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Le Crédit Social, non par des partis politiques

Écrit par Louis Even le dimanche, 01 février 1970. Publié dans Crédit Social

Mais par des apôtres qui mobilisent l’action de Dieu

Saint Jean-Paul IIComme l’ont toujours expliqué Douglas et Louis Even, nous n’obtiendrons pas l’application du Crédit Social par la promotion de partis politiques, qu’ils s’appellent «crédit social» ou autre, mais par l’éducation du peuple et l’apostolat, le don de soi.

Dans son encyclique «Sollicitudo rei socialis» (L’intérêt actif que porte l’Église à la question sociale), le pape saint Jean-Paul II écrivait (n. 37):

«Parmi les actes ou les attitudes contraires à la volonté de Dieu et au bien du prochain et les structures qu’ils induisent, deux éléments paraissent aujourd’hui les plus caractéristiques: d’une part le désir exclusif du profit et, d’autre part, la soif du pouvoir dans le but d’imposer aux autres sa volonté.»  

Ces deux attitudes «contraires à la volonté de Dieu» décrivent assez bien le comportement des banquiers internationaux: premièrement, la soif d’accumuler des milliards de dollars, et ensuite, une fois qu’ils ont plus de milliards de dollars qu’ils pourront jamais en dépenser eux-mêmes, le désir d’imposer par la force leur volonté aux nations et aux peuples du monde entier.

Comme l’enseigne le catéchisme, on combat un vice par la vertu qui lui est opposée. Dans ce cas-ci, il faut donc combattre l’égoïsme des banquiers par notre propre don de soi, notre dévouement. C’est ce qu’écrivait justement saint Jean-Paul II quelques paragraphes plus loin dans la même encyclique:

«Ces attitudes et ces “structures de péché” ne peuvent être vaincues – bien entendu avec l’aide de la grâce divine – que par une attitude diamétralement opposée: se dépenser pour le bien du prochain.»

Aucun changement dans la société ne pourra être obtenu sans le don de soi. C’est ainsi que le cardinal Sarah concluait son homélie dans l’article précédent.  Et une grande cause comme le Crédit Social n’y fait pas exception.

A. Pilote

Deux termes contradictoires

Question — Le Crédit Social pourrait-il servir de programme à un parti politique?

La première réponse qui saute à l'esprit, c'est que «la question n'a pas de sens». Elle n'en a pas pour quiconque sait, d'une part, ce qu'est vraiment le Crédit Social, et, d'autre part, ce qu'est un programme de parti politique.

Demanderait-on: «La table de multiplication peut-elle servir de programme à un parti politique?» ou: «L'existence du fleuve St-Laurent au Canada, du Mississipi aux Etats-Unis, des Alpes en Europe, peut-elle servir de programme à un parti politique?»

Le Crédit Social, tel que l'a présenté Douglas, tel que Vers Demain s'efforce de le présenter de mieux en mieux à ses lecteurs, ne peut pas être lié à un parti politique. Encore moins servir d'étiquette à un parti politique, sans une prostitution du sens des mots.

Crédit Social et parti sont deux termes contradictoires. Le premier implique une association comprenant tous les membres de la société; le second implique une division, un groupe entrant en lutte contre un autre ou plusieurs autres groupes se disputant le pouvoir. Le parti veut être en possession du pouvoir pour gouverner le pays; le Crédit Social veut distribuer à chaque individu un pouvoir qui le libérera de plus en plus des interventions du gouvernement.

Quand aux programmes de partis politiques, après tout ce qu'on a vu en moins d'une génération, il faut plus qu'une foi de charbonnier pour y attacher la moindre importance. Un seul point de leur programme est sincère: Essayer de gagner l'élection pour prendre ou garder le pouvoir.

Une vérité comme le Crédit Social ne peut pas être soumise au critère d'une majorité de votes.

Rien, évidemment, n'empêche des hommes politiques, au gouvernement ou hors du gouvernement, quelle que puisse être leur allégeance politique, d'être personnellement convaincus de l'excellence du Crédit Social, de le proclamer objectivement et non pas dans un but électoral intéressé. Mais en faire une plate-forme de parti, et promouvoir l'idée qu'il suffirait de porter ce parti au pouvoir pour la réalisation d'une économie créditiste, c'est mentir et entraver le progrès de la cause.

Le Crédit Social est une idée vivante; elle vit dans l'esprit qui l'accueille, qui s'en fait l'apôtre. En faire une simple question de vote en faveur d'un homme ou d'un parti, c'est réduire les mots «Crédit Social» à ne signifier qu'une chose sans lumière et sans flamme, n'entraînant aucune responsabilité individuelle.

Impuissance humaine

Question — Dans l'hypothèse où un gouvernement en place voudrait le bien du peuple, pourrait-il adopter et appliquer le Crédit Social, ou faudrait-il un référendum?

