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À la gloire de sainte Anne

Par Louis Even le mardi, 01 septembre 1970. Dans Saints & Bienheureux

Statue de sainte Anne

L’article suivant est l’un des nombreux chefs-d’œuvre écrits par Louis Even, qui y rend gloire la bonne sainte Anne, grand-mêre de Jésus et patronne des Bretons. Il était Breton lui-même. C’est la même sainte Anne qui est la patronne de la province de Québec, celle qui a comblé de miracles nos ancêtres, nos pères et nos mères qui allaient faire leur voyage de noces à Ste-Anne de Beaupré.

Les Évangiles sont muets sur la vie de sainte Anne. Ils ne mentionnent même pas son nom. Ce que nous pouvons savoir de ses années terrestres nous vient de la tradition ou de révélations privées. Mais celle que partout l’on vénère sous le nom de sainte Anne fut la mère de l’Immaculée, et cette seule considération suffit déjà à expliquer les traits sous lesquels le peuple chrétien se la représente, l’universalité du culte qui lui est rendu, la multiplicité des sanctuaires qui lui sont dédiés.

Si l’Évangile ne dit rien de la mère de Marie, on peut tout de même se faire une idée des merveilles dont sa maison dut être le théâtre en lisant ce que l’Évangile nous dit au sujet de sainte Élisabeth, mère de saint Jean-Baptiste.

Un ange apparut à Zacharie, mari d’Élisabeth, pour lui annoncer que sa femme concevrait et mettrait au monde un fils qui serait grand devant le Seigneur. Ne peut-on pas penser qu’un ange avait pareillement annoncé aux parents de Marie, Joachim et Anne, qu’Anne concevrait et mettrait au mon­de une fille qui serait plus grande devant le Seigneur que toutes les créatures, tant les angéliques que les humaines? C’est d’ailleurs ce que l’on apprend des visions de la Bienheureuse Catherine Emmerich et de la Cite Mystique de Dieu de la vénérable Mère Marie d’Agreda.

Si la purification du péché originel, dont jouit Jean-Baptiste dans le sein de sa mère trois mois avant sa naissance, transporta de joie sa mère Élisabeth et l’inonda d’une lumière de l’Esprit-Saint lui faisant connaître en sa cousine Marie la Mère du Messie tant attendu, n’est-il pas logique d’en déduire que la conception de Marie, Immaculée, sans un instant ni une ombre de péché originel, avait jeté Anne dans un ravissement bien plus grand encore?

N’est-ce pas pour ainsi dire une nouvelle création humaine qui eut lieu à cet instant même? Dans le paradis terrestre, Dieu avait créé Ève, comme Adam, parfaitement innocente, pure de toute faute. Mais après la faute commise par ces premiers parents et affectant leur nature même, tous leurs descendants étaient nécessairement marqués de cette infection dès l’instant de leur concep­tion; or, voici que, dans le sein de sainte Anne, une enfant est conçue, descendant bien de l’Adam et de l’Ève d’après leur faute. Seul un acte spécial de Dieu pouvait ainsi opérer cette dérogation à une loi naturelle. Un acte divin sembla­ble en quelque sorte à l’acte créateur qui sortit Adam et Ève du néant. Ce ne fut pas le lavage d’une faute, comme par le baptême, car il n’y eut pas de faute à laver. L’enfant conçue dans le sein de sainte Anne était vraiment une nouvelle Ève plus pure et, plus parfaite que la première Ève au sortir même des mains du Créateur.

L’Esprit-Saint dut bien alors envahir et illuminer sainte Anne, plus intensément qu’il ne le ferait pour sainte Élisabeth lors de la purification de Jean-Baptiste dans son sein. Les Anges furent témoins de cette nouvelle «création», et ce dut être comme une irruption du Ciel dans la maison d’Anne. Les chœurs angéliques extasiés devaient se demander: «Quae est ista?» Quelle est celle-ci qui s’élève de la descendance d’Adam et qui ne porte point le carac­tère attaché à la nature humaine par le péché d’Adam et à toute sa descen­dance?

Le Père Eugène Lefebvre, Rédemptoriste, écrit à ce sujet dans sa brochure Vie de sainte Anne:

Nef de Sainte-Anne de Beaupré
Marie, l’Enfant Jésus et sainte Anne, sous le regard du Père Éternel et de l’Esprit-Saint; nef de la basilique Sainte Anne de Beaupré

«Pendant que la vie continue tout autour dans la ville de Jérusalem, comme si rien n’était arrivé, l’univers lui-même est transformé aux yeux de Dieu, par cette enfant qui vient de naître. Dans cette petite fille que sainte Anne vient de mettre au monde, le Seigneur découvre un être plus pur et plus saint que tous les chœurs des Anges: il voit en Elle la Femme qui bientôt sera la Mère de son Fils unique.

«La joie que sainte Anne ressentit quand lui fut présentée la Vierge Immaculée qui venait de naitre d’elle défie toute description. Elle devinait déjà, vaguement, au fond de son cœur, que, grâce à la petite Marie, il lui serait donné d’être un jour la grand-mère du Christ.»

Mais laissons à chacun de continuer ces méditations sur les faits qui norma­lement allaient se succéder dans la vie de sainte Anne: Présentation de la petite Marie au Temple; mariage de Marie à Joseph; naissance de Jésus qui consacrait Anne grand-mère du Messie; joies d’Anne quand, lors de ses visites chez Marie à Nazareth, elle pouvait prendre l’Enfant Jésus dans ses bras ou sur ses genoux; joies aussi des services qu’elle ne manqua pas de rendre à la sainte Famille; sa douce mort, assistée de la présence de Marie, de l’Adolescent divin et sans doute aussi de saint Joseph; envol de sa belle âme vers les Limbes où elle allait porter de bonnes nouvelles aux justes, et où, avec eux, elle atten­drait l’ouverture du Ciel par son Petit-­Fils lors de son Ascension triomphale.

