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Corporatisme et Crédit Social

Louis Even le lundi, 01 janvier 1940. Dans Corporatisme

CORPORATISME ET CRÉDIT SOCIAL

Il nous arrive de recevoir des questions ou des remarques de ce genre : Ne convient-il pas de pousser le corporatisme plutôt que le Crédit Social ? Les encycliques ne recommandent-elles pas surtout le corporatisme ? Le corporatisme réglerait tout et il n’y aurait pas besoin de réforme monétaire.

Nous ne voyons pas bien pourquoi toutes ces confusions. Le corporatisme et le Crédit Social ne s’antagonisent nullement. Ce sont deux choses d’ordre différent.

Le Pape recommande l’ordre corporatif. Mais il dénonce aussi le contrôle de l’argent et du crédit qui tient le monde dans la servitude et nous empêche de respirer sans la permission des contrôleurs.

Les réflexions de l’article ci-dessus, "Bien commun, ordre social", suggèrent justement l’urgence d’un ordre corporatif, dans le sens où nous entendons le terme, pour la poursuite ordonnée des divers biens communs dans les diverses sociétés où la personne humaine déploie ses activités.

Mais allez donc faire vivre des institutions sociales, même corporatives, sous un régime monétaire où l’appropriation de l’instrument d’échange par des particuliers est à la base de toute émission de crédit.

La première des corporations, la famille, corporation sacramentelle, est elle-même atrophiée, la fondation de foyers rendue très difficile, par quoi ? N’est-ce pas la rareté de l’argent qui empêche les jeunes de se placer, de suivre leur vocation ? N’est-ce pas la rareté d’argent qui fait le désespoir des familles, bien plus que la rareté des produits, quoi qu’en pense ou en dise le président de la Banque Canadienne Nationale ?

Nous regrettons la publication récente, dans une revue pourtant très respectable, de réflexions peu obligeantes dont le texte littéral n’est pas sous nos yeux en ce moment. L’auteur, après allusion à la déclaration des théologiens concernant le Crédit Social au point de vue dogmatique, insiste sur la préséance à donner au corporatisme et remarque qu’il ne faut pas se laisser séduire par des doctrines dont on attend des résultats matériels immédiats.

Il est injuste de vouloir minimiser l’importance du Crédit Social, même considéré comme simple réforme monétaire. On peut auréoler le corporatisme sans recourir à cette mesquinerie. Serait-il opportun, par exemple, pour établir la primauté du spirituel sur le temporel, de placer les gens en garde contre la recherche de trois repas par jour et d’un gîte pour la nuit ?

Nous n’accordons pas à une réforme monétaire plus d’importance que n’en a l’argent dans le fonctionnement de l’économique. Mais cette importance reste considérable.

LA PLACE DE L’ARGENT

Dans son article du présent numéro, sous le titre "Autour du drame monétaire", (page 3), notre collaborateur, M. Théophile Bertrand, situe assez exactement l’argent à sa place appropriée dans le domaine économique, croyons-nous.

Après avoir reconnu le mobile définitif de tout acte du chrétien, il énumère ainsi les quatre causes de l’économique dans un ordre social temporel chrétiennement établi :

La cause finale, c’est-à-dire la fin, le but des activités économiques des hommes : la satisfaction de leurs besoins temporels.

La cause formelle, celle qui insuffle de la vie et de l’ordre dans les activités matérielles : l’orga-nisation corporative.

La cause matérielle : les activités économiques en général, le travail, la production des biens.

La cause efficiente, celle qui donne de l’efficacité aux activités productrices : des hommes com-pétents dans les divers domaines de l’économie.

Il remarque plus loin que l’argent ne figure pas dans ces causes. Mais, se hâte-t-il d’ajouter, l’argent est l’instrument, la condition nécessaire au bon fonctionnement de ces causes.

On sait trop bien que, sans l’argent à sa place et dans son rôle, la satisfaction des besoins humains reste un mythe ; que le corporatisme demeure une prédication ; que les activités, le travail sont paralysés ; que les hommes compétents ne peuvent donner leur valeur, que leur compétence a d’ailleurs moins de chance de développement.

La réforme monétaire créditiste est donc proposée, non comme fin, mais comme moyen pour placer l’argent au service de l’économique, même au service du corporatisme dans la place distinguée que celui-ci occuperait dans l’ordre économique. Faut-il battre le serviteur pour honorer le maître ?

Le Crédit Social, considéré comme simple réforme monétaire, est d’ordre inférieur au corporatisme ; mais nous croyons que la réforme monétaire devra venir la première dans l’ordre de l’exécution.

Louis EVEN 1 jan 1940 p 4 ; LE 697 mots

Louis Even

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