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Un ennemi commun: le libéralisme immoral

le dimanche, 01 octobre 2017. Dans Cathéchèses et enseignements

Le cardinal Tauran a osé un mot percutant: «Chrétiens et musulmans ont un ennemi commun : l’islamisme» (Journal La Croix, 17 septembre 2012). Effectivement, nombre de musulmans réprouvent la violence de l’islamisme, même s’ils n’osent pas le déclarer publiquement, par peur de représailles, surtout dans les pays islamiques, et en raison de leur difficulté à se désolidariser de ceux qui agissent en référence aux préceptes de leur religion.

On admire d’autant plus le courage de personnalités musulmanes, vivant en Occident, qui ont pris le risque de condamner les massacres perpétrés par leurs frères fondamentalistes (déclaration du Conseil français du culte musulman après les attentats massifs de Bagdad et d’Alexandrie, et plus récemment les réactions ultraviolentes provoquées par un court-métrage aux USA ou les caricatures de Charlie Hebdo).

Le père Daniel-AngeCela veut dire que lorsque nous exprimons notre douleur devant tant de frères chrétiens persécutés dans ces pays, ou notre horreur devant les actes de l’islamisme (comme au Nord-Mali), nous nous mettons ipso facto du côté des musulmans au cœur droit, à l’âme sincère. Nous sommes leur voix en quelque sorte.

Pourquoi les musulmans fondamentalistes ont-ils une haine aussi viscérale du monde occidental ? Parmi bien des explications — pour tel pays un passé colonialiste, et pour d’autres ou les mêmes, l’actuelle domination technologique et économique des pays du Nord... il s’agit d’une réaction — certes folle — à notre propre déchéance morale. Ils ont en effet de quoi être horrifiés par notre cumul d’attaques contre la vie: l’avortement, l’euthanasie, le suicide assisté, l’eugénisme et son racisme chromosomique, les mères porteuses, l’homoparentalité, et donc la fabrication de semi-orphelins.

On a ridiculisé chez nous les harems musulmans, mais nous allons légaliser polygamie et polyandrie, si ce n’est inceste («s’ils s’aiment!»). Sans parler des embryons humains vendus pour cosmétiques… Ces aberrations destructrices d’humanité horrifient les musulmans — modérés comme intégristes. Les premiers vivant en Occident ou au Liban, n’osent le dire, par peur cette fois-ci d’être taxés de ringardise, mais la violence des seconds n’est-elle pas aussi un cri d’horreur? À force d’abominations, que pouvons-nous bien répondre aux terroristes qui posent des bombes?

Enseigner à un enfant «qu’on peut naître mâle mais être féminin», ou (en Australie) qu’il faut détrôner l’homme du centre de la création et qu’un embryon de grenouille a plus de valeur qu’un humain (deep ecology) lui montrer (en Grande-Bretagne) en classe dès six ans des scènes d’accouplement, etc. Forcer un enfant à dire «maman» à un monsieur: tout cela n’est-ce pas du viol psychique de l’enfant? Inséminer une femme avec du sperme d’un inconnu mort depuis 30 ans, arracher un enfant à la femme dont on a loué le ventre: n’est-ce pas traumatiser donc violenter l’enfant ? N’est-ce pas un déchaînement de violence? Laisser une jeune femme vivre toute seule l’agonie pendant des heures du tout-petit qu’elle porte parce qu’on la force à prendre le RU 486 ou la pilule du lendemain:  n’est-ce pas un paroxysme de violence?

L’enfant à la pluriparenté (parents bio, légaux, sociaux, etc.) En Grande-Bretagne, le bébé à trois parents biologiques (fécondation par sperme et ovocytes de deux femmes différentes par transfert nucléaire). Les mots : papa, maman, frères, sœurs, famille n’ont plus aucun sens, vidés de tout contenu, à géométrie variable. Autant de bombes destructrices d’humanité Je me demande si la réaction folle de l’islamisme n’est pas en partie provoquée par l’agression tout aussi folle de notre libéralisme effréné. Nous reprochons à l’islamisme ses massacres d’innocents, femmes et enfants, mais les pays musulmans ne pourraient-ils nous reprocher notre massacre aseptisé des plus vulnérables, des plus innocents, in sinu ou en fin de vie — par millions?

