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Réductions de la foi au Christ en tant que Dieu

Écrit par Benoît XVI le dimanche, 01 octobre 2006. Publié dans Église catholique romaine

On dirait un retour à l’antique hérésie arienne

Autres extraits du chapitre 5 du livre «Entretiens sur la foi», interview, en 1983, entre le journaliste Vittorio Messori et le Cardinal Joseph Ratzinger, futur Pape Benoît XVI, concernant cette fois-ci Dieu le Père, Dieu le Fils et le «péché originel»:

«Le Fils diminué, le Père oublié»

De cette série de crises, il est à ses yeux évident que découle une crise jusque dans les fondements mêmes: la foi dans le Dieu Trinitaire et dans ses Personnes. On traitera à part la question de l’Esprit-Saint, mais nous rapportons ici ce qui nous fut dit de Dieu le Père et du Fils, Jésus-Christ.

Il déclare à ce propos: «Craignant — naturellement à tort — que l’attention portée au Père Créateur ne fasse de l’ombre au Fils, une certaine théologie tend à se réduire aujourd’hui à une simple christologie. Or, c’est une christologie souvent suspecte, où l’on souligne de façon unilatérale la nature humaine de Jésus, en voilant ou en taisant ou en exprimant de manière insuffisante la nature divine qui vit en même temps dans la personne du Christ. On dirait un retour en force de l’antique hérésie arienne.

«On aurait naturellement du mal à trouver un théologien “catholique” pour déclarer qu’il nie l’antique formule qui présente Jésus comme étant “Fils de Dieu”. Tous diront qu’ils acceptent, mais en précisant “dans quel sens” cette formule devrait être selon eux entendue. Et c’est ici que s’opèrent des distinctions qui conduisent souvent à des réductions de la foi au Christ en tant que Dieu. Comme je l’ai déjà dit, la christologie, détachée d’une ecclésiologie qui serait aussi surnaturelle et non pas seulement sociologique, tend elle-même à perdre la dimension du divin, tend à se réduire au “projet- Jésus”, c’est-à-dire à un projet de salut seule- ment historique et humain.»

Théologie influencée par le freudisme

«Quand au Père comme première Personne de la Trinité — poursuit-il — la “crise” dont il est l’objet dans certaine théologie est bien explicable dans notre société qui, après Freud, se méfie de tout père et de toute paternité. On jette une ombre sur l’idée du Père Créateur parce qu’on n’accepte pas non plus l’idée d’un Dieu à qui l’on s’adresse à genoux: on préfère parler uniquement de “partnership”, de rapport d’amitié, presque entre égaux, d’homme à homme, avec l’homme-Jésus. On tend ensuite à mettre de côté ce problème du Dieu Créateur parce qu’on craint (et on voudrait donc éluder) les problèmes soulevés par le rapport entre la foi dans la Création et les sciences naturelles, à commencer par les perspectives ouvertes par les théories de l’évolution.

«Ainsi, il y a de nouveaux textes destinés à la catéchèse qui parlera non plus d’Adam, au début du livre de la Genèse, mais qui partent de la vocation d’Abraham ou de l’Exode. On se concentre donc seulement sur l’histoire, en évitant de se confronter avec l’être. Mais, de cette façon, s’il est réduit au seul Christ — ou plus exactement à l’homme-Jésus seulement — Dieu n’est plus Dieu. Et, de fait, il semble vraiment qu’une certaine théologie ne croie plus en un Dieu qui puisse entrer dans les profondeurs de la matière; c’est comme un retour à l’indifférence, quand ce n’est pas l’horreur de la Gnose pour la matière. De là des doutes sur les aspects “matériels” de la révélation, comme la présence réelle du Christ dans l’Eucharistie, la virginité de Marie, la résurrection concrète et réelle de Jésus, la résurrection des corps promise à tous à la fin de l’histoire.

«Ce n’est certes pas par hasard que le Symbole des apôtres commence en proclamant: “Je crois en un seul Dieu, le Père tout-puissant, Créateur du ciel et de la terre”. Cette foi primordiale en Dieu créateur (un Dieu qui soit vraiment Dieu) constitue comme le clou auquel sont suspendues toutes les autres vérités chrétiennes. Si l’on hésite là-dessus, tout le reste s’effondre.»

Redonner place au péché originel

Pour en revenir à la christologie, certains di- sent que celle-ci se trouve aussi en difficulté à cause de l’oubli, voire de la négation de cette réalité que la théologie a appelée “péché originel”. On ajoute qu’en cela, certains théologiens auraient adopté le schéma rousseauïste des Lumières, base de la culture moderne, qu’elle soit capitaliste ou marxiste: l’homme bon par nature, corrompu seulement par une éducation erronée et par des structures sociales à réformer. En intervenant dans le “système” tout devrait s’arranger et l’homme pourrait vivre en paix avec lui-même et les autres.

