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I. Positions

le mercredi, 01 novembre 1939. Dans Philosophie, Réflexions

Il convient, nous semble-t-il, au début de ces articles, de définir nos positions. Un mot, une réalité polarise, pratiquement, les notes fondamentales de notre attitude : liberté.

LIBERTÉ, réalité riche de substance, de vie et de joie, et qui, comme la Mystique et tant de splendeurs intérieures, n’a pas échappé à la modernisation bâtarde des termes, à ces hybridations qui sont, de nos jours, le cauchemar du penseur, — de ce penseur qui a jeté la "paille des mots" pour garder le "grain des choses".

Ainsi il va de soi que nous entendons ne pas confondre la liberté avec la licence, l’arbitraire ou la fantaisie. Nous voulons et croyons vivre la liberté dans le sens thomiste, dans la ligne de l’intelligence et de la charité, du vrai et du bien universels.

Tout d’abord, nous ne sommes d’aucun parti, d’aucun clan, sur le terrain économique ou politique. Notre volonté bien arrêtée est de demeurer au-dessus des groupes particuliers, des vicissitudes et des aléas des engagements actuels dans ces domaines-là, pour travailler selon nos faibles moyens, à faire l’unité autour de quelques vérités fondamentales, de l’absence desquelles nous mourons, et ainsi préparer, sur le plan qui nous est propre, l’atmosphère propice à l’éclosion des œuvres de salut.

Ce n’est pas pusillanimité, mais clairvoyance. À chacun son secteur et sa tâche. Tout totalitarisme, sinon celui de l’Évangile, est un recul et nous avons en horreur le régalisme spirituel, l’impérialisme miniature de tant de "bourgeois" conscients ou inconscients, qui croient ou voudraient tenir, dans le clair-obscur de leur microcosme intime, les leviers de commande de tous les plans où tout le monde souffre et pleure.

Il ressort de tout cela que nous pensons et écrivons "en catholique", selon la distinction devenue courante.

Nous réfléchirons principalement ensemble sur des questions politiques et économiques, mais envisagées d’une certaine altitude, dans leur prodrome métaphysique et noétique, et cela dans des cadres souples comme la vie. Car, si les plans sont distincts, ils ne sont pas séparés ; et, devant l’interdépendance et la hiérarchie admirable des ordres différents du réel, il vient un temps où tout notre savoir, toutes nos idées se tiennent si bien, s’unifient si naturellement dans la lumière de quelques sommets, qu’il est difficile de toucher à un point quelconque de son verbe, sans toucher à tout son verbe, dans un frisson de toute sa pensée jusqu’en ses profondeurs. Par suite, nous vous ouvrons la perspective d’excursions en divers domaines, selon les besoins de nos pérégrinations intellectuelles.

Mais pourquoi mentionner spécialement les plans politique et économique ? C’est que c’est là que s’étalent le plus évidemment à nos yeux les tribulations d’un monde devenu un véritable "ricanement de Satan dans le vide".

En Adam, l’homme a failli, par orgueil, là où il était le plus grand, dans la lumière de l’Esprit. Il reste, et c’est le pseudo-paradoxe chrétien, qu’il reconquière le sceptre de ses prérogatives par des moyens contraires de ceux qui l’ont perdu et dans des voies inverses, c’est-à-dire qu’il se barde d’humilité et prenne sa tâche à pied d’œuvre.

"Le fond des choses et le fond de l’histoire", disait pertinemment Mgr Gauthier au Congrès Eucharistique de Québec, "c’est que l’homme manque de pain."

Il est superflu d’aligner des preuves et des faits ; chacun n’a qu’à ouvrir les yeux, à regarder autour de soi, à voir et à réfléchir ; et l’on suera d’angoisse devant les misères dont crèvent les petits.

Écoutez Ozanam qui, dans les phrases suivantes, peint bien l’inconscience de la plupart d’entre nous :

"Jusqu’à quand irez-vous dans des associations catholiques pratiquer la charité du verre d’eau ? Qu’allez-vous faire parmi les hommes qui ne savent que soulager la misère sans en tarir les sources ? Que ne venez-vous plutôt vous asseoir dans ces réunions plus hardies où on travaille à déraciner le mal d’un seul coup, à régénérer le monde, à réhabiliter les déshérités ?"

Oui, nous sommes ordinairement non seulement atteints au cœur, mais à la tête.

"Les conséquences du péché pèsent plus tragiquement sur nos intelligences que sur nos mains." --(Maritain).

Par Théophile Bertrand

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