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Inertie et Conservatisme

le mardi, 01 juin 1937. Dans Cahiers du Crédit Social

Inertie et conservatisme

Voilà deux mots bien significatifs et à la mode.

L’INERTIE — L'inertie, chez les uns, se traduit par une observation passive des événements qui se déroulent sous leurs yeux. Les inertes ne semblent pas se rendre compte que la société croule, que demain, peut-être, elle ne sera plus. Ils ne semblent pas sentir le poids énorme de la dépression qui nous étreint de plus en plus étroitement dans ses puissantes serres...

Ils vont comme ils sont venus, montés sur un char d'opportunisme et d'individualisme.

Et, si l'on se plaint, si on leur dit que les choses vont mal, ils n'ont rien autre chose à répondre que : c'est la crise, elle passera comme les autres ont passé.

Nous savons pourtant un éminent sociologue qui a dit que la crise actuelle n'était pas une crise cyclique, selon le terme classique des économistes orthodoxes, mais une crise de civilisation.

Nous vivons une époque de transition. Nous passons de l'âge du cheval à celui de la machine.

C'est ce qui cause le formidable bouleversement dont le monde est à la fois témoin et victime.

Sa Sainteté le Pape Pie XI disait récemment que le monde s'agitait dans un creuset d'où sortirait une civilisation nouvelle.

Mais l'inerte ne sent pas ce bouillonnement. Il traite d'imbéciles ceux qui le lui rappellent.

Et si, serré de près, il est obligé d'admettre que tout ne va pas pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles, il répond simplement : il en fut toujours ainsi. Mais par là même il prouve son ignorance des faits.

Puis-devons-nous le dire-ils sont légion ces inertes !

LE CONSERVATISME — Il est fait de ceux qui ne veulent pas changer.

Voilà une autre catégorie de gens peu recommandables dans notre société en ébullition et aussi en évolution constante.

Les tenants du système actuel — si l'on peut appeler système le désordre actuel, ne voient pas non plus, les changements continuels qui s'opèrent dans la société.

Ils sont nés sous le présent état de choses ; ils ont vécu et ils vivent, tant bien que mal, sous le présent état de choses ; ils mourraient, si on les faisait faire, sous le présent état de choses. Ils s'y accrochent d'ailleurs désespérément.

La jeunesse se plaint-elle, veut-elle agir, réagir, secouer fortement le joug qui l'étreint, on lui répond qu'elle est téméraire, folle, emballée, voire même, que c'est sa faute, à elle, la jeunesse, si les choses vont mal.

Voilà qui est un peu fort, Messieurs. Qu'avons-nous donc eu à dire ou faire dans l'organisation actuelle ou plutôt la désorganisation actuelle de la société, nous, les jeunes ? A-t-on seulement pu nous consulter ? Nous étions encore des enfants en 1929.

Mais vous voulez organiser ou réorganiser la société avec des méthodes vieilles de cent ans ! Vous allez échoir misérablement.

Mais qui sont-ils ces inertes et ceux-là qui s'accrochent désespérément au présent état de choses et surtout au système monétaire actuel.

Ils appartiennent à plusieurs catégories. Mais la plus souple n'est-elle pas celle de la supposée élite ?

Oui, c'est vous, écrivains, sociologues, politiciens, économistes, organisateurs de sociétés et d'organisations les plus diverses, c'est vous qui vous accrochez désespérément à l'ordre, ou plutôt au désordre actuel des choses.

Avez-vous donc des yeux pour ne point voir, des oreilles pour ne point entendre, une langue pour ne point parler ?

Ne voyez-vous pas la société effritée à sa base ? N'entendez-vous pas la clameur toujours plus forte qui s'élève du peuple désespéré ? Vous ne dites pas ce que vous prétendez faire pour remédier à cet état de choses — au reste, le savez-vous vous-mêmes ?

Oh ! sans doute, plusieurs ont formulé des demandes, étayé des projets, développé des plans. Mais qui donc de la classe dirigeante a rattaché les maux du système économique au système monétaire.

Pour formuler des revendications, que fait-on ? On s'obstine à vouloir faire concorder les choses avec le système monétaire, lui qui devrait concorder avec les choses. N'est-ce pas, inconsciemment peut-être, renverser les rôles, et la logique hélas ! oubliée ? Quelle aberration dans un siècle de lumière et de progrès !