Nous condamnons le statut de la femme en islam traditionnel, frisant l’esclavage, où la fille doit épouser l’homme imposé par le père, etc. Mais ne peuvent-ils nous reprocher l’extrême marchandisation du corps féminin, le florissant et juteux commerce de la pornographie en libre-service, le développement des réseaux de prostitution ?

On dénonce les femmes lynchées en public là-bas… mais ici, on tue un enfant à sa naissance (partial-birth abortion). Et l’on zigouille une vieille grand-maman, parce qu’on a payé le médecin pour avoir plus vite l’héritage (cas en Hollande).

Nous leur reprochons la burka (im­posée dans certaines régions) mais ils nous reprochent l’exhibitionnisme de nos nudités. Entre burka et bikini : n’y a-t-il pas un juste milieu? Nous leur reprochons de nous faire peur. Ne nous nous reprochent-ils pas notre impudeur?

Un double quiproquo envenime le conflit islamisme-Occident. Pour qui vit en régime politico-économico-socialo-islamique, malgré le «Printemps arabe» la liberté individuelle d’expression reste largement impensable. Tout y est plus ou moins sous contrôle étroit du gouvernement théocratique et la rue arabe reste manipulable. Résultat : lorsque l’islam et son prophète sont caricaturés, ce sont les pays et gouvernements en tant que tels qui en sont responsables, donc, coupables. Et ces pays sont à leurs yeux… chrétiens!

La Croix et le croissantPour le musulman moyen, surtout dans des pays comme l’Irak à la suite de l’invasion américaine, toutes les aberrations mentionnées ici, c’est… chrétien! Déjà, depuis des siècles les chrétiens étaient assimilés aux «mécréants» du Coran et dans le meilleur des cas, réduits en dhimitude, mais cette haine des «idolâtres» se double ici de la haine provoquée par la dépravation des mœurs attribués au… christianisme! Donc, non seulement les chrétiens sont idolâtres, mais en plus, ils sont corrompus, débauchés. Ils ont perdu le simple bon sens humain. Ils sont la honte de l’humanité.

Pour casser cet amalgame, il faudrait que les chrétiens manifestent courageusement, qu’ils sont eux aussi écœurés parce qu’on peut appeler la rébellion contre le réel, la révolte contre la Création, en tant que telle. Mieux, dans nos encore trop timides défilés pour la vie, il faudrait y inviter musulmans et juifs, et plus largement hommes et femmes au bon sens humain encore intact, former ensemble des comités communs pour la défense de la vie, la sauvegarde de l’amour, la protection de la sexualité. Car la vie n’est pas une question de christianisme, judaïsme, islam, pas plus qu’elle n’est de droite ou de gauche, amalgame qui, en France, paralyse encore tant de cathos piégés par les clivages politiques. C’est avant tout une question d’humanité. Et ne sommes-nous pas tous des êtres humains, avant d’être chrétiens, juifs, musulmans, hindouistes ou taoistes, Et encore moins de droite ou de gauche.

D’ailleurs souvent, ce sont des musulmans qui réagissent davantage que des cathos contre ceux qui détruisent la vie humaine (et en particulier les jeunes musulmans qui, en classe, osent — parfois hélas avec agressivité — s’opposer aux idées libérales de leurs profs — ce que des jeunes cathos osent à peine faire, peur d’être remballés ou pénalisés).

Déjà, à la Conférence de l’ONU au Caire (septembre 1994), quand la délégation américaine (Administration Clinton) avait hué l’intervention du Saint-Siège, ce sont huit pays musulmans qui ont exigé une demande de pardon, précisant que le Pape défendait la vie au nom de l’humanité.