Nous voudrions maintenant parler un peu des gloires de sainte Anne depuis qu’elle est au Ciel, du culte que les chrétiens lui rendent, des sanctuaires ou ils la visitent et l’honorent, des grâces multiples que son cœur de grand-mère obtient pour ceux qui l’in­voquent. Mais devant nous limiter, nous allons nous borner à signaler trois hauts-lieux de son culte parmi les centaines de l’ancien et du nouveau continent: Apt en France, Auray en Bretagne, Beaupré au Canada.

Sainte Anne entre en France

Apt est une des plus vieilles villes de France, déjà bien établie quand la France n’était encore que la Gaule. Au temps des Césars, Apt (alors appelée Apta Julia) fut la capitale des Vulgientes, peuple de la vallée de la Durance soumis a la domination romai­ne. Au temps des rois et des divisions naturelles de la France en provinces, Apt était une ville de la Provence, belle province du sud-est; entre le Dauphiné au nord, le Rhône inférieur à l’ouest, la frontière de l’Italie à l’est et la mer Méditerranée au sud. Aujourd’hui, Apt est un chef-lieu d’arrondissement du département de Vaucluse.

C’est par Apt que sainte Anne est entrée en France. Et par un don de la sainte Vierge Marie encore vivante. C’est que, dans les desseins de Dieu, la France allait être une terre de dilection de Marie. Et c’est une belle histoire que celle de Marie faisant à la France cadeau des restes mortels de sa mère.

La découverte du corps de sainte Anne à Apt

Le roi CharlemagneLe premier soin de Charlemagne, après son arrivée à Apt, fut de faire reconsacrer par Turpin, alors archevêque de Reims, l’église cathédrale qui avait été polluée par un culte impie. Un jeune homme du nom de Jean, âgé de quatorze ans, aveugle, sourd et muet de naissance, fils du baron de Caseneuse, était présent dans le sanctuaire. Pendant quelque temps, on vit ce jeune homme paraître écouter un certain avertissement céleste. Bientôt il commença, en frappant sur une levée de degrés menant au maître-autel, à faire signe qu’on creusât profondément le sol, afin que, les degrés enlevés, on vit ce qui était peut-être caché dessous. L’office divin était troublé par là, sans qu‘il fut au pouvoir des gardes ni des autres officiers de retenir ce jeune homme. Cependant, tous les assistants étant surpris par la nouveauté du fait, le prince, présageant un miracle, donna ordre de se conformer aux vœux si vivement exprimés par l’adolescent.

On enlève à l’heure même les marches de la montée indiquée, et on découvre aussitôt une porte fermée de grosses pierres qui fait présager quelque chose de remarquable. Les ouvriers ayant ouvert cette porte à coups de marteau, on vit une entrée et une descente de degrés qui conduisit dans une grotte souterraine artistement travaillée. C’était la crypte où le bienheureux Auspice, apôtres des Aptésiens, avait coutume de nourrir par la parole sainte et les Sacrements le peuple qui lui était confié.

L’aveugle Jean marchait le premier, indiquant le chemin avec une telle sûreté, que Charlemagne fut obligé de le faire tenir près de lui pour qu’il ne fût pas foulé aux pieds des curieux. Le jeune homme faisait toujours comprendre du geste qu’on creusât plus avant la terre à la partie du mur qu’il signalait. On descendit enfin dans un souterrain long et étroit ; mais là une lumière extraordinaire apparaissant entoura les assistants. La crypte inférieure étant enfin ouverte, tandis que tous, pleins d’admiration, regardent une lampe ardente placée devant une sorte d’armoire murée, le roi lui-même, le clergé et les grands de la cour, accourent tout joyeux vers la mystérieuse clarté, qui s’éteignit aussitôt au contact de l’air.

Chose admirable ! Voilà que Jean, ayant tout à coup les yeux ouverts, ainsi que les oreilles, et la langue déliée, s’écrie : « Dans cette ouverture est le corps de Sainte Anne, mère de la très-sainte Vierge Marie, Mère de Dieu ». Tous les spectateurs, remplis d’étonnement, poussent mille acclamations de joie. Cependant le très-pieux roi ordonne d’ouvrir la niche. Aussitôt une odeur semblable à celle d’un baume de répand, et le dépôt sacré, attesté par un si grand miracle, apparaît renfermé dans une caisse de cyprès, enveloppé d’un voile précieux, et certifié par cette inscription: « Hic est corpus beate Annae, matris virginis Mariae » (Ici est le corps de la bienheureuse Anne, mère de la Vierge Marie). La caisse ouverte, une odeur suave se répandit dans l’une et l’autre crypte pour la confirmation du miracle. Charlemagne ordonna de faire consigner dans des écrits le récit de tous les faits, tels qu’ils s’étaient passés, dans une lettre qui fut envoyée au pape Adrien 1er.

Persécution tournée à bien

Après la Pentecôte, les prédications des Apôtres et les témoignages de ceux qui avaient connu Jésus et vu ses miracles gagnèrent de nombreux Juifs à l’Église naissante — ce qui alarmait considérablement les chefs obstinés dans leur haine contre un Messie qui n’avait nullement répondu à leurs vues et qui avait dénoncé leur orgueil, leur hypocri­sie et leur endurcissement.

Parmi les témoignages particulièrement éloquents, il y avait celui de Lazare, le ressuscité. Les chefs juifs pouvaient avoir quelque succès à dire au peuple que Jésus n’était point ressuscité, que cette résurrection était une fabrica­tion des apôtres et de quelques disciples. La grande masse du peuple de Judée et de Galilée n’avait pas revu Jésus ressuscité; il n’était apparu qu’à un nombre relativement petit de personnes.

