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La finance en regard des faits

Louis Even le mardi, 01 mai 2001. Dans Le Crédit Social enseigné par Louis Even

Les réalités, les vraies richesses, ce sont les biens qui répondent aux besoins. - Le crédit-argent doit être émis d'après la production des richesses et annulé d'après la consommation de richesses. – La finance doit être au service des besoins humains. — Le prix financier doit être ajusté au prix réel ; la communauté ne doit payer que ce qu'elle consomme.

La suppression des taxes ne peut se faire dans un système financier en désaccord avec les réalités. Mais elle serait possible dans le cadre d'une finance conforme aux réalités, dans le cadre d'une finance de Crédit Social. Il est donc nécessaire d'avoir une vue d'ensemble sur un système de Crédit Social, avant d'envisager la disparition des taxes, qui n'en serait qu'une conséquence.

Les réalités économiques

Les réalités économiques sont : d'une part, les besoins humains ; d'autre part, les biens répondant à ces besoins.

Les biens qui répondent à des besoins sont une richesse. Qu'il s'agisse de biens pour la consommation privée, comme le pain, les habits – ou qu'il s'agisse de biens publics, comme les routes, les ponts, les aqueducs – la production de ces biens est un enrichissement, et la destruction de ces biens est un appauvrissement.

Un pays s'enrichit donc quand il produit plus de richesses qu'il n'en détruit. C'est normalement le cas des pays « modernement » équipés. Sauf peut-être quand ils sont soumis à des bombardements, ou en cas de cataclysmes, les pays modernes construisent plus de biens durables (routes, etc.) qu'il ne s'en use. Et quant aux biens de consommation (nourriture, habits), ils ne peuvent pas longtemps en consommer plus qu'ils en produisent.

Émissions et annulations de crédit

Le monde moderne a appris à se servir de simple argent de comptabilité, de crédit que des chèques font passer d'un compte à un autre. L'argent de papier et l'argent de métal ne sont pas supprimés, mais ils ne forment plus qu'une petite partie des instruments monétaires.

L'argent et le crédit sont d'ailleurs interchangeables : il suffit de rester cinq minutes auprès du guichet d'une banque pour assister à plusieurs de ces permutations. C'est pourquoi nous employons l'expression crédit-argent en énonçant le principe suivant d'une finance conforme aux réalités :

Toute production nouvelle doit être financée par du crédit-argent nouveau. Et le crédit-argent doit être retiré et annulé que dans la mesure où il y a destruction ou dépréciation de richesse.

Dans une finance saine et conforme aux faits, c'est donc la production - ou la capacité et la volonté de produire - qui détermine le flot de crédit-argent. Ce n'est pas l'argent qui doit déterminer la production.

Tout ce qui est physiquement possible doit être, automatiquement, financièrement possible. Autrement, la finance n'est pas en accord avec les réalités, elle devient une entrave au lieu d'un service.

Il est donc manifestement absurde, pour une communauté humaine, de se priver de produire des choses qu'elle peut produire et qu'elle désire, simplement par manque de moyens financiers. C'est se soumettre à une finance faussant les faits, et punissant les hommes au lieu de les servir.

Puisque, d'une année à l'autre, la production de richesses d'un pays équipé dépasse la consommation de richesses dans le même temps, la comptabilité publique de ce pays doit représenter un actif croissant, et non pas une dette publique.

Et si les richesses existent pour la population, les pays qui s'enrichissent devraient distribuer des dividendes à leurs citoyens, au lieu de diminuer, par des taxes, les droits des citoyens à la production de leur pays.

Si la finance était la représentation fidèle des réalités, le crédit financier devrait être simplement l'expression financière du crédit réel.

Le crédit réel d'un pays, la base réelle de la confiance qu'on a en un pays, c'est sa capacité de produire et livrer les biens exigés par les besoins. Plus le pays est capable de répondre facilement et vite aux besoins, plus il inspire de confiance à ceux qui y vivent ou à ceux qui songent à venir y vivre.

