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Causes de vie chère

Louis Even le vendredi, 01 mars 2002. Dans Crédit Social

La vie chère, ce sont les prix plus élevés que le pouvoir d'achat en face des prix. Ce n'est pas le prix en lui-même : c'est la distance entre le prix et le moyen de le payer.

La vie chère peut être attribuée à diverses causes. Elles se rattachent passablement ensemble. En tout cas, elles disparaîtraient toutes par un ajustement constant du prix au pouvoir d'achat, comme le propose la technique financière du Crédit Social. Voyons quelques-unes de ces causes.

1. Le système d'argent-dette

L'argent dont on se sert dans le commerce et l'industrie, pour payer, pour acheter, n'est fabriqué ni par le marchand, ni par l'acheteur, ni par l'industriel, ni par l'agriculteur, ni par le pêcheur, ni par le mineur - pas même par le gouvernement. Le gouvernement nous rappelle assez souvent qu'il ne peut avoir d'autre argent que ce qu'il obtient par des taxes ou des emprunts.

Tout l'argent commence et entre en circulation par les banques, lorsqu'elles prêtent à un emprunteur. Et cet argent n'est lâché que sous forme de dette. Dette que l'emprunteur doit rembourser à la banque, en y ajoutant l'intérêt.

Prenez le cas d'un industriel qui a obtenu de la banque, par emprunt global ou par crédits à découvert, une somme de 100,000 $, et qui doit rembourser 107,000 $.

Cet industriel n'a pas pu, de ce fait, mettre plus de 100,000 $ dans le public, en payant matériel, transport, salaires, etc. Mais, pour remplir son obligation, il doit retirer du public, pour la banque, 107,000 $.

Vie chère. Chère, en vertu de l'arithmétique dans un système d'argent naissant à l'état de dette chargée d'intérêt.

Crédit Social

Sous un régime de Crédit Social, la finance est le miroir exact de la richesse. Toute production nouvelle serait financée par des crédits nouveaux, libres de toute charge d'intérêt. Pourquoi charger une amende à ceux qui augmentent la richesse du pays ?

Puis, ces crédits ne seraient annulés qu'à mesure que la richesse disparaît par la consommation, par la destruction, par l'usure.

Un Office de Crédit — national pour la nation, ou provincial pour la province - aurait pour fonction de voir à cette concordance entre la richesse et la représentation financière de la richesse. Puisque l'argent n'est que comptabilité, il n'y a qu'à faire de cette comptabilité la figure exacte des réalités.

Puisque, avec le Crédit Social, l'argent émis ne serait annulé qu'avec la consommation, il n'y aurait pas d'inflation possible. Tant que la production resterait offerte, elle aurait en face d'elle de l'argent correspondant.

2. Monopoles industriels

Le système d'argent-dette engendre des monopoles. Le banquier ne prête qu'à des emprunteurs qu'il sait capables d'arracher au public plus d'argent qu'ils mettent dans le public. Ce sont donc les forts, les violents, les durs, les sans-cœur, les dénués de toute compassion et de tout scrupule de conscience, qui sont les favoris du banquier.

On finit par avoir une clique de cœurs de pierre et de cerveaux à piastres (dollars), à la tête d'entreprises puissantes, qui éliminent ou absorbent les petits concurrents moins loups et moins favorisés du crédit des banquiers.

Une fois maîtres du terrain, ces monopoles — industries ou commerces sans concurrents, ou cartels, ou combines — font les prix qu'ils veulent. Et c'est le prix maximum.

Le prix minimum serait le coût de revient, plus une marge raisonnable de profit. C'est ce prix minimum qui prévaut lorsque la concurrence joue normalement.

Le prix maximum, c'est tout ce que le vendeur peut arracher à l'acheteur qui tient absolument au produit et qui se trouve devant un prix sans concurrents. C'est ce prix maximum qui prévaut quand la concurrence est éliminée.

Les monopoles savent d'ailleurs verser aux caisses électorales des partis politiques, directement ou par intermédiaires, une partie de l'argent qu'ils arrachent au public. Ils se font ainsi protéger par une législation inoffensive pour eux, et ce sont les victimes qui paient la protection des voleurs.

Les monopoles savent aussi, à l'occasion, verser ostensiblement quelques contributions de charité, ou des donations, qui leur valent les bénédictions de ceux qui devraient les dénoncer.

