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Le Mouvement Créditiste

le mercredi, 31 décembre 1969. Dans Cahiers du Crédit Social

Le mouvement du Crédit Social dans la province de Québec continue à un rythme encourageant. Notre bulletin de janvier expliquait en quoi consiste ce mouvement, qui n'est pas celui d'un parti politique, mais l'organisation des citoyens, de tous les citoyens, indépendamment des affiliations politiques, pour donner des ordres aux députés. C'est à celui qui paie de passer des ordres à celui qui est payé. Le peuple paie ses représentants ; il est temps qu'il apprenne à leur exprimer sa volonté. Nous le remarquons ailleurs, contre la puissance formidable et diabolique de la finance internationale, il ne faut rien moins que l'organisation de tout le peuple. À cette condition-là seulement pouvons-nous espérer sortir de ses griffes.

Janvier – Région de Hull

À la demande de M. Armand Turpin et de son groupe d'organisateurs de la région hulloise, les "employés" de la Ligue du Crédit Social consacrèrent leur mois de janvier aux comtés de Labelle, Wright, Hull et Prescott. Ce dernier n'est pas dans la province de Québec ; mais parce que la grande majorité de ses citoyens sont de langue française, MM. Louis Dugal et Louis Even furent invités à y porter la doctrine créditiste et organiser des groupes pour l'étude et l'action.

L'offensive créditiste dans ces quatre comtés débuta dès le 3 janvier dans le nord du comté de Labelle. C'est un long détour qu'il faut faire pour se rendre de Montréal, à Hull en passant par Mont-Laurier, mais la cause en valait la peine. M. Dugal étant retenu jusqu'au 7, c'est Mlle Gilberte Côté, vice-présidente de la Ligue du Crédit Social, qui accompagna ou plutôt précéda M. Even dans ces régions aux communications difficiles à cette époque de l'année. Des contacts furent laissés à Labelle et à Mont-Laurier, et de bons comités à l'Annonciation, Nominingue et Ferme-Neuve. La descente vers Hull comportait un arrêt intéressant à Maniwaki. Une nichée de créditistes fervents de cette ville sèment l'idée non seulement dans le nord du comté de Wright, mais ils débordent et on trouve ces éveilleurs à l'œuvre jusque dans Mont-Laurier. Le soir même des Rois, dans la salle des Pères Oblats de Maniwaki, un auditoire attentif écoutait l'exposé de la doctrine créditiste et, comme ailleurs, l'assemblée se terminait par la formation d'un comité pour continuer le travail dans la localité. Des représentants d'autres paroisses se sont joints au comté de Maniwaki en attendant qu'ils soient assez nombreux pour former un groupe distinct chez eux.

Le lendemain soir, les organisateurs régionaux de Hull, assemblés chez le Dr Bélanger, sous la présidence de M. Turpin, accueillaient les revenants du nord, fournissaient une liste de "Clairons" et raffermissaient leurs ardeurs pour communiquer une dernière impétuosité au programme tracé dans la vallée de l'Ottawa et de la Gatineau.

L'exécution de ce programme commençait dans Prescott à Plantagenet, le dimanche 8 janvier. MM. Louis Dugal et Louis Even, accompagnés de MM. U. Dupont et de Moïse Groulx, firent successivement les différentes autres places du comté accessibles à cette saison, laissant partout des comités pour continuer l'ouvrage ; Alfred, Curran, Wendover, Rockland (Russel), Hawkesbury ; contacts à Treadwell et Lefaivre.

La troisième semaine de janvier fut consacrée au sud du comté de Labelle : St-André Avellin, Fassett, Montebello, Papineauville, Plaisance, Thurso, formant ainsi, avec les trois du nord, un réseau de neuf bons comités dans ce grand comté.

La quatrième semaine vit les organisateurs opérer dans le sud du comté de Wright (Aylmer) et dans le comté de Hull : Angers, Masson, Buckingham, Sainte-Rose de Lima, Gatineau, Pointe-Gatineau et Val-Tétreault. L'occasion fut aussi fournie à M. Even d'exposer la doctrine du Crédit Social à des groupes privés intéressants : à l'Archevêché, au Collège Notre-Dame de Hull, au Seminarium d'Ottawa.

