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Le "circuit fermé"

Louis Even le dimanche, 01 novembre 1936. Dans Cahiers du Crédit Social

Dans son magnifique ouvrage, "Le Crédit,” publié dans le Moniteur qui paraît en même temps que ce numéro des Cahiers (Moniteur--novembre 1936), M. J.-J. Harpell compare le crédit à l'électricité. L'un et l'autre sont d'une nature difficile à définir ; l'un et l'autre connus surtout par leurs effets, par la manifestation de leur puissance, qui est très grande ; l'un et l'autre aussi, malheureusement, accaparés, au moins dans notre pays, par un petit groupe de profiteurs qui sacrifient brutalement les intérêts des masses pour les leurs propres.

Il aurait pu ajouter que l'un et l'autre s'écoulent dans un "circuit fermé." Quiconque a quelques notions d'électricité sait que le courant ne circule que si le circuit est fermé. Et quiconque a étudié un peu la question monétaire sait aussi que le crédit est monétisé dans les banques, circule dans le public et vient mourir dans les banques. L'un et l'autre sèment merveilles ou destruction sur leur passage.

Voici un homme qui possède, disons, des obligations du gouvernement puissant instrument de crédit sur lequel il peut facilement obtenir du crédit bancaire.

Cet homme décide de construire une maison. Les temps sont bons, il compte revendre à profit. Il s'en vient donc à la banque, emprunte $5000, donne au banquier son billet à six mois, déposant en garantie ses obligations du gouvernement. Le banquier escompte son billet et lui inscrit un crédit de $4850. Il pourra payer architecte, entrepreneur, ouvriers, matériaux au moyen de chèques, jusqu'à concurrence de $4850 ; ce montant couvre le coût de sa maison. Celle-ci terminée, il réussit à la vendre peut-être $5500. Il remet fidèlement à la banque $5000 et celle-ci lui remet les obligations déposées en garantie.

Qu'est-il arrivé ? Les $4850 créés par le prêt et mis en circulation ont été retirés de la circulation par la vente de maison et le remboursement à la banque. Celle-ci les annule à mesure du remboursement. Les $150 qui représentent le profit de la banque pourront être reprêtés et circuler encore. Les $500, profit du particulier, sont simplement un déplacement de l'argent en circulation.

En résumé, $4850 sont nés dans le livre du banquier, ont circulé et en six mois sont venus mourir dans le livre du banquier. Ils n'existent plus, mais ils ont laissé une maison neuve dans leur sillage.

L'opération et d'autres analogues peuvent se renouveler et se multiplier. Merveilleux, le crédit ! Mais voyons la suite.

L'acheteur de la maison, qui en a payé $5500, va chercher à la louer $35.00 par mois. Tant que le "boom" continue, que les prêts se répètent, se succèdent et se multiplient à belle allure dans les fabriques de crédit, il n'aura pas trop de difficulté. Mais vienne une compression du crédit, où cette maison, ces maisons vont-elles trouver preneurs ou locataires ? Les crédits qui les ont érigées ne sont plus dans la circulation.

Les propriétaires connaissent ces fluctuations. En comprennent-ils la cause ? Se sont-ils arrêtés à ces simples questions : D'où vient la monnaie ? Où va-t-elle ? Que devient-elle ?

Au lieu d'une maison de $4800, c'est peut-être une usine de $48,000. Le banquier a été fidèlement remboursé dans le court terme fixé. Mais l'industriel n'a pas l'intention de rester en affaires quelques années seulement. Il va donc, dans ses prix, charger assez pour couvrir la dépréciation, de façon à pouvoir maintenir ou remplacer son usine. Il va ainsi peu à peu retirer une seconde fois de la circulation le montant de $48,000, sans que cette fois le montant ait été mis en circulation. Et l'on va s'étonner que le pouvoir d'achat soit toujours inférieur au prix !

Tout développement nouveau va ainsi tendre à déséquilibrer le pouvoir d'achat par rapport à la production et à enchaîner la société vis-à-vis du trust de la monnaie.

Pourquoi ce désordre ? Parce que les créateurs du crédit financier sont aussi ses destructeurs, et la destruction de ce crédit a lieu alors même que les biens sont encore là. Il n'y a donc pas assez de monnaie pour les exprimer. Ce n'est pas un système monétaire scientifique. Le volume de la monnaie en circulation n'est pas déterminé par les faits physiques de la production et de la consommation, mais par le profit du créateur de la monnaie. Les cycles de prétendue prospérité et de dépression trop réelle sont inévitables. Le perdant n'est pas celui qui fait les règles du jeu à son gré.

Comment un régime de Crédit Social corrigerait-il ce désordre ?

Dans un régime de Crédit Social, toute nouvelle construction, toute production de richesse augmente le Crédit National. Seule la destruction de la richesse par la consommation dans le cas des biens de consommation, par l'anéantissement, l'usure ou la dépréciation dans le cas des biens de production-diminue le Crédit National. Le Crédit National, unique base de toute monnaie, est donc le reflet exact des faits de la production et de la consommation, de la création et de la destruction de richesse.

___

"Le Crédit Social est la plus belle forme de coopération nationale ou provinciale, comme la Caisse Populaire est la plus belle forme de coopération locale." —J. J. Harpell ("Moniteur” de novembre 1936).

Les Caisses Populaires connaîtraient un développement merveilleux sous un régime de Crédit Social. Et par conséquent aussi, l'industrie locale, la "petite industrie" qu'on réclame tant, mais qui ne peut que végéter sous le règne du crédit bancaire. Nous consacrerons prochainement un article à développer ce point.

Louis Even

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