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Les Gloires de Marie

le mardi, 01 août 2017. Dans Vierge Marie

par saint Alphonse-Marie de Liguori

Au cours de l’histoire, de grands saints ont écrit des choses sublimes sur la Vierge Marie: saint Bernard de Clairvaux, saint Dominique, saint François de Sales, saint Jean Eudes, saint Louis-Marie Grignon de Montfort, saint Maximilien Kolbe, pour n’en nommer que quelques-uns. Mais parmi eux, un ressort particulièrement pour le 18e siècle: saint Alphonse-Marie de Liguori (1696-1787), évêque, Docteur de l’Église, et fondateur des Rédemptoristes. En 1750, il écrivit «Les Gloires de Marie», livre qui réunit de nombreuses citations concernant la dévotion envers la Bienheureuse Vierge Marie de la part des Pères et Docteurs de l'Église. Voici des extraits du chapitre V, où saint Alphonse explique que l'intercession de Marie nous est nécessaire pour nous sauver:


 

Marie, notre médiatrice

Saint Alphonse-Marie de LiguoriLa foi nous enseigne qu'il est, non seulement permis, mais encore utile et conforme à la piété, d'invoquer et de prier les saints, et principalement leur Reine, la très sainte Vierge Marie, afin d'obtenir la grâce divine par leur intercession. Cette vérité, l'Église l'a définie en divers conciles, et elle a condamné comme hérétiques ceux qui réprouvaient l'invocation des saints comme injurieuse à Jésus-Christ, notre unique Médiateur. Si, après sa mort, Jérémie prie Jérusalem; si les vieillards de l'Apocalypse présentent à Dieu les prières des justes; si saint Pierre promet à ses disciples de se souvenir d'eux dans l'autre vie; si saint Étienne prie pour ses persécuteurs; si saint Paul prie pour ses compagnons et ses amis; il est clair que les saints peuvent prier pour nous; mais alors, pourquoi ne pourrions-nous pas supplier les saints d'intercéder en notre faveur? D'un autre côté, saint Paul se recommande aux prières de ses disciples: «Priez pour nous», dit-il aux Thessaloniciens; saint Jacques exhorte les fidèles en ces termes: «Priez les uns pour les autres, afin que vous soyez sauvés.» Nous pouvons donc, nous aussi, quêter les prières d'autrui, et en particulier celles des saints.

Que Jésus-Christ soit notre unique Médiateur de justice; que lui seul nous ait obtenu par ses mérites la réconciliation avec Dieu; qui le nie? Mais, d'autre part, c'est une impiété de nier que Dieu se plaise à octroyer ses grâces en ayant égard à l'intercession des saints, et surtout à celle de la divine Mère, Marie, que Jésus désire tant de voir aimée et honorée de nous. Qui ne sait que l'honneur rendu aux parents rejaillit sur leurs enfants? Les pères sont la gloire de leur fils, selon le Sage. Qu'on ne craigne donc pas d'obscurcir la gloire du Fils à force de louer la Mère, car honorer la Mère, c'est louer le Fils: Il n'est nullement douteux, dit saint Bernard, que toutes les louanges que nous donnons à la Mère et à la Reine, retourne au Fils et au Roi. En effet, personne n'en doute, c'est en considération des mérites de Jésus-Christ que Marie fut investie de ce grand pouvoir qui la constitue Médiatrice, disons-nous non pas à titre de justice, mais à titre de grâce et par intercession. Saint Bonaventure n'hésite pas à l'appeler ainsi; et saint Laurent Justinien demande: «Comment ne serait-elle pas pleine de grâce, celle qui est devenue l'Échelle du paradis, la Porte du ciel, la véritable Médiatrice entre Dieu et les hommes?»

À ce propos, Suarez observe avec raison que prier la sainte Vierge de nous obtenir des grâces, c'est témoigner que nous nous défions, non pas de la miséricorde divine, mais de nous-mêmes et de notre indignité; nous nous recommandons à Marie, afin que sa dignité supplée à notre misère.

Toutes les grâces passent par Marie

Ainsi, que ce soit une chose utile et sainte de recourir à l'intercession de Marie, ceux-là seuls peuvent le révoquer en doute qui renoncent à la foi. Mais le point que nous prétendons établir ici, c'est que l'intercession de Marie nous est même nécessaire pour le salut, c'est-à-dire, pour parler avec précision, non pas absolument, mais moralement nécessaire. Et nous disons que cette nécessité découle de la volonté de Dieu même, lequel ne veut pas nous faire de grâces qui ne passent par les mains de Marie. C'est le sentiment de saint Bernard; et nous pouvons ajouter, avec l'auteur du Règne de Marie, que ce sentiment est communément suivi aujourd'hui par les théologiens et les docteurs. Ainsi ont enseigné Vega, Mendoza, Paciuchelli, Segneri, Poiré, Crasset et un très grand nombre d'autres savants écrivains.

