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Crédit Social et Corporatisme

le jeudi, 01 avril 1937. Dans Cahiers du Crédit Social

J'ai horreur de ces “tombeurs” qui semblent avoir pour unique mission de déblatérer contre les efforts sérieux de gens bien intentionnés qui travaillent à la rénovation sociale. Edmond Turcotte est l'un de ces pauvres scribes. Sa tâche mesquine en est une de destruction. La critique niaise et destructive, en un style genre comédie-bouffe, lui va à merveille, et le style c'est l'homme, n'est-ce pas plus que jamais le cas de le dire ? Il préfère ce genre facile de ridicule à l'effort mental qu'il lui faudrait donner pour émettre une seule idée féconde. Edmond règne en maître dans un milieu satisfait du présent système économique qui lui donne, il faut bien le dire, plus qu'une maigre pitance. Mangeant bien et vivant gras, il en conclut que le système est idéal ! Raisonnement d'un ventre qui n'a peut-être pas assez connu les angoisses de la faim.

“La fiole corporatiste,” voilà le titre d'un fielleux article d'Edmond, paru dans "Le Canada” du 3 mars 1937. Il s'en prend aux "jongleurs philosophico-savants de la province de Québec," qui préconisent le corporatisme, “fils de famille, bien rentés ou bien casés, et ayant souvent contracté de "chics” mariages par surcroît." Il en veut à ces "jongleurs" parce qu'ils nous offrent le Portugal comme modèle de l'organisation corporative. Il cite un reportage de M. Pierre de Mazière, paru dans Marianne le 13 janvier, pour prouver qu'il y a de la misère au Portugal et conclut naturellement que le Corporatisme c'est de la foutaise.

Mon cher Turcotte, si l'on doit juger un système par ses fruits, que dire de celui que vous défendez parce qu'il vous nourrit bien ? Regardez donc autour de vous, non pas dans votre cercle d'amis, mais chez le peuple, et dites-nous s'il faut aller au Portugal pour être les témoins de la misère de tout un peuple. Et cela dans un pays vingt fois plus grand et plus riche que le Portugal ! Avant de juger ex-cathedra, tel un pontife, la doctrine corporative préconisée par l'Église, donnez donc le temps aux corporatistes, comme Salazar, de rejeter les déchets accumulés par des individualistes de votre espèce, au cours d'un siècle et demi de libéralisme économique qui, heureusement, râle son dernier souffle. Les jongleurs philosophico-savants qui vous tombent sur les nerfs doivent reconstruire sur les débris de vos propres fioles cassées. Si vous avez pour cinq sous de conscience vous admettrez que votre jugement est incomplet, prématuré et superficiel. Mais au juste peut-on exiger plus de vous ?

On nous demande souvent, à nous Créditistes, ce que nous pensons du Corporatisme. Nous répondons que les doctrines du Corporatisme et du Crédit Social se complètent d'une façon admirable. Le Corporatisme voit à l'organisation de la production par la coordination des forces économiques de la nation. Quoi de plus naturel, d'ailleurs, pour les personnages économiques que de se grouper ainsi selon leurs fonctions respectives : seraient-ils donc destinés à s'entre-dévorer parce que du même métier ? Se peut-il que la fin de l'une des branches de l'économie soit mieux atteinte lorsqu'une guerre perpétuelle et implacable divise ceux qui travaillent ? Erreur néfaste du présent système libéral que cette conception inhumaine et désordonnée du rôle économique des individus ! Appliquez le même principe à toute autre science ou à toute autre activité humaine, vous en découvrirez facilement l'absurdité.

En groupant les individus en corporation, d'après leurs métiers ou leurs professions, il devient facile de réglementer la production et les services, d'assurer une quantité suffisante et une qualité supérieure de biens de consommation, et de coordonner les efforts des uns comme des autres en vue du bien commun de la société. C'est tout ce que peut faire le Corporatisme et c'est pour cela qu'on le préconise.

Mais il ne suffit pas de produire des biens de consommation en quantité suffisante et de qualité supérieure, et d'empêcher les abus chez les uns et chez les autres. Il faut voir surtout à ce que les fruits de la production soient distribués de façon équitable et complète. La fin de l'économie, de tout système économique, c'est la satisfaction des besoins humains. Il faut donc organiser la distribution à son tour. Or jamais la distribution des biens de consommation ne sera équitable et complète sans un bon système financier. On ne sortira pas de là !

Le Corporatisme n'a pu donner jusqu'à présent sa pleine mesure, non pas à cause de ses principes qui sont vrais, justes et scientifiques, mais à cause d'un système financier absurde qui en paralyse et détruit tous les bons effets. Ce système financier, cher à vos maîtres, Monsieur Turcotte, s'appuie sur des théories qui sont fausses ; il empêche cette distribution équitable et complète que nous réclamons et de plus il est tombé aux mains de trafiquants qui l'exploitent pour leur bénéfice personnel.

Tout bon système financier doit être établi sur certains principes fondamentaux au nombre desquels il faut, mentionner les suivants :

a) Le système financier doit être contrôlé par l’État ;

b) La monnaie, instrument d'échange, doit être basée sur la richesse matérielle du pays et doit être émise scientifiquement, c'est-à-dire selon le pouvoir qu'a le pays de satisfaire les besoins matériels de ses membres ;

c) Il faut une quantité suffisante de monnaie en circulation pour permettre tous les échanges nécessaires et possibles ;

d) Il faut de toute nécessité que ce système financier assure un pouvoir d'achat égal au total des prix demandés pour la production.

Or ces principes sont à la base du système monétaire réclamé par les Créditistes.

L'Ordre Nouveau sera donc établi sur les principes essentiels du Corporatisme pour l'organisation de la production et sur ceux du Crédit Social pour celle de la distribution. Et vous gagneriez énormément, M. Turcotte, d'étudier l'un et l'autre. Vous diriez moins de sottises. D'autant plus que vos articles n'y perdraient pas en profondeur. Ce qui serait du nouveau, et pas de trop, pour vos lecteurs !

Armand TURPIN

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