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Qui Règle le Volume de la Monnaie?

Louis Even le jeudi, 01 avril 1937. Dans Cahiers du Crédit Social

Qui règle le volume de la monnaie ?

Nous avons, dès les premiers numéros des Cahiers du Crédit Social, expliqué que le volume de la monnaie en circulation dépend de l'action des banques dans l'octroi des prêts, des "lignes de crédit,” l'achat des obligations, etc. Les prêts bancaires sont de véritables créations de monnaie ; le remboursement de ces prêts est une véritable destruction de monnaie. Les banques ne prêtent pas de dépôts, elles déposent des prêts, des crédits qui sont une monnaie nouvelle. Le prêt par la banque n'enlève rien à aucun dépôt existant, mais crée un nouveau dépôt.

On a voulu le nier en certains lieux. Les lecteurs de L'Action Catholique et du Moniteur se rappellent la controverse qui eut lieu à ce sujet entre "Logique" de Québec et nous-même, controverse qui ne dura d'ailleurs pas longtemps, Douglas dit qu'au moins huit autorités bancaires reconnues assurent que les banques créent et détruisent la monnaie. C'est McKenna que les créditistes citent le plus souvent, parce qu'il s'exprime explicitement, sans ambiguïté.

Que pensent ou disent là-dessus nos banquiers canadiens ? "Logique" remarquait que le moindre apprenti de six mois d'emploi dans une banque en sait plus long que nous. Possible. Mais assurément, M. Wilson, l'actuel président de la Banque Royale, doit lui aussi être au courant. Or en 1934, alors qu'il était gérant-général de la Banque Royale, M. Wilson eut l'occasion de "témoigner" devant le Comité de la Banque et du Commerce de la Chambre des Communes, qui siégea du 6 mars au 6 juin, et le rapport officiel des délibérations du Comité, page 322 et 323, reproduit l'interrogatoire suivant :

“M. Spencer (député) interroge M. M.-W. Wilson (gérant de la Banque Royale) :

Q.— En ce qui concerne l'expression des affaires, les banquiers ont le pouvoir d'augmenter la quantité de l'argent, au moyen de la création de crédits en circulation, je crois ?

R.— Oui.

Q.— Les banquiers ont, je crois, deux moyens à leur disposition. Ai-je raison de dire que l'un comme l'autre met plus d'argent en circulation ? Quand je dis "argent,” je veux dire tout ce qui compte comme argent.

R.— Je comprends.

Q.— En consentant des prêts ?

R.— Sûrement, c'est ce qui se passe. Quand les affaires s'améliorent, nous faisons plus de prêts, et ainsi il y a plus d'argent en circulation.

Q.— Qu'arrive-t-il quand une banque achète des obligations ?

R.— Cela met de l'argent en circulation. L'achat d'obligations est un autre moyen de prêter de l'argent à un gouvernement ou à une municipalité.

Q.— Ne pourrais-je pas dire qu'il y a deux manières de diminuer l'argent, de le supprimer ?

R.- Je ne vous comprends pas ; je n'aime pas cela.

Q.— Je vais essayer de m'exprimer à votre goût.

R.— Très bien.

Q.—  Il est reconnu, dans notre système bancaire, que l'argent — et au fond c'est juste — devrait être et peut être rendu plus abondant de temps en temps pour pourvoir aux besoins commerciaux.

R.— Bien entendu.

Q.— Sans tenir compte des dépôts disponibles à ce moment ?

R.— Sans en tenir compte ?

Q.— Oui.

R.— Vous vous contredisez. Vous avez cherché à démontrer, l'autre jour, que les dépôts étaient de l'argent. J'ai accepté votre définition parce qu'elle était aussi bonne qu'une autre.

Q.— Je dis que tout ce qui compte comme argent est de l'argent.

R.— J'accepte cela.

Q.— Laissez-moi m'exprimer ainsi : Supposez que nous ayons un milliard de dollars au Canada.

R.— En dépôts et en billets en circulation ?

Q.— Tout ce qui existe.

R.— Bien.

Q.— Supposez que pour les besoins des affaires vous désiriez augmenter cela d'un autre demi-milliard. Est-ce possible ?

R.— Sûrement ; si nous avons les réserves nécessaires nous faisons une plus grande quantité de prêts, les autres banques également, et la première chose qui arrive est qu'il y a plus d'argent en circulation.

Q.— Et le fait de prêter de l'argent augmente le total de l'argent en circulation ?

R.— Oui, si vous prenez le système bancaire dans l'ensemble.

Q.—Donc il existe les deux moyens que je viens de suggérer de créer de l'argent ?

R.— Oui.

Q.— Et les deux moyens de supprimer de l'argent seraient de réclamer le remboursement des prêts et par conséquent les annuler quand ils sont remboursés ?

R.— Le remboursement d'un prêt, naturellement, entraîne une diminution correspondante dans les dépôts.

Q.— Merci ; et l'autre moyen serait, je crois, de vendre les obligations ?

R.— Oui.

Il est difficile d'être plus clair, et nous croyons aux connaissances bancaires de M. Wilson. Le système bancaire privé peut augmenter la circulation d'un demi-milliard ou plus, et peut également la diminuer en comprimant les crédits. Quant à la réserve nécessaire à laquelle M. Wilson fait allusion, la loi oblige les banques à charte à maintenir à la Banque du Canada une réserve représentant au moins 5 pour cent de leur passif dépôts — soit 5 millions de réserves pour cent millions de dépôts. Les 95 autres : la plume du banquier et la confiance du public.

Plus des neuf dixièmes des transactions commerciales se font au moyen... de cette monnaie de banque dont le volume varie au gré du banquier."

Le banquier peut activer les affaires et il peut leur asséner des coups mortels.

Mais si, dans notre monde moderne, la monnaie sort d'une bouteille d'encre, qu'est-ce donc qui lui donne sa valeur ? La question est intéressante à cause de l'analyse qu'elle provoque.

Louis Even

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