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Le problème de la pauvreté en Afrique

le mercredi, 01 mai 2013. Dans Crédit Social

Louis Even, prophète de la justice distributive

Abbé Joseph LukeluEn octobre 2012, l’abbé Joseph Lukelu, curé de la paroisse universitaire Notre-Dame de la Sagesse à Kinshasa, en République démocratique du Congo, et présentement en année sabbatique, donnait le discours suivant devant les Pèlerins de saint Michel rassemblées à Rougemont pour leur assemblée mensuelle:

Comme vous le savez, le problème de la pauvreté en Afrique est complexe et ne peut être élucidé en une heure seulement; il comporte plusieurs facettes mais je relèverai ici quelques facteurs qui sont à mes yeux les causes principales de la pauvreté en Afrique. Un peuple pauvre, c’est un peuple qui meurt de faim. Nous avons écouté tout à l’heure une conférence de Louis Even qui évoquait notamment cette question de la famine. Il n’est pas concevable qu’il y ait encore dans le monde d’aujourd’hui des populations qui meurent de faim s’il y avait en ce monde plus de justice et plus de fraternité, plus de partage et de solidarité.

Je crois que Louis Even portait en lui cette conviction et la même conviction aujourd’hui est véhiculée par chacun des pèlerins que vous êtes, que nous sommes. Il a toujours été noté et observé comme phénomène étonnant et paradoxal de voir certains pays d’Afrique — et surtout subsaharienne — au sols et sous-sols riches, je dirais même TRÈS riches; mais à côté de cela, de voir aussi la population croupir dans une misère indescriptible et vivre dans une condition infrahumaine.

Je crois qu’à chaque fois que M. Marcel Lefebvre termine ses visites en Afrique et qu’il revient par ici, il doit vivre des instants bouleversants de voir comment d’une part la misère touche du doigt en Afrique et, d’autre part, le gaspillage dont nous sommes témoins dans cette société dite développée, occidentale et aussi américaine. Il est aussi écœurant de voir des quantités, des tonnes d’aliments qui sont jetés dans la mer parce que «non-consommables»’ alors qu’ils auraient pu profiter à bien des populations dans le monde. Qu’est-ce qui explique une telle contradiction? J’ai pu observer en Afrique la croissance élevée de la population mais aussi la misère de la population démunie de moyens financiers, de moyens d’ordre structurels, de manque d’infrastructures et à côté de cela — comme vous le savez, on trouve des jeunes filles de 13-14 ans qui sont déjà mères d’un ou deux enfants. Il y’a beaucoup de naissances dans des conditions difficiles, et il y a tellement de bouches à nourrir ainsi que de la terre à cultiver mais, faute de moyens, ces populations africaines meurent de faim.

Un deuxième point que je relève — après celui de la croissance de la population — les relations internationales qui sont axées sur le modèle néo-libéral. Et le troisième point est la réduction drastique des budgets sociaux. Et le quatrième élément concerne les politiques d’ajustement structurel. Mais toutes ces règles, toutes ces dispositions, toutes ces orientations et décisions ne sont pas prises par les pays d’Afrique mais par les pays du nord. C’est eux qui fixent le prix de nos matières premières, c’est eux qui nous invitent à nous endetter et c’est eux qui nous disent quand faudra-t-il effacer la dette, et ils effacent nos dettes après cinquante ans d’indépendance. Et lorsqu’on nous prête 1 dollar, nos premiers chefs d’état ont signé le remboursement pour 3,4 voire 5 dollars. Et 50 années après ils effacent nos dettes et nous disent « Nous vous invitons à vous endetter de nouveau pour vous aider à vous développer».

Dites-moi quel est le pays d’Afrique subsaharienne noire où vous observez vraiment l’émergence dans le développement. Et pourtant, nous avons le pétrole, nous avons l’or, nous avons le diamant. Je prends le cas de la République démocratique du Congo, une terre extrêmement fertile où l’on n’a pas besoin d’engrais, le maïs pousse sans l’avoir cultivé; il suffit qu’une maman se promène avec son panier et qu’il y ait des grains de maïs qui tombent parce que son panier est troué et ce maïs pousse de même… Mais nous sommes pauvres…

Où se trouve l’aide? Et comment comprendre cette aide? Et pourtant c’est chaque année qu’on nous propose des aides… C’est le paradoxe, ce sont les contradictions que nous vivons dans nos pays d’Afrique. En plus de cela il faudra aussi noter l’augmentation brutale des prix des produits vitaux accentuant ainsi la crise et conduisant à la déstabilisation des sociétés déjà très fragilisées et souvent victimes de régimes dépressifs, corrompus et de guerre. Dans notre pays, la République démocratique du Congo, dites-moi pourquoi aujourd’hui, après 15 ans, la guerre ne s’arrête-t-elle pas? Et nous ne pouvons pas concevoir un développement sous les coups de canon et des bombes! En lieu et place du mais, du riz, de la farine de soja, on trouve dans nos villages, dans nos villages les plus reculés, entre les mains des jeunes de 10, 12, 13 ans une arme à feu. Avons-nous besoin d’une arme à feu ou nous avons besoin d’un sac de riz et de maïs?

