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La théologie moderne se détache du Magistère de l’Église

Écrit par Benoît XVI le mercredi, 01 octobre 0206. Publié dans Église catholique romaine

Plusieurs catéchistes n’enseignent plus la foi catholique. Le lien entre la Bible et l’Eglise a été cassé

Cardinal Joseph RatzingerLe futur Pape Benoît XVI qui était à cette époque Préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, avait accordé au journaliste Vittorio Messori une interview à partir de janvier 1982. Le journaliste a publié un compte-rendu de ces quelques jours d’entretien avec le Cardinal, dans un livre intitulé «Entretien sur la foi», publié en 1985. La Congrégation pour la doctrine de la foi est «la dépositaire de l’orthodoxie catholique», selon les termes du journaliste. Nous aimons donc citer des extraits du chapitre 5 intitulé «Signaux de danger», qui nous aident à voir clair dans la crise qui sévit dans l’Église actuellement.

Paroles du Cardinal Joseph Ratzinger, aujourd’hui S. S. Benoît XVI

Le Cardinal voit dans la crise de confiance dans le dogme proposé par le Magistère une conséquence logique de la crise de la foi dans l’Église, en tant que mystère où vit l’Évangile, confié à une hiérarchie voulue par le Christ, lui-même:

«Dans une grande part de la théologie, on semble avoir oublié que le sujet qui fait la théologie n’est pas le spécialiste, mais que c’est la communauté catholique dans son ensemble, autrement dit l’Église tout entière. De cet oubli du travail théologique en tant que service ecclésial dérive un pluralisme théologique qui, en réalité, est souvent un subjectivisme, un individualisme qui n’a peu à voir avec les bases de la tradition commune. Chaque théologien semble désormais vouloir être “créateur"; mais son authentique devoir est d’approfondir, d’aider à comprendre et à annoncer le dépôt commun de la foi et non pas de «créer». Autrement, la foi se brise en une série d’écoles et de courants souvent contradictoires, causant de graves dommages au peuple de Dieu déconcerté…»

Poursuivant son diagnostic, il dit: «Dans cette vision subjective de la théologie, le dogme est souvent considéré comme une geôle (prison) intolérable, une atteinte à la liberté du spécialiste. On a perdu de vue que la définition dogmatique est au contraire un service rendu à la vérité, un don offert aux croyants par l’autorité voulue de Dieu. Les dogmes, a dit quelqu’un, ne sont pas des murailles qui nous empêchent de voir, mais, tout au contraire, des fenêtres ouvertes sur l’infini.»

Graves conséquences dans le domaine de la catéchèse

Les confusions que le Préfet relève dans la théologie se traduisent, selon lui, par de graves conséquences dans le domaine de la catéchèse.

«Comme la théologie ne semble plus à même de transmettre un modèle commun de la foi, dit-il, de même la catéchèse est exposée au morcellement, à des expériences qui changent constamment. Certains catéchismes et de nombreux catéchistes n’enseignent plus la foi catholique dans son ensemble harmonieux — où chaque vérité présuppose et explique la suivante — mais cherchent à rendre humainement "intéressants" (au gré des orientations culturelles du moment) certains éléments du patrimoine chrétien. Tels et tels passages bibliques sont mis en relief parce qu’ils sont considérés comme “plus proches de la sensibilité contemporaine". D’autres, pour la raison inverse, sont mis de côté. Autrement dit, non plus une catéchèse qui serait formation globale à la foi, mais des réflexions ou des inspirations puisées à des expériences anthropologiques partielles et subjectives.»

Grave erreur d’avoir supprimé le catéchisme

Au début de 1983, Ratzinger prononça en France une conférence (qui fit grand bruit) précisément sur la «nouvelle catéchèse». A cette occasion, avec sa clarté coutumière, il déclara entre autres: «Ce fut une première et grave erreur de supprimer le catéchisme, en le déclarant “dépassé”.» Et il parla à ce sujet d’une «décision erronée, promue à l’échelle internationale avec précipitation et grande assurance».

