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La Monnaie du Crédit Social

Louis Even le jeudi, 01 octobre 1936. Dans Cahiers du Crédit Social

Le Crédit Social prétend — ce qui, nous a l’air tout à fait conforme au bon sens — que tout ce qui est possible matériellement doit l’être financièrement. Autrement dit, quand vous avez les matériaux, les machines et la main-d’œuvre, vous devez avoir le moyen de les utiliser.

J’ai beau me gratter la tête, je ne puis comprendre qu’étant donnés les immenses besoins qui s’affichent de toutes parts et les possibilités non moins immenses de production qui crèvent les yeux, nous devions rester inactifs, paralysés, sous prétexte qu’il n’y a pas d’argent.

Trop simple, va-t-on me dire. Et l’on va me renvoyer à des auteurs dont les noms et les extraits courent dans les colonnes des journaux, pour me démontrer qu’il existe des facteurs incontrôlables qui nous obligent à rester pauvres au sein de l’abondance. Ces ergoteurs reçoivent les bénédictions des financiers qui possèdent les leviers de commande et les louanges des politiciens qui font la cour intéressée aux financiers et sont heureux de trouver des excuses pour couvrir leur inaction et leurs trahisons. Quant au peuple trahi, plaint sur la scène et immolé dans les coulisses, il continue de souffrir, de se lamenter et de se demander combien de temps encore on va l’encourager à la patience en lui montrant la prospérité au coin de la rue.

Il n’y a pas une semaine, un conférencier “distingué” recevait les honneurs de la publicité parce que s’adressant à un auditoire “distingué,” il avait décrit ce retour de la dame qui s’annonce depuis cinq ans et qui n’attend, paraît-il, qu’un peu plus de CONFIANCE de notre part. La centième fois peut-être depuis qu’en pleine Chambre des Communes, un député très intelligent de la Province de Québec déclarait, lui aussi, avec beaucoup de sérieux, que les tiroirs des “habitants” de son comté regorgent d’argent, (Qui donc a inventé l’histoire des cultivateurs appauvris et des fermes hypothéquées ?) — mais, ajoutait-il, cet argent reste immobilisé en attendant que la CONFIANCE renaisse. En quoi ce député est de la même école que le grand protecteur de la “saine” finance, ce Bennett qu’il combat avec tant d’animosité.

La CONFIANCE ! Qu’on distribue donc dès demain à tous les habitants de ce pays un dividende national, une monnaie tirée sur le crédit national, exempte de dette parce qu’elle ne sera pas née dans le laboratoire du banquier, et l’on verra s’il est encore nécessaire de prêcher la confiance en attendant la dame cachée au coin de la rue ! Répétez cette distribution de dividende, si modéré soit-il, chaque mois pendant un an, et vous verrez passer aux oubliettes les commissions de chômage, les secours directs, les taxes de vente, et toute cette kyrielle de fruits pourris d’un arbre qu’on s’obstine à nous présenter comme sacré, consacré et vénérable.

J’entends déjà la réplique de mon ami Jean-Pierre : “Où allez-vous prendre l’argent pour ces dividendes à tout le monde, alors qu’il n’y en a déjà pas assez pour distribuer des secours directs aux chômeurs ?”

Cette assimilation des dividendes aux secours directs est injuste, comme les lecteurs des “Cahiers” le comprendront lorsqu’ils auront avancé un peu plus loin dans cette étude. Les secours directs prennent de l’argent à Jules, qui n’en a pas trop, pour le donner à. Lucien qui ne travaille pas et pourrait mourir de faim. Mais Jules et Lucien n’ont pas plus d’argent, en tout, qu’auparavant ; le pouvoir d’achat total est redistribué, mais non augmenté. Le secours direct répartit la pauvreté, au lieu que le dividende répartirait la richesse.

Mais le but de cet article n'est pas d’étudier la question du dividende national, nous y reviendrons plus tard. Ce dividende n’est d’ailleurs qu’une des deux manières qu’offre le Crédit Social pour mettre de la nouvelle monnaie en circulation. Nous voulons nous borner ici à dire d’où viendra cette nouvelle monnaie que le Crédit Social veut placer directement entre les mains des consommateurs. Où le Crédit Social va-t-il aller chercher une monnaie que nos gouvernements confessent ne pouvoir trouver malgré leurs efforts laborieux ?

Avez-vous lu l’article ci-devant : “D’où vient aujourd’hui la monnaie ?” Eh bien, le Crédit Social n’a pas besoin d’autres instruments que le banquier ; mais il y mettra une autre mesure, parce qu’il est mû par d’autres motifs, et une méthode différente de distribution, parce qu’il cherche le bien des consommateurs et non leur sacrifice sur l’autel de Mammon.

Le Crédit Social commencera évidemment par enlever à des particuliers le droit d’augmenter et de diminuer à leur gré le volume de la monnaie, le sang économique de la nation. Il ne volera personne, remarquez bien, il restituera à la nation le contrôle de sa monnaie, contrôle dont se sont emparés les fils, selon la chair on selon l’esprit, de ce Juif de Francfort, Anselme Mayer Rothschild, qui disait avec vérité : “Qu’on m’accorde le droit de créer et contrôler la monnaie d’une nation et je me soucie peu qui fait ses lois, car celui qui contrôle la monnaie d’une nation contrôle cette nation.”

