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Charité bien ordonnée

Par Gilberte Côté-Mercier le mercredi, 01 mai 1940. Dans Réflexions

À Montréal, au bureau de l’une de ces nombreuses sociétés de fiducie, un aspirant acquéreur de terrain, monsieur Maisonneuve, parle avec un commis :

— Je voudrais acheter les terrains rue X coin Z. Ces terrains furent votre propriété. Mais, comme vous n’aviez pas payé de taxes à la Cité depuis sept ans, la Cité a fait faire la vente par le shérif. Mais vous avez encore pour deux ans des droits de rétrocession. Voulez-vous me céder vos droits de rétrocession ?

— Vous céder notre droit de rétrocession, pourquoi ?

— Parce que je veux faire construire sur ces terrains.

— Notre directeur, monsieur Richard, ne veut pas s’occuper de cette affaire.

— Alors, monsieur Richard refuse de céder des droits dont il n’use pas ?

— Monsieur Richard ne voit pas l’avantage qu’il peut tirer de la transaction.

— Mais, il n’y prouvera certainement aucun dommage.

— Non, il n’encourra aucun dommage en cédant ses droits. Mais il ne voit pas bien pourquoi il se dérangerait pour une affaire qui ne lui rapportera rien.

* * *

Monsieur Richard pratique le libéralisme économique. Monsieur Richard retire tous les avantages qu’il peut de la société, et rend à la société le moins de services possible.

Monsieur Richard avait des terrains sur lesquels il ne payait pas de taxes. Comme ce sont les propriétaires de Montréal qui payent l’administration de Montréal, monsieur Richard forçait les propriétaires à payer plus de taxes parce que lui ne payait pas les siennes.

Voici un citoyen, monsieur Maisonneuve, qui veut devenir propriétaire et, par conséquent, payer sa part de taxes à la Cité. La charge des autres propriétaires serait, par le fait même, diminuée. Monsieur Richard met obstacle au bien de monsieur Maisonneuve et au bien des propriétaires en refusant de céder ses droits parce qu’il n’en retire aucun avantage personnel. Pourtant, de céder ses droits ne lui causerait aucun préjudice.

***

Monsieur Richard est un propriétaire. Il veut son bien personnel à l’exclusion du bien des autres propriétaires.

J’ignore si monsieur Richard fait partie de la Ligue des propriétaires. S’il en fait partie, il a une singulière façon de collaborer avec les membres de la Ligue.

S’il n’en fait pas partie, qu’il le veuille ou non, puisqu’il est propriétaire, il fait partie du groupe des propriétaires, incorporé ou non. À ce titre de partie d’un tout, il doit travailler au bien du tout, le corps des propriétaires.

De même, monsieur Richard, qu’il le veuille ou non, fait partie de la société civile qui, elle, est un corps légal contenant tous les citoyens de gré ou de force. À ce titre de membre de la société, monsieur Richard doit travailler au bien de la société. Dans le cas présent, il ne doit pas refuser sa collaboration à un autre membre de la société, lorsque cette collaboration apporterait avantage à cet autre membre et à la société elle-même.

Mais, monsieur Richard pratique ce que les économistes appellent le libéralisme économique, qui n’est ni libéral ni conforme au bien commun.

15 mai 1940 page 3, 1940_05_No13_P_003.doc

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