Austin Ruse — président aux États-Unis de l’institut Famille catholique et droits de l’homme — expert à l’ONU parlant d’un ambassadeur de pays musulman: «Cet homme fut un vrai lion cette nuit-là pour défendre bec et ongles les enfants à naître. Les gouvernements occidentaux et les bureaucrates onusiens s’étaient entendus pour faire reconnaître un droit à l’avortement sans aucune limite. Il prit la parole sans relâche. Il martela son pupitre. Il prit la défense des ONG chrétiennes mises en cause par l’Union européenne. Lorsque le soleil se leva, nos efforts avaient abouti. La reconnaissance du “droit à l’avortement” était une nouvelle fois bloquée.» Grâce à ce musulman !

En Grande-Bretagne, le Dr Majid Katme, président de l’Islamic Medical Association déclare: «Pour les 30 millions de musulmans en Europe et le milliard 600 millions à travers le monde, le mariage est uniquement entre un homme et une femme. Et c’est la même foi dans tous les saints enseignements du judaïsme et du christianisme. L’heure est venue d’établir une sainte alliance de toutes les religions avec les non-croyants, pour s’opposer à toute loi sur le mariage gay.» Et d’encourager les deux millions de musulmans en GrandeBretagne à signer la pétition de Lord Carey, ayant déjà collecté 450 000 signatures refusant le mariage homosexuel.

Mais bien plus que par des déclarations, aussi courageuses soient-elles, c’est par l’exemple de leurs familles nombreuses, leur joie de donner la vie (même avec l’arrière-pensée de contribuer ainsi à l’invasion du monde)… Nous dénonçons — à juste titre — les dictatures des régimes islamiques (à un dictateur évincé peut succéder un pire!) et leur intolérance par rapport à toute présence chrétienne, pourtant précédant de plusieurs siècles l’invasion islamique des VIIe-VIIIe siècles. Mais ils peuvent constater l’intolérance grandissante des pays de l’Ouest–Europe et du Nord-Amérique par rapport à toute religion, et voir que les nouvelles idéologies virent à la pensée unique, hors de laquelle on est marginalisé, sinon éjecté de la société, bientôt emprisonné.

Que de médecins, infirmières, sages-femmes mis au chômage simplement pour avoir revendiqué leur droit à l’objection de conscience (droit pourtant renforcé l’an dernier par la CEDH mais sans y contraindre les États)! On reproche aux régimes musulmans d’empêcher la construction de toute église, mais ici… on pense à les démolir, les désaffecter, les transformer en centre commercial.

La-bas le port d’une petite croix-bijou est passible de prison ou d’expulsion, mais… ici le port d’une même petite croix est passible de renvoi de travail, et des élèves ont leur croix arrachée (même dans des écoles cathos en Belgique).

On reproche à l’islamisme son hégémonisme se voulant mondial, mais on oublie vite que notre idéologie immorale vire à l’impérialisme du nouvel ordre mondial.

On peut ajouter ici qu’ipso facto, nous creusons le déjà large fossé Nord-Sud. Car toutes ces dérives que l’on cherche à imposer au monde entier, comme condition d’aide économique, épouvantent Africains ou Latino-Américains voire Asiatiques, qui ont souvent gardé le simple bon sens humain, le réalisme concret dans l’accueil du réel et donc une débordante joie de vivre que nos moyens de vivre ont étranglés.

La violence, par quoi est-elle provoquée? Par la peur. La peur, par quoi est-elle suscitée? Par l’insécurité. L’insécurité, par quoi est-elle générée? Par la perte des repères.

Et puisque je parle de peur, franchement:  laquelle des deux violences fait le plus peur? L’une tue les corps, l’autre corrompt l’âme: «Ne craignez pas ceux qui tuent le corps… Craignez celui qui a le pouvoir de jeter dans la géhenne.» (Lc 12,4) Les conversions forcées à l’islam sous menaces de mort font trembler. Mais les incitations-provocations à la débauche, aux perversions, et de l’intelligence et de la chair nous terrorisent.