Le crédit financier d'un pays ne doit être que l'expression, en chiffres-argent, de ce crédit réel.

Il est donc absurde de faire consister le crédit d'un pays dans sa capacité de fournir des piastres à des financiers. Le monde n'a pas été créé pour les financiers.

Si la finance était réellement la représentation des faits et la servante de la communauté humaine, toute capacité de produire serait exprimée par une capacité de payer.

Avec une finance conforme aux faits, le problème financier n'existerait pas quand le problème de production n'existe pas.

Au service des besoins humains

La finance ne doit pas être seulement une comptabilité de la production ; elle doit être aussi un mécanisme de distribution et de répartition des biens au service des besoins humains. Elle doit conférer du pouvoir d'achat à ceux qui ont des besoins. Autrement, la production n'ira pas aux besoins.

Ici, on touche au social. Et il n'est pas hors de propos de rappeler que les biens de la terre ont été créés pour tous les hommes, et que tous et chacun, d'une manière ou d'une autre, doivent en avoir une part suffisante pour vivre convenablement.

Dans le monde moderne, le seul moyen de garantir à chacun cette part suffisante des biens de la terre, est de garantir à chacun un minimum de pouvoir d'achat. Personne, en effet, ne produit, à lui seul, tous les biens nécessaires à ses propres besoins. Chacun a besoin de production faite par d'autres. Et pour obtenir la production des autres, il faut avoir le pouvoir d'achat voulu pour la payer.

Une finance conforme aux faits doit donc, non seulement émettre des crédits nouveaux pour toute production nouvelle, mais aussi distribuer du pouvoir d'achat à tous et à chacun des individus.

Ce pouvoir d'achat ne peut être exclusivement du salaire, puisque tout le monde n'est pas salarié.

Le Crédit Social y pourvoit par la distribution d'un dividende périodique à tous et à chacun.

Le progrès permet de produire plus avec moins de labeur humain. Le progrès tend à dissocier le produit de l'emploi. C'est pourquoi, avec une finance reflétant les faits, le droit au produit, le pouvoir d'achat, doit dans la même mesure être dissocié de l'emploi. Plus le progrès diminue le nombre de salariés, plus gros doit être le dividende à tout le monde.

L'ajustement des prix

Une finance en fonction des réalités doit aussi ajuster le prix comptant au prix réel.

Qu'est-ce que le prix réel d'une chose ? C'est tout ce qu'il a fallu utiliser pour fabriquer cette chose ; c'est tout ce qui se change en cette chose-là, tout ce qui disparaît comme tel, tout ce qui se consomme à cause de la fabrication de cette chose-là.

Par exemple, on construit un pont. Le bois, le fer, le ciment, etc., cessent d'exister à part, ils disparaissent séparément, une fois qu'ils sont devenus parties intégrantes du pont. D'autres choses disparaissent aussi à cause de la construction du pont : ce sont tous les biens consommables, nourriture, linge, remèdes, etc., que les ouvriers achètent avec leurs salaires gagnées au pont. En réalité, le vrai prix du pont, c'est la somme des biens disparus pour le bâtir.

C'est dans ce sens-là qu'on dit que le prix réel de la production, c'est la consommation.

Eh bien, pour être en accord avec les réalités, le prix financier à payer par les consommateurs du pays pour la production du pays, dans un terme donné, ne doit pas dépasser la somme de ce qui est consommé dans le pays pendant le même terme. Si, par exemple, le pays produit 20 milliards de dollars de production en un an, et s'il n'en consomme que pour 15 milliards de dollars, les citoyens doivent pouvoir se procurer les 20 milliards de produits pour le prix de 15 milliards. Les producteurs doivent toutefois récupérer 20 milliards. Autrement, ils feraient faillite. Il faut donc que le prix financier soit ajusté constamment au prix réel, et qu'il y ait compensation aux producteurs pour ce que les consommateurs ne paient pas.

Louis Even

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