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Gilberte Côté-Mercier le samedi, 01 novembre 1941. Dans Crédit Social

Résumé de la fable de l’Île des Naufragés

L’article qui suit, écrit par Mme Gilberte Côté-Mercier, est un résumé de la fable de l’Île des Naufragés de Louis Even, qui fait comprendre le système financier actuel de création d’argent sous forme de dettes par les banques privées, alors qu’on devrait avoir un argent « social » créé sans dette par la société :


Ile déserteSupposons une île isolée, inaccessible au reste du monde.

Vivent dans cette île dix hommes.

Nos dix hommes sont de bons travailleurs, et exploitent les richesses de l’île.

Chacun exerce son métier. Pierre cultive la terre. Louis élève des bêtes. Etc...

* * *

Un jour, Pierre, qui est fatigué de se nourrir de légumes, va trouver Louis pour lui demander de bien vouloir lui échanger un veau contre des pommes de terre.

Mais, Louis n’aime pas les pommes de terre, et refuse de passer son veau à Pierre.

Mais, Pierre : « Je t’en prie, Louis, vends-moi donc ce veau-là ! »

« Et qu’est-ce que tu me donneras en retour ? »

« Mais, vingt poches de patates », dit Pierre.

« Ça ne m’intéresse pas, les patates, dit Louis, je n’en mange pas. »

Et Pierre s’en retourne chez lui avec son petit bonheur. Il faut qu’il se résigne à se nourrir de légumes encore un bout de temps. Cependant Louis avait, pour lui, trop de veaux, et aurait bien voulu en échanger quelques-uns, mais pas contre des patates, contre d’autres produits qu’il aime mieux.

Il en est de même à chaque fois que l’un des dix veut faire un échange avec les autres. Ou c’est difficile d’accorder les goûts. Ou ce n’est pas le bon moment. Ou les calculs sont impossibles à faire : souvent il faudrait couper un veau en deux pour ajuster le besoins.

* * *

Voyant les difficultés qu’ils ont à s’entendre, les dix habitants de l’île se réunissent en une petite assemblée pour discuter leur problème.

Ils constatent que l’île leur fournit tout ce qu’ils lui demandent, que ce n’est pas la richesse qui manque, ni le travail, mais autre chose.

Qu’est-ce que cette chose qui manque pour que les échanges se fassent facilement entre les dix hommes ?

Et tout le monde est d’accord pour dire que c’est l’argent qui manque dans l’île.

* * *

Grande découverte ! C’est l’argent qui manque dans l’île.

Comme nos hommes ont du bon sens dans la tête, et qu’ils ne se rassemblent pas pour parlementer et ne rien faire, ils décident, puisque c’est l’argent qui leur manque, de se faire de l’argent.

Nos dix hommes, ils ne font pas comme nos gouvernements qui trouvent que l’argent manque dans le pays, et qui en concluent qu’il faut augmenter les taxes ou faire la guerre.

Nos dix hommes raisonnent ainsi : L’argent manque. Donc, faisons de l’argent.

* * *

« Faisons de l’argent. Faisons-nous de l’argent », disent-ils.

« Nous allons nous faire de l’argent, nous, les hommes de l’île ». Ils ne songent pas un seul instant à aller chercher les esprits d’un autre monde, ni des hommes d’autres pays pour leur faire de l’argent. Ils décident de s’en faire eux-mêmes, pour eux.

« Justement, parmi nous, il y a Jacques, qui fut jadis gérant de banque. Il sait très bien compter. Jacques, fais-nous de l’argent. »

Et Jacques : « Parfait, je vais vous faire de l’argent. Combien vous faut-il d’argent dans l’île, pour que les affaires marchent ? »

« Si nous avions 1000 dollars dans l’île, les échanges se feraient sans accroc. Jacques, fais-nous 1000 dollars. Pour chacun, 100 $, puisque nous sommes dix. »

Et Jacques se met à l’œuvre. Il prend un livre, écrit dans le livre le nom de Pierre, et met au crédit de Pierre la somme de 100 $. Puis, il remet à Pierre son livre de crédit en lui disant : « Voici pour toi 100 $, Pierre. C’est de l’argent de chiffre, l’argent le plus moderne. De l’argent qui ne se perd pas, qui ne se vole pas. Pierre, je te prête 100 $, tu me les rembourseras au bout de l’année, et en plus 7 dollars d’intérêt. »

