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Résoudre le problème de la faim par le Crédit Social

Écrit par Yves Jacques le samedi, 01 mars 2014. Publié dans Crédit Social

L’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), dont le siège social est à Rome, a rapporté, le 11 septembre 2013, qu’un tiers de tous les aliments produits dans le monde est gaspillé, pour une valeur de 750 milliards de dollars par année. Ironie du sort, ce rapport insistait surtout sur le problème de pollution créé par cette nourriture jetée: les déchets alimentaires nuisent à l’environnement en provoquant des émissions de carbone inutiles. Le rapport déplorait également le fait que 30% des terres agricoles ainsi que de vastes quantités d’eau ont été gaspillés en raison de ce problème. Étrangement, ce même rapport a fait très peu mention du problème des personnes souffrant de la faim dans le monde.

Selon certaines statistiques, il faudrait seulement une petite fraction des 750 milliards de dollars en nourriture gaspillée pour nourrir les 870 millions de personnes qui souffrent de la faim chaque jour dans le monde entier. Pourquoi, alors, n’y a-t-il pas de tollé général exigeant une juste distribution de plus de 1,3 milliard de tonnes de nourriture gaspillées chaque année?

Ce paradoxe du manque de nourriture, d’une part, et le grave gaspillage de la nourriture, de l’autre, illustre le véritable problème: le manque d’argent (pouvoir d’achat) dans les mains de ceux qui ont faim! On confond les moyens avec la fin. On a oublié le vrai but de l’économie, qui est de satisfaire les besoins de la population! Le pape Pie XII déclarait, dans son radio-message du 1er Juin 1941: «Les biens créés par Dieu l’ont été pour tous les hommes, et doivent être à la disposition de tous, selon les principes de la justice et de la charité». Par conséquent , le véritable problème auquel nous sommes confrontés est celui de la distribution.

Comme Louis Even l’a écrit: «Joindre les biens aux besoins — voilà le but, la fin de la vie économique. Si elle fait cela, la vie économique atteint sa fin. Si elle ne le fait pas ou le fait mal et incomplètement, la vie économique manque sa fin ou ne l’atteint que très imparfaitement... En termes crus, on pourrait donc dire que l’économique est bonne, qu’elle atteint sa fin, lorsqu’elle est assez bien ordonnée pour que la nourriture entre dans l’estomac qui a faim; pour que les vêtements couvrent les épaules qui ont froid; pour que les chaussures viennent sur les pieds qui sont nus; etc.»
Le but de l’économie n’est pas seulement de produire des biens, mais de s’assurer que ces biens sont utiles et répondent à des besoins. Et pour que ces biens ne restent pas sur les tablettes, mais soient consommés par ceux qui en ont besoin, les gens ont besoin d’argent pour acheter ces biens.

Le principe de subsidiarité et le dividende

Dans sa première lettre encyclique Deus Caritas Est (Dieu est Amour), le Pape Benoît XVI a écrit: «Dans la famille de Dieu, personne ne doit souffrir par manque du nécessaire... Le but d’un ordre social juste consiste à garantir à chacun, dans le respect du principe de subsidiarité, sa part du bien commun». C’est pourquoi il est nécessaire de changer le système économique actuel.

Quand Notre-Seigneur a accompli le miracle de la multiplication des pains et des poissons, il nous montrait qu’Il est celui qui donne tout. Il crée ce que nous produisons et nous dit de le distribuer. «Donnez-leur vous-mêmes à manger» (Marc 6, 37).  Le Pape François déclarait, lors d’une audience sur la place Saint-Pierre le 5 juin 2013: «Le système continue comme avant, parce que ce qui prime, parce que ce qui domine, ce sont les dynamiques d’une économie et d’une finance sans éthique. Ce qui commande aujourd’hui, ce n’est pas l’homme, c’est l’argent, l’argent, le gain commande. Et Dieu notre Père a donné le devoir de garder la terre non pas à l’argent, mais à nous: aux hommes et aux femmes. Nous avons ce devoir!»

C’est précisément l’objectif d’une économie de crédit social: que l’argent devienne un instrument dans les mains des citoyens qui leur permettra d’obtenir les biens nécessaires.

Saint Louis IX, roi de France, disait: «Le premier devoir d’un roi est de frapper l’argent lorsqu’il en manque pour la bonne vie économique de ses sujets». Comment cela peut-il être fait? Louis Even a cette solution: «L’argent doit donc être mis au monde à mesure que le rythme de la production et les besoins de la distribution l’exigent. Mais à qui appartient cet argent neuf en venant au monde? — Cet argent appartient aux citoyens eux-mêmes. Pas au gouvernement, qui n’est pas le propriétaire du pays, mais seulement le gardien du bien commun. Pas non plus aux comptables de l’organisme monétaire national: comme les juges, ils remplissent une fonction sociale et sont payés statutairement par la société pour leurs services.»