Cette question suppose que jusqu'ici aucun gouvernement n'a voulu ou ne veut le bien du peuple, mais qu'il pourrait en surgir un d'une prochaine urne électorale. C'est bien sévère pour les gouvernements actuels et passés; et il faut être bien optimiste pour supposer que du même arbre on puisse cueillir un fruit complètement différent. Mais admettons votre hypothèse. Voici un gouvernement parfait. Va-t-il pouvoir adopter et établir un organisme économique de Crédit Social ?

La réponse est NON. Référendum ou pas de référendum: NON. C'est humainement impossible en face de la puissance actuelle du monstre financier (Notez le mot «humainement»).

Le monstre financier, le super-pouvoir des contrôleurs mondiaux de l'argent et du crédit, est plus fort que tous les gouvernements du monde. Il les domine tous.

Cette subordination des gouvernements aux seigneurs de la finance n'est pas un secret. Il y a plus d'un siècle, Disraéli, qui fut plusieurs fois ministre des finances et même premier ministre de la puissante Angleterre d'alors, s'en est plaint publiquement, sans pour cela pouvoir s'en défaire. D'autres chefs d'État aussi. Il suffit d'ailleurs de constater les situations qui se succèdent de notre temps; crise d'argent de dix années; finance à déborder de six années de guerre; restrictions cycliques de crédit; dettes publiques perpétuelles et croissantes; décrets concertés de mesures d'austérité, alors que rien n'a diminué dans la capacité de production des pays concernés. Ces faits qui crèvent les yeux démontrent à l'évidence que les contrôleurs de l'argent et du crédit «tiennent nos vies entre leurs mains» (Pie XI); que par les banques à leur service, ils «dirigent les décisions des gouvernements et tiennent dans le creux de leurs mains les destinées des peuples» (McKenna, ministre anglais des finances, puis président de la plus grosse banque commerciale d'Angleterre).

Les gouvernements, réduits à l'état de valets de cette superpuissance, sont incapables de se défaire de ce vasselage — même s'ils en avaient le désir...

Est-ce à dire que tout espoir soit vain, et inutile tout effort apporté à promouvoir la cause créditiste — Oh! non, pas du tout. Mais cela veut dire qu'il ne faut pas compter sur des gouvernements, sur des changements de partis au pouvoir, pour venir à bout d'une puissance supérieure à tous les gouvernements du monde. C'est gaspiller ses énergies en pure perte; c'est vouloir abattre une forteresse avec des boules de coton.

L'oint du Seigneur

David et Goliath
David et Goliath, lithographie d’Osmar Schindler

Oh! Il advint bien un jour qu'un jeune homme, simple berger, sans entraînement militaire, sans autre armure qu'un bâton, une fronde et cinq pierres dans sa gibecière, affronta et abattit d'une seule pierre un colosse mesurant 9 pieds (3 mètres), homme de guerre depuis sa jeunesse, bardé d'airain de la tête aux pieds, sa tunique d'airain atteignant aux chevilles et pesant 150 livres (75 Kilos), armé d'un javelot et d'une lance terminée par une pointe de fer pesant 18 livres (9 kilos). Mais c'est une toute autre force que celle de sa fronde qui donna à David la victoire contre le géant Goliath. Pas encore roi, mais déjà oint du Seigneur, David avait mis toute sa confiance en Dieu, sachant bien que «de la force de son bras, Dieu disperse les superbes».

Toute une leçon nous est donnée là. Les créditistes de Vers Demain se la font souvent rappeler et tâchent d'en tenir compte. Seule, une puissance céleste peut triompher des plus puissantes forces terrestres. Le Ciel veut quand même que nous fassions notre part, de notre mieux, mais sans nous fier uniquement à notre action. Le jeune David ne dit pas: «Je ne ferai rien, à quoi bon en face d'une force qui se rit de ma faiblesse?» Non, il fit sa petite part. Il prit les armes à sa portée — bâton, fronde, pierres — sans doute ridiculisé et traité de fou. Et Dieu fit le reste, la grosse part.

Le créditiste de Vers Demain ne s'arrête ni devant sa propre faiblesse en face d'une force ennemie humainement invincible, ni devant des années qui se succèdent sans succès apparents, ni devant des moqueries, des critiques et des trahisons. Il sait que chaque pas fait pour une cause juste, chaque témoignage rendu à une vérité, chaque rayon d'espoir communiqué à des abattus, chaque élévation d'âme ou chaque conversion suscitée par son exemple et par le message qu'il porte, est un gain. Et seuls les anges savent ce que ce message, ces prières et ces exemples ont fait de bien. L'apôtre, s'il s'en rend compte, s'en réjouit mais en rend grâce à Dieu. S'il l'ignore, s'il ne voit pas pousser le grain semé, il continue quand même de semer, de labourer, de peiner, dans la joie intérieure du désintéressement personnel, d'unique recherche de la gloire et du bien pour ses frères.

