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Le Crédit Social est-il possible?

Écrit par Louis Even le dimanche, 07 mai 2006. Publié dans Crédit Social

OBJECTEUR : Votre Crédit Social — un dividende périodique à tout le monde; des prix qui baissent sans nuire à personne; la finance pour bâtir des maisons, tant qu’il a des matériaux et des bras; la fin des dettes publiques; des taxes qui diminuent, ou même qui disparaissent complètement; l’assurance du lendemain pour tous, tant que le pays peut produire pour tous — Tout cela, c’est bien beau. Tout le monde aimerait cela, moi le premier. Mais il faut bien rester dans les limites du possible. La politique est l’art du possible. On peut rêver ce que l’on veut, mais on ne peut réaliser que le possible, pas l'impossible.

Les limites du possible

Qu’il y ait des limites au possible, et qu’il faille rester dans ces limites, c’est admis. Mais où sont ces limites-là? De quelles limites s’agit-il? De limites vraies ou de limites imaginaires? De limites naturelles ou bien de limites artificielles?

En 1950, avant la guerre de la Corée, le chômage commençait à prendre des proportions alarmantes. Dans une municipalité du sud-est de la province de Québec, un Conseiller disait à une assemblée du Conseil municipal:

«Notre ville s’est agrandie pendant la guerre. La partie nouvelle manque de trottoirs. Tous les résidents nous les réclament à cor et à cri. Est-ce que l’occasion n’est pas plus belle d’en construire? On a des chômeurs en grand nombre, et ils ne demandent pas mieux que travailler.»

Un autre conseiller l’interrompit:

«C’est impossible, voyons donc. Ce n’est pas quand on chôme qu’il faut améliorer la ville. C’est dans ce temps-là que les taxes rentrent plus mal. Avec quoi paierait-t-on?»

Le premier conseiller avait pensé à ce qui fait les trottoirs: des matériaux et des bras. Or, matériaux et bras étaient là, attendant seulement d’être utilisés. Les trottoirs, d’après lui, étaient donc plus possibles que jamais; beaucoup plus possibles que la veille, alors que tous les bras se trouvaient engagés ailleurs.

Le deuxième conseiller pensait à l’argent, ou au crédit — à ces chiffres, sur du métal, du papier ou dans un compte de banque, qui permettent de mobiliser les matériaux et les bras. En eux-mêmes, ces chiffres-là ne sont pas une réalité. Adam et Ève n’attendirent pas d'en avoir pour se mettre à l’ouvrage et obtenir de quoi manger. Mais les temps ont changé. Dans notre civilisation avancée, les chiffres qui servent d’argent constituent un permis: si on n’a pas le permis on ne bouge pas.

Pour le Conseiller No. 1, avec l’esprit dans les réalités, les trottoirs étaient possibles. Pour le Conseiller no. 2, avec l’esprit dans les restrictions financières, les trottoirs dépassaient les limites du possible.

Sur les lieux tous les deux, en face du même cas, et tous les deux désirant le bien de la communauté, ils ne s’entendaient pas. C’est que le possible envisagé par l’un n’était pas le même que le possible envisagé par l’autre.

Possible restreint et possible réel

Dans un article du Social Crediter (Liverpool), M. Hewlett Edwards fait justement cette distinction, entre :

1° Un possible sujet à des restrictions artificielles, comme les restrictions imposées par le contrôle du crédit;

2° Un possible dont les seules limites sont les limites conformes à la nature des choses.

Dans le cas des trottoirs, le premier Conseiller raisonnait d’après le bon sens; le deuxième raisonnait d’après une situation non naturelle, une situation créée artificiellement par un régime financier en contradiction avec les réalités.

C’est le premier qui avait raison. Malheureusement, c’est l’avis du deuxième qui devait prévaloir. Les règlements financiers ont beau défier tout bon sens, faire crever de faim devant les greniers trop pleins, on croit encore devoir les respecter comme s’ils émanaient du Créateur, ou comme s’ils étaient inscrits dans les lois inviolables de la nature.

On eut, en 1939, une belle preuve que la situation dite financière est purement artificielle, et qu’il suffit d’une décision pour enlever les limites qu’elle impose au possible.

Depuis dix années partout, à Québec comme à Ottawa, comme à Washington, comme à Londres, on raisonnait comme le Conseiller No. 2: «Le monde chôme et souffre, en face de grandes possibilités de production, oui, mais c’est impossible de mettre les chômeurs à l’ouvrage, parce qu’on n’a pas d’argent. On ne peut pas dépasser les limites du possible (du possible financier).»