 

République du Congo

 

Qui fabrique ces armes? Connaissez-vous un pays en Afrique qui fabrique ses armes? L’Afrique noire? Pourquoi ne pas nous aider, à nous envoyer des sacs de riz, de maïs, de blé? Et pourquoi remettre dans les mains de nos enfants des armes à feu? C’est pour qu’on s’entretue. Et la guerre a repris encore de plus belle. Qui en sont les auteurs? Ce sont les multinationales. Pourquoi? Parce que comme vous le savez il y a un produit, un minerai qu’on appelle le coltan; c’est grâce à lui que nous avons toutes sortes de gadgets informatiques, que Bill Gates s’enrichit, Nokia s’enrichit, Samsung s’enrichit mais la matière première vient du Congo, au nord-est. Ces minerais sont exploités, mis dans les avions avec de la terre pour être traités ici, dans vos pays. Pourquoi la guerre? C’est pour éviter le contrôle, c’est pour que le pays ne s’organise pas. Si il y a contrôle avec le fisc, avec la douane, etc., eux en profiteraient moins.

Encore une fois je dénonce l’injustice de la mafia internationale, organisée, structurée pour faire souffrir un peuple à cause de ses richesses. Ils fixent les prix, ils exploitent pour sauvegarder leurs intérêts financiers. Et il y a une mafia qui s’organise avec les responsables politiques du pays. Un fait scandaleux, à l’aéroport de Goma, on arrête un avion américain, immatriculé USA, avec à bord des pilotes américains, avec à bord 300 millions $ en liquide destinés à l’achat des minerais. Et qui vendent ces minerais? Ce sont les chefs de guerre. Ils viennent enrichir les chefs de guerre mais sur les 300 millions $ d’achat, eux vont gagner 2 milliards $.

Et ces chefs de guerre, qui manipulent ces millions, pensez-vous qu’ils chercheraient à négocier pour la paix? Pensez-vous qu’ils chercheront à faire arrêter la guerre? Non. Voilà comment le monde diabolique s’organise et nous, nous sommes là pour dénoncer en tant que pèlerins, pour dire «NON!» Les biens de la terre – comme l’enseigne l’Église, et comme l’a dit Louis Even dans sa conférence – doivent profiter à tout être humain et ils doivent être au service de l’homme et de tout homme pour son bonheur, pour sa destinée et conduire l’homme jusqu’à l’éternité. La joie commence ici. Je devrais me sentir heureux, pleinement comblé comme Congolais parce que Dieu nous a comblé de biens de la terre mais je ne le suis pas… Je ne le suis pas à cause du système économique irréel et spéculatif des banquiers capitalises, Je ne le suis pas à cause des institutions financières économiques et commerciales tels que l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce), le FMI (Fonds Monétaire International) qui portent une GRANDE responsabilité en nous maintenant délibérément dans la pauvreté dans la pauvreté alors que nous sommes un pays TRÈS, TRÈS riche!

Après 50 ans d’indépendance, il y a seulement l’an dernier qu’il y a eu effacement de la dette, après 50 ans. Et cet effacement de la dette, le FMI s’en tient à quoi? Il dit à nos gouvernements «Écoutez, on va vous coter, et pour vous coter voici le Plan d’ajustement structurel qui vous restreint à tenir vos dépenses publiques concernant l’enseignement, la santé, les aides sociales.» C’est toujours le pauvre qu’on anéantit, qu’on veut faire disparaître et puisque l’État ne paie plus les dettes au niveau du FMI, que se passe-t-il? Ils empochent l’argent qui servait jadis au remboursement de la dette et s’enrichissent de plus en plus tandis que nous les pauvres nous devenons de plus en plus pauvres. Voici la règle de la Mafia Financière Internationale (MFI). Voici comment on est traités par tous ces Francs-maçons de la finance.

