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Chapitre XII

H. M. Murray le dimanche, 01 janvier 1933. Dans Principes de Crédit Social

Autres considérations. La S. D. N. Nécessité de la réforme

Quoiqu'il en soit, le raisonnement conscient n'a pas encore fait assez de progrès. S'il en était autrement, l'on se serait déjà rendu compte que l'organisation de l'énergie mécanique et des connaissances a détruit la valeur des vérités conditionnelles citées plus haut. L'on se serait rendu compte que la réelle disette n'existe plus, et que l'obligation pour chacun de travailler pour gagner sa vie, loin de tirer le monde civilisé de ses difficultés, est précisément la chose qui, en présence de la concurrence de machines toujours plus nombreuses et plus efficaces, le bouleversera complètement avant peu.

Malheureusement, les instincts subconscients qui ont grandi pendant un million d'années ne sont pas facilement déracinés en quelques milliers d'années de civilisation.

Que dire de la Société des Nations ? Ne peut-elle rien pour empêcher la guerre ? La S. D. N. possède assurément l'instinct d'empêcher la guerre ; mais elle n'emploie pas sa raison à cette fin. Au lieu de chercher la cause réelle des guerres et de travailler à la faire disparaître, elle n'élabore que les plans de désarmement général, espérant ainsi, en coupant les ailes et les ongles des belligérants possibles, rendre la guerre impossible. C'est un espoir absolument vain. Des guerres mortelles et destructives peuvent être faites avec des armes et des moyens d'attaque improvisés. Et des guerres se feront tant qu'une Nation mettra l'existence d'une autre en danger. Bien plus, les défenseurs de la S. D. N. ne sont pas tous animés de sentiments humanitaires. La majorité bien intentionnée, sinon quelque peu dépourvue de pensée et de bon sens, a le désir sincère de rendre le monde un lieu plus habitable et plus sûr pour l'humanité ; c'est vrai. Mais une minorité plus habile, qui dicte la politique de la S. D. N., est beaucoup plus préoccupée de rendre le monde plus sûr pour la Finance internationale. Et elle espère arriver à ses fins en détruisant la capacité de résistance effective des Nations et en les réduisant à l'impuissance.

La politique de la S. D. N. est une politique de banquiers : toute son activité passée le prouve. Une de ses fonctions principales jusqu'ici a été d'exercer des pressions sur toute Nation qui a montré une désinclination à se lier à l'Étalon-Or et aux canons de la Finance « orthodoxe ». L'Autriche, par exemple, après la guerre, faisait une expérience financière très intéressante. Tout comme les autres Nations qui ont été engagées dans la guerre, elle avait des besoins considérables d'argent pour mener à bien son plan de reconstruction. Mais au lieu de mettre en circulation l'argent nouveau ainsi créé, de la manière ordinaire, comme d'autres Nations le firent, provoquant ainsi l'inflation, elle en fit don gratuitement aux commerçants à condition qu'ils réduiraient leurs prix aux consommateurs en proportion de la quantité d'argent qu'ils auraient reçue.

En entrant dans cette voie de progrès, l'Autriche se tirait rapidement de ses difficultés économiques et était en passe de devenir le pays le plus prospère d'Europe. Mais à ce moment la S. D. N. intervint, et, par pression et persuasion, l'engagea à revenir dans le droit chemin de la « saine » Finance et de l'Étalon-Or, ce qui eut comme conséquence qu'elle sombra à nouveau au niveau de pauvreté des autres Nations « fidèles ». Comme il n'y avait que la Finance Internationale qui eût à gagner à l'abandon de l'expérience en question, la seule conclusion possible et évidente est que le mécanisme de la S. D. N. fut utilisé à cette seule fin par la Finance Internationale.

Pour quiconque a suivi les arguments présentés dans cette étude, il devrait être clair que la Finance « orthodoxe » ne peut offrir au monde aucune autre alternative que la guerre ou la mort par la famine. Comme aucune Nation n'acceptera de propos délibéré de mourir de faim si elle peut l'éviter, toutes les Nations sont condamnées perpétuellement à la guerre jusqu'à ce qu'elles se soient exterminées l'une l'autre, ou aient acquis suffisamment d'intelligence pour réformer leur système financier. Jusqu'alors la S. D. N., en dépit des bonnes intentions de ses partisans, doit être considérée comme une menace pour la paix du monde.

Il ne faut pas croire que les banquiers veulent de mauvaises conditions économiques, le chômage, la pauvreté, la révolution ou la guerre.

Ils sont probablement animés de sentiments très humains, très bons maris, très bons pères, et ont horreur sincèrement de tous ces malheurs. Néanmoins ils veulent la politique qui est responsable de toutes ces misères, et conséquemment ils doivent en accepter la responsabilité. A présent ils possèdent la puissance, la suprême puissance, sans encourir aucune responsabilité réelle. Et le blâme pour les mauvais résultats de leur politique est rejeté avec succès sur le Gouvernement, ou sur les patrons et employeurs, tantôt sur les travailleurs et tantôt sur les communistes, ou encore sur la concurrence étrangère ; en fait, absolument sur tout le monde, excepté sur ceux qui sont véritablement responsables, c'est-à-dire EUX-MÊMES.

La vérité est que leurs opérations sont si cachées au public en général que ce public, peu habitué à rechercher les liens des effets aux causes, ne se rend pas compte que ce sont eux qui sont la cause unique de son infortune. Mais il est évident que si les banquiers persistent à décliner cette responsabilité, ils doivent faire place à ceux qui sont prêts à la prendre et à l'endosser.

Si le Gouvernement, pour trouver une solution viable au problème détenait les principaux banquiers en cellule, — et pas trop confortable, — jusqu'à ce qu'ils aient établi un plan qui libérerait l'industrie de ses entraves, assurerait au consommateur la production de ce qu'il désire, que la production serait suffisante pour satisfaire ses besoins, qu'il recevrait les marchandises au fur et à mesure qu'elles sont produites, il n'y a pas de doute qu'un plan convenable serait présenté en quelques jours. Les financiers savent parfaitement bien ce qui cloche dans leur système, et il n'est pas probable qu'ils oseraient le défendre devant un public et une opinion avertis.

Une pareille mesure mettrait fin à tout jamais à une misère sans nom, et à la longue, les banquiers deviendraient peut-être eux-mêmes une bénédiction.

Car si rien ne se passe, — et l'on ne voit aucun indice de mouvement dans ce sens, — et si la connaissance de leur culpabilité pénètre dans les masses par les souffrances qu'elles endurent, — et cette connaissance fait son chemin, — les conséquences pour les banquiers seront plutôt déplaisantes et du tout de leur goût.

Les banquiers sont comme le feu : de bons serviteurs, mais de très mauvais maîtres.

Élevons-les au rang de serviteurs.

H. M. Murray

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