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Tour d'Horizon

Louis Even le jeudi, 01 octobre 1936. Dans Cahiers du Crédit Social

La lecture d’articles sur le Crédit Social et sur les heureux effets qui résulteraient de son instauration font souvent surgir la question : Mais quand aurons-nous le Crédit Social ? Y a-t-il des pays au monde où le système est en vigueur ?

On sait assez généralement que l’Alberta a voté Crédit Social en août 1935 et le nom de cette province s’associe généralement dans l’esprit du lecteur canadien avec l’idée de Crédit Social.

On a moins parlé de la Nouvelle-Zélande et du résultat des élections tenues dans ce pays en décembre dernier.

Nouvelle-Zélande

Le câblogramme suivant adressé le lendemain de ces élections par le capitaine Rusworth, un des élus, au New Times de Melbourne, n’a pas fait le tour de la presse. On l’eût reproduit en première page, encadré, s’il avait chanté une autre chanson :

“Élection générale ici, véritable vague de haute marée contre le gouvernement qui s’est montré serviteur du monopole de la monnaie. Tout fut mis en œuvre pour éviter que l’élection fût un verdict sur la question monétaire. Les journaux de ce Dominion reçurent tous instruction de s’abstenir de parler monnaie jusqu’après les élections, et ils obéirent avec une remarquable unanimité, exception faite d’un hebdomadaire illustré. Nouveau parti intermédiaire lancé immédiatement avant les élections, afin de jeter la confusion. Quotidiens métropolitains presse rurale et organisation de partis unis pour lancer un flot grossissant de propagande dépassant tous les efforts passés. Et cependant, le parti ouvrier, autrefois l’opposition officielle, a capturé cinquante-trois sièges sur quatre-vingts. Or ce parti s’est engagé, comme premier objectif bien défini, à contrôler le système monétaire par une autorité de Crédit national qui administrerait au nom du parlement souverain — puis à édifier un système monétaire sur une base scientifique, de façon à permettre à la consommation d’égaler le maximum de production. Cinq indépendants aussi élus pour appuyer le même programme de réforme monétaire. Action va suivre. On peut s’attendre à une grande bataille entre les puissances monopolistiques de la monnaie et la puissance du peuple. La lutte est là, mais la victoire assurée. Les adhérents au mouvement Douglas couvrent toutes les nuances d’opinion politique, mais se sont tous ralliés pour appuyer les candidats opposés à l’ancien gouvernement. La victoire complète du parti ouvrier, tant dans les villes que dans les campagnes, est due surtout au mouvement Douglas. Malgré tous les efforts dans le sens contraire déployés par les forces combinées de la finance et du gouvernement, la véritable question en jeu dans cette campagne a été le contrôle et la réforme du système monétaire.”

Tant pour la Nouvelle-Zélande.

Le cas de l’Alberta

Les actes du gouvernement Albertain ont beaucoup prêté à critique, jusque parmi les partisans du Crédit Social. Naturellement, où les uns se plaignent qu’Aberhart innove, d’autres le jugent trop lent. De sa propre province, j’ai reçu moi-même des lettres exprimant les deux opinions.

Les gens d’Alberta n’ont pas encore touché de dividendes, c’est vrai ; mais avant même les élections qui portèrent le parti au pouvoir, le chef déclarait clairement qu’il faudrait dix-huit mois de préliminaires. Or il n’est là que depuis douze mois. (Nous écrivons ceci le 25 août.)

On a critiqué la hausse des prix, l’imposition de nouvelles taxes, toutes choses qui sont l’exact opposé du Crédit Social. Mais on semble oublier que l’administration actuelle a hérité du gâchis d’une situation déplorable, non pas le fruit de l’administration précédente que nous sommes loin de vouloir critiquer, mais fruit d’un système qui ne peut qu’accumuler des misères et des ruines.

Il reste cependant des faits qui démontrent que le nouveau gouvernement albertain semble déterminé à placer l’homme au-dessus de l’argent. Quel autre gouvernement a osé dire aux maître de la monnaie : Vous aurez tant d’intérêt, et pas plus ? Cette loi de la réduction des taux d’intérêt sur les obligations vaut à elle une victoire signalée, non pas uniquement à cause de la restitution à la province de crédit qui s’écoulait vers les poches de quelques écumeurs, mais aussi par l’exemple posé, par la répercussion qu’il aura immanquablement en d’autres milieux.

