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L'Église et le Pape souffrent

Écrit par Louis Even le jeudi, 01 mai 1969. Publié dans Église catholique romaine

Pape Paul VIL’article suivant a été écrit par Louis Even, et a paru dans Vers Demain de mai 1969, et montre à quel point Paul VI a souffert par amour pour l’Église. En 2014, l’Église catholique est encore attaquée plus que jamais, alors il faut rester unis autour de notre Saint-Père actuel, le Pape François, qui n’a pas d’autre objectif que de s’assurer que l’Église soit fidèle à l’enseignement de Son Divin Époux, Jésus-Christ.

Le 8 décembre 1968, le Pape Paul VI disait: «L'Église se trouve à une heure d'inquiétude, d'autocritique. On dirait même d'autodémolition. C'est comme un bouleversement intérieur, aigu et complexe, que personne n'aurait pu prévoir après le Concile... L'Église, peu à peu, en vient à se frapper elle-même».

Autodémolition, dit le Pape. S'autodémolir, c'est se démolir soi-même. Il semble donc que l'Église travaille elle-même à sa propre démolition. Elle en est venue à se frapper elle-même, remarque le Pape.

Au cours des siècles, l'Église a subi bien des attaques. Des attaques qui lui venaient du dehors, de personnes, d'institutions, de pouvoirs qui n'étaient pas de l'Église, qui en étaient les ennemis déclarés. Ou encore de personnes qui avaient appartenu à l'Église, mais l'avaient quittée: hérétiques ou schismatiques. Mais aujourd'hui, c'est du dedans que se fait le travail de démolition. C'est, hélas, beaucoup plus efficace.

Et cela, après le Concile. Après un Concile qui se voulait précurseur de la réunification de l'Église, du retour à l'Église de «frères séparés», chrétiens encore, mais schismatiques comme les Orthodoxes, ou hérétiques comme les diverses sectes protestantes. Or, que constate-t-on? Ce sont les catholiques qui se protestantisent, qui ne reconnaissent plus le Magistère du Pape, qui discréditent puis rejettent des vérités fondamentales du dogme, qui désacralisent le culte, qui vident le catéchisme de son contenu religieux et préparent une génération pour laquelle la religion sera sujet d'ignorance ou de dénigrement..

Soulèvement indocile

Évidemment, même cette crise profonde par laquelle passe l'Église, ne réussira pas à la jeter par terre. Même si des gens d'Église eux-mêmes se font agents de démolition, ils ne viendront pas à bout d'elle: le Christ lui-même lui a promis la pérennité. Mais elle peut souffrir, et elle souffre. Elle peut subir des pertes, comme elle en a subi par l'invasion du mahométisme ou par l'expansion du protestantisme; c'est douloureux pour elle, et c'est désastreux pour le salut de milliers, de millions d'âmes. Qui comptera les âmes qui sont tombées, tombent et tomberont en enfer, pour toute l'éternité, parce que ceux qui devaient les nourrir de pain leur auront servi du poison?

Le Mercredi Saint 2 avril 1969, dans son audience générale hebdomadaire, Paul VI, après avoir parlé des souffrances du Sauveur dans sa Passion, a souligné de nouveau la passion par laquelle passe l'Église dont il a la charge comme Vicaire du Christ. Écoutez: «L'Église souffre-t-elle aujourd'hui? Fils, fils très chers! Oui, aujourd'hui l'Église est en proie à de grandes souffrances! Mais comment? Après le Concile? Oui, après le Concile! Le Seigneur la met à l'épreuve.

«L’Église souffre, vous le savez, de l'opprimant manque de liberté religieuse dans tant de pays du monde. Elle souffre à cause de l'abandon, de la part de tant de catholiques, de la fidélité que mériterait une tradition séculaire, et que l'effort pastoral plein de compréhension et d'amour devrait obtenir. « Elle souffre surtout du soulèvement inquiet, critique, indocile et démolisseur de tant de ses fils, les préférés — prêtres, enseignants, laïcs, dédiés au service et au témoignage du Christ vivant dans l'Église vivante — contre sa communion, intime et indispensable, contre ses normes canoniques, sa tradition, contre son autorité, principe irremplaçable de vérité, d'unité, de charité, contre ses propres exigences de sainteté et de sacrifice; elle souffre par la défection et le scandale de certains ecclésiastiques et religieux qui crucifient aujourd'hui l'Église».

Ce dernier alinéa précise une cause profonde de douleur pour l'Église et le Souverain Pontife. La situation faite à l’Église dans les pays d'obédience communiste est certainement attristante. Mais au moins c'est l'oeuvre d'adversaires du dehors, et l'Église en a connu bien d'autres. Mais elle est bien autrement attristée par le cancer qui la dévore intérieurement: elle souffre «surtout», dit le Pape, du «soulèvement indocile et démolisseur de tant de ses fils». Et parmi ses fils, les «préférés — prêtres, enseignants, dédiés officiels au service et au témoignage du Christ», dédiés qui se font démolisseurs quand ils devraient être constructeurs. Dédiés, rejetant l'autorité du Magistère, faisant litière de valeurs traditionnelles multiséculaires, brisant l'unité, substituant à la morale l'éthique de situation ou le jugement personnel. Ce sont ces prêtres, ces enseignants, ces «préférés» qui crucifient l'Église, dit le Pape.

Ils ne sortent pas de l'Église pour cela, ils y restent afin de mieux réussir leur travail de sape. Il le disent eux-mêmes, non pas qu'ils parlent de sape, mais de «changement». Changer l'Église de toujours pour une église de leur cru. C'est ce que déclare, par exemple, le théologien allemand Hans Kung, de l'avant-garde progressiste de son pays: «Nous qui restons dans l'Église, dit-il, nous avons pour le faire de très bons motifs... Il s'agira non seulement d'interpréter la réalité de l'Église, mais de la changer».