Mais Lazare, lui, était connu et vu a loisir depuis qu’il avait été ramené à la vie après quatre jours dans le tombeau. Et c’était un homme connu. Il n’était pas d’une famille obscure. Tout le monde dans Béthanie, dans Jérusalem, et bien au delà, savait le fait de sa résurrection. Et ce ressuscité-là ne se pressait pas de re-mourir et de disparaître de la circulation.

On touchait à l’an 43. Depuis près de dix années, depuis son Ascension, Jésus n’était plus visible. Mais le ressuscité Lazare était toujours la. Témoin direct. Témoin gênant. Il fallait s’en défaire, et de ses sœurs aussi, Marthe et Marie, et des servantes de ses sœurs, et de Marie Jacobé, mère de Jacques et de Jean, et de Marie Salomé: ces femmes avaient suivi Jésus jusque sur le Calvaire, elles en savaient trop et ne consentaient pas à se taire; gênants aussi, Maximin, un fervent disciple du Maître, et Sidoine, l’aveugle-né dont la guérison avait fait tant de bruit dans tout Jérusalem.

Les mettre à mort sans raison valable pourrait paraître trop révoltant et nuire à la cause des ennemis du Christ au lieu de les aider. Ils trouvèrent une autre solution. S’en débarrasser sans tuerie. Ils embarquèrent donc tous ces amis de Jésus sur un petit bateau sans voile, sans rame, sans gouvernail, sans provisions de bouche, puis les poussèrent en mer, les abandonnant là, à un sort qui ne pouvait être qu’un naufrage fatal ou la mort par la faim: ils ne gêneraient plus.

Mais les ennemis avaient compté sans Marie, mère de Jésus. Vivant encore sur la terre, elle était déjà surnaturellement renseignée et surnaturellement puissante. Elle allait faire le plan des ennemis de Jésus servir à la promotion de l’Évangile et a l’exécution de son propre programme, bien en accord avec les desseins de Dieu. Marie désirait voir l’Évangile porte sans Mai au pays de sa dilection, à la terre des Gaules, où elle avait déjà été invoquée bien avant sa naissance, sous le vocable de «la Vierge qui devait enfanter».

Grand cadeau de Marie à la France

Pour porter la Bonne Nouvelle de la Palestine en France, il fallait nécessairement traverser la Méditerranée. Des ennemis de l’Évangile avaient placé des propagateurs de l’Évangile sur cette mer, dans un dessein pervers, il est vrai, mais Marie serait déjà pour ces proscrits «l’Etoile de la Mer». Elle les ferait aborder sur les côtes de France. Mais Marie voulut en plus leur faire, et par eux à la France, un don insigne, et fit placer discrètement sur le bateau à la dérive les restes mortels de sa mère, sainte Anne.

Sans voile, sans pilote, sans gouver­nail et sans rames, le groupe accosta à la place appelée depuis «Les Saintes-­Maries de la Mer»; et avec eux, le corps de sainte Anne. C’était le 2 février de l’an 43, l’année même où saint Pierre s’établit à Rome qui serait désormais le siège de la papauté.

C’est aux Saintes-Maries de la Mer que fut plantée la première croix et célébrée la première messe sur la terre de France.

Saint Lazare devint le premier évêque de Marseille. Saint Maximin et saint Sidoine établirent un siège épiscopal à Aix. Sainte Marie Madeleine ne tarda pas à se retirer dans la solitude, première contemplative des Gaules, pas­sant les trente dernières années de sa vie dans la grotte connue aujourd’hui sous le nom de Sainte-Baume. Les autres saintes femmes aidèrent ces premiers missionnaires et convertirent en nombre les pêcheurs, les bergers et les cultivateurs des Bouches-du-Rhone.

Quant à l’insigne relique de sainte Anne, elle fut confiée à saint Auspice, qui l’emporta à Apt. La persécution rendant bientôt son martyre imminent, il cacha la relique dans un souterrain. Les témoins de cette mise en sureté disparurent dans les persécutions et personne ne sut plus ce qu’étaient devenus les restes mortels de la mère de la Mère de Dieu. Ils demeurèrent ainsi cachés et comme perdue pendant plus de 700 ans. Ils ne furent retrouvés qu’à Pâques 792, par Charlemagne, alors roi de France et futur empereur d’Occident. (Voir encart ci-haut.)

Basilique et pèlerinage

Une église dédiée à sainte Anne, construite sur les lieux, devint un centre de pèlerinage fréquenté. De nombreux miracles reconnus y eurent lieu. Au 17e siècle, Anne d’Autriche, épouse du roi Louis XIII, y envoya une délégation implorer de sainte Anne un héritier pour la couronne de France. Elle lui attribua la naissance de Louis XIV. Elle vint plus tard elle-même à Apt, avec une suite imposante et offrit de riches présents: une statue de sainte Anne en or, des articles sertis de pierres précieuses, et une somme de 8000 livres pour faire construire dans la basilique une chapelle plus digne de l’insigne relique.

Plusieurs bulles papales attestent de l’authenticité du corps de sainte Anne vénéré à Apt, entre autres celles des papes Adrien, Benoît XII et Clément VII. D’ailleurs, une multitude de miracles bien constatés en rendent témoignage. Un bras de ce corps fut accordé à Rome et conservé au monastère bénédictin de Saint-Paul-hors-les-murs.

C’est de ce bras que, à la demande du Cardinal Taschereau de Québec, le Pape Léon XIII détacha un morceau d’os de 4 pouces (10 cm) de longueur pour être porté à Sainte-Anne de Beaupré. En route pour le Canada, la relique fut retenue à New-York pendant trois semaines, exposée dans une église qui ne désemplit pas, recevant la vénération de plus de 250 000 pèlerins, nombre d’entre eux venus de bien loin. C’est le 26 juillet 1892 que le Cardinal

Taschereau, après une messe pontificale, déposa cette relique au sanctuaire de Sainte-Anne de Beaupré.