Il serait possible, physiquement, d'améliorer le niveau de vie du peuple : pas d'argent. — Il serait possible, physiquement, d'améliorer le système d'enseignement : pas d'argent.

Il serait possible, physiquement, de stimuler le retour à la terre par des méthodes rationnelles, d'améliorer les services sociaux, de démolir les taudis qui déshonorent nos villes "modernes” ? Toujours la même réponse défaitiste : pas d'argent. C'est à en mourir de rire, si, hélas ! ce n'était si tragique.

Et j'arrive au Crédit Social.

Il y a, dans la Province de Québec, une "Ligue du Crédit Social, fondée l'an dernier dans le but de stimuler la propagande de cette saine doctrine.

Les fondateurs sont gens plutôt jeunes, non gâtés par la politique rampante, qui ont étudié et vu clair dans le désordre économique.

"Quel contraste !... D'un côté, des dirigeants qui se croient éclairés, qui s'intitulent des hommes de progrès et qui restent figés dans leur étroitesse de pensée... de l'autre côté, un peuple que des événements tragiques achèvent d'instruire et qui, dans son instinct y voit si net là où les autres y voient si trouble." (Paul Bourget).

Ce peuple, ces jeunes ont bien vite aperçu qu'il ne serait pas possible de réformer la société qui s'écroule, aussi longtemps que le système monétaire désuet ne serait pas changé.

Depuis dix (10) mois ils ont sacrifié des énergies, du temps, de l'argent. Ils n'ont rien épargné. Ils se sont dépensés sans compter.

Cependant, malgré toute leur bonne volonté, ils ne peuvent tout faire. Il leur manque surtout l'appui financier. Les initiatives ne vont pas loin sans l'argent pour les seconder. Encore moins quand l'ennemi bien approvisionné se sert de l'argent pour les étouffer.

Les créditistes sentent bien que leur doctrine, si bonne soit-elle, si rigoureusement logique, est encore ignorée. Elle semble perdue dans le labyrinthe des idées agitées.

Pourquoi faut-il qu'il en soit ainsi ? Serait-ce que la logique brutale éblouisse ?

Nous sommes parfois tentés de le croire. On dirait que les préjugés, les fausses conceptions ont remplacé la logique.

Eh bien, Messieurs de l'élite, vous les intellectuels, ouvrez vos yeux et voyez. Quittez au plus tôt vos pensées d'un autre âge et regardez avec des yeux d'homme voyant et clairvoyant. Départissez-vous au plus tôt de vos théories surannées qui, vous le voyez bien, nous conduisent à la ruine.

Elles sont vieilles et démodées. Votre cramponnement à l'état de choses actuel ne peut que nous conduire à l'anarchie.

Les moyens de fortune, les palliatifs, les cataplasmes sur des jambes de bois : voilà vos travaux et vos œuvres depuis bien des années. Ils sont concrétisés dans des formules usées : redistribution des taxes, consolidation des dettes, hypothèques, emprunts de toutes sortes, prêts aux logements, etc., etc.

Tous ces moyens, nous le répétons, ne sont que des palliatifs. Ce qu'il faut, aujourd'hui, c'est un changement radical.

La Russie a réagi brutalement dans le sang. L'Espagne réagit sauvagement.

Nous ne préconisons pas ces moyens. Mais nous voulons que tous puissent se procurer tous les biens qu'il est possible, physiquement, de produire. Une loi monétaire en somme. Est-ce tant ?

Donc, vous tous à qui nous nous adressons tout spécialement, voyez donc ce qu'est notre doctrine. Nous ne tenons pas plus qu'il ne faut aux méthodes d'application. Mais nous voulons une réforme monétaire, elle s'impose. Votre aide en hâterait la réalisation.

Il faut que tous s'occupent de ce problème vital, d'où dépend le sang de l'organisme économique, sans quoi nul ne pourra plus bientôt respirer.

Attendrons-nous que notre société, ballottée au gré de toutes les doctrines révolutionnaires, soit engloutie dans l'immense tourbillon de la révolution ? Car le bateau prend eau et donne dangereusement de la bande.

Donc nous vous invitons tous à coopérer.

