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La plume qui mène le monde

Louis Even le vendredi, 15 mars 1940. Dans Crédit Social

Voyez-vous cette plume ?

C’est la plume de la banque. Elle écrit des chiffres dans son grand-livre.

Lorsqu’un industriel, un commerçant, ou bien le gouvernement lui-même, vient emprunter de l’argent à la banque, le banquier inscrit le prêt dans son livre. Il ne passe pas d’argent en papier, ni en métal. Le montant qu’il inscrit grossit le compte de l’emprunteur. C’est de l’argent nouveau qui va être distribué dans le Canada par l’emprunteur.

Lorsque l’emprunteur tire l’argent du Canada, par ses ventes ou par des chèques, pour rembourser le banquier, celui-ci inscrit encore le montant remboursé dans son livre, mais au compte de personne. Personne ne peut tirer de chèques sur ces remboursements. C’est de l’argent mort.

Le prêt met de l’argent nouveau au monde, le remboursement met l’argent dans un cercueil. Tout cela se passe dans la banque, et rien que dans la banque.

Le banquier demande de lui rapporter plus d’argent qu’il en a créé, et personne autre que lui n’en crée. Si les remboursements se font tels que signés, il reste moins d’argent dans le pays. Si un particulier ne fait pas ses remboursements, le banquier saisit les propriétés gagées. Il faut nécessairement que quelques-uns ne puissent rembourser si les autres remboursent, puisqu’il faut rendre à la banque plus d’argent qu’il y en a de fait.

Les banqueroutes de l’industrie, du commerce et de l’agriculture sont donc un résultat naturel du système.

Si c’est le gouvernement, il ne peut jamais rembourser tout ce qu’il a promis, mais il se contente de l’ajouter à la dette publique. La dette publique est de l’argent qui n’existe pas et que le banquier réclame quand même.

La dette publique grossit donc toujours, les intérêts sur la dette grossissent, les taxes augmentent, les poches se vident et le monde se prive.

Lorsque les prêts viennent plus vite que les remboursements, ça fait une sorte de prospérité temporaire. C’est ce qui arrive pendant la guerre. Mais la guerre finie, c’est l’heure des remboursements exigés, et le chômage recommence de plus belle.

Il faut de l’argent pour la guerre, mais n’ayez crainte, on n’en manquera pas. On n’en a jamais manqué. La plume du banquier est là pour la guerre. C’est pour la paix et pour les œuvres de paix qu’on manque d’argent.

Aussi, voyez, dans la gravure ci-dessous. Où se trouve la richesse ? Elle se trouve en haut dans les canons et dans les avions de guerre. Elle se trouve aussi, en apparence, dans la marche des communistes pour le pouvoir. La Révolution Russe de 1917 fut financée par les plus gros banquiers de New-York.

Jetez, d’autre part, les yeux sur le bas de la gravure : vous voyez, à gauche, les taudis de ville où végète et souffre le capital humain. La vie des hommes n’intéresse pas la plume de la banque. Elle ne fait pas d’argent pour eux.

En bas encore, à droite, c’est une ferme abandonnée. Le cultivateur ne pouvait vendre profitablement ses produits, car l’argent était trop rare, rendu rare par la plume qui exige plus d’argent qu’elle en fait. Cette ferme ne rend plus, c’est une destruction de bonnes choses que voudraient pourtant les hommes. La famille de ce cultivateur souffre aujourd’hui à cause de la plume des banquiers. Combien d’autres sont sur la même voie !

Seule, la plume du banquier fait ces choses ; la plume du gouvernement ne fait que signer la dette. C’est donc la plume du banquier qui mène le monde.

L’argent du banquier, le crédit du banquier sont antisociaux. C’est pour cela qu’il faut enlever à cette plume le droit de faire et de détruire l’argent. Il nous faut un argent social, un crédit social, pour le bien de tous les membres de la société.

Les représentants du peuple qui n’ont pas encore compris le mal épouvantable du contrôle de l’argent par une plume qui ne travaille pas pour le peuple, sont des ignorants, ou des lâches, ou des incompétents, ou des vendus. Il faut les remplacer au plus tôt et en plus grand nombre possible.

Qu’allons-nous faire le 26 mars prochain ?

VERS DEMAIN 15 mars 1940 p3 1940_03_No10_P_003.doc

Louis Even

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