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« Cette pandémie a-t-elle un sens ? »

le vendredi, 01 mai 2020. Dans Corona Virus

Les lecteurs réguliers de Vers Demain connaissent maintenant le Père Henri Boulad – jésuite égyptien (photo de droite), auteur d’une trentaine de livres publiés en 15 langues, et qui donne des conférences partout dans le monde – puisqu’il a participé à notre session d’étude à Rougemont en septembre 2019, et en a fait d’excellents commentaires (voir Vers Demain d’octobre-novembre-décembre 2019). On peut retrouver son homélie de chaque dimanche sur le site internet youtube.com/HenriBouladOnline. Voici la retranscription de son homélie du dimanche de Pâques, 12 avril 2020, qui porte justement sur le sujet dont parle tout le monde de ce temps-ci, la pandémie du coronavirus :

Mes chers amis, beaucoup d'entre vous attendent de moi un commentaire sur ce qui se passe actuellement avec le coronavirus. Ils s'étonnent de mon silence sur un tel sujet qui est dans toutes les têtes, tous les cœurs, sur toutes les lèvres et dans tous les postes de télévision, etc. J’attendais.

J’attendais pourquoi ? J’attendais parce que je ne voyais pas clair, mais je me dis : « Mais enfin, est-ce que derrière cette épidémie, cette pandémie, y a-t-il quelque chose – pas sur le plan politique, une quelconque manipulation, non – mais sur le plan du sens : cette pandémie a-t-elle un sens ? »

Il est clair que chacun de vous s'interroge : « Qu'est-ce que cela signifie ? » Car cela signifie quelque chose ! Vous allez me dire : « Il ne faut pas chercher de midi à 14 heures. » Non. Une telle catastrophe qui, pour la première fois dans l'histoire, a envahi le monde entier, doit avoir un sens.

Vous allez me dire : « Ah, vous allez introduire Dieu dans l'histoire : Dieu se venge, Dieu est en colère, Dieu nous punit… »

Oui, j'introduis Dieu, car Dieu n'est pas extérieur à ça, Il vit avec nous cette tragédie, et s'Il la laisse venir, s'Il l'a laissée venir, c'est peut-être pour nous transmettre un message.

Un signe des temps

Le Concile Vatican II nous invite à lire les signes des temps : y a-t-il un signe plus éclatant que cette épidémie ? Non. Alors qu'est-ce qu'elle dit si nous la lisons, qu'est-ce que cela nous dit ?

Je ne veux pas apporter de réponse définitive car je n'en ai pas, mais je cherche et je vous invite tous à réfléchir et à chercher : « Seigneur, veux-tu nous dire quelque chose à travers ce qui se passe ; quel est ton message ? »

J'écarte la colère, j'écarte le châtiment, alors c'est quoi ? Eh bien, c'est pour nous réveiller : un peu comme quelqu'un qui conduit une voiture et qui, lentement, s'endort et commence à faire fausse route, il va se casser la figure. Alors son voisin, qui est assis à côté, voit la chose et lui donne un coup en pleine poitrine en lui disant : « Réveille-toi ! »

Cette pandémie devrait nous réveiller d'un sommeil, de l'inconscience dans laquelle nous sommes plongés et il fallait un grand coup pour nous dire : « Stop ! Où vas-tu ? Où cours-tu ? Que fais-tu ? Que veux-tu ? »

Je vois, par la fenêtre, des voitures défiler à toute vitesse sur la grande autoroute qui est en face de nous. Ça court ! Dans un sens puis dans l'autre, et ça court ! Tout le monde court, toutes les voitures courent, mais arrête-toi ! Stop ! Nous courons comme des toupies, et finalement, nous ne voyons pas. On se demande finalement si nous savons ce que nous voulons et où nous allons.

Un coup d’arrêt

Alors, cette pandémie est un coup d'arrêt, un coup de frein : arrête. Interdit de sortir, interdit de se rencontrer, interdit de circuler interdit, interdit, etc. Ce que le bon sens et la raison auraient pu me suggérer, les circonstances s'en chargent. Et alors, à ce moment-là, ce qui se dissimulait, ce qui se cachait, ce qui était inconscient, apparaît à la surface.

L'inessentiel disparaît. On se dit, à ce moment-là : « Au fond, je peux être demain atteint de ce virus. » Chaque jour, j'entends que des milliers de personnes y succombent ; alors, ça pourrait être mon tour.

Retrouver l’essentiel

Alors ce coup d'arrêt, c'est une invitation à mon avis à réfléchir : où est l'essentiel où est l'important, où allons-nous, pourquoi courons-nous ? Un peu comme un verre plein de scories : tant que vous l'agitez, le liquide dans ce verre est opaque ; laissez-le tranquille, laissez ces scories déposer au fond et vous verrez que le liquide est transparent et vous pourrez comprendre.

Notre âme est comme ça, notre monde est comme ça : il faut arrêter. Puissions-nous comprendre que ce que nous faisons maintenant, par la force des circonstances, nous devrions nous l'imposer chaque jour : chaque jour prendre un temps de recul, de repos, de contemplation, de méditation, de réflexion au-delà de tout l'inessentiel qui nous accapare. Nous obliger chaque jour à un temps où nous allons vers l'important.

Que ce temps d'arrêt, ce temps de repos forcé, nous puissions l'assumer, et nous demander : « Seigneur, aide-moi à voir clair, aide-moi à profiter de cette occasion unique qui m'est offerte pour réfléchir et retrouver l'essentiel.

Père Henri Boulad, sj

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