Vous, chefs d'unions ouvrières, si vous faites relever les salaires, les prix montent. C'est un cercle vicieux. Vous prêchez dans le désert. (Ce qui ne condamne pas du tout la répression des abus.)  Vous, chefs d'industries, malgré vos bonnes intentions souvent, la concurrence vous force à baisser les salaires. L'acheteur aura moins d'argent ! Palliatif — Cercle vicieux.

Vous, propriétaires, les taxes montent et vous hypothéquez : Palliatif — Cercle vicieux.

Vous, marchands, vos marchandises s'éternisent sur vos tablettes, les acheteurs n'ont plus d'argent. Vous baissez les prix et vous vendez à perte. Que gagnez-vous à tourner dans ce cercle vicieux ?

Vous, écrivains, vous réclamez des réformes économiques sans pouvoir les formuler, les concrétiser. Vous prêchez dans le désert.

Vous, hommes politiques, quand vous n'êtes pas vendus, vous vous évertuez à trouver une solution à la crise, au chômage, à équilibrer les budgets. Pour diminuer les dépenses, vous accentuez le chômage. Vous retombez toujours de Charybde en Scylla. Palliatifs — Cercle vicieux.

Tous, admettrez-vous enfin que tous vos efforts, jusqu'à maintenant, ont été vains et de nul effet ?

On n'en est pas surpris quand on connaît le système monétaire. Et vous, sociologues, pourquoi donc nous ignorez-vous ? Notre doctrine n'a pourtant rien de révolutionnaire. Elle n'est pas matérialiste. Elle s'appuie sur cette parole de saint Thomas d'Aquin : “Il faut un certain minimum de biens matériels pour l'exercice de la vertu." Nous ne prétendons pas avoir trouvé une solution définitive à la question sociale. Nous n'avons pas cette orgueilleuse prétention.

Mais nous disons que l'accomplissement de la plupart des réformes économiques nécessaires et urgentes serait grandement facilité si l'on avait l'argent pour les accomplir.

Il est vrai de dire que si la justice était reconnue il n'en serait pas ainsi. Mais de là à ne prêcher que la vertu ? Si cent justes se font exploiter par un voleur qui ne veut point entendre raison et qui ne connaît pas la vertu, pas même la vertu de justice, que faut-il faire ?

Ne faut-il pas priver le voleur des moyens d'exploiter le juste.

Eh ! bien, le système bancaire international et anonyme, ce corps sans âme, c'est le voleur. (Remarquez que nous ne disons pas que les banquiers sont voleurs, mais le système bancaire).

C'est l'hideuse tête de la pieuvre économique dont les tentacules (les monopoles, les "Trusts” sous leurs diverses formes) nous étreignent.

"On ne coupe pas les tentacules de la pieuvre," disait Victor Hugo. "Elle n'est vulnérable qu'à la tête.” (Les Travailleurs de la Mer).

Le cas est le même pour la pieuvre économique.

Eh ! bien, supposée élite, vois donc la tête de cette monstrueuse pieuvre qui nous étreint tous. Ne t'attarde point à couper ses tentacules. Tu y dépenserais en vain tes efforts. C'est la tête qu'il faut couper. Et si tu doutes, si tu ne crois pas ces affirmations, viens te renseigner. Nous avons en mains des preuves en quantité suffisante pour confondre les plus incrédules.

Les directeurs de "La Ligue du Crédit Social de la Province de Québec" ont besoin de coopération, surtout financière, pour mener leur propagande à bien.

Ils comptent donc sur la coopération active et dévouée de tous les organismes collectifs et indépendants pour continuer leur travail.

Ils ne demandent aucun salaire.

Mais ils voudraient — oh ! bien des choses — mais ils voudraient surtout pouvoir louer les services de la radio.

La plupart des journaux — une autre tentacule de la pieuvre — refusent tout article. Quand ils parlent de Crédit Social, ils dénaturent les écrits, les faits, les nouvelles. Ils présentent faussement les propositions du Crédit Social, pour les réfuter, mystifier et préjuger les lecteurs.

Écrivains, sociologues, politiciens honnêtes, économistes amateurs ou professionnels, organisateurs de sociétés et d'organisations, un peu d'effort donc, un peu d'étude du Crédit Social... puis votre collaboration soutenue par la conviction d'aider un mouvement sain et remédiateur.

JEUNE COLLABORATEUR

 

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