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Chapitre III

Écrit par H. M. Murray le dimanche, 01 janvier 1933. Publié dans Principes de Crédit Social

Le Crédit. Crédit réel. Crédit financier

Nous avons vu que la différence entre la somme des prix et la somme des revenus conduit soit à la révolution, soit à la guerre.

Ce que nous avons à considérer maintenant est comment cette différence se produit.

Elle est produite par la manière antiscientifique dont le crédit est émis et annulé par les banques, en même temps que par l'absence de tout contrôle sur les prix de vente.

L'organisation du crédit est une des grandes œuvres de notre temps, Daniel Webster, l'éminent juriste et homme d'État américain, dit :

« Le crédit est l'air nécessaire à la vie du commerce moderne. Le crédit a fait mille fois plus pour enrichir les nations que toutes les mines du monde entier ». Il a raison, bien que même la richesse du monde n'existe qu'en potentiel et n'a jamais été exploitée dans une proportion vraiment importante, relativement s'entend.

Si le crédit n'avait pas été organisé, le monde n'aurait non plus jamais été organisé pour une production de grand style ; la vapeur et l'électricité, par exemple, n'auraient pas été substituées à l'énergie humaine comme force motrice dans l'industrie. Et c'est uniquement parce que le fardeau du travail a pu être transféré « du dos des hommes sur le dos des machines », comme le dit Douglas, que l'émancipation de l'homme est aujourd'hui une possibilité et non un rêve.

Qu'est-ce que le CRÉDIT ? Il y en a de deux sortes : le Crédit réel et le Crédit financier.

Le Crédit réel a été défini par Douglas : « la capacité d'une communauté, avec son industrie, sa culture et son travail, de fournir ses marchandises et ses services ». Toute la communauté, toute la nation est comprise dans les limites de signification de ce mot, et non pas uniquement ce qu'on appelle les « travailleurs » ou « ouvriers ».

Le Crédit financier, à son tour, est l'instrument qui met le Crédit réel en mouvement et le convertit en marchandises et services actuels. C'est le sang de la Société, comme on l'a bien défini, et puisqu'il accomplit une fonction si importante, il devrait être conséquemment sous le contrôle de la Société, tandis qu'aujourd'hui il est entre les mains de quelques particuliers et sous leur contrôle exclusif.

Étant donné que le Crédit financier est si important, si vital, voyons comment il est créé et étudions ses effets.

Pour notre objet du moment, argent et crédit peuvent être regardés. comme une seule et même chose. Ces deux termes sont interchangeables. Une autorité, R.-G. Hawtrey, dit dans son livre « Currency and Credit » : « Le crédit est souvent appelé un substitut, une doublure de l'argent. Il serait tout aussi exact de dire que l'argent est un substitut et une doublure du crédit ». Et plus loin : « Les banques entreprennent de transformer l'argent sonnant en crédit, et le crédit en argent sonnant au choix de leurs clients. Elles-mêmes prétendent n'avoir rien à dire dans la question ».

En un autre endroit il dit : « Pratiquement, tout pouvoir d'achat prend naissance sous forme de crédit, et quoiqu'il puisse être mué en argent sonnant par son passage entre les mains du pauvre qui n'a pas de compte en banque, ou du riche qui désire de l'argent de poche, il reprend finalement la forme de crédit ».

M. Reginald Mac Kenna, Président de la Midland Bank, s'est exprimé de la même façon dans un discours qu'il adressait aux actionnaires de cette banque en 1924 : « La quantité d'argent existante, dit-il, varie seulement selon l'action des banques qui diminuent ou augmentent les dépôts. Nous savons comment cela se pratique. Tout emprunt bancaire et tout achat bancaire de titres crée un dépôt ; et tout remboursement d'un emprunt et toute vente bancaire en détruit un. »

Hawtrey dit plus loin : « Le crédit prend naissance dans la production et s'éteint dans la consommation. » Et se référant à la création du crédit, il ajoute : « Le banquier crée les moyens de paiement du néant. »

L'on croit communément que lorsqu'un banquier prête de l'argent, c'est l'argent des dépôts de ses clients qu'il prête. C'est une illusion que Bernard Shaw, après d'autres, a répandue.

Une des plus grandes autorités en matière de banque, H.-D. Macleod, nous dit, dans son livre « The Theory and Practice of Banking » :

« La caractéristique essentielle et distinctive d'une banque et d'un banquier est de créer et d'émettre du crédit payable à vue, et ce crédit est destiné à être mis en circulation et à remplacer l'argent dans toutes ses destinations. Une banque, par conséquent, n'est pas un office de prêt, ou d'emprunt d'argent : c'est proprement une fabrique de crédit. »

« Dans le langage de la banque, un dépôt et une émission de crédit sont une seule et même chose.

« L'on pense communément que les bénéfices d'un banquier consistent dans la différence de l'intérêt qu'il paie pour l'argent qu'il emprunte et l'intérêt qu'il touche pour l'argent qu'il prête.

« La réalité est que les bénéfices d'un banquier consistent exclusivement en bénéfices qu'il peut faire en créant et en émettant du crédit en excès du numéraire qu'il tient en réserve. Une banque qui n'émettrait du crédit qu'en échange d'argent, n'a jamais et ne fera jamais aucun bénéfice. Elle ne commence à faire un bénéfice que lorsqu'elle crée et émet du crédit en échange de dettes payables à une date future ».