La foi menacée à cause de la négation du péché originel

Il répond: «Si la Providence me libère un jour de mes tâches, je voudrais me consacrer juste- ment à écrire sur le “péché originel” et sur la nécessité d’en redécouvrir la réalité authentique. En effet, si l’on ne comprend plus que l’homme se trouve dans un état d’aliénation non pas seulement économique et sociale (donc une aliénation qui ne saurait être réduite par ses seuls efforts), on ne comprend plus rien sur la nécessité du Christ rédempteur. Toute la structure de la foi est alors menacée. L’incapacité de comprendre et de présenter le “péché originel” est vraiment un des problèmes les plus graves de la théologie et de la pastorale actuelles.»

Mais, dis-je, peut-être faudrait-il intervenir aussi au niveau du langage? Est-elle encore adéquate, cette vieille expression d’origine patristique: “péché originel”?

«Modifier le langage religieux est toujours très risqué. La continuité ici est de grande importance. Je ne vois pas qu’on puisse modifier les expressions centrales de la foi, issues des grandes paroles de l’Écriture: par exemple, “Fils de Dieu”, “Esprit-Saint”, “Virginité” et “Maternité divine” de Marie. …Je crois que les difficultés théologiques et pastorales concernant le «péché originel» ne sont certainement pas que de nature sémantique, mais de nature plus profonde.»

C’est-à-dire?

Un certain «teilhardisme»

«Dans une hypothèse évolutionniste du monde (celle à laquelle correspond en théologie un certain «teilhardisme»), il n’y a évidemment pas place pour aucun «péché originel». Celui-ci n’est, au mieux, qu’une expression symbolique mythique servant à désigner les carences naturelles d’une créature comme l’homme qui, venant d’origines très imparfaites, va vers la perfection, vers sa réalisation complète. Mais accepter cette vision revient à renverser la perspective du christianisme: le Christ est transféré du passé au futur; rédemption signifie alors simplement cheminement vers l’avenir, en tant qu’évolution nécessaire vers le mieux.

«L’homme n’est alors qu’un produit qui n’a pas encore été tout à fait perfectionné par le temps; il n’y a pas eu “rédemption”, parce qu’il n’y avait aucun péché à rédimer, seulement une carence qui, je le répète, est d’ordre naturel… Mais à ces difficultés d’origine plus ou moins «scientifique» ne se réduisent pas les racines de la crise actuelle du «péché originel». Cette crise n’est qu’un symptôme de notre profonde difficulté à percevoir la réalité de nous-mêmes, du monde et de Dieu. Les débats avec les sciences naturelles, comme par exemple la paléontologie, ne suffisent certes pas ici, même si ce genre de confrontation est nécessaire. Nous devons être conscients que nous sommes également là en face d’idées préconçues, de décisions déjà arrêtées sur le plan philosophique.»

Difficultés de toute façon compréhensibles, observai-je, étant donné l’aspect vraiment mystérieux du “péché originel”, quelle que soit l’appellation qu’on lui donne.

Rupture de l’homme avec Dieu

«Cette vérité chrétienne a un aspect de mystère, dit-il, mais également un aspect d’évidence. L’évidence: une vision lucide et réaliste de l’homme et de l’histoire ne peut pas ne pas en découvrir l’aliénation, ne peut pas ne pas révéler qu’il y a rupture des relations: de l’homme avec lui-même, avec les autres et avec Dieu. Or, parce que l’homme est par excellence l’être-en-relation, une telle rupture atteint les racines et se répercute sur tout.

«Le mystère: si nous ne sommes pas en mesure de pénétrer à fond la réalité et les conséquences du péché originel, c’est justement parce que celui-ci existe, parce que le dérèglement est ontologique, qu’il déséquilibre, qu’il confond en nous la logique de la nature, qu’il nous empêche de comprendre comment une faute à l’origine de l’histoire peut entraîner dans une situation de commun péché.»

Adam, Ève, l’Éden, la pomme, le serpent… Que faut-il en penser?

«Le récit de l’Écriture Sainte sur les origines ne parle pas à la manière historiographique moderne, mais s’exprime au moyen d’images. C’est un récit qui révèle et cache en même temps. Mais les éléments de base sont intelligibles et la réalité du dogme doit être dans tous les cas sauvegardée. Le chrétien ne ferait pas assez pour ses frères s’il n’annonçait pas le Christ qui apporte avant tout la rédemption du péché; s’il n’annonçait pas la réalité de (la “chute”) et, en même temps, la réalité de la Grâce qui nous rachète et nous libère; s’il n’annonçait pas que pour reconstruire notre essence originelle, une aide extérieure à nous nous est nécessaire; s’il n’annonçait pas que l’accent mis sur l’auto-réalisation, sur l’auto-rédemption ne conduit pas au salut mais à la destruction; s’ils n’annonçaient pas enfin que pour être sauvé, il faut s’abandonner à l ‘Amour.»

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