Et nous, nous sommes les apôtres de la bonne nouvelle du crédit social, nous sommes les envoyés de Louis Even pour dénoncer cette Mafia. Je vous en félicite. Et en écoutant sa conférence hier, celle donnée en 1957 au congrès de Trois-Rivières, déjà il était un visionnaire extraordinaire. Je suis séduit et ému, il s’est fait le porte-parole des documents des magistères depuis le Pape Pie XI, Pie XII, Jean XXIII, Paul VI, je dirais même aujourd’hui jusqu’à Jean-Paul II, jusqu’à Benoît XVI. De manière anticipée, je le proclame même PROPHÈTE DE LA JUSTICE DISTRIBUTIVE. Il a bien compris et il s’est fait prophète et envoyé de l’Église Universelle et mené le combat que Dieu a voulu dès la création, depuis la création, depuis les origines. Quelle vision spirituelle!! Il dénonçait ce système capitaliste d’exploitation, d’injustice institutionnalisée. Et il s’est engagé à livrer ce combat d’avant-garde pour que les biens de la terre profitent et procurent le bonheur à tout homme.

Le bonheur, c’est le combat du crédit social qui à mes yeux est d’inspiration divine. Ne nous fatiguons pas, nous sommes porteurs de cet évangile de la justice distributive. Comme Louis Even, il faut travailler avec foi et détermination dans la réhabilitation des droits de la personne afin que chaque personne ne vive pas dans le manque. Comme j’aimerais voir ce rêve se réaliser!!! Quelqu’un assis dans sa case en Afrique doit se dire: «J’ai bien mangé, j’ai bien dormi.» Cela ne doit plus être un rêve mais doit devenir une réalité. Voilà pourquoi depuis cette nuit, je me suis dit: «Cet homme est pour moi PROPHÈTE DE LA JUSTICE DISTRIBUTIVE», distribuer, partager les biens de la terre. Les biens que Dieu a créés sont pour chaque personne et non au profit de quelques personnes.

Session d'étude mai 2013Généralement on croit résoudre les questions sociales par l’augmentation des salaires mais cela n’a jamais rien résolu. Et en France, les Français sont dans les rues chaque mois! Cela signifie que quelque part, il y a un mensonge institutionnalisé, organisé par les banquiers, par les institutions financières. Mais le jour où nous comprendrons que le problème n’est pas de demander des augmentations de salaires mais à défaire ce système qui nous tient en esclavage alors le monde changera. C’est de dire aux responsables politiques que les biens de la terre sont une loi divine et fondamentale. «J’en ai droit! Je n’ai pas à réclamer!». Si le législateur ne le reconnaît pas, il est dans le péché. Nos dirigeants sont dans le péché d’injustice du point de vue de la distribution équitable des biens de la terre dont nous peuple, qui sommes des souverains primaires qui leur mandatent ce pouvoir. Et s’il ne le reconnaît pas il pèche doublement car il pèche contre le peuple et contre Dieu et c’est la chose à leur faire savoir et connaître.

J’ai pu lire depuis ce matin (au-dessus de l’estrade de la salle de conférence de la Maison de l’Immaculée): «La Reine du Monde fera de grands miracles, banquiers et communistes descendront de leur trônes» Voilà!! Et nous allons les faire descendre!! Le Christ deviendra Roi de tous les pays, et il l’est déjà. Nous allons les faire descendre non pas avec nos moyens humains mais avec nos moyens spirituels et nous savons que celui en qui nous croyons est plus fort que quiconque! Et la puissance de la Mère du Désarmement, puisque nous l’implorons, agira en faveur de ce peuple qui souffre. Elle écoutera nos humbles prières et toute prière éjaculatoire qui sortira de ce sanctuaire atteindra chaque personne là où elle est et le Seigneur nous exaucera. Nous prions pour que cesse dans le monde ces personnes qui s’emparent des biens de la terre à eux seuls, il y a là une injustice que Louis Even a décrite et dénoncée et que nous continuerons à dénoncer et à prêcher.

Il ne suffit pas seulement pour nous de prêcher la charité mais nous devons agir. Le temps est à l’action... Il ne nous suffit pas toujours de prier mais il nous faut agir. Pourquoi? Parce que nous sommes des Pèlerins, nos pieds doivent fouler le sol et le pavé, de chaque amphithéâtre, le sol de chaque pays en étant porteurs et porteuses de ce message. Mais un chrétien n’a pas droit de se résigner à la pauvreté et au désordre et ça nous le comprenons bien. Malheureusement, dans mon pays, dans nos pays (d’Afrique) nous tombons dans la résignation, cause de l’envahissement des sectes chrétiennes financées par le pouvoir!! Voilà encore une autre mafia!!! On nous saoule, on nous saoule d’endoctrinement chrétien pour dire aux Congolais pour nous dire : «Croisez les bras, Dieu viendra travailler à votre place. Dieu agira». C’est le discours que tiennent les sectaires « Ne dénoncez rien, ne vous révoltez pas, Dieu agira». On peut voir, partout, dans chaque maison un groupe de prière; au lieu de dire «Levons-nous, révoltons-nous, dénonçons ce dont nous sommes victimes»

