Logo Vers Demain
Journal de patriotes catholiques
Pour la réforme économique
du Crédit Social

Drapeau États-UnisDrapeau PologneDrapeau Mexique

facebookyoutubeGoogle+

Pour la sécurité économique de la personne

Écrit par Louis Even le samedi, 15 juin 1963. Publié dans Crédit Social

La sécurité économique, c’est l’assurance du pain quotidien. Non seulement le fait d’avoir de quoi vivre aujourd’hui, mais la libération du souci pour demain.
C’est l’assurance du pain tant qu’il y aura assez de blé pour faire assez de pain. Et cela s’étend aux autres choses qui répondent aux autres besoins normaux de la vie.

Sans priver personne

La production moderne, au moins dans nos pays évolués, est assez abondante pour que tout le monde puisse en avoir une part sans mettre personne dans la privation. C’est certainement le cas, au moins, pour les besoins vitaux: pour la nourriture, pour le logement, pour le vêtement.

Clifford Hugh Douglas
«L’essence d’un système financier est d’être en premier lieu un système de comptabilité, et deuxièmement un système de distribution.» — Clifford Hugh Douglas

Il n’est nullement besoin d’enlever aux riches pour fournir aux pauvres —pas du moins en ce qui concerne la nourriture, le logement, le vêtement, et même bien d’autres choses que le pays offre en surplus, qu’il pourrait produire même en plus grande abondance, si seulement les produits s’écoulaient au lieu de s’accumuler.

Le major Douglas, fondateur de l’école créditiste, l’a écrit bien des fois, et il le répétait dans son témoignage devant le Comité permanent (parlementaire) de la Banque et du Commerce, à Ottawa, le 17 avril 1934:

«Actuellement, la richesse existe, en puissance ou en réalité. Nous avons un excédent, mais nous ne savons pas le mettre à la disposition des gens qui en ont besoin. “Mon système ne consiste pas à priver certaines gens de leur richesse pour en donner aux pauvres. Ce serait là l’autre moyen (celui de la taxation ou du socialisme). Si vous n’abondez pas dans le sens de ma théorie, vous devez favoriser l’autre, d’après laquelle, si le pouvoir d’achat n’est pas suffisant, le seul remède consiste à enlever aux riches leur richesse. Telle n’est pas ma théorie. Je prétends qu’il y a abondance de richesse et que, par conséquent, nous n’avons pas besoin d’enlever son bien à qui que ce soit. On peut monétiser la richesse qui existe pour la donner à ceux qui en ont besoin.»

Il saute aux yeux que les riches ne peuvent eux-mêmes consommer toute la nourriture du pays; qu’ils ne peuvent porter tous les vêtements du pays; qu’ils ne peuvent habiter toutes les maisons existantes, encore moins toutes celles qui pourraient se bâtir si on ne laissait pas la main-d’œuvre inemployée, ou si on ne l’affectait pas à de la production somptuaire, ou inutile, ou même nuisible.

Vice du système financier

Le mal vient de ce que le système financier n’est pas adapté à la distribution de cette abondance, ni à sa répartition à tous les individus. Il y a longtemps que le monde a dépassé le simple troc de marchandises entre les divers producteurs. L’argent a été inventé justement pour permettre de fractionner le titre aux produits: on reçoit de l’argent pour la vente d’un article, gros ou petit, et on affecte cet argent à choisir sur le marché les produits, petits ou gros, que l’on préfère.

Mais, aujourd’hui, il y a plus de la moitié de la population qui ne reçoit aucun argent de la production, et qui a quand même besoin de vivre, qui a quand même droit à la vie, qui a donc, philosophiquement, socialement parlant, le droit de se procurer une part des produits. La production est d’ailleurs faite de plus en plus avec moins de labeur humain, de plus en plus par la machine, par les procédés techniques perfectionnés, fruit du progrès des générations, et bien commun de la présente génération.

Mais le système financier n’est point adapté à cette situation. Il continue à ne distribuer des moyens de paiement qu’à la partie de la population occupée activement dans le processus de production.

Au Comité de la Banque et du Commerce, à Ottawa, ce 17 avril 1934, on demandait à M. Douglas s’il pouvait exposer brièvement son idée de la raison d’être du système financier. Douglas répondit:

«Je n’ai aucun doute sur la raison d’être actuelle du système financier: il existe pour le bénéfice du système financier. Mais si vous voulez dire ce qu’il devrait être, mon opinion est qu’il devrait servir, premièrement, à refléter le système de production, le système qui produit la richesse; il devrait devenir, deuxièmement, sous la direction d’une haute politique, un mécanisme de distribution de la richesse dont il tient les livres.

«L’essence d’un bon système financier est d’être en premier lieu un système de comptabilité, et deuxièmement, un système de distribution.

«Les conditions qui affectent la distribution appartiennent clairement à la haute politique.

«À présent, le système financier tient mal la comptabilité de la richesse du pays et il est très irrégulier comme système de distribution.»

À tous du pouvoir d’achat

Pour être un bon système de distribution, le système financier doit fournir du pouvoir d’achat à tous les individus, à tous les consommateurs. La production, d’ailleurs, est faite pour la consommation; elle souffre justement de ce qu’elle n’atteint pas ou atteint mal les consommateurs qui en ont besoin.