À Apt, le souterrain qui garda le corps de sainte Anne pendant plus de sept siècles forme la deuxième crypte de la basilique actuelle.

Mais si sainte Anne, en sortant de Palestine, eut la Provence comme domi­cile, elle a plus particulièrement élu, comme fiefs privilégies, la Bretagne, à l’extrémité ouest de la France, et la province de Québec, au Canada.

Sainte Anne en Bretagne

Yves NicolazicEn matière de culte des saints, les chrétiens des premiers siècles honorèrent surtout ceux qui avaient répandu leur sang pour le Christ. Après les persécutions des trois premiers siècles, la dévotion s’orienta surtout d’abord vers la très sainte Vierge Marie et les autres saints personnages de la proche parents de Jésus. Le culte de sainte Anne s’est surtout répandu à partir du Concile d’Éphèse (en 431). D’abord en Orient, jusqu’à Constantinople; puis en Occi­dent: Italie, France, Angleterre et Irlande, Allemagne et Scandinavie.

Mais le plus célèbre des sanctuaires de sainte Anne en Europe, c’est celui de Ste-Anne d’Auray, en Bretagne, qui date du premier quart du 17e siècle. Et ce n’est pas par une relique de son corps mortel que la grand-mère de Jésus s’est installée plus spécialement en ce lieu, mais par une intervention bien person­nelle de la sainte Anne bien vivante au Ciel, venant dire à un paysan breton, en langue bretonne, que Dieu lui-même voulait avoir là une basilique à elle consacrée. Une histoire merveilleuse.

Ce n’est pas une légende, ni de la simple tradition. C’est aussi historique­ment établi que, par exemple, la fondation de Québec par Champlain en 1608. Le paysan s’appelait Yves Nicolazic. Il ne savait ni lire ni écrire et ne parlait que le breton. Mais la bonne sainte Anne le prit comme il était et le prépara, patientant le temps qu’il fallait pour qu’il en vienne à surmonter sa timidité.

Yves Nicolazic vivait au hameau de Ker-Anna, en Plumeret, à une lieue (5 kilomètres) d’Auray, à 25 kilomètres (16 milles) de Lorient, dans l’actuel département du Morbihan. En 1623, Nicolazic avait 34 ans. Marié depuis une douzaine d’années, mais sans enfant, il vivait avec sa femme Guillemette, son beau­-frère Jean Leroux, et des domestiques qu’il employait, sur une ferme qu’il cultivait, mais dont la propriété appartenait à M. de Kerloguen. Depuis son enfance, Yves Nicolazic avait une grande dévotion envers la très sainte Vierge Marie, aimant réciter son rosaire, et fréquemment vu avec son chapelet en main. Quand à sainte Anne, il la louait avec amour et recourait souvent à elle l’appelant sa «Bonne Patronne».

Ker-Anna, signifie en breton «Village d’Anne». On pensait généralement dans la région qu’il y avait eu là anciennement une chapelle à sainte Anne, mais sans en avoir aucune preuve. On rapportait bien parfois quelque chose d’étrange au sujet du champ voisin de la ferme Kerloguen, le champ du Bocenno. Sur un endroit de ce champ, on ne pouvait passer la charrue sans que l’attelage se rompe et que les bœufs se cabrent.

La Dame au flambeau

Une nuit du début d’août 1623, Nicolazic pensait à sa bonne patronne quand, tout à coup, sa chambre fut illuminée, et au milieu de cette clarté, il vit distinctement une main tenant un flambeau de cire. Courte vision: le temps d’un Pater et de deux Ave.

Six semaines plus tard, un diman­che soir, il vit de nouveau, au-dessus du champ Bocenno, la clarté, le cierge, mais sans la main et plus brièvement. Pendant plusieurs mois successifs, il vit fréquemment le même cierge briller auprès de lui. Parfois même, lorsqu’il rentrait tard à la noirceur, le cierge l’accompagnait, éclairant son chemin jusqu’à la maison. Il ne savait quoi en penser, en étant d’abord un peu effrayé, mais à chaque fois, l’apparition du cierge lui apportait une suavité intérieure spirituelle.

Un soir d’été, son beau-frère Le Roux et lui étaient allés, séparément et à l’insu l’un de l’autre, chercher leurs bœufs dans un pré en bas du Bocenno. Il y avait là une fontaine, et ils menèrent leurs bœufs boire à l’abreuvoir avant de les ramener. Soudain, les bœufs refusent d’avancer. S’approchant tous les deux pour en connaitre la cause, ils voient à quelques pas des bœufs, dans une lumière et tournée vers la fontaine, une dame majestueuse tenant un flambeau à la main. Pris de frayeur, ils s’éloignent d’abord, puis reviennent, mais tout avait disparu.

Yves Nicolazic et sainte AnnePar la suite, Nicolazic revit souvent la même dame mystérieuse, dans sa maison, dans son jardin, près de la fontaine, mais toujours muette, ne disant pas qui elle était.

Vint le 25 juillet 1624, veille de la fête de sainte Anne. Nicolazic se rendit à Auray, chez les Capucins, sans doute pour se confesser. Il en revenait à la noirceur, le chapelet à la main. Passant auprès d’une croix sur son chemin, il vit soudain la même Dame mystérieuse, même attitude et même lumière. Cette fois, elle l’appela par son nom: «Yves Nicolazic!», et lui fit signe de la suivre. Ce qu’il fit, elle tenant le flambeau, lui tenant son chapelet. Ils arrivèrent bientôt à Ker-Anna et s’engagèrent dans le chemin creux conduisant à sa ferme. À l’approche de la maison, la Dame disparut.

