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Deux objections au dividende: paresse et communisme

Par Alain Pilote, Louis Even le vendredi, 01 mai 2020. Dans Dividende

Ceux qui entendent parler pour la première fois de dividendes, ou d’un revenu minimum garanti distribué à tous, soulèvent souvent les deux objections suivantes: plus personne ne voudra travailler, et/ou que c’est du communisme, se faire vivre par les taxes des contribuables. Il est vrai que si ce revenu garanti est financé par les taxes, la dernière accusation sera valable, mais cette accusation ne tiendrait pas avec le dividende du Crédit Social, puisqu’il serait financé non pas par les taxes, mais par de l’argent nouveau, créé sans intérêt, et n’appauvrirait personne.

Certains économistes, comme Milton Friedman, aiment à répéter qu’on n’a rien pour rien, qu’il n’existe rien de gratuit dans la vie («there is no such thing as a free lunch»). Mais la nature abonde d’exemples qui prouvent le contraire. L’air que nous respirons, le soleil, l’eau, etc., sont tous des dons gratuits de notre Créateur. Dieu Lui-même nous comble de gratuités avec les ressources naturelles et la nourriture qu’Il donne en abondance: le dividende serait le reflet de cette générosité, de ces gratuités de Dieu.

Ceux qui sont contre le dividende aiment bien aussi citer cette phrase de saint Paul, dans sa deuxième lettre aux Thessaloniciens: «Si quelqu’un ne veut pas travailler, il ne doit pas manger non plus.» (2 Th 3, 10.) À les écouter, on ne devrait même pas verser d’aide à ceux qui ont perdu leurs revenus en raison du confinement actuel. Le pape Pie XI, dans son encyclique Quadragesimo Anno sur l’instauration de l’ordre social, datée du 15 mai 1931, donne une réponse à cette accusation, au paragraphes 63 et 64:

«Observons à cet égard combien c’est hors de propos et sans fondement que certains en appellent ici au témoignage de l’Apôtre: “Si quelqu’un ne veut pas travailler, il ne doit pas manger non plus.” L’Apôtre, en effet, condamne par ces paroles ceux qui se dérobent au travail qu’ils peuvent et doivent fournir; il nous presse de mettre soigneusement à profit notre temps et nos forces d’esprit et de corps, et de ne pas nous rendre à charge à autrui alors qu’il nous est loisible de pourvoir nous-mêmes à nos propres nécessités.

«En aucune manière il ne présente ici le travail comme l’unique titre à recevoir notre subsistance. Il importe donc d’attribuer à chacun ce qui lui revient et de ramener aux exigences du bien commun ou aux normes de la justice sociale la distribution des ressources de ce monde, dont le flagrant contraste entre une poignée de riches et une multitude d’indigents atteste de nos jours, aux yeux de l’homme de cœur, les graves dérèglements.»

Ce qui revient à chacun, ce qui est dû à chaque personne, c’est un dividende social. Dans son encyclique Caritas in Veritate, Benoît XVI reprend aussi l’idée que le travail ne doit pas être l’unique source de revenu (n. 37):

«La vie économique a sans aucun doute besoin du contrat (les salaires en échange du travail fourni) pour réglementer les relations d’échange entre valeurs équivalentes. Mais elle a tout autant besoin de lois justes et de formes de redistribution guidées par la politique, ainsi que d’œuvres qui soient marquées par l’esprit du don.»

Dans un autre encyclique, Deus Caritas Est (Dieu est amour, n. 25-26), Benoît XVI écrivait aussi:

«L’Église est la famille de Dieu dans le monde. Dans cette famille, personne ne doit souffrir par manque du nécessaire… Le but d’un ordre social juste consiste à garantir à chacun, dans le respect du principe de subsidiarité, sa part du bien commun.»

Ce sont les lois de sécurité sociale actuelles qui découragent le travail: on les donne à condition que les gens ne travaillent pas; si les gens veulent avoir un revenu supplémentaire, on leur coupe leur chèque de sécurité sociale. De plus, ce chèque de sécurité sociale est financé par les taxes de ceux qui travaillent, et qui parfois, malgré leur salaire, se retrouvent à avoir moins d’argent à la fin du mois que ceux qui ne travaillent pas et qui reçoivent le chèque. Cela crée du mécontentement, avec raison.