Non, ça ne se fait pas. Pourquoi? Parce que tous ces pasteurs reçoivent l’argent du pouvoir pour maintenir la population dans l’ignorance: La religion devient l’opium du peuple (Cf. Karl Marx, Critique de la philosophie du droit de Hegel). Chez moi, chez nous, c’est une réalité, une terrible réalité. Ce qui fait que finalement, quand le papa n’arrive pas à trouver de l’emploi, on ne doit pas chercher la raison telle que nous la décortiquons ici mais dans la sorcellerie. On dira : «Si Papa ne travaille pas c’est que dans la famille il y a un enfant sorcier». Et cet enfant, une fois désigné par le pasteur, est chassé de la maison. Et il y eu un moment où ils étaient brulés vifs ou tués. Maintenant on les retrouve dans la rue. Dans toutes les rues de Kinshasa on retrouve plein d’enfants chassés de la maison parce que accusés de sorcellerie. Et qui fait ce travail? Toujours les «Églises de réveil» pour empêcher la population de revendiquer ses droits, de pouvoir bénéficier des biens de la terre, de pouvoir bénéficier des richesses du pays.

Il y a un fossé grave entre la pauvreté observée dans mon pas et les riches dans ma campagne, à Binsa, qui vivent dans des palais dans l’opulence. C’est ce contraste qui fait mal. L’argent il y en a mais il y a un système qui fait que l’argent qui provient des minerais du Congo est partagé entre les multinationales et une poignée de politiciens, de dirigeants; eux qui vivent dans l’opulence et la population continue de croupir dans la misère. Je disais à Marcel Lefebvre que maintenant ils ont sortis de nouveaux billets de 5000 francs, de 10000 francs. Mais ces billets, le pauvre paysan ne les voit pas alors qu’il circule dans les poches du plus riche. Nous avons du travail, nous avons une mission de combattre cette économie irréelle et de revenir à une économie plus réelle. L’argent bon serviteur dit-on mais aussi mauvais maître, même si il passe le plus souvent comme mauvais maître. Et celui qui a la main tendue en dessous est aux dépends de celui qui a la main au-dessus. Et qui a la main au-dessus de nous? Ce sont ces banquiers-là, ce sont les institutions financières.

Regardez ce qui se passe dans l’Union Européenne, l’Euro, heureusement qu’il y a l’Allemagne. Mais l’Allemagne obéit aux ordres de qui? Quand Angela Merkel donne son point de vue et que tout le monde tremble… Est-ce elle qui parle? Ou elle n’est que porte-parole de gens qui sont derrière elle? Le système de la finance, nous devons le dénoncer.

Le Pape Pie XI dit cette belle phrase: «La richesse économique d’un peuple ne mesure pas dans l’abondance des biens de la terre mais dans le développement humain de ses membres. Si une telle distribution des biens n’est pas réalisée et qu’elle n’est pas accomplie c’est que le but n’est pas atteint.» Et le constat c’est que le but n’est pas encore atteint car la réalisation de la distribution des biens de la terre est faite imparfaitement et aussi imparfaitement assurée. Et tant que les biens ne sont pas distribués de manière équitable le peuple sera TOUJOURS pauvre. Et nos dirigeants politiques sont toujours coupables. Il y a 10 ou 20 ans un professeur disait que pour qu’il y ait changement dans les pays d’Afrique, il faudra décimer une certaine génération ; à l’époque de 50 à 75 ans pour renouveler les choses. Tant qu’ils seront là rien ne changera. Je réalise 20 ans après que cette hypothèse était vraie, vérifiable car elle se vérifie toujours aujourd’hui.

Voilà mes frères, mes sœurs ce que je pourrai vous communiquer aujourd’hui de la pauvreté en Afrique et en République démocratique du Congo. Nous avons bien compris que sans cette solidarité mondiale et internationale, jamais nous n’arriverons à rendre réel le rêve de notre cher prophète Louis Even. Je voudrais rendre un hommage pieux à cette œuvre, un hommage aussi vibrant à tous les pèlerins et pèlerines de cette œuvre et aussi une fierté qui est pour moi un encouragement de voir des jeunes donner leur vie pour cette œuvre. Et ma prière est celle-ci «Que le Seigneur touche le cœur des jeunes afin que quand nous reviendrons ici dans les années prochaines nous trouvions plusieurs».

Que l’âme de Louis Even, de la fondatrice et de tous ceux et celles qui ont été ensevelis sur cette terre comme semence du combat de la justice distributive, que leurs âmes reposent dans la Paix du Christ. Amen.

Abbé Joseph Lukelu

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