EnglishEspañolPolskie

Du pain pour tous: à tous du pain

Louis Even le vendredi, 15 septembre 1961. Dans Crédit Social

Le nécessaire à la vie

Comme dans le Pater, le mot "pain" désigne tout ce qui est nécessaire à la vie : à la vie spirituelle et à la vie matérielle.

L'Église sait mettre à la disposition de ses membres, de tous et de chacun, et abondamment, ce qui est nécessaire à leur vie spirituelle. S'il y a chez des fidèles dénutrition spirituelle, la faute en est à eux-mêmes, et non pas à l'Église.

Mais, dans l'ordre temporel, les sociétés civiles ne sont point aussi attentives aux besoins de chacun de leurs membres. Même pas dans les pays où l'abondance de biens permettrait facilement une honnête subsistance à tous. Alors qu'il y a assez de pain pour tous, tous n'ont pas de pain.

Des hommes – les contrôleurs de l'argent et du crédit — tiennent en main la clef qui permet ou interdit l'usage des richesses pour répondre aux besoins humains. Des personnes, des familles, restent privées devant une abondance non distribuée. Les gouvernements essaient bien, il est vrai, d'atténuer cette situation, mais ils n'apportent que des palliatifs à effets très limités, parce qu'ils ne veulent pas ou n'osent pas extirper le vice financier qui soumet le régime économique aux exigences des maîtres de l'argent plus qu'à la satisfaction des besoins humains.

La production de biens est soumise à la possibilité pour les producteurs d'obtenir du crédit. Et la distribution des produits est soumise à la possibilité pour les consommateurs d'obtenir de l'argent.

Or, ni l'argent ni le crédit ne sont réglés d'après les besoins humains, ni d'après la possibilité physique de satisfaire ces besoins, mais selon les profits financiers qu'en attendent ceux qui contrôlent les écluses et le flot du crédit.

C'est là un mépris de la personne humaine et une dérogation au plan de Dieu, créateur de toutes sources de richesses.

Pour qui les biens créés ?

Le Pape Pie XII, dans son radio-message de Pentecôte 1941, rappelait au monde que :

"Les biens créés par Dieu l'ont été pour tous les hommes et doivent être à la disposition de tous, selon les principes de la justice et de la charité."

Les biens doivent être à la disposition de tous, non pas parce que les gouvernements y consentent ou parce que la finance le permet, mais parce que c'est la volonté de Dieu, Créateur à la fois des biens et de l'homme. L'homme, tout l'homme, tient de sa nature même le droit à une part des biens de la terre. Le rôle des gouvernements, c'est d'établir un ordre – des formes juridiques, dit le Pape – non pas pour conférer un droit que tout homme possède du seul fait de sa naissance, mais pour permettre à chacun de pouvoir exercer ce droit.

"Tout homme, en tant qu'être doué de raison, tient en fait de la nature le droit fondamental d'user des biens de la terre, quoiqu'il soit laissé à la volonté humaine et aux formes juridiques des peuples de régler plus en détail la réalisation pratique de ce droit."

Dans la mesure où l'organisme économique et social procure à chaque personne la possibilité d'obtenir une part des biens de la terre, dans cette mesure le régime est sain et bien organisé. Dans la mesure où il y manque, dans cette mesure il est malsain et mal organisé.

Et la part de chacun doit lui permettre au moins "une honnête subsistance", comme l'écrivait Pie XI dans Quadragesimo Anno.

Un régime qui, même dans les pays d'abondance comme le Canada, laisse des personnes dépourvues, ou insuffisamment pourvues, ou soumises à des périodes d'insuffisance ne relevant point de causes naturelles – ce régime-là est loin d'être sain et bien organisé. C'est sans interruption que l'organisme économique et social doit tendre à permettre le plein développement de la vie individuelle de tous les citoyens. C'est encore bien défini dans le message 1941 de Pie XII :

"L'économie nationale, fruit de l'activité d'hommes qui travaillent unis dans la communauté nationale, ne tend pas à autre chose qu'à assurer sans interruption les conditions matérielles dans lesquelles pourra se développer pleinement la vie individuelle des citoyens."

Et le Pape continue en soulignant qu'un peuple est riche, non pas d'après le total statistique de sa production, mais d'après la mise de cette production au service de tous et de chacun de ses citoyens, car alors :

"Le droit personnel de tous à l'usage des biens terrestres se trouvera ainsi réalisé, conformément au plan voulu par le Créateur."

Pour assurer le nécessaire à tous

Il y a bientôt trois-quarts de siècle que des propositions énoncées par un homme de génie, l'ingénieur écossais Douglas, présentent un mode de distribution qui ferait de l'argent le serviteur des réalités. L'application de ces propositions, connues sous le nom de "Crédit Social", garantirait la distribution à tous d'une part de la grande production moderne. Elle le ferait d'une façon stable et permanente, aussi permanente que la capacité de production elle-même. Tant qu'il y aura assez de blé pour permettre assez de pain pour tous, tous et chacun aurait sa part de pain garantie. Et ainsi pour tous les produits répondant aux besoins normaux des individus et des familles, tant que la production de ces biens est possible.

Pour établir ce mode de distribution des biens, il faudrait évidemment apporter certaines modifications assez radicales, non pas dans la manière de produire, ni dans la propriété des moyens de production, mais dans le système financier. Il faudrait mettre de côté certains règlements qui restreignent le droit aux produits, qui restreignent le pouvoir d'achat à ceux que la production emploie.

Ce serait donner à l'homme la préséance sur l'argent. Ce serait reconnaître la primauté de la personne humaine ; primauté admise en principe, mais que nul gouvernement, jusqu'ici, n'a bien traduite dans le concret.

Il y a du pain pour tous : que tous aient du pain.

Louis Even Vers Demain, 15 septembre 1961

Louis Even

Poster un commentaire

Vous êtes indentifier en tant qu'invité.

Panier

Dernière parution

Infolettre & Magazine

Sujets

Faire un don

Faire un don

Haut