Nicolazic fut particulièrement im­pressionné par cette visite plus longue de la Dame, qui n’avait toujours pas encore donne son nom. Trop ému pour manger, il alla dans sa grange, s’étendre sur un lit de paille. Ne pouvant s’endormir, il prit son chapelet et pria.

Tout à coup, vers onze heures, il crut entendre du bruit dehors, comme si une foule passait sur le chemin voisin de la grange. Se levant en hâte, il ouvrit la porte, mais rien, absolument rien dans la campagne, tout en silence. La peur le saisit, il prit son chapelet et continua de prier pour retrouver son assurance.
Nicolazic reçoit sa mission

Soudain, vers deux heures, une grande clarté remplit la grange, et dans cette auréole, la Dame, plus resplen­dissante que jamais. Et cette fois, elle parla:

«Yves Nicolazic, ne crains point. Je suis Anne, mère de Marie. Dis à ton Recteur que dans la pièce de terre appelée le Bocenno, il y eut autrefois, même avant qu’il se trouve ici aucun village, une chapelle dédiée en mon nom. Il y a 924 ans et six mois qu’elle a été ruinée. Je désire qu’elle soit rebâtie au plus tôt et qu’on en prenne soin. Dieu veut que j’y sois honorée.»

Cela dit, sainte Anne disparut, laissant Nicolazic seul. Mais ces paroles l’avaient éclairé et mettaient fin a ses perplexités. Le cœur dilaté par la joie et l’amour, il s’endormit tranquille.

Sainte Anne rapportait donc elle-même un fait historique précis: une chapelle sous son vocable avait existé là: le culte de sainte Anne était donc répandu dans la Bretagne dès ce temps-là. La chapelle était tombée en ruines 924 ans et six mois avant le 26 juillet 1624, c’est-à-dire en janvier 700, donc 92 ans avant la découverte des restes mortels de sainte Anne par Charle­magne dans le souterrain d’Apt qui la cachait depuis les temps apostoliques.

Sainte Anne avait bonne mémoire. Elle avait aimé les prières des Bretons s’assemblant pour l’honorer en ce lieu de Ker-Anna, il y avait de cela plus de neuf siècles. Elle dut bien annoncer à ses dévots d’autrefois, rendus au Ciel, qu’elle allait faire revivre ce culte avec plus de splendeur encore que dans le passé, parce que tel était son désir et telle était la volonté de Dieu: elle l’a dit à Nicolazic à l’heure des Matines de la Sainte-Anne 1624.

Le lundi 3 mars, 1625, sainte Anne apparut avec plus de solennité que d’habitude à Nicolazic au champ du Bocenno, non seulement dans la clarté lumineuse des fois précédentes, mais accompagnée de chants merveilleux sem­blant provenir d’un chœur céleste invi­sible. Sainte Anne insista sur l’accom­plissement de ses demandes, disant que le temps des délais était définitivement terminé. Nicolazic alors s’enhardit à lui suggérer avec simplicité et respect: «Faites donc quelque miracle, ma Bonne Patronne, afin que tout le monde reconnaisse votre volonté.»

À quoi sainte Anne répondit: «Va, confie-toi en Dieu et en moi: des miracles, tu en verras bientôt en abondance, et le plus grand de tous sera l’affluence du monde qui viendra m’honorer en ce lieu.»

La découverte miraculeuse

Le 7 mars allait être un jour décisif. La veille, Le Roux, en se levant avait trouvé 12 quarts d’écus sur la table de sa chambre. Ce ne pouvait être qu’un premier don miraculeux en vue de la chapelle demandée par sainte Anne. Nicolazic les avait noués dans son mouchoir et, avec Lézulit, était allé au presbytère pour les montrer au recteur. C’est le vicaire qui avait répondu et ne voulait rien changer à sa manière de voir. C’était vraiment désappointant.
Mais le soir du 7 mars, vers onze heures, sainte Anne apparut a Nicolazic qui, couché mais ne dormant pas, disait son chapelet. Elle lui dit:

«Yves Nicolazic, appelle tes voisins, comme on te l’a conseillé. Amène-les avec toi au lieu où le flambeau vous conduira. Tu y trouveras la statue qui te mettra à couvert du monde, lequel connaîtra enfin la vérité de ce que je t’ai promis.»

Nicolazic se lave, s’habille preste­ment, court chercher des voisins, entre autres, Jean Le Roux, qui se munit d’une bonne pioche. Le groupe suit alors le flambeau qui les conduit au Bocenno. Là, le cierge s’élève à trois reprises, puis disparaît dans la terre. Nicolazic marque du pied la place où le cierge s’est enfoncé. Jean Le Roux creuse. Il heurte vite une pièce de bois. On dégage du sol une statue. Au matin, après l’avoir nettoyée, on y voit encore des traces de peinture. C’est une statue de sainte Anne en bois dur, endommagée par son séjour de plusieurs siècles dans la terre.

Voilà le signe indubitable de la vérité des apparitions de sainte Anne à Nicolazic et de sa demande d’une chapelle. Devant la bonne foi sans faille du voyant, et devant l’affluence toujours croissante des pèlerins, l’évêque de Vannes, Mgr de Romadec, accorde enfin la permission de construire la chapelle, et la première pierre est bénite le jour même de la fête de sainte Anne, le 26 juillet 1625, avec une première messe célébrée sur les lieux, devant une foule immense, par le recteur Dom Renoué.

Les travaux

C’est le paysan sans scolarité, Yves Nicolazic, qui anima les travaux de construction, se faisant entrepreneur, trésorier, même quêteur sur la route quand les aumônes des pèlerins étaient insuffisantes; organisant des charrois de pierres et d’autres matériaux fournis par les habitants qu’il y intéressait dans un rayon de 10 a 12 milles (3 a 4 lieues à la ronde); ayant l’œil à tout; discutant des prix quand il fallait payer; intro­duisant des modifications dans les plans de l’architecte quand il ne les trouvait pas assez grandioses; soldant les fac­tures, sans que jamais les contrôleurs de l’Évêché décèlent une seule erreur dans la gestion.