Vous me direz : on ne peut comparer la violence physique de l’islamisme allant jusqu’aux massacres et celle uniquement psychologique, feutrée de notre Occident. À voir! La violence psychologique d’aujourd’hui engendrera une explosion de violence physique car nous sommes en train de préparer de terribles «psychopathologies sociales» (T. Anatrella). Ces enfants volontairement frustrés d’un père ou d’une mère et donc incapables de se construire et de s’équilibrer, ceux conçus en éprouvette de géniteurs inconnus, ceux dont on aura changé le sexe (en apparence) à 7 ans, ils vont se déchaîner contre nous. La violence sera, ici encore, leur cri. Et déjà leurs suicides, n’est-ce pas le cri le plus violent qui soit ? Nous devrons les envoyer en HP (hôpital psychiatrique, principe de précaution et de prévision: construisons-en un millier). Les interner sera notre ultime violence à leur égard. Mais qui sait si cela ne nous pend pas au nez quand la foi sera diagnostiquée comme déséquilibre mental?

La terreur devant l’implosion génétique succède à la peur de l’explosion atomique. La seconde détruit l’humanité du dehors. La première du dedans. C’est une désintégration de l’humanité. Telle est la peur inconsciente qui mine notre joie d’exister.

Pour éviter l’électrochoc des idéologies, il ne faut pas que la terreur éprouvée devant l’intégrisme islamique nous ferme à tout ce que l’autre islam — l’ouvert, éclairé, modéré — peut nous apporter, en nous rappelant quelques grandes valeurs chrétiennes par trop délaissées sinon reniées. En premier  : le sens aigu de la Transcendance divine suscitant notre émerveillement devant le Créateur se faisant zygote, fœtus, embryon. Transcendance impliquant la soumission et l’obéissance — pas forcément amoureuse — à Dieu. Le sens du sacré de l’hospitalité, du jeûne, de la prière publique sans respect humain, de la grande famille solidaire, du respect de la personne âgée, de la pudeur, de la virginité avant le mariage, et surtout de la transmission de la vie.

Ce dernier point touche à l’hiver démographique européen entraînant d’ici dix ans un enfer économique, tous les pays (sauf Malte) coulant sous la ligne de flottaison du renouvellement générationnel.

Il nous faut de toute urgence retrouver le sens et l’amour de la vie à transmettre généreusement. Encourager les familles nombreuses, et cesser de les pénaliser économiquement, de les ridiculiser psychologiquement, de les marginaliser socialement. Mais nous coulons moins démographiquement que spirituellement. La dégradation d’une génération, c’est la disparition d’une nation. Un consensus social qui se dégrade, c’est une cohésion nationale qui rétrograde. Processus inexorable de déshumanisation. Car là où l’amour a été saccagé, là, la vie est ravagée et vice versa  : là où la vie perd sa valeur, l’amour perd sa saveur et devient une horreur. Si nous entrons en dissidence par rapport à l’idéologie totalitaire, si nous faisons de la résistance passive, de la désobéissance civile, mais surtout si nous vivons selon l’Évangile, alors les musulmans de bons sens nous respecteront, nous admireront. Nous couperons l’herbe sous les pieds de l’anti-christianisme primaire des islamistes.

Alors nous sauverons nos nations européennes d’une invasion démographique, impliquant une «civilisation» étrangère à notre histoire, à notre mentalité, à notre culture, qui balayera en quelques décades ce qui reste encore des valeurs enracinées dans l’héritage gréco-romain et surtout la foi chrétienne, liquide amniotique à la naissance de l’Europe. Ainsi, nous sauverons l’Europe de ce naufrage de nos «maisons» (au sens de familles), synonyme de sabordage de nos nations.

Le dernier mot à notre Benoît XVI aux jeunes du Liban invitant «chrétiens comme musulmans à résister courageusement à tout ce qui nie la vie: l’avortement, la violence, l’injustice, la guerre, à se faire messagers de la vie et des valeurs de la vie».

En précisant: «Certaines idéologies en remettant en cause de façon directe ou indirecte ou même légale la valeur inaliénable de toute personne et le fondement naturel de la famille, sapent les bases de la société.» D’un mot : «Si nous voulons la paix, défendons la vie.»

Père Daniel-Ange

Article daté du 5 octobre 2012 publié dans «France Catholique», reproduit avec l’aimable autorisation de l’auteur.

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