Il me le répète à présent: «Il faut se rappeler que depuis les tout premiers temps du christianisme apparaît un “noyau" permanent et irréductible de la catéchèse, donc de la formation à la foi… Tout l’exposé sur la foi est organisé autour de quatre éléments fondamentaux: le Credo, le Pater noster, le Décalogue et les Sacrements. Telle est la base de la vie du chrétien, telle est la synthèse de l’enseignement de l’Église fondé sur l’Écriture et la Tradition. Le chrétien y trouve ce qu’il doit croire (le Symbole des Apôtres ou Credo), espérer (le Pater noster), faire (le Décalogue) et l’espace vital dans lequel tout cela doit s’accomplir (les Sacrements). Or, dans trop de catéchèses actuelles, cette structure fondamentale est abandonnée, avec les résultats que l’on sait: une désagrégation du sensus fidei chez les nouvelles générations, souvent incapables d’une vision d’ensemble de leur religion.»

Rupture entre l’Église et la Bible

La crise de confiance dans le dogme de l’Église s’accompagne, selon Ratzinger d’une crise de confiance contemporaine dans la morale proposée par l’Église elle-même…

Nous nous rapportons ici ce qui fut dit d’un autre maillon de cette chaîne: la crise de confiance dans l’Écriture telle que celle-ci est lue par l’Église.

«Le lien entre la Bible et l’Église a été cassé, dit-il. Cette rupture a commencé dans les milieux protestants, depuis l’époque des Lumières au XVIIIe siècle, puis s’est récemment étendue parmi les exégètes catholiques également. L’interprétation historico-critique a certes ouvert de nombreuses et grandes possibilités nouvelles de mieux comprendre le texte biblique. Mais, en soi, elle ne peut l’expliquer que dans sa dimension historique, non dans son exigence biblique. Là où elle oublie cette frontière, non seulement elle devient illogique, et par là même a-scientifique mais, par surcroît, on omet alors que la Bible ne peut être comprise comme présent et futur que dans sa connexion vitale avec l’Église; on ne la lit plus à partir de la Tradition de l’Église et avec l’Église, mais à partir de la toute dernière méthode qui se donne pour “scientifique”. Cette interdépendance est même devenue chez certains une opposition; si bien que la foi traditionnelle de l’Église ne semble plus justifiée pour beaucoup par l’exégèse critique, mais n’apparaît plus que comme un obstacle à la compréhension authentique, “moderne" du christianisme.»

C’est là une situation sur laquelle il reviendra (en tâchant d’en discerner les racines) dans le texte concernant certaines «théologies de la libération», que nous reproduisons plus loin.

Sans fondement biblique

Nous anticipons un peu pour donner place ici à sa conviction que «la rupture entre l’Église et l’Écriture tend à les vider toutes les deux de l’intérieur. Car une Église qui n’a pas de fondement biblique crédible devient un produit historique, conjoncturel, une organisation parmi d’autres, devient ce simple cadre d’organisation humaine dont nous parlions. Mais, de même, la Bible sans l’Église n’est plus la Parole efficace de Dieu, mais un recueil de multiples sources historiques, une collection de livres hétérogènes dont on s’évertue à tirer, à la lumière de l’actualité, ce que l’on juge utile. Une exégèse qui ne vit et qui ne lit plus la Bible dans le corps vivant de l’Église devient archéologique: les morts ensevelissent les morts. En tout cas, de cette façon, le dernier mot sur la Parole de Dieu, en tant que telle ne revient plus aux pasteurs légitimes, au Magistère, mais à l’expert et au professeur, avec leurs études toujours provisoires et changeantes.» …

Je demande alors: Est-ce que même un catholique qui voudrait être «à jour» peut se remettre à lire sa Bible sans trop se soucier des questions complexes de l’exégèse?

«Certainement, répond-il, tout catholique doit avoir l’audace de croire que sa foi (en communion avec celle de l’Église) est au-dessus de tout «nouveau magistère» des experts et des intellectuels. Les hypothèses de ceux-ci peuvent être utiles pour mieux comprendre la genèse des livres de l’Écriture, mais c’est un préjugé issu de l’évolutionnisme que d’affirmer que le texte ne peut être compris qu’en étudiant comment il est né et comment il s’est développé.

«La règle de la foi, aujourd’hui comme hier, n’est pas constituée par les découvertes (qu’elles soient fondées ou hypothétiques) sur les sources et sur les strates bibliques, mais par la Bible, telle qu’elle est, telle qu’elle a été élue dans l’Église depuis les Pères jusqu’à nos jours. Précisément, la fidélité à cette lecture de la Bible nous a donné les saints, qui étaient souvent illettrés, en tout cas fréquemment ignorants des questions de l’exégèse scientifique. Pourtant, ce sont eux qui l’ont le mieux comprise.»

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