Des files interminables de charrettes de transport se suivaient sur les routes menant à Ker-Anna; des bras de partout , passaient sur les chantiers des travaux; mais il n’y eut ni confusion ni accidents, et les volontaires s’en retour­naient toujours chez eux heureux d’avoir fait leur corvée d’amour.
Mais ce sont les Carmes, arrives en 1628, qui organisèrent les pèlerinages, et en beauté. Comme sainte Anne l’avait annoncé à Nicolazic, les pèlerins vinrent de toute la Bretagne, et même de plus loin, en nombre croissant. Les constructions prirent du développement, et le modeste Ker-Anna de jadis devint pour tous Ste-Anne d’Auray, ou même plus simplement Ste-Anne.

Dernières années de Nicolazic

Tombe d'Yves Nicolazic
Tombe d’Yves Nicolazic dans la basilique d’Auray

Lorsqu’il jugea avoir accompli la mission que lui avait confiée sainte Anne, Yves Nicolazic voulut rentrer dans l’obscurité et se soustraire à l’admiration que lui témoignaient les pèlerins. Tous, en effet, cherchaient à l’approcher, à entendre de sa bouche le récit des apparitions de sainte Anne, à se recommander a ses prières. Il quitta alors Ker-Anna et se retira sur une terre qu’il possédait à Plumeret, pour y reprendre sa vie de simple cultivateur, avec sa famille qui comptait maintenant deux fils. Il eut jusqu’à sa mort la consolation d’une apparition annuelle de sa Bonne Patronne, aux approches du 26 juillet.

Nicolazic avait toujours exprime le désir d’être inhumé au lieu même où la statue avait été retirée du champ Bocenno. Lorsqu’il tomba malade, les Carmes gardiens du sanctuaire le firent transporter à leur couvent. C’est dans une chambre de ce Couvent qu’il mourut. Quelques minutes avant son agonie, son visage s’irradia de joie et il tenait ses yeux fixes sur quelque chose d’invisible pour les personnes présentes. Son confesseur lui demanda ce qu’il regardait ainsi. Il répondit d’une voix claire: «Je vois la sainte Vierge et sainte Anne, ma bonne patronne.» C’était le 13 mai 1645. Le serviteur de sainte Anne fut inhumé, selon son désir, sous la crypte de la basilique élevée sur le champ du Bocenno.

La figure d’Yves Nicolazic s’est effacée dans l’ombre de celle de sainte Anne dont le culte grandissait sans cesse. Mais il reste inséparable de l’origine de cette splendeur. Et, il y a quelques années, des démarches ont été faites et agréées à Rome en vue d’une possible future béatification. L’auteur que nous dévalisons, l’abbé J. Corniquel, remarque à ce sujet: «Nous attendons avec ferveur et sérénité ce que l’Église décidera à ce sujet, mais avec un très grand espoir aussi. Le jour ou il sera canonisé, en Bretagne, en France, dans le monde, les paysans et les pères de familles seront à l’honneur.»

Procession du
Cérémonie du "Grand pardon" au sanctuaire de Sainte-Anne d'Auray le 26 juillet

Pèlerinages, messes, processions, dévotions en groupes et privément ont continué sans interruption depuis près de trois siècles et demi au coin de terre bretonne élu par sainte Anne. Et la bonne grand-mère de Jésus n’a cessé d’y dispenser ses faveurs en surabondance. La chapelle vit ses murs se couvrir d’exvotos. Et que d’autres remerciements silencieux se sont élevés là vers la grande bienfaitrice.

Après les années de la grande révolution française, il ne restait guère sur les lieux que des ruines, des débris de statues. L’antique statue de bois, miraculeusement retrouvée dans la terre du Bocenno, avait elle-même été livrée aux flammes.

Mais la ferveur et l’amour des Bretons pour leur grande patronne étaient demeu­rées vives, et le domaine de sainte Anne fut vite relevé des déprédations des sans-Dieu, avec plus de splendeur encore qu’auparavant. En 1825, une nouvelle statue prit la place de la vénérée statue incendiée par les révolutionnaires. Dans le socle de cette nouvelle statue, on avait cependant enchâssé un fragment de la statue miraculeuse que le feu n’avait pas totalement consumé.

Restauration et jours de gloire

Basilique actuelle de Sainte-Anne D'AurayLes Carmes, expulsés par la Révolution, ne revinrent pas à leur couvent de Sainte-Anne; mais l’Évêque de Vannes avant établi là un petit séminaire, le sanctuaire eut des prêtres du personnel enseignant et une belle chorale de séminaristes pour les offices liturgiques.

L’historique du sanctuaire restauré s’honore de dates particulièrement solennelles. Entre autres, 1868, quand une belle basilique, grande comme une cathédrale, prit la place de l’ancienne chapelle trop petite, et que la statue de sainte Anne reçut les honneurs du couronnement.

Pas un seul Breton bien né, s’il en a la possibilité, ne voudra passer sa vie sans aller au moins une fois en pèlerinage à Sainte-Anne d’Auray. Comme l’a écrit Brizeux, poète breton du 19e siècle, né à 16 milles (25 km) du domaine de sainte Anne:

C’est notre mère à tous; mort ou vivant, dit-on,
À Sainte-Anne d’Auray doit aller tout Breton.

De Bretagne au Canada

Venons-en maintenant à l’autre grand lieu où sainte Anne attire les foules et multiplie ses libéralités: celui de la province canadienne de Québec dont l’origine suivit de près celui de la Bretagne: Sainte-Anne de Beaupré.

