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Les taxes modernes, sous la lentille du Crédit Social

Louis Even le mercredi, 01 août 2001. Dans Le Crédit Social enseigné par Louis Even

Article de Louis Even tiré du journal Vers Demain 1er janvier 1944 :

La taxe, un bien ou un mal ? Le dentiste qui ôte une dent cariée à son patient lui fait du bien. Le dentiste qui se mettrait en veine d'extraire de bonnes dents saines serait un malfaiteur.

De même, la taxe qui ôterait de la circulation un argent excédentaire, de l'argent qui risquerait de nuire au corps économique par des hausses de prix ou qui serait utilisé comme une arme pour écraser les faibles, cette taxe-là serait conforme au bien commun.

Mais des taxes qui arrachent du pouvoir d'achat en face de produits accumulés, ou en face d'une production possible qui n'attend que des commandes pour naître, ces taxes-là sont un fléau.

Les taxes sont imposées par les administrations publiques et sanctionnées par la loi. Or, les administrations publiques et les lois existent pour promouvoir et protéger le bien commun. Il faudrait donc en conclure que les taxes sont considérées, par leurs auteurs, comme un moyen de servir le bien commun.

De fait, les gouvernements modernes ne semblent pas connaître d'autre moyen de servir le bien commun.

C'est même, semble-t-il, le seul moyen entrevu par les protagonistes orthodoxes de la sécurité sociale.

Si, au moins, ces plans envisageaient des injections d'argent nouveau d'une part et n'usaient de la fiscalité que pour une réorientation de la circulation monétaire, ils offriraient un véritable mécanisme social de meilleure distribution de la richesse. Mais ce n'est pas le cas. Leur mécanisme même est taxé, puisqu'il ne peut s'adapter à un organisme en développement qu'en haussant le plafond de la dette publique.

À qui fera-t-on croire que notre système de taxes est calculé en vue du bien commun ? À qui fera-t-on croire qu'enlever aux citoyens des droits au pain, au beurre, aux vêtements, aux choses dont ils ont besoin, alors que ces choses leur sont offertes en abondance, est une manière de promouvoir le bien général ?

C'est pourtant le cas en temps normal, en temps de paix au moins.

Enlever à Raoul pour passer à Mathieu aurait quelque sens dans un monde de rareté où Raoul posséderait presque tout et Mathieu presque rien. Mais dans un monde d'abondance, pourquoi enlever à Raoul pour passer à Mathieu, lorsqu'il reste de la production offerte en masse, même après que Raoul s'est servi à cœur content ?

Qu'est-ce qu'une taxe de répartition peut bien avoir à faire dans un monde d'abondance ? Quel est le sens du rationnement des portions devant des montagnes de produits ?

La guerre finie et l'abondance de nouveau offerte à tous les coins, continuera-t-on de pratiquer l'extraction du pouvoir d'achat en cherchant à la loupe les porte-monnaie qui ne sont pas absolument vides ?

Nos gouvernements continueront-ils à faire consister leur expertise dans la capacité de taxer pour présenter un budget équilibré ?

Concentration de la richesse

Un raisonnement superficiel peut laisser croire que la taxe corrige la concentration de la richesse. Vous prenez à ceux qui ont pour donner à ceux qui n'ont pas, donc vous redistribuez les biens de la terre, dit-on.

Pourtant, que voit-on dans la réalité ? Les taxes ont augmenté de plus en plus depuis quelques décades ; or, la concentration de la richesse s'est accrue pendant les mêmes décades.

C'est assez facile à comprendre. Lorsqu'on regarde de près, d'où viennent les taxes et où vont les taxes, on s'aperçoit que ce n'est pas tant que cela une redistribution de la richesse.

Qu'on prenne le cas de la partie de plus en plus grosse des taxes qui est affectée au service de la dette publique. Tout le pays est débiteur de la dette publique, mais tout le pays n'est pas créancier. Verser des intérêts aux créanciers de la dette publique, c'est donc prendre à l'ensemble pour passer à quelques-uns.

Plus le peuple paie de taxes pour le service de la dette publique, plus la richesse coule vers les créanciers, vers les puissances financières. Et comme tout développement du pays est financé par des augmentations d'argent venant à l'état de dette, plus le pays se développe, plus s'opère la concentration de la richesse.

Prendre au public pour passer à quelques-uns, est une redistribution ou une concentration ? Pourtant l'intérêt sur la dette est le premier item du budget ; c'est l'item intangible et indiscutable.

Pourtant, aussi, aucun plan de redressement de la dette publique. Ils entrevoient des variations de plafonnement, mais ils respectent remarquablement cet édifice absurde.

Toutes les taxes ne vont pas au service de la dette publique, c'est vrai. Puis ne prend-on pas les taxes de préférence dans des endroits où l'argent coule d'avantage ? L'industrie n'est-elle pas plus taxée que les particuliers ?

Soit, mais qui paie, en définitive, qui profite en définitive ? Qu'arrive-t-il lorsque l'industrie doit payer les taxes ? Les prix des produits montent.

