pas une morale, ce ne sont pas des valeurs sociales, des idéaux, c'est Jésus ! Il a commencé jeune sa mission de prophète, très jeune même, dès le sein maternel, comme dit l'Écriture. Rappelez-vous la visite de Marie à Élisabeth, le tressaillement de joie de l'enfant dans le sein de sa mère à la rencontre de Jésus, et l'exultation d'Élisabeth et de Marie en réponse à la merveille de l'incarnation. Jean est prophète avant de naître, il annonce le Messie par un tressaillement de joie qui remplit les femmes elles-mêmes d'allégresse.

De belles familles nombreuses

La bonne nouvelle des enfants ! Ce fut jadis la force et la grandeur du Québec. C'est encore une valeur que nous portons et qui, avec un peu de foi, pourrait reprendre en force. Dimanche dernier, je rencontrais une famille de 14 enfants et une autre de 10 accompagnées de plusieurs autres de 5 ou 6 enfants. Des familles heureuses, de beaux enfants sains, dont les mères étaient rayonnantes de bonheur et d'une beauté naturelle qui n'a pas besoin de maquillage. La bonne nouvelle des enfants, qui ont de vrais parents, un père et une mère, qui sont mariés et qui vivent encore ensemble après 10 ans, 20 ans et 30 ans, grâce à leur foi chrétienne. L'État moderne, fédéral ou provincial, a-t-il mieux à offrir avec ses nouvelles législations ?

Le message de Jean, c'est Jésus. Quand il prêche dans le désert un baptême de conversion, il voit soudain Jésus s'approcher et lui demander le baptême. Jean s'étonne, il trouve que les rôles sont renversés et que c'est lui qui aurait besoin de purification, mais Jésus insiste et il s'exécute. Le ciel s'ouvre et la voix du Père se fait entendre : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, écoutez-le. Désormais, Jean-Baptiste passera volontairement au second plan pour laisser toute la place à Jésus dont il ne se sent pas digne de dénouer la courroie de ses sandales. Quelque chose de cette humilité du prophète a toujours habité la conscience nationale des Québécois, une sorte de modestie sans doute liée à notre petit nombre, mais liée aussi au fait que notre foi est plus grande et plus essentielle que notre identité culturelle. Nous avons été depuis les origines un peuple missionnaire. Dieu nous a ainsi choisi et Dieu ne se repent pas de cette élection qui fait de nous sa flèche préférée, bien serrée dans son carquois, pour un service de la Parole de Dieu jusqu'aux extrémités de la terre.

Que faisons-nous de notre baptême et de notre vocation missionnaire ? Quelle bonne nouvelle portons-nous aujourd'hui aux nations, avec notre prétention d'être à l'avant-scène du progrès de l'humanité ?

Lors des fêtes de la francophonie il y a quelques semaines, j'ai rappelé à nos visiteurs d'outre-mer que le plus beau cadeau de la France à l'Amérique au 17ième siècle a été l'Évangile. L'Évangile de Jésus qui donne à la culture française la noblesse et la liberté de servir une cause plus grande qu'elle-même. N'était-ce pas la conviction de François de Laval et de Marie de l'Incarnation et n'est-ce pas la nôtre ? Qu'en reste-t-il dans le repli du Québec sur son identité culturelle séparée de sa foi ? Le rêve bleu ne risque-t-il pas d'éclater comme une baloune crevée ?

Le message de Jean-Baptiste, c'est Jésus, l'Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde et qui donne la grâce de la foi. L'ultime prophétie de Jean a été son propre sang versé lors d'un banquet, qui annonce le sang de Jésus sur la croix et dans l'Eucharistie. Ce sang divin coule dans nos veines par la communion. Il n'a pas de prix. Il régénère tout et bonifie immensément toutes les valeurs culturelles. Avons-nous le choix de nous en passer à cette heure de notre histoire nationale ? Toute la vie de Saint Jean-Baptiste ne sonne-t-elle pas la trompette d'un réveil de la foi chrétienne et d'un retour en masse à la pratique religieuse ? À bon entendeur salut ! Et honni soit qui mal y pense !

+ Cardinal Marc Ouellet

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