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Le système financier actuel est contre le bon sens

Louis Even le samedi, 01 janvier 2022. Dans Crédit Social

De l'ouvrage ou de l'argent

Des bûcherons sont en chômage, parce que leur travail, plus le travail des machines, finit en moins d'une année la coupe de bois nécessaire pour les besoins de l'année. En soi, c'est incontestablement du progrès ; pour eux, c'est un désastre.

Ces bûcherons qui chôment viennent vite à bout de l'argent reçu pendant qu'ils travaillaient, surtout s'ils sont chargés de familles.

Quand ils n'ont plus de quoi payer, ils doivent quand même vivre. Pour pouvoir vivre, il leur faut des produits. Les produits, il y en a dans les magasins ; il y en a autant depuis qu'ils chôment qu'il y en avait quand ils travaillaient.

Mais pour avoir ces produits, il faut les payer, ou s'endetter. Sans argent, impossible de payer. S'endetter chez le marchand, c'est vite rendre le marchand incapable de rencontrer ses propres paiements ; il est obligé de refuser.

Nos bûcherons chômeurs, rendus à bout de souffle, se plaignent. On leur répond : « Cherchez-vous de l'ouvrage ». C'est vite dit, mais combien d'autres qu'eux sont déjà à la recherche d'emploi ! Puis, de l'ouvrage, c'est supposé être pour produire. Or, les produits ne manquent pas ; ils sont déjà là ; et toute une réclame invite à venir les acheter.

Mais tel est le système : quand bien même tous les magasins et tous les entrepôts seraient pleins à craquer, si vous n'avez pas d'argent, vous ne touchez pas aux produits ; et vous n'aurez pas d'argent sans travailler à produire ; et vous ne travaillerez pas à produire tant que la production n'a pas besoin de vous pour remplir les magasins.

On voit l'absurdité d'un pareil règlement.

Pourquoi vouloir encore être obligé de commencer par l'ouvrage pour arriver à l'argent lorsque, avec des produits accumulés, il conviendrait plus logiquement de commencer par l'argent pour arriver à l'ouvrage ?

Travaux publics

Vienne un contrat de voirie. S'il embauche de ces bûcherons chômeurs, ou n'importe quels autres chômeurs, dès leur première paie, ces sans-le-sou d'hier iront au magasin, et le marchand les recevra avec joie. Ils emporteront des produits, mais les tablettes du marchand ne resteront pas vides.

L'ouvrage que font ces gens sur la route ne met rien dans les magasins. S'il y a un changement dans la possibilité d'entretenir le flot de produits, le changement devrait plutôt être dans le sens contraire ; car enfin, pour que des gens construisent la route, il faut que d'autres travaillent à fournir des matériaux pour la route. Ceux qui travaillent à fournir des matériaux pour la route ne peuvent pas être en même temps à produire de la nourriture, des vêtements, des chaussures.

Pourtant, c'est alors que le flot de produits rentrants et sortants est le plus considérable.

Autrement dit, ce n'est pas la construction même de la route qui active la production et l'écoulement des produits ; mais c'est l'argent que reçoivent les employés de la route. Faites-les travailler sans les payer, rien ne changera dans l'écoulement des produits. Vice-versa, payez-les sans les faire travailler, et les produits iront dans les maisons aussi vite que s'ils travaillaient.

Ce qui manquait, c'était l'argent, et non pas l'emploi. Pourquoi donc leur dire de demander de l'emploi, au lieu de leur dire de demander de l'argent ? Et pourquoi tant de propagande pour l'embauchage intégral, au lieu de propagande pour un pouvoir d'achat intégral ?

Pour de l'argent en rapport avec la production

Si le progrès technologique allait jusqu'à l'automation absolue, continuerait-on à exiger l'embauchage, devenu littéralement impossible, pour avoir droit aux produits sortant automatiquement des usines ?

On n'en est pas là, non. On est loin d'être rendu à ce bout de la route, et on n'y arrivera probablement jamais. Mais faut-il attendre d'être au bout de cette route, pour modifier un système financier qui grince dès le premier kilomètre ?