On voit même présenter en modèles à la jeunesse des hommes qui ont monté en écrasant les autres. Bertrand Russel disait en 1952, que le type d'homme qui réussit le mieux dans les affaires et le commerce est le type d'homme qui ferait un bon chef de bandits. Se trompait-il tout à fait ? Sous le système d'argent-dette, en tout cas, il faut être bon dévaliseur du public pour avoir libre accès au flot du crédit (aux emprunts d'argent).

Crédit Social

Sous un régime de Crédit Social, l'Office de crédit financerait tout producteur de bonne foi, à mesure qu'il ferait preuve de production de richesse.

Le Crédit Social favoriserait ainsi la décentralisation de l'initiative entre les mains de tout producteur compétent, et la concurrence jouerait librement.

3. Le fardeau des taxes

Qu'est-ce que les taxes ont affaire avec la vie chère ? — Elles y contribuent de deux manières. Les unes enlèvent du pouvoir d'achat à l'acheteur directement : ce que le gouvernement prend, l'acheteur ne l'a plus ; son pouvoir d'achat baisse. D'autres taxes, chargées à l'industrie ou au commerce, entrent dans les prix. Le gros, qui paient de grosses taxes, les met dans les prix des choses qu'il vend au public.

Ces deux manières contribuent à la vie chère : que ce soit en grossissant les prix ou en diminuant l'argent en face des prix, les taxes augmentent la distance entre les prix et le moyen de les payer.

Crédit Social

La technique financière du Crédit Social permettrait de supprimer toutes les taxes, tous les impôts. Le gouvernement financerait son administration et ses projets par des crédits nouveaux, expression financière de la richesse que doivent bien être les services du gouvernement. Les crédits ainsi mis en circulation activeraient la production en face d'une demande accrue, au lieu de laisser des possibilités de production non utilisées en face de besoins. Le mécanisme des prix ajustés annulerait le pouvoir d'achat à mesure seulement que la consommation ferait disparaître la richesse produite.

En somme, ce système consiste, pour le gouvernement, à taxer la production possible du pays, au lieu de taxer les porte-monnaie des citoyens. Gouvernements et particuliers tireraient, chacun pour ses propres besoins, sur la capacité de production du pays. Tant que celle-ci n'est pas épuisée, pourquoi diminuer la part des besoins privés ?

On n'aurait pas simultanément, comme aujourd'hui, de la main d'œuvre inutilisée (chômage) et des diminutions de pouvoir d'achat (par les taxes). Le fait d'avoir les deux ensemble prouve que le système est un vol. Un vol légalisé — "Legalised robbery", dit Douglas.

4. Décalage inhérent à la production moderne

Quand bien même l'argent naîtrait libre de dette ; quand bien même il n'y aurait pas de monopoles ; quand bien même, il n'y aurait pas de taxes du gouvernement ; quand bien même il n'y aurait pas de production de guerre pour diminuer les disponibilités au service des consommateurs ; quand bien même tout le monde aurait l'amour du prochain plein le cœur — même alors, le pouvoir d'achat ne pourrait pas, de lui-même, être en concordance avec les prix.

Il n'y a pas, et ne peut pas y avoir, de synchronisation entre la facture des prix et la distribution de pouvoir d'achat.

Dans les prix, il y a des éléments qui restent dans le système producteur, qui ne vont pas au public en même temps qu'ils sont inscrits dans les prix. Il y a, par exemple, des frais de dépréciation, de remplacement qui ne distribueront bien de l'argent au public que dix ou vingt ans après que le produit aura été mis en vente.

Plus la production se mécanise, plus ce décalage s'accentue.

C'est le jeu des paiements « A » et des paiements « B », que le Major Douglas, fondateur de l'école créditiste, a le premier mis en relief.

Il existe une comptabilité des prix. Mais il n'existe pas de comptabilité du pouvoir d'achat. Comment faire les deux s'équilibrer ? Comment remplacer, entre les mains du public acheteur, l'argent qui n'est pas encore venu et qui est dans les prix ? Ou l'argent qui est venu, mais a été mis de côté, ou réinvesti, pour reparaître dans d'autres prix ?

Crédit Social

La technique financière du Crédit Social, par son mécanisme d'ajustement des prix, régularise la situation. Elle compense ce qui manque, par un escompte général, qui abaisse l'ensemble des prix au niveau de l'ensemble du pouvoir d'achat effectif. L'office du Crédit, national ou provincial, émettrait les crédits nécessaires à cette fin ; il compenserait au vendeur ce que l'acheteur ne paierait pas.

Louis Even

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