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L’homme est libre

Gilberte Côté-Mercier le mercredi, 01 novembre 1939. Dans Philosophie

FAIT

L’homme est libre.

L’homme est un être libre, il a une volonté libre.

Qu’est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire que la volonté de l’homme est capable de choisir une chose plutôt qu’une autre. Et par conséquent, lorsqu’il n’est pas contraint par des forces extérieures à lui, l’homme peut accomplir par ses autres facultés l’acte qu’il désire, qu’il aime par sa volonté.

Exemple :

Je me demande si je vais aller au théâtre X ou au théâtre Y.

Je décide, parce que je le VEUX (volonté), d’aller au théâtre X.

Je marche (acte d’une autre faculté) pour me rendre au théâtre X.

C’est donc vrai que l’homme est libre.

 C’est un fait. Je le vois. Je le sens. Je le sais. Qu’il me plaise ou non, je ne peux le nier.

 

FAIT BON OU MAUVAIS ?

L’homme est libre.

Faut-il s’en réjouir ou s’en désoler ?

Qui a fait l’homme libre ? La nature. Il est naturel à un être qui possède un esprit d’être libre.

C’est la nature qui a fait l’homme libre. C’est donc Dieu qui a voulu que l’homme soit libre.

Dieu a-t-il eu raison ? Sans aucun doute. Est-ce un bien que l’homme soit libre, ou un mal ? C’est un bien, puisque c’est Dieu qui l’a voulu ainsi. Dieu l’a voulu ainsi parce qu’il trouve plus beau, plus complet, plus parfait, plus près de Lui, plus semblable à Lui, l’être capable de désirer, d’aimer.

Il faut donc se réjouir de ce que l’homme est libre.

EXPLICATION

L’homme est libre.

Il n’est pas libre de ne pas vouloir le bonheur, c’est-à-dire le Bien infini qui le comblera. Mais il est libre de vouloir ou de ne pas vouloir tel bien fini qui ne peut pas le combler. Il choisit entre les biens finis celui qui lui paraît le meilleur.

L’homme peut-il se tromper dans son choix ? Peut-il choisir un mal à la place d’un bien, ou un bien moins bon à la place d’un bien meilleur ? Oui, l’homme peut se tromper dans son choix. Soit parce que 1) son intelligence manque de lumières ; ou parce que 2) ses sens ou sa volonté même, au moment du choix, ne se laissent pas guider par l’intelligence.

Exemples :

1) Intelligence mal éclairée :

Je gagne un petit salaire. Je n’ai pas souvent l’occasion d’apporter des douceurs à la maison. Au jour de l’an, je dépense en friandises de toutes sortes pour les petits. Leur joie folle m’est un grand plaisir.

C’est un mal que je gaspille. C’est un mal pour moi et pour mes enfants. Il vaudrait mieux économiser tout ce que je peux pour leur donner plus tard une petite instruction : Mais, je ne connais pas la valeur des études. Mon intelligence manque de la lumière qui me ferait diriger bien l’éducation de mes enfants.

2) Volonté qui ne se laisse pas guider par l’intelligence au moment de l’acte.

Je gagne un petit salaire. J’ai grand’peine à boucler le budget de la famille. Ça me décourage. Pour oublier la vie, je m’enivre.

C’est un mal que je m’enivre. Je le sais ; j’en connais les conséquences. Mais au moment de céder à la tentation, je ne VEUX pas penser aux conséquences. Je VEUX penser au bienfait de l’oubli.

 CONCLUSION

Pour que, l’homme libre choisisse le bien à la place du mal, pour qu’il choisisse le bien le meilleur, il faut que son intelligence sache où est le bien et le mal, où est le meilleur bien, et il faut que sa volonté soit forte.

Donc, pour que l’homme, qui est libre, agisse dans la vertu, c’est son intelligence et sa volonté qu’il faut perfectionner.

Que dire alors des dictatures ? Dictature d’un autre homme, dictature de l’État, dictature de l’argent. Elles n’apportent pas la lumière et elles écrasent la liberté. Elles ne peuvent mouvoir ni l’intelligence ni la volonté. Ce n’est donc pas l’homme qu’elles conduisent, c’est l’animal qui est en l’homme.

En effet, qu’un homme puissant impose, par la force ou le sentiment, à un autre ou à toute la nation, la conception qu’il a de la conduite d’un pays et de la vie des individus, et qu’il les force à agir suivant cette conception, ce n’est pas des hommes qu’il fait marcher, c’est un troupeau, et il ne peut pas s’attendre à tirer d’eux plus que ce qu’on peut tirer d’un troupeau.

Si un État, par ses gouvernants, fait des lois qui arrêtent les initiatives, enrégimente les hommes dans le travail forcé ou le travail patronné, c’est un immense mécanisme d’industrie qu’il conduit, et c’est un corps sans âme que sera bientôt cet État.

Enfin, si on tient l’homme sous la loi de l’argent, si on lui mesure le pain de son corps à la sueur de son front, on peut en faire un animal de race, mais pas un homme avec une âme spirituelle dont la vocation est de contempler la vérité même dans l’état pénible d’union avec sa chair sinon autant que dans l’état glorieux d’affranchissement de la matière.

LIBERTÉ ! VÉRITÉ ! Vous êtes sœurs l’une de l’autre, mais vous n’avez point d’autres frères.

Gilberte Côté-Mercier

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