Qu'arrive-t-il lorsque les prix montent ? Les consommateurs achètent moins avec le même argent.

Qu'arrive-t-il quand le consommateur achète moins ? L'industrie languit, les ouvriers chôment, les produits agricoles pourrissent, toute vie économique diminue. On appelle cela crise.

Et qu'arrive-t-il quand le pays est dans la crise ? Les sources industrielles étant taries, le gouvernement doit aller chercher l'argent aux sources intarissables, à la manufacture même qui met l'argent au monde en y attachant une dette, en haussant le plafond de la dette publique. Et l'on revient encore, par un plus gros service annuel de la dette, à la concentration du crédit.

La guerre est une autre sorte de crise qui opère dans le même sens ? Est-ce que la dette publique n'a pas augmenté pendant la guerre ? Qui profite de la guerre, ceux qui se battent, ceux qui font des canons, ou les financiers qui augmentent leurs créances privilégiées sur le pays ?

La taxe concentre la richesse, parce que les tentacules pompantes puisent partout, directement ou indirectement, et les tuyaux de déversement ne se répandent pas partout.

D'ailleurs, on voit assez bien que les taxes pèsent sur le grand nombre et ne font pas beaucoup d'heureux. Il est difficile d'accorder cela avec l'idée du bien général. Le bien général consisterait-il à infliger des pénitences à la multitude et à placer la puissance financière en quelques mains ?

Taxes modernes, vol légalisé

Le Major Douglas, l'initiateur de la technique du Crédit Social, écrit : "Le système moderne de taxes est un vol légalisé." Il ajoute : "Quand bien même le vol est effectué par l'intermédiaire d'une démocratie politique qui s'empare d'une parcelle insignifiante du butin, ce n'est pas moins un vol." (Warning Democracy, p. 61.)

La réflexion peut paraître extrémiste à ceux qui ne se sont jamais arrêtés à regarder les faits, à voir les choses au lieu de l'argent, à raisonner d'après les réalités et non d'après les chiffres.

Le vol n'est sans doute pas l'intention principale de la taxe ; l'objectif du gouvernement visible à vue courte et à mains liées, est d'avoir de l'argent pour administrer ; l'objectif du gouvernement invisible est de dominer irrévocablement.

Mais la taxe est tout de même un vol.

Si les mots signifient quelque chose, voler veut dire prendre à quelqu'un ce qui lui appartient. Que le vol soit perpétré par un individu ou par une institution, c'est un vol. Que le vol n'atteigne qu'une victime ou qu'il fasse une multitude de victimes, c'est un vol. Même si c'est le gouvernement qui agit comme agent dans l'opération de vol, c'est encore un vol. Même si le vol est légalisé, c'est toujours un vol. La législation peut protéger le voleur, elle ne soulage pas le sort de la victime ; elle empire même le cas de la victime en lui ôtant toute possibilité de recours contre le voleur.

Ces réflexions faites, comment la taxe moderne est-elle un vol ? La taxe telle qu'elle est établie aujourd'hui, remarquons bien.

Pour le comprendre, il faut d'abord admettre des droits quelque part et voir si ces droits sont volés.

Personne ne niera que la production est faite pour les consommateurs. Le mode de production peut varier ; la propriété des moyens de production peut être commune ou privée : il reste que les fruits de la production sont pour les consommateurs, ou bien la production n'a pas sa raison d'être et le système économique n'atteint pas sa fin.

Or, dans notre réglementation actuelle de distribution, le consommateur doit présenter de l'argent pour avoir le produit fait par un autre.

Que se passe-t-il avec la taxe ? La taxe enlève de l'argent au consommateur, ou hausse le prix — ce qui revient au même : dans les deux cas, elle ôte au consommateur du pouvoir d'achat, des droits à la production. Le consommateur est condamné à prendre moins de la production offerte.

Si la production du pays n'est pas toute distribuée, si elle doit se perdre ou si elle doit diminuer en face de besoins qui la réclament, c'est autant de production soustraite à ceux à qui elle devait normalement aller. Les consommateurs sont volés de cette partie-là de la production. Et les producteurs sont volés des fruits de leur travail qu'ils ne peuvent pas vendre.

Des consommateurs volés, parce qu'il y a un voleur, et l'instrument du vol, c'est ici le système de taxes qui ôte des droits à la production, malgré l'abondance offerte et malgré les besoins.

Si la taxe enlevait seulement l'argent excédentaire, si elle supprimait de l'argent de la circulation sans supprimer la distribution de toute la production correspondant à des besoins, ce ne serait pas un vol. Il n'y aurait pas de production soustraite. Ce serait seulement un assainissement de la circulation monétaire pour protéger la valeur d'achat de l'argent. C'est ce genre de prélèvement hygiénique qu'admet la technique créditiste, mais pas le vol légalisé.

Taxer, en face d'une production non distribuée, c'est voler le consommateur, c'est saboter la fin du système économique.

Louis Even

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