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La dette publique, une absurdité

le lundi, 01 mars 2004. Dans Crédit Social

La population doit payer en taxes, 3 fois le prix d'une route

Faites du nouveau, établissez un Crédit-Québec, monsieur Charest

Endettement absurde

En passant le gouvernement à monsieur Charest, à la suite de l'élection du 14 avril 2003, monsieur Landry a transmis à son successeur une dette provinciale de 107 milliards de dollars.

Que représente cette dette ? On nous répondra : cela représente des développements publics, une expansion de la voirie, de nouvelles écoles, etc.

Alors, on doit ces routes, on doit ces écoles, on doit ces agrandissements publics — à qui les doit-on ? À qui la population du Québec doit-elle les payer ? Qui donc a fait ces travaux pour que la province doive maintenant les leur payer, et les leur payer plus que le coût de production ? Quelle population étrangère a fait ces routes, érigé ces écoles ?

Non, ce ne sont ni les Américains, ni les Mexicains ni les Chinois qui nous ont valu ces développements. C'est le fruit du travail des gens de chez nous, de matériaux de chez nous ou obtenu de l'étranger en contre-partie de produits de chez nous exportés à l'étranger. Les bâtisseurs ont obtenu en récompense des salaires leur permettant d'acheter des produits dans les magasins du pays. Tout cela est le fruit d'activités et de ressources de chez nous. C'est la population, dans son ensemble, qui a fourni ce qu'il fallait, en travail, en produits, en services de toutes sortes, pour tout cet actif nouveau. Et maintenant, on nous dit que la population doit payer toutes ces choses ! Elle doit payer pour ce qui est son œuvre propre !

Beau système qui fait la population s'endetter pour ce qu'elle produit elle-même ! Elle a dû travailler une première fois pour réaliser cette production. Elle doit travailler une seconde fois pour fournir en argent la valeur de cette production à de prétendus créanciers qui ne l'ont aucunement faite. Elle doit même y ajouter de l'intérêt qui peut aller jusqu'à égaler cette valeur. C'est donc au moins deux fois, sinon jusqu'à trois fois, que la population doit gagner une richesse pour en être vraiment propriétaire.

Le prix du permis

— Mais, dira-t-on, il faut bien rembourser, avec intérêts, l'argent, le crédit financier avancé pour l'exécution des travaux.

— Qu'est-ce que ce crédit financier, sinon la permission pour mobiliser travail et matériaux, le permis pour mettre en œuvre une capacité de production qui existe, qui ne vient nullement des financiers ?

En effet, si la population veut un bout de route ou un édifice public, mais n'a pas en main le crédit financier, elle ne peut pas entreprendre les travaux ; mais si le crédit financier lui est mis entre les mains, elle procède immédiatement. Cela prouve bien que la capacité de produire existait, mais qu'il fallait attendre le permis de construire.

La construction coûte, disons, un million de dollars. Cela veut dire que la population devra fournir du travail, des produits, des services de diverses sortes, pour un million ; puis elle devra, par la suite, gagner par son travail et fournir en taxes un autre million, peut-être un million et demi ou même deux millions, pour payer l'emprunt et les intérêts sur l'emprunt qui permettent de construire. Le permis de construire coûte plus cher que la construction elle-même.

On peut bien trouver les taxes une charge pesante, surtout les taxes pour payer les permis, pour payer la permission de faire ce que l'on fait soi-même.

Bernard Landry a quitté la direction du gouvernement du Québec. Mais le système fou qui endette la population pour ce qu'elle accomplit elle-même n'a pas quitté la vie économique empoisonnée par ce système. Et si M. Charest ne change rien à cette escroquerie gigantesque, lui aussi devra endetter la province pour ses développements publics, ou bien ralentir ses développements et laisser inutilisée une capacité de production existante.

On nous dira que c'est la même chose dans les autres provinces du Canada, la même chose dans tous les pays producteurs. C'est vrai, mais un vol généralisé n'est pas plus excusable qu'un vol limité. Et l'on n'a pas besoin d'attendre que l'ordre soit établi partout avant de l'établir chez soi.