Le dividende du Crédit Social est versé sans conditions à tous les citoyens, qu’ils soient salariés ou non, du seul fait qu’ils sont tous héritiers du progrès et des richesses naturelles du pays. Et il n’est pas financé par les taxes des travailleurs, donc personne n’est pénalisé: tous reçoivent un dividende, et ceux qui travaillent reçoivent leur salaire en plus.

Alain Pilote

Dans la brochure du Syllabaire du Crédit Social, Louis Even répond à ces deux objections de paresse et de communisme, ou égalitarisme:

Objection: la paresse

— Le Crédit Social va faire des paresseux.

— Pourquoi?

— Parce qu'il veut augmenter l'argent, et l'argent fait des paresseux.

— C'est justement quand il y a de l'argent que les produits se vendent; et c'est quand les produits se vendent que l'industrie donne du travail à son personnel. Or, ce n'est pas le travail, mais la réduction à l'inaction, qui tend à faire des paresseux.

D'ailleurs, la paresse est un vice — un péché capital. Ce n'est pas par des moyens financiers que l'on corrige les vices. La finance n'a pas à remplacer l'éducation, ni la morale, ni la prière, ni les sacrements, ni la religion.

— Oui, mais cet argent pour rien, assuré à tout le monde!

— Ce n'est pas de l'argent pour rien. C'est le revenu d'un capital qui appartient à tout le monde. Puis, c'est de l'argent pour acheter de la production en attente.

L'assurance d'un minimum, au lieu de rendre paresseux, permet à l'homme de se placer là où il peut le mieux mettre à profit ses aptitudes. Le bien général y gagne.

Il n'y a pas de meilleurs travailleurs que ceux qui travaillent par goût, par choix. Non pas le travail forcé, non pas la carrière imposée dictatorialement. Mais le travail choisi librement.

Le dividende constitue du pouvoir d'achat pour acheter des produits. Il suppose donc le travail d'hommes et de machines pour répondre à la demande. Il est clair que si la production arrêtait, aucun argent ne serait du pouvoir d'achat, puisqu'il n'y aurait rien à acheter. Une création d'argent dans ces circonstances ne serait pas du tout la représentation des réalités. Or le Crédit Social va d'après les réalités.

Le dividende à tous serait, comme le salaire aux travailleurs, un stimulant à la production, puisqu'il grossirait avec l'augmentation de la production.

Le dividende à tous ne supprimerait pas les salaires aux employés de la production. Il y aurait encore la même différence de revenu entre un homme qui n'a que son dividende et celui qui a en même temps son dividende et un salaire.

Objection: communisme

— Donner à tous la même somme, c'est mettre tout le monde égal, c'est du communisme!

— Le dividende ne nivelle pas les fortunes. Pierre a 100 000 dollars. Paul en a 100. Si je donne 40 $ à chacun, deviennent-ils également riches? Tous les deux sont mieux, et c'est le plus pauvre qui sent le mieux l'amélioration.

— Quelque chose pour rien, c'est du communisme!

— Pas du tout. Que veut le communisme? Lorsque le communisme réclame un sort économique égal pour tous, il a tort. Mais réclamer pour chaque être humain le droit aux nécessités de la vie, parce que Dieu a créé les biens matériels pour l'espèce humaine tout entière, ce n'est pas du communisme, c'est de la sociologie chrétienne. C'est la loi de l'usus communis. Si des communistes la rappellent à un monde qui l'a oubliée, ils ont raison. L'autre loi, la propriété privée, est juste aussi et les capitalistes ont raison d'y tenir, comme les communistes ont tort de la nier.

Le Crédit Social, comme l'Église, veut l'observation des deux. Le Crédit Social, par son dividende à tous, propose une méthode pour garantir légalement à chacun une part minimum des biens créés pour tous les hommes. En équilibrant le pouvoir d'achat global avec les prix, il facilite l'écoulement de la production et consolide ainsi la propriété.

Le communisme veut enrégimenter tout le monde au service de l'État. Le Crédit Social, en garantissant à tous un minimum vital, leur permet de se placer selon leurs aptitudes; en rendant la production payante, il libère les citoyens du recours continuel à l'intervention de l'État et à des octrois qui font chanceler la liberté.

D'ailleurs, une commission de théologiens nommée par les évêques étudia le Crédit Social en 1939 et fut unanime à reconnaître qu'il n'y a ni communisme ni socialisme condamné par l'Église dans le Crédit Social. Son rapport fait même des rapprochements intéressants entre l'encyclique de Pie XI et les propositions monétaires du Crédit Social.

Louis Even

 

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