Le Père Noël Alexandre lui-même, pourtant si réservé dans ses propositions, affirme aussi que la volonté de Dieu est que nous attendions toutes les grâces par l'intercession de Marie; et il cite à l'appui le mot célèbre de saint Bernard: «La volonté de Dieu est que nous ayons tout par Marie». Le Père Contenson soutient la même doctrine; il explique en ce sens les paroles adressées par Jésus du haut de la croix à saint Jean, et il les commente en ces termes: «Voilà votre Mère, comme si le Sauveur eût dit: Personne n'aura part aux mérites du sang que je répands, si ce n'est par l'intercession de ma Mère. Mes plaies sont les sources de la grâces; mais les ruisseaux n'en couleront sur aucune âme que par le canal de Marie. Jean, mon cher disciple, vous serez aimé de moi en proportion de l'amour filial que vous aurez pour elle.»

Selon saint Bernard, Dieu a comblé Marie de toutes les grâces, afin que tous les biens destinés aux hommes leur arrivent par elle comme un canal céleste:

«Pareil à un aqueduc plein jusqu'au bord, elle donne à tous sa plénitude». Le saint fait en outre une réflexion bien remarquable! Si, dit-il, avant la naissance de la bienheureuse Vierge, on ne voyait pas dans le monde ce courant de grâces qui s'épanchent aujourd'hui sur tous les hommes, c'est qu'alors cet Aqueduc si désirable y manquait. Marie a été donnée au monde afin que, par ce canal de grâces, les dons célestes descendent continuellement jusqu'à nous.

Le démon le sait bien; aussi, de même que, pour réduire la ville de Béthulie, Holopherne en fit couper les aqueducs, cet esprit malin s'attache de tout son pouvoir à détruire dans les âmes la dévotion envers la Mère de Dieu; car, ce canal salutaire une fois fermé, il lui devient facile de les subjuguer. «Voyez donc, conclut le même Père, voyez, âmes fidèles, avec quelle affectueuse dévotion le Seigneur veut que nous honorions notre Reine! Il a mis en elle la plénitude de tous les biens, afin de nous obliger à recourir sans cesse à elle avec une entière confiance en sa protection, et à reconnaître ainsi que, désormais, s'il est pour nous quelque espérance d'obtenir la grâce et d'arriver à la gloire, nous ne pouvons la voir réaliser que par l'entremise de Marie». Saint Antonin dit pareillement: «Toutes les grâces qui ont jamais été départies aux hommes, leur sont venues par le moyen de Marie.»

Voilà pourquoi elle est comparée à la lune. Placée entre le soleil et la terre, dit saint Bonaventure, la lune renvoie à cette dernière la lumière qu'elle-même reçoit du soleil; et Marie reçoit du soleil divin les célestes influences de la grâce, pour nous les transmettre ici-bas.

C'est pour le même motif que la saint Église l'invoque sous le titre de Porte du ciel: Felix cœli porta. Toute lettre de grâce émanée du roi passe par la porte de son palais; ainsi, remarque saint Bernard, nulle grâce ne descend du ciel sur la terre, sans passer par les mains de Marie. Et, rendant raison de la même appellation, saint Bonaventure ajoute que nul ne peut entrer dans le ciel, sans passer par cette bienheureuse Porte qui est Marie. (…)

Pour conclure, nous dirons avec le Père Suarez que, selon le sentiment aujourd'hui universel de l'Église, l'intercession de Marie ne nous est pas seulement utile, mais encore nécessaire. Il ne s'agit pas ici, nous le répétons, d'une nécessité absolue: la médiation de Jésus nous est seule absolument nécessaire; nous parlons d'une nécessité morale fondée sur cette raison que, comme le pense l'Église, d'accord avec saint Bernard, Dieu a décrété de ne nous accorder aucune grâce, si ce n'est par l'entremise de Marie. Et avant saint Bernard, saint Ildephonse avait affirmé la même chose, en parlant ainsi à la glorieuse Vierge:

«O Marie! il a plu au Seigneur de remettre entre vos mains tous les biens qu'il a préparés aux hommes; il vous a confié tous les trésors et toutes les richesses de ses grâces». Selon saint Pierre Damien, si Dieu n'a pas voulu se faire homme sans le consentement de Marie, c'est pour deux raisons: premièrement, afin de nous obliger à une extrême reconnaissance envers cette divine Mère; secondement, pour nous apprendre que le salut de tous les hommes est remis à sa décision. (…)

Coopératrice de notre rédemption

Les Gloires de MarieUn homme et une femme ayant coopéré à notre ruine (Adam et Ève), il convenait, remarque saint Bernard, qu'un autre homme et une autre femme coopérassent à notre réparation; et c'est ce qu'ont fait Jésus et Marie. Sans doute, ajoute-t-il, pour nous racheter, c'était assez de Jésus-Christ seul; mais il était plus convenable que les deux sexes concourussent à notre salut, comme ils avaient concouru à notre perte.