«De l’argent nouveau doit être créé, puis distribué, par un dividende national à chaque citoyen, de la conception jusqu’à la mort naturelle, pour qu’il puisse acheter les produits qui existent et satisfaire ses besoins essentiels. Chaque homme, femme et enfant, indépendamment de l’âge, recevrait son héritage provenant du progrès et des richesses naturelles. Ce ne serait pas un paiement pour un travail accompli, mais plutôt un dividende à chaque personne, représentant sa part dans un capital commun. Tout comme existe la propriété privée, il existe aussi des biens communautaires, que tous possèdent au même titre. L’argent doit servir, et non mener».

Un problème qui se pose dans notre économie aujourd’hui, c’est que les producteurs et les détaillants perdent souvent de l’argent lorsque les prix sont trop bas. Les producteurs préfèrent que la production soit gaspillée, ou même détruite, plutôt que de vendre leurs produits à perte.

La solution proposée dans une économie du Crédit social serait plutôt de donner un rabais au consommateur, puis de compenser le détaillant. C’est ce qu’on appelle l’escompte compensé, qui serait fait par un Office national du crédit. Ce serait une véritable démocratie économique, puisque le consommateur aurait alors assez d’argent pour voter pour les marchandises dont il a besoin, ce qui permet en même temps de favoriser les petites entreprises, les exploitations agricoles familiales et les artisans locaux.

Oui, ce gaspillage de la nourriture de la planète doit cesser, mais pas au détriment des pauvres! Comme nous l’avons vu dans le miracle des pains et des poissons, Notre-Seigneur nous a montré que les ressources de la terre sont un don de Dieu. Ce don doit être apprécié et respecté, pas gaspillé! Notre-Seigneur Lui-même, après avoir dit aux apôtres de distribuer, leur a demandé de ramasser les restes: «Et l’on ramassa les morceaux de pain qui restaient, de quoi remplir douze paniers, ainsi que les restes des poissons» (Marc 6, 43). La nourriture qui n’avait pas été consommée n’avait pas non plus été gaspillée! Elle devait avoir été recueillie afin de nourrir les autres, ceux qui n’ont pas eu la chance d’être là, sur cette colline cet après-midi là. «Lorsque l’on jette de la nourriture, c’est comme si l’on volait la nourriture à la table du pauvre, à celui qui a faim!» déclarait le Pape François le 5 juin 2013.

Pour plus de renseignements, veuillez lire les chapitres 5 et 6 dans le livre d’Alain Pilote, La démocratie économique expliquée en 10 leçons.

La faim ne peut jamais être considérée comme un fait normal

Voici des extraits du message du Pape François pour la Journée mondiale de l’alimentation, le 16 octobre 2013, adressé à M. José Graziano da Silva, directeur général de la FAO (Food and Agriculture Organization):

C’est un scandale que la faim et la malnutrition soient encore présentes dans le monde! Il ne s’agit pas seulement de répondre aux urgences immédiates, mais d’affronter ensemble, à tous les niveaux, un problème qui interpelle notre conscience personnelle et sociale, pour parvenir à une solution juste et durable. Que personne ne soit contraint d’abandonner sa terre et son milieu culturel par manque de moyens essentiels de subsistance! (...) La faim et la dénutrition ne peuvent jamais être considérées comme un fait normal auquel on s’habitue, comme si cela faisait partie du système. Quelque chose doit changer en nous-mêmes, dans notre mentalité, dans nos sociétés. Que pouvons-nous faire? Je pense qu’un pas important est de renverser avec fermeté les barrières de l’individualisme, de la fermeture sur soi, de l’esclavage du profit à tout prix et cela non seulement dans les dynamiques des relations humaines, mais aussi dans les dynamiques économico-financières mondiales. (...)

Le thème choisi par la FAO pour la célébration de cette année porte sur «Des systèmes alimentaires durables au service de la sécurité alimentaire et de la nutrition». Il me semble y lire une invitation à repenser et rénover nos systèmes alimentaires, dans une perspective solidaire, en dépassant la logique de l’exploitation sauvage de la création et en orientant mieux notre engagement à cultiver et protéger l’environnement et ses ressources pour garantir la sécurité alimentaire et pour nous diriger vers une nutrition suffisante et saine pour tous. Cela entraîne une interrogation sérieuse sur la nécessité de modifier concrètement nos styles de vie, y compris alimentaires, qui, dans de si nombreuses régions de la planète, sont marqués par le consumérisme, le gâchis et le gaspillage de nourriture. Les chiffres fournis à ce sujet par la FAO indiquent qu’environ un tiers de la production alimentaire mondiale est indisponible à cause de pertes et de gaspillages toujours plus vastes. Il suffirait de les éliminer pour réduire de manière drastique le nombre de personnes souffrant de la faim. Nos parents nous apprenaient la valeur de ce que nous recevons et de ce que nous avons, considéré comme un précieux don de Dieu.

Mais le gaspillage de nourriture n’est qu’un fruit parmi d’autres de cette « culture du rebut » qui conduit souvent à sacrifier des hommes et des femmes aux idoles du profit et de la consommation; un triste signal de cette « mondialisation de l’indifférence », qui nous fait lentement nous « habituer » à la souffrance de l’autre, comme si elle était normale.
                                              Le Pape François

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