« Comment, dit Pierre, tu me prêtes 100 $ ? Tu veux que je rembourse 100 $, et avec l’intérêt par-dessus le marché ! Mais tu badines, Jacques, c’est comme si l’argent que tu fais t’appartenait à toi tout seul, puisque tu veux que je te le rembourse. Tu te trompes, Jacques, nous te demandons de nous faire de l’argent pour nous, et non pas de te faire de l’argent pour toi. Oh ! tu recevras ta part de 100 $ comme les autres, mais les 1000 $ ne t’appartiennent pas tout ronds. Si tu nous prêtes à chacun 100 $ avec obligation de te rembourser, c’est comme si les 1000 $ t’appartenaient. »

« Mais, c’est ainsi que ça se fait dans les pays civilisés ! »

« Ah ! c’est ainsi que ça se fait dans les pays civilisés ! C’est sans doute pour cela que la vie est si belle dans les pays civilisés, où l’on meurt de faim dans l’abondance et où l’on se fait la guerre pour régler les échanges. Eh ! bien, cette civilisation-là ne nous intéresse pas, Jacques. Tu vas nous faire de l’argent pour tous, pour chacun. C’est-à-dire que tu vas nous faire pour chacun 100 $ que tu nous donneras tout simplement. »

Et Jacques comprend. Et Jacques donne à chacun son livre de crédit, avec 100 $ inscrits dans la colonne du crédit.

Dans l’île, on appelle ce 100 $ le dividende de l’île. Il est basé sur la production de l’île. C’est de l’argent tout neuf, qui vient de la plume de Jacques, qui est nécessaire pour permettre aux habitants de l’île de s’échanger leurs produits.

Et l'année se passe très bien dans l'île. Il n'y a plus de disputes au moment des échanges.

Les affaires sont tellement prospères dans l'île que les 1000 $ deviennent insuffisants pour acheter tout ce qui est à vendre, car la production a beaucoup augmenté. Il y a eu un grand progrès dans l'île.

À la fin de l'année, nos dix hommes tiennent encore une assemblée. Ils examinent leur problème, et constatent que l'argent qu'ils ont fait au commencement de l'année leur a fait beaucoup de bien, mais que dans l'île, il manque encore de l'argent, vu le développement du commerce.

Il leur manque encore de l'argent. Ils ordonnent donc à Jacques de leur faire de l'argent nouveau.

« Si nous recevions chacun 25 dollars, cela suffirait pour le moment."

Et Jacques se met à l'œuvre pour faire 25 dollars pour chacun. Il inscrit dans le livre de crédit de chacun la somme de 25,00 $ dans la colonne du crédit.

Pierre, qui durant l'année, avait travaillé plus que Louis, avait dans son livre de crédit la somme de 150 $. Il reçoit 25 $. Cela lui fait 175 $.

Louis, qui durant l'année a été malade, avait dans son livre de crédit, à la fin de l'année, la somme de 50 $ Il reçoit 25 $. Cela lui fait 75 $.

Le 25 dollars ajouté au crédit de chacun est le dividende de l'année, dans l'île. Il est proportionné aux progrès de l'île.

* * *

Nos dix hommes se sont faits eux-mêmes de l'argent. Ils n'ont pas demandé à un trusteur qu'il leur en fasse. Ils ont plus confiance en eux-mêmes, qui ont bâti l'île, qu'ils ont confiance en des étrangers qui viendraient pour exploiter les producteurs de l'île.

Nos dix hommes se font de l'argent pour eux. Ce ne sont pas des dettes à rembourser qu'ils créent, mais des dividendes à faire circuler.

Le crédit qui circule dans l'île est du crédit social, basé sur la production de l'île et la confiance qu'ont en leur petite société les habitants de l'île. Ce crédit est fait par les habitants de l'île pour les habitants de l'île.

* * *

Lorsque l'île est le Canada et que les habitants de l'île sont 37 millions, la méthode d'émettre le crédit ne devrait-elle pas être la même ? Mais, pourquoi pas ?

Gilberte Côté-Mercier

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