Les points à retenir particulièrement sont donc :

  1. Pratiquement, tout pouvoir d'achat prend naissance sous forme de crédit de banque ;

  2. Les crédits de banque sont créés du néant par les banques ;

  3. Les crédits de banque ont leur source dans la production, et s'éteignent dans la consommation.

Tout crédit qu'une communauté reçoit et convertit en argent, et dépense ou économise est donc fabriqué du néant par les banques.

Ce crédit est prêté aux fabricants, commerçants et autres qui en ont besoin pour leurs affaires, et circule par leur intermédiaire dans toute la communauté.

Une partie va dans la poche des consommateurs directement sous forme de gages, de salaires ou de dividendes, et, en étant dépensé, transfère les matières et marchandises du dernier vendeur au consommateur : telle est sa fonction. Ce crédit, nous l'appellerons « Crédit de consommation » et les frais qu'il crée nous les appellerons « Frais de consommation », c'est-à-dire les frais représentant le pouvoir d'achat existant dans les mains du consommateur, ou frais qu'il peut payer. Le restant du crédit émis est utilisé, non pour transférer les marchandises du détaillant au consommateur, mais pour les transférer d'une maison de commerce ou d'une industrie à une autre. Ce crédit nous l'appellerons Crédit commercial, et les frais qu'il crée, Frais commerciaux.

Ces deux classes de crédit et de frais, remarquons-le, coïncident avec les paiements intérieurs et extérieurs analysés au Chapitre premier.

La distinction entre les deux classes de crédit et de frais, et les paiements intérieurs et extérieurs, est purement une distinction de fonction, et nous l'établissons aux fins d'éclaircissement.

En ce qui concerne le monde des affaires, l'existence de cette distinction ne s'aperçoit même pas. Si elle pouvait être perçue, il est bien probable que le problème économique aurait été résolu depuis longtemps déjà. Tout crédit de banque remplit les deux fonctions.

Les crédits commerciaux, tels qu'ils ont été définis ci-dessus, ne sont les revenus de personne, et telle est l'importance capitale de la distinction établie plus haut. Ainsi les « Frais commerciaux » sont des frais pour lesquels le consommateur n'a aucune provision, qu'il ne peut pas payer. Les crédits commerciaux sont de simples remboursements de crédits, remplaçant d'antérieures émissions de crédits de consommation qui ont déjà été dépensés et qui sont éteints. Parce que ce qui est un frais de consommation à un moment donné de la production devient un frais commercial aux autres stades.

Il est important de noter que tout argent ou crédit agit dans deux directions différentes dans le même temps. Il crée de nouveaux frais pour les emprunteurs et, en étant dépensé, en règle ou éteint d'anciens. Par cette double action, les frais de ce qui est consommé sont transférés et réincorporés dans les frais de ce qui est produit ; mais, — et tout le problème économique est là dans son principe, — l'argent ou le crédit ainsi dépensé à liquider des frais antérieurs, est remboursé aux banques et annulé, tandis que les frais de production qu'il a créés restent et demeurent pratiquement toujours par la constante répétition et le renouvellement indéfini du procédé. Les crédits commerciaux accomplissent une fonction utile et nécessaire en transférant les matières d'un point à un autre à l'intérieur du système productif, construisant ainsi les stocks et le capital (qui est la machinerie de la production) ; mais leur utilité est anéantie du fait que, n'appartenant à personne, ils ne peuvent transférer les matières à l'extérieur du système productif au profit personnel de la communauté. Cela tend constamment à amener le système à l'arrêt complet. Ils créent des frais qui doivent apparaître dans les prix de détail ; mais ils sont incapables de combler le fossé entre le consommateur et le détaillant.

Ceci explique pourquoi toutes les découvertes et inventions des cent dernières années ont eu comme effet un développement formidable de la puissance de production, sans qu'il en résultât toutefois, un accroissement correspondant de bien-être général, et c'est ainsi que les taudis continuent d'exister à côté des moyens de les faire disparaître à jamais.

Tout avancement social est retardé par le fait que l'ensemble des frais de production doit être recouvré sur le revenu du consommateur ; et comme ces deux choses n'ont aucune commune mesure, à peine un mince filet de marchandises arrive-t-il jusqu'à lui.

Si un changement doit intervenir, si ce mince filet doit devenir un fleuve en proportion avec le potentiel de production actuellement présent, les revenus du consommateur doivent être nécessairement augmentés. Mais cet accroissement de revenus doit provenir d'ailleurs que du système productif. Il ne peut apparaître nulle part sous forme de frais, sinon les frais enfleraient en proportion à mesure que les revenus du consommateur augmenteraient, et les marchandises ne l'atteindraient pas davantage qu'auparavant.

En d'autres termes, ce changement doit consister en une émission gratuite d'argent. Ce point sera traité plus loin. Le fait que tous les frais sont finalement à charge du consommateur peut sembler en contradiction avec ce qui a été dit ; il semblerait que le consommateur ait l'argent pour les payer. Il n'en est rien : tout ce que cela montre est que le taux de liquidation est le taux auquel le consommateur reçoit l'argent à dépenser, non le taux auquel les frais se montent.

 

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