Que changer ? Pas besoin de bouleversement (ni du bâillon) pour mettre de l'ordre. Le mode de production va très bien. Ouvriers, ingénieurs, architectes sont compétents, ne les dérangeons pas. Il faut changer seulement ce qui va mal, ce qui cloche.

Ce qui est faux, c'est le système de financement, le système de permis. En fait de production publique, le seul permis à obtenir devrait être celui du Parlement, des représentants du peuple. Et eux n'ont point à se demander si du crédit financier sera disponible ou non. Ils n'ont qu'à se demander si l'exécution des travaux est possible sans nuire au maintien de la production répondant à des besoins plus urgents. Quant au crédit financier, il doit venir automatiquement, à mesure que se met en œuvre la capacité de produire cette richesse nouvelle.

Cela veut dire que la construction, une fois produite par le travail de la population, doit appartenir de plein droit à la population, sans aucune dette.

Qu'il s'agisse de production privée ou de production publique, on ne doit pas avoir à payer pour ce qu'on produit, mais seulement pour ce que l'on consomme. La richesse nouvelle, disons une école neuve, est payée par le fait même de sa construction. Par la suite, la population paiera comme consommatrice seulement, c'est-à-dire à mesure qu'elle utilisera cette richesse, jusqu'à concurrence de sa valeur. Elle ne la paiera qu'une fois, parce qu'elle ne peut pas la consommer deux fois. Il n'y aura plus de permis à payer, donc pas à payer deux, deux et demi ou trois millions pour une école d'un million. Et on ne paiera pas pour la production de cette richesse, mais pour sa consommation.

C'est cela le Crédit Social. Une finance accordée aux réalités et servant les activités économiques des hommes ; et non pas une finance qui paralyse les activités en refusant le permis financier, ou qui punit la production par des dettes lorsqu'elle accorde le permis de produire (le crédit financier).

Le Crédit Social serait une libération, une libération de la soumission au crédit bancaire qui domine, permet ou refuse, conditionne et asservit.

Provincialement

— Mais, demandera-t-on, qu'est-ce que cela peut avoir à faire dans la politique provinciale, puisque la législation monétaire et bancaire relève d'Ottawa ?

Répondons d'abord que les richesses naturelles de la province sont de juridiction provinciale. De même aussi les questions ouvrières. Une province qui se respecte ne peut laisser ses richesses et sa main d'œuvre inutilisées en face des besoins de sa population.

Si des arrangements constitutionnels, rédigés il y a 150 ans, ne conviennent plus aux conditions actuelles, il faut ou bien les changer, ou bien recourir à un moyen complémentaire pour y remédier. C'est ce que nous proposons par l'institution d'un Crédit-Québec pour financer adéquatement les activités économiques à l'intérieur de la province de Québec. Tout comme un Crédit-Ontario, un Crédit-Nouveau-Brunswick, un Crédit-Manitoba, etc., pourrait le faire dans ces provinces respectives.

Cela pourrait fonctionner efficacement, dans la mesure où la population de la province accorderait autant de confiance à cette comptabilité d'ordre provincial qu'elle le fait à la comptabilité d'ordre bancaire qui l'endette et l'exploite effrontément.

En quoi consisterait un tel système de rechange provincial ? Chaque province possède son propre crédit, sa capacité provinciale de production. La constitution même de 1867 reconnaît à chaque province le droit d'emprunter sur son propre crédit. Eh bien ! le mécanisme proposé consisterait à se servir directement de ce crédit sans passer par l'emprunt, par l'endettement, par jugement de prêteur. Le système n'impliquerait ni frappe de pièces monétaires, ni impression de papier-monnaie, ni législation bancaire, puisque de telles choses sont actuellement réservées au fédéral. Ce serait un système substitut, au moins en attendant que le gouvernement fédéral se décide à établir une finance servante fidèle à la grandeur du Canada — ce qui ne tarderait sans doute pas en constatant les résultats tangibles obtenus provincialement.

