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Progrès oblige

Par Louis Even le mercredi, 01 mai 1940. Dans Crédit Social

Vous connaissez l’œuvre des prêtres indigènes d’Afrique. Si vous fournissez $50.00 par année, vous permettez à un noir de faire son grand séminaire et de devenir prêtre.

Ce n’est là qu’une des nombreuses œuvres apostoliques qui font appel à notre aide financière. Lisez le bulletin des Pères Blancs, "Missions d’Afrique", ou n’importe quelles autres annales missionnaires, et dites-nous si, en conclusion d’à peu près tous les articles, ce ne sont pas surtout des aumônes qu’on nous demande.

Le dévouement des Pères, des Frères, des Sœurs, des catéchistes ne fait pas défaut ; mais les ressources financières, excessivement minces, limitent désespérément les réalisations.

L’avance du royaume de Dieu est bloquée par le manque d’argent.

* * *

Et qu’est-ce, en somme ; qu’on nous demande ? Qu’est-ce que 50 dollars canadiens, sinon le droit à 50 dollars de production canadienne ?

Cela ne veut pas dire que le missionnaire achètera 50 dollars de production canadienne. Non, il va se pourvoir là-bas. Mais, par le jeu du commerce international, c’est ou 50 dollars de production canadienne, ou 50 dollars d’endettement canadien de quelque sorte, que représente votre donation.

Faire cadeau de PRODUITS canadiens, pour une valeur de 50 dollars par année, quel producteur canadien dira que c’est un gros problème ?

Un cultivateur, par exemple, augmenterait facilement sa production annuelle de quelques minots de pommes de terre, de quelques poches d’oignons, de quelques douzaines de choux, de quelques livres de beurre — si c’était cela qu’il pourrait envoyer aux missions. Il contribuerait avec joie à faire un prêtre africain en cultivant un peu plus, un peu mieux.

Mais ce n’est pas le produit qu’on demande, c’est l’argent, et voilà une tout autre affaire. La difficulté n’est pas de sortir des biens de la terre, ni de manufacturer des produits ouvrés ; la difficulté est de trouver l’argent. C’est même parce que l’argent n’est pas là que la production est partout réduite à la moitié, au tiers, au quart de ce qu’elle pourrait être.

Si l’argent était le reflet de la richesse, si le cultivateur, l’industriel, le professionnel trouvaient à vendre leurs marchandises et leurs services, c’est de bien des fois 50 dollars par année que serait augmenté le revenu annuel de chaque famille, et tout catholique bien né serait content de faire la part de Dieu.

Il arrive, hélas ! que la raréfaction artificielle de l’argent, par ceux qui en contrôlent la naissance et la mort, anéantit, non seulement la part du missionnaire, mais la part des pauvres, de la masse des pauvres de chez nous.

* * *

Tout talent doit rendre. Il nous est confié par le Maître pour le faire fructifier, pour que les moins doués en bénéficient.

Le progrès, la civilisation, comme les autres. Les sociétés civilisées ont une fonction sociale à remplir. Si elles ne s’en acquittent pas, la punition est certaine, et la punition comme la récompense des nations viennent tôt ou tard, mais en ce monde, car leur vie est exclusivement de ce monde.

Trois siècles d’héroïsme, de dévouements et de travaux ont fait du Canada de Champlain un pays riche et civilisé. Nous héritons de cette richesse et de cette civilisation. Ce n’est pas seulement pour nous, mais pour ceux qui, assis dans les ténèbres et à l’ombre de la mort, n’ont pas encore connu les bienfaits du christianisme.

De même que la propriété privée croulera si elle ignore sa fonction sociale — et l’écroulement est déjà commencé — de même aussi notre civilisation, notre culture croulera si elle n’accomplit pas sa fonction sociale.

Avec toute notre production mécanisée, avec toute notre science, avec tous nos progrès matériels et techniques, nous permettons à un banditisme organisé de supprimer les moyens de placer les produits dans nos propres foyers, comme d’en passer les surplus aux pionniers de la civilisation et de la chrétienté qui nous tendent la main.

Cette servilité de notre part ne nous absout pas de faillir à notre rôle. Elle nous marque du sceau de la bêtise et, en multipliant le nombre des miséreux et des mécontents, elle prépare le fléau qui punira nos carences.

Ces missionnaires, prêtres, frères et sœurs, qui donnent leur vie sans compter ; ces multitudes que la Rédemption n’a pas encore arrachée à leur avilissement — les voyez-vous jeter vers nous, d’un air infiniment triste, un regard de reproche qui devrait nous fendre l’âme :

"Nous avons faim, et avec vos montagnes de blé, vous ne trouvez rien pour soulager notre faim. Avec des magasins et des entrepôts si chargés que vous fermez vos manufactures, vous n’avez pas de vêtements pour nous et vous nous laissez les pieds nus. Avec vos médecins qui chôment, avec vos laboratoires bien outillés, avec vos pharmacies surgarnies, vous nous abandonnez sans soins à nos maladies."

Sans doute que chez nous aussi, la faim tenaille des foules, on porte des guenilles et on ne peut se soigner. Mais il ne dépend que de nous de nous affranchir de règlements aussi absurdes que barbares.

* * *

Catholique du Canada, quand nous verrons passer le missionnaire ; quand, dans nos églises, on quêtera pour les missions, ne nous contentons pas de déposer dans le plateau quelques gros sous soustraits à un revenu déjà insuffisant pour notre famille. Faisons un peu de réflexion. Décidons une bonne fois d’être les maîtres chez nous. Exigeons qu’une monnaie abondante corresponde aux produits abondants de notre pays, pour les faire servir aux enfants du pays, tout en réservant des surplus généreux pour les missions où ils feraient tant de bien.

La finance doit servir l’homme. Elle doit nous servir et, par nous, servir les œuvres qui tiennent à nos cœurs de Canadiens et de chrétiens.

VERS DEMAIN 1er mai 1940 page 2, 1940_05_No12_P_002.doc 

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