Quelque 30 ans après la pose de la première pierre au sanctuaire breton d’Auray, il y eut au Canada (alors appelé Nouvelle-France), sur la rive nord du St-Laurent, une chapelle dédiée a sainte Anne, où les faveurs obtenues de la sainte déclenchèrent dès le début ce qui allait devenir une «marée de pèlerins», pour employer l’expression du Père Eugène Lefebvre, Rédemptoriste, dans sa brochure Terre de miracles.

Exvoto de Sainte-Anne de BeaupréBeaupré et Auray seraient même, en quelque sorte, deux maillons de la même chaîne, entre lesquels, par la bonté et la puissance de sainte Anne, l’Atlantique a servi de joint plutôt que de séparation. En effet, a défaut de document écrit, il y a la tradition, bien fiable dans un pays encore jeune. On lit dans la brochure du Père Lefebvre:

«Selon la tradition, quelques marins bretons atterrirent à Beaupré, après avoir été sauvés miraculeusement du naufrage par la bonne sainte Anne. Au cours de la tempête, ils avaient fait vœu de construire une chapelle là où ils toucheraient le sol. Ils se hâtèrent donc de réaliser leur promesse. Ce fut le premier sanctuaire élevé à Beaupré en l’honneur de sainte Anne.»

Dans leur détresse, ces Bretons avaient invoqué leur sainte Anne d’Au­ray. Exaucés, ils plantèrent en terre française d’Amérique une sainte Anne de Beaupré, qui allait faire de ce lieu béni une «terre de miracles».

Première église paroissiale

Ceci se passait avant 1658. La petite chapelle du vœu n’était sans doute qu’un modeste oratoire pour dévotion privée, non pas une église paroissiale.
C’est en 1658 que les familles établies à cet endroit de la côte de Beaupré, qu’on appelait alors le Petit Cap, firent les démarches voulues pour se donner une église paroissiale et obtenir un prêtre résident. Jusque-là ils dépendaient du curé de Château-Richer. Un acte notarié du 8 mars 1658 fait don, par Étienne Lessard, d’un terrain pour fins du culte. Les travaux commencent dès le 13 de ce même mois et vont rondement.

Cette première église paroissiale, érigée trop près du rivage, à cause des hautes marées du printemps, dut être reportée un peu plus loin. Elle fut dédiée à sainte Anne et ouverte au culte en 1662.

La statue miraculeuse, au pied de laquelle des centaines de mille pèlerins sont venus prier, fut vraisemblablement apportée à l’église Ste-Anne par le Bienheureux François de Laval, premier évêque de Québec (et du Canada), lors de sa visite à cette église en février 1662. Il était arrivé à Québec en 1659.
Lors d’une autre visite, le 12 mars 1670, le même saint évêque fit don au sanctuaire d’une première relique de sainte Anne, un fragment d’un doigt de la sainte, tiré de la grande relique d’Apt. Nous avons dit plus haut comment une relique beaucoup plus grosse, prise d’un bras de sainte Anne, fut obtenue par le Cardinal Taschereau et remise par lui au même sanctuaire, le 26 juillet 1892.

Miracles: guérisons et conversions

Guérison de Louis Guimont
La guérison de Louis Guimont, telle que représentée au Musée du sanctuaire de Sainte-Anne de Beaupré.

Mais la bonne sainte Anne n’attendit pas ces reliques pour déverser ses faveurs dans son sanctuaire canadien de Sainte-Anne de Beaupré. Des 1662, les guérisons, conversions et autres faveurs y pleuvaient. Déjà, lors des fondations de l’église, la sainte avait guéri instantanément un perclus, Louis Guimont, lorsque, de peine et de misère, il parvint à y déposer trois petites pierres. Mais c’est surtout à partir de l’installation de la statue “miraculeuse” en février 1662 que les miracles se succédèrent en litanie. Et c’est justement pour cela que la statue a été appelée miraculeuse.

Déjà, dans une lettre datée du 30 septembre 1665, la Bienheureuse Marie de l’Incarnation, fondatrice du Couvent des Ursulines de Québec, écrivait:

«A sept lieues d’ici, il y a un bourg appelé le Petit Cap, où il y a une église de sainte Anne, dans laquelle. Notre-Seigneur fait de grandes merveilles en faveur de cette sainte mère de la très sainte Vierge. On y voit marcher des paralytiques, les aveugles recevoir la vue, et les malades de quelque maladie que ce soit reçoivent la santé.»

Avant même la construction du premier sanctuaire, sainte Anne, nous l’ayons vu, s’était montrée secours des matelots. Elle a plusieurs fois répété ce service. Des 1662, trois voyageurs canadiens, M. de la Martinière, Pierre le Gascon et un nomme Léguille, allaient périr dans une tempête au Cap Tour­mente: leur barque chavira. Ils firent alors un vœu a sainte Anne. Accrochés à une faible épave, ils luttèrent pendant 24 heures contre les flots en furie. Le lendemain matin, ils se trouvèrent a demi-morts sur le rivage, près d’une maison.

Ce fait eut beaucoup de retentissement dans toute la colonie, et même au delà. On cite une quinzaine d’autres sauvetages attribués à la bonne sainte Anne. La sainte fut toujours très invoquée par les marins. Le célèbre Le Moyne d’Iberville, dont les exploits au service du Canada s’étendirent de la Louisiane a Terre-Neuve et à la Baie d’Hudson, avait une grande dévotion à la bonne sainte Anne; deux exvotos de lui sont au sanctuaire. Quand les bateaux utilisaient le chenal nord, entre l’Ile d’Orléans et la rive de Beaupré, ils saluaient du canon en passant.

En 1667, l’abbé Morel, en charge du sanctuaire, publiait déjà un recueil de miracles de la bonne sainte Anne. Il notait aussi le fait des nombreuses conversions dont il avait été témoin, ajoutant que «ces faveurs se passant entre Dieu et l’âme, au secret du cœur, elles ne se connaîtront bien que dans l’éternité».