Un aperçu

Sans entrer dans les détails et les modalités toujours ajustables en fonction de l'expérience, voici brièvement comment le gouvernement de Jean Charest, s'il s'y décide, pourrait présenter la chose :

Une loi est votée pour l'établissement d'une Commission de Crédit provincial qui prendra le nom de Crédit-Québec.

Pour bénéficier pleinement de cette institution, la population de la province est invitée à ne se servir que de crédit financier provincial pour toutes leurs transactions financières effectuées dans les limites de la province. Ce crédit consistera en comptes créditeurs dans les livres de la Commission.

Ces comptes seront formés de tout moyen de paiement déposé à la Commission ou à l'une ou l'autre de ses succursales, qu'il s'agisse d'argent métallique, de papier monnaie, de chèques sur des banques ou sur des caisses populaires, ou de transferts de crédit provenant d'un autre client du Crédit-Québec.

Les fonds de la Commission comprendront donc du numéraire et du crédit bancaire, acceptés partout, et du crédit provincial, acceptable dans toute la province dans la mesure où la population collaborera au système pour en tirer tout le bénéfice.

Pour effectuer un paiement quelconque, le client du Crédit-Québec n'aura qu'à signer un transfert de crédit, indiquant combien payer et à qui : formule semblable à un chèque ordinaire, tiré sur la succursale où il y a un compte. Le virement sera effectué dans les livres de Crédit-Québec, de la même manière que cela se pratique dans les banques et les caisses populaires.

Le gouvernement provincial paiera ses fonctionnaires et acquittera ses autres dépenses en transferts de crédit sur son compte, compte dans lequel il déposera les sommes de toute nature qu'il percevra, avec les montants qui lui seront attribués pour les travaux approuvés par le Parlement.

Aucune difficulté pour les transactions complétées à l'intérieur de la province. Aucune limite financière autre que la limite même de la capacité de produire les biens publics ou privés répondant aux besoins de la population. Quant aux paiements à faire en dehors de la province, il est probable que le créancier exigera du crédit bancaire. Le Crédit-Québec le fournira : pas de difficulté là non plus, tant que le total de ces paiements à l'extérieur ne dépasse pas les revenus obtenus de l'extérieur par nos exportations de produits domestiques.

Tels sont les grands traits d'un système financier de crédit provincial. S'il est institué, la population apprendra vite à lui accorder pleine confiance. Le Crédit Social est assez connu, dans la province de Québec surtout, pour susciter cette confiance totale dès que le gouvernement prendra lui-même cette décision. Ce sera du coup l'autonomie financière et économique tant désirée. Ce sera aussi pour la province la fin de tout problème strictement financier, tout ce qui est physiquement possible devenant par le fait même financièrement possible, tant pour la production que pour la distribution adéquate des produits là où sont les besoins.

Mais le nouveau gouvernement du Québec va-t-il mieux le comprendre et l'admettre que Bernard Landry, et ses députés qui ont levé le nez sur la doctrine créditiste, enfoncer la province dans les dettes et surcharger de taxes sa population. Malheureusement, NON !

Louis Even

Causerie donnée par Louis Even, à 33 postes de radio, au Canada, les 9-10 juillet 1966. Nous n'avons fait que changer les noms de Jean Lesage en Bernard Landry, et de Daniel Jonhson en Jean Charest. Ces messieurs du gouvernement actuel n'ont pas fait évoluer les choses depuis 40 ans. Comme leurs prédécesseurs, ils sont restés aussi arriérés dans leur programme que le système financier du bœuf de la caricature. Le Ministre Séguin sortira ses matraques de l'impôt pour assommer les producteurs qui fabriquent les richesses, et il punira les assistés sociaux, les plus pauvres du pays.

Prions le saint Rosaire pour la conversion de nos hommes publics, sans quoi, ils ne comprendront jamais rien.

Th. T.

 

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