Les certificats de prospérité sont-ils du Crédit Social tel que l’explique le système Douglas ? Non, mais ils constituent un prêt à la province par son gouvernement. Prêt remboursable par petits versements et à très bas taux d’intérêt, dans le genre de ce qui se pratique dans nos Caisses Populaires. Est-ce si mal ? L’intérêt d’ailleurs est pour frais d’administration et repasse dans le public. N’est-ce pas infiniment mieux qu’un prêt par les banques que la province devrait également rembourser, et avec intérêts, ceux-ci au profit des prêteurs ?

C’est un gros coup asséné à la finance habituée à dicter ses volontés aux gouvernements. Aussi s’est-elle émue et ses satellites ont protesté jusqu’à Ottawa, jusqu’à Londres. On peut compter pourtant qu’elle n’en est pas à ses dernières expériences. Le gouvernement Crédit Social d’Alberta a reçu mandat d’établir, dans la mesure du possible, un régime provincial Crédit Social et il est bien déterminé à en venir-là.

Il doit certainement envisager des difficultés plus grandes que s’il s’agissait d’un gouvernement souverain, comme le Canada entier ou la Nouvelle-Zélande. L’Alberta ne jouit pas encore d’une grande diversité d’industries et c’est un obstacle. Le régime Crédit Social aura justement pour effet de corriger cette lacune qui l’oblige à procéder par étapes et un peu plus lentement. N’allons pas le lui reprocher. Vous avez promis, disons, d’aller de Québec à Vancouver ; après un laps de temps et des efforts très laborieux de votre part, on vous trouve à Montréal, en train de projeter une autre avance vers l’ouest ; sera-t-il juste de vous blâmer parce que vous n’êtes pas encore à Vancouver, alors que vous avez dû contourner de grands obstacles et prendre des voies moins directes ?

Quoi qu’il arrive, il restera à l’Alberta l’honneur d’avoir été le premier pays à réclamer par un vote prépondérant l’abolition de la pauvreté au sein de l’abondance. Le peuple de cette province ne reculera plus et obtiendra ce qu’il veut parce que c’est une chose possible.

Il ne faudra pas non plus s’étonner si d’autres provinces épousent la même cause et hâtent l’avènement définitif du Crédit Social dans tout le Canada. Il existe telles choses que des écritures sur la muraille. Mais combien ne savent pas voir, encore moins lire !

Au Manitoba

Remarquez ce qui s’est passé au Manitoba. Pour le superficiel, c’est un échec : le Crédit Social y a présenté vingt candidats et n’en a élu que six ! Pour nous qui étions un peu plus au courant de la situation du mouvement du Crédit Social au Manitoba, c’est un résultat superbe et inespéré qui laisse prévoir bien d’autres succès dans un avenir rapproché.

Le gouvernement Bracken prit l’électorat par surprise, sans doute parce qu’il flairait l’ascension de forces nouvelles et voulait s’assurer quatre ou cinq ans de règne avant qu’elles affichent un peu d’ampleur. Nul n’avait prévu des élections avant le printemps prochain. En face de la dissolution inattendue du Parlement, la Ligue du Crédit Social, encore dans son enfance, sans fonds, sans chefs, hésita à se lancer dans l’arène. Le travail d’éducation de l’électeur sur la question du Crédit Social était tout à faire. N’est-ce pas merveille que, dans le court espace de quatre semaines, nos amis du Manitoba aient pu semer, cultiver et récolter quelque chose de tangible ? Preuve que le Crédit Social répond à un besoin général.

Province de Québec

Allons-nous parler d’un mouvement Crédit Social dans la Province de Québec ? Assurément. Il est né, il se répand, on a voulu l’étouffer par la moquerie et le sarcasme d’abord, par calomnie ensuite, par le silence en désespoir de cause. Mais il est là qui s’étend et va tout couvrir.

Ceux qui croyaient encore récemment que la Province de Québec est rivée à la routine, inviolablement attachée à un parti, incapable de voter pour un mouvement, ont dû s’écarquiller les yeux le soir du 17 août.

Voilà un fameux premier coup de botte à des idoles et le pied qui l’a administré ne s’en trouve que plus vigoureux et mieux entraîné pour achever l’œuvre. L’intervention et l’éloquence des gros canons rouges d’Ottawa n’a rien empêché et certains grands apôtres “des grands partis qui ont fait le Canada” doivent se demander si leur soleil politique ne touche pas à son couchant. Le peuple est las de voter pour les marionnettes de la finance et il croit que l’heure est venue d’être le maître chez lui, d’avoir le droit de gagner son pain et de jouir du fruit de ses labeurs.

À cette œuvre de libération, nous voulons contribuer de toutes nos forces.

LIGUE DU CRÉDIT SOCIAL

La Province de Québec a maintenant sa Ligue du Crédit Social. Les partisans du Crédit Social se faisant de plus en plus nombreux dans différents districts, ont cru qu’il était temps d’unir leurs forces et de concerter leur action.