Vint la guerre. Immédiatement, à Ottawa, comme à Londres, comme dans tous les pays en guerre, personne ne parla plus de ces limites-là. On changea les chômeurs en soldats ou en producteurs de munitions, et on les paya grassement. La production ne connut plus d’autres limites artificielles, pour n’admettre que les limites naturelles; et celles-ci sont immensément plus éloignées que les premières,

Lorsque les Etats-Unis entrèrent en guerre à leur tour, le Président Roosevelt déclara carrément: «Nous ne permettrons plus au non-sens financier de mettre un obstacle à l’emploi des hommes et des machines.»

Le «non-sens», c’était l’acceptation d’un possible artificiellement restreint par le contrôle financier. Le «bon sens», c’était le possible aussi vaste que la capacité productive du pays; c’était le refus des restrictions financières, si respectées jusque-là.

Le Crédit Social est-il possible?

Et nous revenons à la question: Le Crédit Social est-il possible?

L’objecteur répond: Non. Non, certainement, si l’on admet les limites artificielles posées par le présent régime financier.

Mais les créditistes répondent, sans hésiter: qu’il n’admet pas d’autres limites que les limites inhérentes à la nature même des choses.

Quand vous parlez d’un dividende à tout le monde, l’objecteur, confiné dans les limites financières artificielles, crie: «Où va-t-on prendre l’argent?»

Le créditiste réplique: «Le dividende à tous, c’est pour tous un droit aux produits; va-t-on demander où prendre les produits?»

L’objecteur pense que, lorsqu’une chose n’est pas financièrement possible, quand même elle serait cent fois possible, il ne faut pas songer à la faire, sous peine de catastrophe.

Le créditiste, lui, maintient que, logiquement, tout ce qui est physiquement possible et légitimement désiré, doit être rendu financièrement possible.

Pour l’objecteur, la réalité doit se conformer à la finance.

Pour le créditiste, la finance doit se conformer à la réalité.

Toute la mésentente entre les deux est là. L’objecteur a le culte de la finance, et il faut y sacrifier la personne humaine. Le créditiste a le culte de la personne humaine; il considère la finance comme une simple abstraction, un simple mécanisme comptable pour mettre la production au service des hommes.

Il ne faut donc pas chercher le Crédit Social dans le système actuel, pas plus qu’on ne chercherait une rivière dans un seau d’eau de vaisselle. Pour le comprendre, pour se faire une vision d’une économie créditiste, il faut regarder par-dessus et par delà les barrières du système actuel. Il faut sortir de l’artificiel et ouvrir les yeux sur le réel; il faut penser en termes de réalités.

L’objecteur vit dans un souterrain; il maintient qu’il n’a pas de soleil, et que parler de vie au soleil est une utopie. La vie au soleil n’est certainement pas possible dans le souterrain. Mais il n’y a pas que le souterrain, monsieur. Renoncez au souterrain, sortez-en; et vous verrez que le soleil existe, et que la vie au soleil est possible.

Par delà le possible restreint

On reproche parfois au créditiste que de ne voir qu’en Crédit Social, de ne s’occuper que de Crédit Social, de refuser leur temps et leurs activités aux associations qui s’efforcent d’améliorer les conditions des travailleurs dans le système, etc.

Le créditiste sait qu’il perdrait son temps à chercher le Crédit Social dans les bornes du système actuel; tout comme il perdrait son temps à vouloir introduire la vie au soleil dans le souterrain, en y aménageant des alcôves un peu moins exiguës pour ceux qui l’habitent.

Il est vrai que le créditiste comme les autres, vit actuellement dans une économie de possible restreint, artificiellement restreint. Il en souffre comme les autres. Et c’est dans le monde du possible restreint qu’il est obligé de poser ses actes, même les actes visant à se libérer du possible restreint.

Mais c’est justement là qu’il apprend à discerner. Il juge en fonction de son objectif. Pour, lui, un acte, posé dans les limites du possible restreint, n’a de valeur libératrice que dans la mesure où cet acte tend à transcender le possible restreint. Il laisse de côté les autres.

C’est ainsi qu’il accorde ses loisirs à promouvoir l’idée créditiste, à faire prévaloir la philosophie créditiste, la conception créditiste de la finance, de l’économie, du social. Il sait que cette propagande, même faite dans les limites du possible restreint, tend à transcender ce possible: lorsque le Crédit social sera dans les têtes et réclamé par la population, l’artificiel sautera.

Il ne peut en dire autant des activités qui respectent l’artificiel, qui visent seulement à se procurer un peu plus de confort dans la cage, souvent au détriment des autres encagés.

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