C’est aussi tous les consommateurs, tous les citoyens, qui ont un droit à une part de la richesse. Ils l’ont à titre d’êtres vivants, ayant droit à la vie.

Faut-il rappeler la parole de Pie XII, reprise par Jean XXIII:

«Les biens créés par Dieu l’ont été pour tous les hommes, et doivent être à la disposition de tous, selon les principes de la justice et de la charité.

«Tout homme, en tant qu’être doué de raison, tient en fait de la nature même le droit fondamental d’user des biens matériels de la terre, quoiqu’il soit laissé à la volonté humaine et aux formes juridiques des peuples de régler plus en détail la réalisation pratique de ce droit.»

Régler la réalisation pratique de ce droit de tous et de chacun à une part des biens de la terre, c’est ce que Douglas appelle de «la haute politique». C’est le premier devoir de tout gouvernement digne du nom, de voir à cette réalisation d’une manière qui n’oublie personne et qui n’abaisse personne. D’une manière qui respecte la liberté et la dignité de la personne.

Le Crédit Social le propose. Non pas seulement par un pouvoir d’achat globalement égal au prix global de la production. Ce global pourrait refléter le système de production, mais il ne garantirait pas pour autant la distribution à tous. Il manquerait d’un grand caractère social. Mais le Crédit Social préconise aussi un dividende périodique à chaque personne, dividende attaché à son seul titre de personne. C’est là le caractère vraiment social du système créditiste authentique. Quiconque rejette le dividende à tous peut être un réformateur monétaire, mais il n’est certainement pas un créditiste; il ferait mieux un socialiste.

Le Crédit Social n’humilie personne. Il ne fait pas d’enquête sur les moyens d’existence pour savoir à qui distribuer du pouvoir d’achat manquant. Il considère chaque individu comme un capitaliste, cohéritier des générations précédentes, copropriétaire du progrès, du plus gros facteur moderne de production.

Le Crédit Social met toujours l’importance sur la personne. S’il s’occupe du groupe, de l’association, c’est pour rappeler que le groupe existe pour les personnes qui le composent, que l’association doit distribuer à tous les associés l’enrichissement résultant du fait de leur association.

Malheureusement, cela est oublié. D’autant plus oublié qu’on se laisse de plus en plus endoctriner par l’idéologie socialiste, par le collectivisme, par la bureaucratie qui change les personnes en numéros, par l’étatisme qui s’immisce partout et veut tout planifier, jusqu’à la vie des individus. C’est chaque personne, chaque famille qui peut mieux faire ses propres plans et dicter elle-même à la production quoi faire. C’est le pouvoir d’achat de chaque individu, dans la mesure où il en possède, qui lui permet, par ses achats, de donner des ordres, une orientation à la production.

C’est la sécurité économique de l’individu qui fera la sécurité économique de l’ensemble. Tandis que la prétendue sécurité économique globale, même appelée prospérité générale, ne satisfait pas nécessairement les besoins de chaque individu, même pas avec tout ce que le gouvernement peut coudre ou rapiécer en matière de «sécurité sociale».



Terminons par quelques autres phrases de Douglas, extraites d’une conférence qu’il donnait à Newcastle-on-Tyne, le 9 mars 1937:

«Le premier pas vers la sécurité de l’individu, c’est d’insister pour la sécurité de l’individu. Il me semble que cela n’est pas trop difficile à comprendre. Si vous placez la sécurité d’une institution quelconque avant celle des personnes, vous pourrez peut-être prolonger la vie de cette institution, mais vous abrégerez certainement les vies de bien des personnes. Les institutions sont des moyens pour une fin; et je pense ne pas exagérer en disant que l’élévation des moyens au rang de fins, des institutions au-dessus de l’homme, constitue un péché impardonnable, dans le sens pragmatique que cette perversion attire les punitions les plus terribles sur la vie...

«À la racine du danger croissant qui guette les gouvernements et les autres organismes exécutifs, se trouve la prétention collectiviste que tous les êtres humains sont semblables. Loin que ce soit le cas, je crois que les êtres humains, à mesure qu’ils se développent, deviennent de plus en plus différents. Mais ils ont des facteurs communs; et ces facteurs communs sont la seule partie de la condition humaine dont doit s’occuper et dont devrait s’occuper un système démocratique.

«Nous avons tous besoin de nourriture, de vêtement et de logement. Nous pouvons et nous devrions combiner nos ressources pour fournir ces nécessités, comme condition préalable à toute tentative de les combiner dans n’importe quel autre but.

«Le premier acte d’un gouvernement, dans un monde sain, devrait être de s’assurer que la plus grande mesure commune de la volonté de la population, dont le gouvernement dérive ou devrait dériver son autorité, c’est d’avoir assez d’argent pour une honnête subsistance.»

Douglas reste un maître, non seulement en économique, mais aussi en social — au moins en ce qui concerne la répartition de la richesse. Un maître aussi en politique, sachant rappeler au peuple qu’il doit exiger des résultats, et non pas se perdre dans des discussions sur les moyens, en oubliant la fin.

Cet article a été publié par