L'heure de la conversion

Quant au Crédit Social, l'apôtre le propage par le journal Vers Demain qui en est le véhicule. Il est convaincu qu'un organisme économique l'adoptant favoriserait la justice distributive, pour le bien de toutes les personnes, de toutes les familles. Mais, sans diminuer ses propres efforts, il compte surtout sur Dieu, comme David. Son rosaire quotidien, son heure hebdomadaire d'adoration du Saint Sacrement, mentionnant toujours dans leurs grandes intentions:

«Pour l'avènement d'une cité chrétienne et créditiste.» Chrétienne d'abord, parce que sans cela elle ne peut être créditiste. De ce côté, l'aspect actuel du monde n'est certainement pas propice à l'avènement d'une économie si conforme à l'esprit du christianisme. L'heure de la conversion devra précéder l'heure du Crédit Social tel que nous le concevons.

Cependant, si la dictature financière n'a encore rien perdu de son pouvoir de contrôle, le créditiste constate tout de même bien que la revendication constante du droit de tout homme à des moyens de vivre a gagné les esprits. A tel point que, même dans le contexte du présent système financier, les législateurs doivent en tenir compte, et les contrôleurs de la finance consentent en partie pour une certaine sécurité sociale ce qu'ils ont consenti sur une grande échelle pour la guerre. Comme pour la guerre, d'ailleurs, ils le font sans perdre rien de leur suprématie. La sécurité sociale, comme la guerre, est financée à coups d'augmentations de dettes et de taxes. Mais au moins, c'est un soulagement pour les nécessiteux. C'est un peu la philosophie sous-jacente au Crédit Social qui fait son chemin, sans avoir encore la technique efficace et libératrice de Douglas à son service.

Douglas n'avait pas tardé à constater la réaction du monopole bancaire contre ses propositions si logiques, si géniales et si chargées d'efficacité. Et à mesure que la conspiration du silence ne pouvait plus tenir, le monopole fortifiait ses propres positions, utilisant les moyens puissants dont il dispose pour liguer contre l'idée créditiste les politiciens de carrière, les professeurs d'économie politique, les aviseurs financiers des gouvernements, les unions ouvrières, des clercs de tout niveau, les journaux influents et autres fabricants d'opinion publique.

Il voyait clair: Dès 1924, il déclarait que rien n'étant changé dans la dictature financière qui «tient entre ses mains les destinées des peuples», une deuxième guerre mondiale allait éclater avant l'année 1940. Ce qui arriva.

Dans les années qui suivirent cette deuxième guerre, Douglas ne comptait guère ou point du tout sur quelque action gouvernementale pour opérer la réforme nécessaire dans le système financier. Il prévoyait plutôt que le système finirait par devenir insoutenable et s'effondrerait de lui-même. L'action à faire par les tenants de la lumière créditiste, écrit-il, était de la répandre pour que, lorsque adviendrait cette situation, les esprits étant préparés, il serait aussi facile d'inaugurer d'un coup un système financier propre à la civilisation moderne que d'essayer d'y arriver par des réformes parcellaires.

Les créditistes de Vers Demain sont eux-mêmes bien fixés sur l'orientation de leurs activités. Ils tiennent pour perte de temps, de force, d'énergie, d'appui financier ou autre, et pour source de frustration, toute activité cherchant une application du Crédit Social dans un changement de gouvernement, dans un parti vieux ou nouveau. Ils ne se reposent pas pour cela. Ils maintiennent, comme Douglas, qu'en matière de Crédit Social, le travail efficace à faire est d'éclairer la population sur le monopole du crédit financier, lui imputant les fruits mauvais dont il est la cause dans la vie des personnes, des familles, des institutions; et, en regard, exposer la doctrine lumineuse, si conforme au bon sens, du Crédit Social authentique. Ils s'efforcent aussi de développer chez eux-mêmes et rayonner l'esprit créditiste, si bien d'accord avec l'esprit évangélique: esprit de service et non de domination, et non de poursuite insatiable d'argent ou de biens matériels qui est de même nature, avec des moyens moins puissants, que l'esprit des seigneurs de la haute finance.

Que vienne l'écroulement du système sous le poids de ses propres énormités, ou qu'adviennent les événements maintes fois prédits par des âmes privilégiées et dont on ne peut guère douter à la vue de la décadence des mœurs, de l'apostasie, de la «paganisation» de peuples qui furent chrétiens et les mieux nantis de biens matériels — dans l'un ou l'autre cas, les vivants ou les survivants d'alors ne seront pas sans lumière pour se donner un organisme économique et social digne du nom.

Que cette heure soit proche ou distante, c'est un élément inconnu qui, donc, ne peut entrer en ligne de compte dans notre décision.

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