La Ligue fut fondée à Québec le 18 mai et des assemblées d’organisation tenues à Montréal, le 7 et le 23 août, pour l’analyse et l’adoption d’une Constitution.

Le but de la Ligue est de promouvoir l’étude des principes du Crédit Social, afin de hâter au Canada l’instauration d’un système monétaire Crédit Social.

Toute personne qui désire se faire propagandiste du Crédit Social peut adhérer à la Ligue. Adressez vos demandes d’admission au Secrétaire de la Ligue du Crédit Social de la Province de Québec, 508 rue Saint- François, Québec.

La Ligue accepte comme membres des individus isolés, mais encourage la formation de groupes locaux qui pourront prendre le nom de Clubs ou de Cercles du Crédit Social. Le groupe permet la représentation par un directeur qui agit comme délégué du Cercle aux réunions du bureau de direction de la Ligue. On se sent mieux les coudes dans un groupement et l’on s’y consacre beaucoup plus effectivement à des activités de propagande.

Les Cahiers du Crédit Social ne sont pas l’organe officiel de la Ligue, et n’engagent pas sa responsabilité ; mais ils collaborent avec elle et nous croyons que les ligueurs les trouveront utiles, non seulement pour eux-mêmes, mais pour le public qui les entoure. Il est des doctrines qui ne demandent qu’à être expliquées pour gagner les esprits, parce qu’elles sont sensées et répondent à un besoin. Le Crédit Social est de celles-là. Les Ligueurs le savent et ne cherchent pas à se multiplier autrement qu’en s’instruisant eux-mêmes et en faisant la lumière autour d’eux.

ÉTUDE ET ACTION

L’étude est à la base de toute action efficace. Les conquêtes durables ne se font pas par la force, mais par la persuasion.

L’étude précède et accompagne l’action. L’étude qui ne se résout pas en action revêt un certain cachet d’égoïsme. Lorsque, surtout, il y a tant d’injustices à corriger, tant de souffrances à soulager, tant d’espoirs tombés à relever, les bras croisés n’ont pas leur place.

II est d’ailleurs réconfortant de constater le zèle qui anime tous ceux qui comprennent un peu le Crédit Social. C’est que le Crédit Social offre une solution concrète et immédiate à une foule de problèmes aigus. D’où la grosse différence entre les professeurs de l’économie nouvelle et les vénérables occupants des fauteuils de l’orthodoxie. Ces derniers vivent de dissertations ; ils ont peut-être leur part suffisante de Crédit Social et ne sentent pas bien ce qui en manque aux autres ; ou n’est-ce pas plutôt que les vieilles théories dont ils ne veulent se départir s’adaptent mal à un siècle de puissance et d’abondance ?

Aux amis du Crédit Social, il ne semble pas nécessaire de prêcher l’action, la suggestion de moyens paraît plus utile.

Il en est qui voudraient bâtir grand du premier coup, rêvent de conquêtes en masse et se découragent parce que, dans la pratique, les progrès sont moins rapides. Les grandes réunions, les démonstrations imposantes ont certainement leur valeur et sont un excellent mode d’annonce ; mais le véritable travail se fait dans de petits groupes. La nature ne procède pas autrement et son œuvre est immense ; les organismes se développent par la multiplication des cellules.

Livrez-vous donc de tout cœur à ce travail immédiat. Vous n’êtes que quatre ou cinq pour former un cercle : c’est assez. Les petits groupes ont l’avantage de se prêter mieux peut-être au développement de leurs membres ; si l’on y dispose de moins de têtes, chacune a plus de chance de donner son plein rendement. Nous reviendrons sur ce point.

Saisissez toutes les occasions de propager la connaissance du Crédit Social. Êtes-vous embarrassé pour aborder le sujet, servez-vous de ces “cahiers.” Ils existent pour cette fin, pour enseigner sans ennuyer, attendant patiemment que l’heure de lassitude soit passée pour retenir l’attention du lecteur.

Offrez donc ces Cahiers, distribuez-les à temps et à contretemps aussi. Vous voudrez préserver votre numéro, c’est juste, mais la provision n’en est pas épuisée. Vous offrez un verre de bière à votre ami, vous lui faites plaisir et il vous remercie. Pour le même cinq sous, vous lui offrez un numéro des “Cahiers il esquisse une surprise, mais il l’appréciera et sa reconnaissance sera plus durable. Essayez. Ce simple geste aura peut- être une portée que vous ne soupçonnez pas. J’en pourrais citer des exemples frappants, si je ne craignais de blesser des modesties.

Louis Even

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