Les pétitions à la bonne sainte Anne ont continué au cours des trois siècles écoulés. Évidemment chaque demande n’obtient pas un prodige. Comme l’écrivait le Cardinal Maurice Roy, archevêque de Québec: «Beaucoup sont venus implorer leur guérison au pied de la statue miraculeuse. Plusieurs ont été exauces. La plupart sont repartis avec leurs maladies et infirmités. Mais souvent, ces derniers ont été les grands privilégies de sainte Anne, car c’est dans les âmes que Dieu fait ses plus grands miracles.»

Pèlerinages

La basilique Sainte-Anne de Beaupré
La basilique actuelle de Sainte-Anne de Beaupré, à 30 minutes de route à l’est de la ville de Québec. Elle peut accueillir 2000 personnes assises.

Les pèlerinages, individuels ou de familles, ont commence dès 1658. On a vu s’organiser des pèlerinages en groupes à partir de 1663. De plus en plus gros et de plus en plus nombreux. Le flot continue, amenant des pèlerins de toute l’Amérique.

Un rapport couvrant les trois siècles de 1660 à 1960, estimait à 25 millions le nombre d’hommes et de femmes venus de tous les points du monde vers le petit village de Sainte-Anne de Beaupré. À elle seule l’année du troisième centenaire, 1958, amena plus de deux millions de pèlerins à Ste-Anne de Beaupré.

Le culte de sainte Anne s’est étendu au Canada et dans tout le continent. On y trouve bien d’autres sanctuaires et églises sous le vocable de sainte Anne. Mais le sanctuaire de la côte de Beaupré reste le grand centre d’attraction. Les 700 000 Canadiens français émigrés aux États-Unis au tours du 19e siècle ont porté son renom dans la grande république. Et, comme on l’a dit plus haut, en 1892, logs du passage a New-York de la relique apportée de Rome pour Beaupré, 250 000 Américains vinrent la vénérer en trois semaines. Un flot continu, à tel point qu’il fallut tenir constamment dix policiers en faction pour guider la circulation a l’entrée et à l’intérieur de l’église où elle était exposée. Tous ces dévots de Notre-Dame portèrent le nom de Sainte-Anne de Beaupré dans leurs régions respectives.

Sanctuaires successifs

L'intérieur de la basiliqueDans tout lieu de pèlerinage, un accroissement dans la fréquence des pèlerinages et le nombre des participants réclame des agrandissements des sanctuaires.

À Sainte-Anne de Beaupré, des 1676, le sanctuaire de 1661 était devenu trop petit et menaçait d’ailleurs de tomber en ruines. Sous l’impulsion de Mgr de Laval, on entreprit de le remplacer par une église plus spacieuse et en pierre. Cette nouvelle église mesurait 80 pieds de longueur par 28 pieds de largeur, ce qu’on jugeait grand, comparé à la précédente.

Restaurée une première fois en 1686, elle devenait à son tour trop petite et, en 1694, on l’agrandit de 20 pieds. Un siècle plus tard, en 1784, on la rebâtit presque en entier, et elle put servir au culte presque un autre siècle, jusqu’en 1876.

Mais des 1872, devant le vieillissement de cette église, on décida de bâtir une vraie basilique, qui fut terminée et livrée au culte en octobre 1876. Mais les afflux de pèlerins continuaient de grossir, et dès 1882, il fallut l’élargir en y ajoutant des bas-côtés; une deuxième fois en 1886, en l’allongeant de 40 pieds. On surmonta alors la façade de deux tours, avec entre elles une imposante statue de sainte Anne.

Le 29 mars 1922, les fidèles dévots de sainte Anne de tout le pays furent plongés dans la tristesse en apprenant la destruction de fond en comble de la basilique, du monastère et du juvénat des Rédemptoristes. Seule demeurait en place, comme un signe d’espérance après le sinistre, la statue dominant la façade du sanctuaire.

La basilique a été reconstruite, de grandes dimensions: 325 pieds de lon­gueur par 200 de largeur et 300 pieds de hauteur jusqu’à la croix. L’intérieur: 5 nefs, 20 chapelles rayonnantes, 24 confessionnaux. Les sculptures, dans l’intérieur et le vestibule, sont l’œuvre d’artistes canadiens. Les verrières viennent de Paris.

Tant que la foi et la piété demeureront au Canada, son sanctuaire de Beaupré traversera toute vicissitude qui puisse l’éprouver, qu’elle vienne des hommes ou des éléments.

Relique du bras de sainte Anne
Au sanctuaire de Sainte-Anne-de-Beaupré, un grand reliquaire contient la relique insigne d'une partie de l'avant-bras de sainte Anne, qui fut donnée au Sanctuaire par le Pape Jean XXIII en 1960.

Gardiens du sanctuaire

En 1877, il était venu 40 000 pèlerins au sanctuaire de Beaupré. Les trois prêtres séculiers desservant la paroisse ne pouvaient vraiment plus suffire à la besogne. Sur leurs instances, l’archevêque de Québec, Mgr Taschereau, décida de confier l’œuvre à une communauté religieuse. Il fit appel au Général des Rédemptoristes, qui s’empressa d’accepter l’invitation. Et depuis 1878, ce sont des Rédemptoristes qui gardent le sanctuaire et s’occupent à la fois de la paroisse et des pèlerins.

Deux ans auparavant, le 7 mai 1876, à la requête de Mgr Taschereau, le Pape Pie IX avait proclamé sainte Anne, patronne de la province ecclésiastique et civile de Québec.

En fait de patrons: Saint Joseph est le premier patron du Canada tout entier; sainte Anne est patronne de la Province de Québec, dont la population est très majoritairement catholique et de nationalité française; saint Jean-Baptiste est patron des Canadiens-Français, où qu’ils se trouvent.

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