Le mois de janvier fut couronné par le grand ralliement régional de Hull, où se pressèrent non seulement les créditistes des environs immédiats, mais des représentants venus de Maniwaki, à 90 milles, sur des routes d'hiver, et même de villes plus éloignées encore : North Bay, Montréal et Québec.

Le soir du 29 janvier fut un triomphe éclatant pour les créditistes. La grande salle Notre-Dame était pleine à capacité, jusque dans sa galerie. La présence sur la plateforme de presque toute la députation fédérale de l'Alberta n'était pas de nature à calmer les enthousiasmes. La foule manifesta frénétiquement combien la doctrine créditiste allait et à son esprit et à son cœur.

Les organisateurs locaux de cette tournée d'un mois méritent les plus sincères félicitations et remerciements de la Ligue pour l'immense travail de préparation qu'ils surent s'imposer. Le véritable triomphe du mois ne fut pas tant le congrès lui-même que ces quatre réseaux de comités qui poursuivent et poursuivront jusqu'à la victoire définitive la croisade pour la libération économique de la multitude. Le congrès régional de Hull ne fut pas une clôture, mais une étape. Ainsi en avait-il été de celui de Québec le 20 novembre dernier. Ces manifestations ne sont pas l'entrée dans une période de repos, mais bien plutôt une récupération d'énergies dans la communion à un même idéal, afin de reprendre le travail avec une nouvelle vigueur.

Février ─ Laprairie-Beauharnois, Châteauguay-Huntingdon

Suivant en cela une tactique sage, les organisateurs de la Ligue du Crédit Social entamèrent le travail dans les comtés ruraux, en septembre dernier, par les territoires considérés comme les plus favorables, afin d'avoir l'aide financière des comités organisés lorsqu'ils tomberaient dans les régions moins préparées. Les régions de Québec, de Chicoutimi et de Hull reçurent ainsi successivement leur attention., Nous croyons que l'Action Catholique, de Québec, et Le Droit, d'Ottawa, par des articles publiés dans leurs colonnes, contribuèrent à la dissipation de bien des préjugés. L'éditeur des Cahiers du Crédit Social a toujours lui-même remarqué que ses abonnés se recrutaient mieux dans ces régions-là. On ne peut en dire autant de la grande région montréalaise. Dans cette région comme dans les autres, la presse est le principal ou seul manuel d'étude des masses, le grand façonneur de l'opinion ; mais il faut encore y attendre le quotidien du caractère de L'Action Catholique.

Pour aboutir, l'idée créditiste doit pourtant pénétrer là comme ailleurs. Le mois de février a été en grande partie consacré aux deux comtés fédéraux de Laprairie-Beauharnois et de Châteauguay-Huntingdon. Dans ce dernier sont maintenant établis les comités de Ste-Martine, Ste-Philomène, Howick, Ste-Clothilde, St-Chrysostome, Ormstown et St-Urbain. Dans l'autre, les comités de Laprairie, Delson, St-Constant, Châteauguay. Le travail sera complété dans ce secteur au début du mois de mars. Le travail est conduit dans cette région par M. Even et par Mlle Gilberte Côté.

La dernière circulaire aux présidents et secrétaires de comités presse la perception des contributions des membres non encore en règle dans les comités établis. Le trésor de la Ligue n'a pas d'autre source de revenu et il doit pourtant continuer à soutenir les organisateurs, même quand ceux-ci opèrent en pays neuf. Nous croyons que chacun comprendra et fera sa part. C'est une question de vie ou de mort. La Ligue doit absolument continuer au même rythme, et même l'accélérer. C'est aux membres, aux ligueurs, aux croisés de la grande cause d'assurer la vie, l'accroissement de vie de leur entreprise. Le sacrifice pécuniaire demandé à chacun n'est pas gros par rapport aux résultats à obtenir ; mais il faut que nombreux soient ceux qui le font et qu'ils n'y apportent pas un retard qui paralyse quand il faut activer.

Les comités ne doivent pas d'ailleurs se considérer comme un corps achevé. Leur devoir est de grossir leurs effectifs. Le crédit social est une force dynamique. Est-il si difficile pour un comité de s'adjoindre au moins cinq nouveaux membres en règle chaque mois ? C'est l'objectif posé aux comités de force moyenne ; les plus puissants feront mieux encore, et ne tarderont pas à essaimer dans les rangs et villages voisins. Le développement de chaque unité locale fortifie l'association tout entière. La victoire finale est à ce prix.

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