«Schismes», dit le Pape

Le lendemain, Jeudi Saint, officiant dans l'archibasilique de St-Jean-de-Latran, qui est la cathédrale du diocèse de Rome, le Pape revenait sur le sujet, au cours d'une homélie que l'Osservatore Romano intitule: «Douloureux appel de Paul VI à l'unité interne de l'Église». À lui seul, ce titre définit une situation à serrer le cœur de tout catholique attaché à son Église. Ce n'est plus l'appel conciliaire à des «frères séparés» pour refaire l'unité chrétienne dans un seul troupeau, sous un seul Pasteur. C'est l'appel aux catholiques eux-mêmes, dont l'unité craque sous la pression de «tendances centrifuges» s'exerçant au sein même de l'Église. Le Pape a mentionné ces divisions, allant jusqu'à employer les termes «schismes» et «ferment pratiquement schismatique». Voici un passage de cette homélie papale du Jeudi Saint:

«On parle d'un renouveau dans la doctrine et la conscience de l'Église de Dieu; mais comment pourrait-elle être authentique et durable, l'Église vivante et vraie, si dans l'ensemble qui la compose et la définit comme “corps mystique”, spirituel et social, elle est si souvent et si gravement blessée par la contestation ou par l'oubli de sa structure hiérarchique, falsifiée dans son charisme fondamental, divin et indispensable, qu'est l'autorité pastorale?

«Comment pourrait-elle s'arroger d'être l'Église, c'est-à-dire son peuple uni, quand un ferment pratiquement schismatique la divise, la subdivise, la brise en groupes surtout jaloux d'une autonomie arbitraire et au fond égoïste, masquée du nom de pluralisme chrétien ou de liberté de conscience? Comment pourrait-elle se construire par une activité qui voudrait se dire apostolique, quand celle-ci est volontairement guidée par des tendances centrifuges, et quand elle développe non point la mentalité d'un amour communautaire mais plutôt celle de la polémique particulariste, ou quand elle préfère des sympathies périlleuses et équivoques, sujettes à des réserves irréductibles, à des sympathies fondées sur des principes de base, et indulgente à des défauts communs, nécessitant une collaboration convergente?

«On parle encore d'Église, et d'Église catholique, la nôtre; mais pouvons-nous nous dire à nous-mêmes qu'elle est dans ses membres, dans ses institutions, dans son travail, vraiment animée de cet esprit sincère d'union et de charité qui la rendent digne de célébrer, sans hypocrisie et sans insensibilité basée sur l'habitude, notre sainte messe quotidienne? N'y a-t-il pas au milieu de nous ces “schismes”, ces “divisions” que la première lettre de saint Paul aux Corinthiens dénonce douloureusement?»

Le Pape parle. Mais quel cas le monde catholique — catholique au moins de nom encore — fait-il de sa voix? Lui-même, Paul VI, en faisait la remarque au cours d'une de ses audiences: «J'ai parfois l'impression que je parle dans le vent». Pourquoi? Parce que son Magistère est contesté publiquement par des théologiens de grande renommée dans leurs pays respectifs. Ou, sans être contesté publiquement, il pèse peu ou point dans maints milieux même épiscopaux. Et c'est pourquoi des «collégialités» manifestent des tendances «centrifuges», vers des églises nationales «déromanisées». Et c'est pourquoi le sens du sacré s'en va à l'eau, et c'est pourquoi des expériences de messes bouffonnes en maintes paroisses dégradent la liturgie sous l'oeil d'évêques muets. Et c'est pourquoi le catéchisme traditionnel, qui enseignait les articles du symbole, les commandements de Dieu et de l'Église, les sept sacrements et la prière, est remplacé par des catéchèses de verbiage, vides de doctrine quand ce n'est pas chargées d'hérésies...

Mais j'aborde ici un sujet sur lequel il y a beaucoup à dire, parce que c'est tout l'ordre religieux et civil de demain qui est en jeu. Mais le tableau est suffisamment chargé, croyons-nous, pour alerter l'esprit et toucher le coeur de tout catholique sincère. Un fils de l'Église n'a pas le droit de rester indifférent devant les attaques qu'elle subit, devant la crise qu'elle traverse, devant les contestations, les soulèvements internes et les infidélités qui affligent si pro-fondément son chef actuel, le Pape Paul VI. N'oublions pas que le Pape est le représentant direct du Christ, et que mettre en question le magistère du Pape en matière de morale comme en matière de doctrine, c'est mettre en question l'autorité de Notre-Seigneur lui-même. Les théologiens qui disent non au Pape disent non à Notre-Seigneur lui-même, et plus ils ont de prestige et de moyens de se faire entendre, plus ils font de mal au sein même de l'Église.

Chacun de nous, en tant que baptisé, en tant que confirmé, n'est pas seulement un bénéficiaire des richesses du Christ dispensées par la Sainte Église, mais il en est aussi un Membre responsable. Responsabilité de plus en plus pressante à mesure que l'ennemi, qu'il soit du dehors ou du dedans, redouble ses assauts. Personne n'est sans moyen pour l'exercice de cette responsabilité. Le premier moyen, accessible à tous, c'est bien la prière. La prière pour la sainte Église, pour notre saint Père le Pape, comme dans le saint Sacrifice de la Messe, doit se faire de plus en plus ardente. L'heure du démon appelle l'heure du chrétien. Redoublons donc de ferveur.

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