C'est pourquoi le bienheureux Albert le Grand donne à Marie le titre de Coopératrice de la Rédemption. Elle disait elle-même un jour à sainte Brigitte que, comme Adam et Ève ont vendu le monde pour un seul fruit, elle et son divin Fils l'ont racheté d'un même cœur. Selon la pensée de saint Anselme, Dieu a bien pu créer le monde de rien; mais, le monde s'étant perdu par le péché, Dieu n'a pas voulu le restaurer sans la coopération de Marie.

Suivant Suarez, la divine Mère a contribué à notre salut de trois manières: c'est d'abord qu'elle a mérité d'un mérite de convenance, comme disent les théologiens, l'Incarnation du Verbe; c'est ensuite que, pendant sa vie mortelle, elle s'est appliquée avec beaucoup de zèle à prier pour nous; c'est enfin qu'elle a fait généreusement le sacrifice de la vie de son Fils pour notre rédemption. Eh bien! en récompense de l'immense gloire qu'elle a rendue à Dieu et de l'ineffable amour qu'elle nous a témoigné en travaillant ainsi à la réhabilitation de tous les hommes, Dieu a statué avec justice qu'aucun n'obtiendrait le salut, si ce n'est par son intercession.

Suivant Bernardin de Bustis, Marie s'appelle la Coopératrice de notre justification, parce que Dieu lui a confié toutes les grâces qu'il voulait bien nous faire. Et saint Bernard en conclut qu'elle est le centre et le point culminant des siècles, et comme le phare salutaire qui attira les regards des générations passées, qui doit attirer ceux de la génération présente, et de toutes les générations futures. (…)

Il est écrit de la Femme forte: Pareille au navire d'un marchand, elle apporte son pain de loin. Telle est bien Marie, vaisseau béni qui apporta au monde Jésus-Christ, le Pain vivant descendu du ciel pour nous donner la vie éternelle. Je suis, dit-il, le Pain vivant descendu du ciel; si quelqu'un mange de ce pain, il vivra éternellement. D'un autre côté, selon la remarque de Richard, tous ceux-là périront qui voguent sur la mer orageuse du monde en dehors de ce mystique navire, c'est-à-dire sans être protégés par Marie. Ainsi donc, ajoute-t-il, chaque fois que les tentations ou les révoltes des passions, si fréquentes dans cette vie, nous mettent en péril, il nous faut recourir à Marie et pousser vers elle ce cri de détresse: Au secours, ô notre Reine! sauvez-nous, ou bien vous aller nous voir perdus.

D'après le glorieux saint Gaétan, nous pouvons bien demander les grâces, mais nous ne pourrons jamais les obtenir sans cet appui. Ce que confirma saint Antonin par cette belle expression: «Demander et vouloir obtenir les grâces sans l'intercession de Marie, c'est prétendre voler sans ailes». Pharaon confia à Joseph un plein pouvoir sur toute l'Égypte; et, dès lors, tous ceux qui venaient au palais demander des secours, il les renvoyait en leur disant: Allez à Joseph; ainsi, quand nous sollicitons des grâces, le Seigneur nous renvoie à la bienheureuse Vierge: Allez, dit-il, allez à Marie. Car il a décrété, assure saint Bernard, de ne rien nous accorder, si ce n'est par les mains de Marie. Si donc les Égyptiens ont pu dire à Joseph: Notre salut est entre vos mains, nous avons bien plus de sujet, remarque Richard de le dire à Marie; car vraiment «notre salut est en son pouvoir». (...)

Puissante Reine, lui dit saint Bernardin de Sienne, vous êtes la dispensatrice de toutes les grâces; la grâce du salut ne peut donc nous venir que de votre main, et partant notre salut dépend de vous.

Richard a donc eu raison de dire: «Comme une pierre tombe dès qu'on ôte ce qui la soutient, ainsi une âme qui perd l'appui de Marie, tombe d'abord dans le péché et puis dans l'enfer.»

Saint Bonaventure ajoute que Dieu ne nous sauvera pas si Marie n'intercède pas pour nous; comme un enfant ne saurait vivre qui n'a pas de nourrice, dit-il encore, ainsi une âme ne saurait se sauver sans l'aide de Marie. «Que votre âme, conclut-il, soit donc comme altérée des pratiques de dévotion envers Marie; attachez-vous à cette bonne Mère, et ne la quittez point que vous n'ayez reçu sa bénédiction en paradis.» (…)

Pour conclure, je dirai avec saint Bernard: «Consacrons toutes les affections de notre cœur à honorer Marie, car telle est la volonté que nous a manifestée le Seigneur, en réglant que tout bien nous viendrait par l'entremise de cette divine Mère». Chaque fois donc que nous désirons et sollicitons une grâce, efforçons-nous de faire appuyer notre requête par Marie, et tenons-nous sûr de l'obtenir par elle: «Cherchons la grâce, dit saint Bernard, et cherchons-la par Marie; car si nous sommes indignes d'être exaucés, Marie en est digne, elle, et la faveur que nous souhaitons, elle la demandera pour nous». Voulons-nous faire agréer au Seigneur l'offrande de quelque bonne œuvre, de quelque prière? Suivons le conseil du même saint, ayons soin de remettre tout entre les mains de Marie; par là, jamais nous ne serons rebuté.

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