Ne convient-il pas, au contraire, d'admettre un revenu, un pouvoir d'achat, fait de deux parties : une partie gagnée par l'emploi à la production, dans la proportion où cet emploi est encore nécessaire pour maintenir le flot de produits répondant aux besoins ; l'autre partie, gratuite, dans la proportion où la machine remplace l'homme dans cette production ?

La première partie, la partie gagnée, doit naturellement aller à ceux qui la gagnent. C'est le salaire aux employés ; ou le profit aux entrepreneurs.

La deuxième partie, puisqu'elle n'est pas gagnée, puisqu'elle est gratuite, irait naturellement à tous les membres de la société, tous reconnus bénéficiaires du progrès, héritiers des acquisitions transmises et augmentées de génération en génération. Nous appellerions cela le dividende social à chaque membre de la société.

À mesure que la production se mécanise, se motorise, s'automatise, la partie gratuite du pouvoir d'achat augmenterait, dans un système financier ainsi conforme aux faits et à l'humain.

Finance viciée

Le système financier actuel est pourri de vices. C'est lui qui rend la vie d'un grand nombre « horriblement dure, implacable et cruelle », pour reprendre les mots du pape Pie XI dans son encyclique Quadragesimo Anno.

Il inverse l'ordre des fins et des moyens. Il veut faire du travail à la production matérielle une fin, alors que ce n'est qu'un moyen pour obtenir une production suffisante. Quand celle-ci est obtenue, pourquoi parler encore d'emploi ?

Le système financier actuel est en contradiction avec les réalités. Il fait monter les prix, quand la production plus facile et plus abondante devrait les faire baisser. Il appelle le commerce extérieur favorable pour votre pays, quand vous sortez du pays plus de produits que vous en laissez entrer. Il distribue plus d'argent en temps de guerre, quand il y a trois fois moins de bras disponibles pour produire les choses à vendre. Il fait la dette publique d'un pays augmenter à mesure que sa population l'enrichit par son travail et la mise en valeur de ses ressources naturelles.

Le système met les producteurs à l'amende : il fait payer des intérêts et des taxes à l'homme d'initiative et de compétence qui établit ou agrandit une usine, au lieu de se croiser les bras. Il taxe le propriétaire à mesure qu'il embellit sa ville en embellissant sa maison et les alentours. Il vous taxe davantage si vous changez un taudis en une maison neuve, ou un logement étroit en une maison plus grande pour recevoir des enfants.

Et le système vole littéralement la population. Il vole des propriétaires, à force de les hypothéquer et de les taxer. Il vole tout le monde en faisant la population, dans son ensemble, payer pour ce qu'elle a elle-même produit.

Prenez le cas de la route en construction. Quand elle sera finie, on taxera toute la population pour payer une route due à des matériaux du pays, à de la main-d'œuvre du pays, à de la production du pays ayant fait vivre les constructeurs de la route.

Si le système financier était conforme aux réalités, toute production — qu'il s'agisse de biens consommables ou de routes et autres biens publics — serait payée par ce qu'il a fallu utiliser de travail, de matériel, d'énergie, d'usure de machines, pour la réaliser. Lorsque tout cela est fourni par le pays — ou est venu d'ailleurs en contrepartie de choses exportées par le pays — tout cela doit être à l'usage de la population du pays, sans l'ombre d'un endettement. C'est sa propre production.

Cela veut dire que la somme des biens consommables qui ne se vendent pas, faute de pouvoir d'achat suffisant, représente un vol — un vol dont souffrent surtout des familles qui ont grandement besoin de ces produits.

Cela veut dire aussi que toute augmentation de la dette publique liée à cette création de richesse est un vol — un vol dont souffrira toute la population, car tout le monde paie des taxes, directement, ou indirectement dans les prix.

Le système financier actuel est une escroquerie de grand style, la plus grande supercherie dont l'humanité ait été victime. Il a pourtant encore ses défenseurs — et des hauts gradés.

Tous ces défauts du présent système seraient éliminés par l'établissement du Crédit Social, ou Démocratie Économique. Il a pourtant encore ses adversaires — et des hauts gradés. Mais, Dieu merci, le Crédit Social rallie de plus en plus ceux qui ne cherchent pas à établir leur puissance sur l'impuissance des autres.

Louis Even

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