Nous reviendrons plus tard sur ce droit de contrôle de la monnaie qui, ne peut appartenir qu’à la nation elle-même.

C’est à dessein que j’emploie le mot “nation” plutôt que gouvernement, pour qu’on ne s’imagine pas que le Crédit Social permet à ceux qui se succèdent au pouvoir d’émettre ou restreindre des crédits à leur gré, pour affermir leur situation politique.

Rien de cela. Le montant de la monnaie doit être réglé d’après les besoins de la distribution, donc d’après le volume de la production et les besoins du pouvoir d’achat.

— Alors (c’est encore Jean-Pierre qui m’interrompt), plus l’ensemble des travailleurs va produire de biens, plus l’ensemble des consommateurs devra avoir d’argent pour les acheter ?

— Exactement, mon ami, vous ne pouviez mieux dire, et vous voyez tout de suite que ce n’est ni le premier ministre, ni le ministre des finances, encore moins les organisateurs d’élection, qui détermineront l’ensemble de la monnaie, mais la masse même des travailleurs.

— Économique nouvelle, tout cela !

— Certainement. Et si l’on n’en veut pas d’une économique nouvelle et sensée, on aura la révolution, car le monde est plus qu’aigri de supporter des privations inutiles pour la seule fin de respecter un ordre de choses aussi criminel que stupide.

Et comment arriver à cet équilibre entre la somme de richesse produite et la somme de monnaie nécessaire pour la distribuer ?

Le Crédit Social propose l’établissement d’une Commission ou Bureau Central chargé d’établir cet équilibre.

Le bureau fédéral du Crédit Social fait le relevé de la richesse totale produite au cours de la dernière période adoptée comme unité, disons la dernière année. D’autre part, il fait également le relevé de la consommation totale pendant cette même période. La différence donne les disponibilités, on l’inscrit sous la rubrique de Crédit National disponible. Exemple :

Compte producteur

 

Production $ 7,000,000,000
Importations  $ 1,200,000,000
Appréciation
$ 4,600,000,000
TOTAL: $12,800,000,000

 

 

Compte consommateur

 

Consommation $ 5,500,000,000
Exportations  $ 1,200,000,000
Dépréciation
$ 1,300,000,000

TOTAL: $8,000,000,000

  DIFFÉRENCE: $ 4,800,000,000

Crédit national disponible pour répartition aux consommateurs $4,800,000,000

Quelques remarques ici pour éclaircir le raisonnement. On a fait les importations et les exportations égales. Ce ne sera pas toujours le cas. Mais sous un régime sain, c’est à cela qu’on droit tendre. Le commerce international a pour but de diversifier la richesse accessible au consommateur, non pas d’appauvrir un client. Le mercantilisme qui cherche, dans le commerce international, à s’emparer de l’or du voisin est un fruit mauvais d’un arbre mauvais. L’or n’est pas une richesse. Toute exportation éloigne une richesse du pays. Toute importation introduit une richesse dans le pays. Quand cessera-t-on de confondre monnaie et richesse ?

Dans le tableau ci-dessus, le compte producteur groupe donc la richesse acquise ; le compte consommateur, la richesse consommée.

La monnaie devant être l’expression exacte de la richesse, le comptable du Crédit Social va déduire que le surplus de richesse permet une disponibilité monétisable de $4,800,000,000.

C’est là-dessus, et sur rien autre, que le Bureau Fédéral du Crédit Social va baser sa création de monnaie nouvelle. Il distribuera cette monnaie, non pas par des prêts remboursables, portant intérêt payables à des particuliers, comme aujourd’hui, mais directement aux consommateurs par le moyen de l’escompte compensé et du dividende, double mécanisme très simple que nous expliquerons et commenterons dans un prochain numéro.

Toutes les émissions de monnaie sont débitées au compte du Crédit National, de sorte que le Bureau suit exactement le résultat et est à même, pour le prochain exercice, de savoir ce qu’il y a à faire pour maintenir l’équilibre entre la richesse réelle et la monnaie.

La monnaie du Crédit Social diffère donc de la monnaie actuelle :

Premièrement, dans son origine, étant créée et émise par un organisme national, pour le bien général, non pas par un groupe de particuliers cherchant des profits personnels ;

Deuxièmement, dans sa base, reposant sur une richesse réelle, non sur un or aléatoire ou sur la bonne volonté des prêteurs-créateurs de l’école de Rothschild ;

Troisièmement, dans le rythme de sa production, suivant exactement la capacité de production du pays, ce qui signifie, dans notre Canada riche, laborieux et industrialisé, l’élimination de la pauvreté abjecte et l’indépendance économique ;

Quatrièmement, dans son mode de distribution, allant directement au consommateur qui va lui-même financer la production, éliminant ainsi l’empire des maîtres actuels de la monnaie, la concentration de la richesse et la dictature des monopoles.

Une telle monnaie n’est-elle pas plus sensée que celle qu’on veut lier à l’or, à un produit individuel qui n’a aucun rapport avec la production des biens totaux d’une nation, ou qu’une monnaie limitée selon le jugement de quelques profiteurs qui laissent l’Etat, les provinces et les villes se débrouiller avec le chômage et la misère créés par leurs opérations à vues bornées ?

Comprend-on maintenant pourquoi le Crédit Social dit : Tout ce qui est matériellement possible doit l’être financièrement?

Louis Even

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