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Changer le système économique financier — Paul VI

Écrit par Louis Even le vendredi, 01 juillet 1966. Publié dans Crédit Social

Les biens et les fruits de ce monde ont été créés pour tous
D’où le grave devoir de les placer au service de tout le monde

Obstacle à faire sauter

Le 25 mai 1966, le Pape Paul VI recevait des experts groupés à Rome en vue d’instituer une commission destinée à étudier les problèmes des pays en voie de développement.

D’après le rapport de l’agence Reuters, le Pape a dit qu’il pourrait être nécessaire de changer le système économique et financier si l’on veut empêcher les pauvres de mourir de faim. Ces questions, remarque-t-il, ne sont pas de la compétence de l’Eglise; mais l’Eglise doit rendre les gens plus sensibles aux problèmes de la pauvreté et de la faim, elle doit, “par-dessus tout, provoquer une prise de conscience plus intense des obligations dérivant de la fraternité universelle des hommes”.

Il y a vingt-cinq ans, le Pape Pie XII, dans son mémorable radio-message de la Pentecôte, rappelait que:

”Les biens créés par Dieu l’ont été pour tous les hommes et doivent être mis à la disposition de tous.”

Il ne s’agissait pas seulement de droits de la collectivité dans son ensemble, mais du droit de chaque être humain pris individuellement. Non pas d’un droit conféré par une législation humaine, mais d’un droit provenant de la nature même de l’homme, que toute législation doit reconnaître et dont elle doit favoriser la réalisation. Les termes du message de Pie XII étaient explicites:

«Tout homme, en tant qu’être doué de raison, tient en fait de la nature le droit fondamental d’user des biens matériels de la terre».

Le Pape actuel, Paul VI, le répète pres­que dans les mêmes termes, dans son allo­cution du 25 mai aux experts réunis à Ro­me:

«Les biens et les fruits de ce monde ont été créés pour tous. Personne n’a le droit de se les réserver, ni les indi­vidus, ni les communautés. Tous ont le grave devoir de les placer au servi­ce de tout le monde.»

Quelle que soit l’abondance offerte par le système producteur, le système écono­mique n’accomplit pas sa fin si cette abon­dance n’atteint pas les besoins de tous, sur­tout s’il s’agit de besoins urgents. Selon les mots de Pie XII:

«La richesse économique d’un peuple ne consiste pas proprement dans l’a­bondance des biens, mesurée selon un calcul matériel pur et simple de leur valeur, mais bien dans ce qu’une telle abondance représente et fournit réel­lement et efficacement comme base matérielle pour le développement per­sonnel convenable de ses membres. Si une telle juste distribution des biens n’est pas réalisée ou n’était qu’impar­faitement assurée, le vrai but de l’éco­nomie nationale ne serait pas atteint, étant donné que, quelle que fût l’opu­lente abondance des biens disponibles, le peuple, n’étant pas appelé à y par­ticiper, ne serait pas riche, mais pauvre.»

Ce que Pie XII disait de l’économie d’u­ne nation, en relation avec les besoins de chacun de ses citoyens, le Pape Paul VI le reprend sur un plan universel. La riches­se totale de l’univers ne doit pas être le lot exclusif des pays où elle jaillit en abon­dance, ni être détruite, ni être détournée de la production de biens de nécessité vers la production de biens somptuaires, tant qu’il y a des hommes privés du nécessaire où qu’ils soient sur la terre.

Comme Pie XII, Paul VI rappelle le vrai but du développement économique: four­nir la base matérielle pour le développe­ment intégral de chaque personne humai­ne. Il s’exprimait ainsi le 25 mai:

«Il ne s’agit pas seulement de réduire l’inégalité impressionnante qui met 15 pour cent de l’humanité en possession de 85 pour cent de la production mon­diale. Il ne s’agit pas seulement de mettre en œuvre le développement technique et économique, mais de pro­mouvoir un développement intégral et harmonieux de la personne humaine, permettant à chacun de mener une existence conforme à la dignité de son être créé à l’image de Dieu.»

Nous aimons ces paroles de nos Papes, plaçant l’importance sur chaque personne prise individuellement. On est trop habi­tué aux statistiques du global, d’un sim­ple agglomérat de personnes et de famil­les anonymes.

Une vache à «dé-sacrer

Le Pape Pie XII avait dit que, s’il ap­partient à l’Eglise de rappeler ces vérités, c’est laissé aux formes juridiques des peu­ples, donc aux législations des divers pays, de voir à la réalisation pratique du droit de chaque personne à une part des biens répondant à ses besoins normaux.

Paul VI dit bien, lui aussi, que les métho­des à adopter ne sont pas de la compétence de l’Eglise. Mais, en constatant la persis­tance de grandes richesses accumulées d’u­ne part et de besoins criants d’autre part, il ne craint pas d’ajouter qu’il pourrait être nécessaire de «changer le système écono­mique et financier du monde». A la diffé­rence des gouvernements et de leurs avi­seurs économiques couronnés de diplômes, le Pape ne considère pas le système écono­mique et financier comme une chose sa­crée, immuable, intouchable. Si le système actuel cause ou permet des obstacles entre les biens existants et les besoins humains, ce système doit être changé, les obstacles doivent sauter.

Il est grand temps qu’on abatte l’idole de son piédestal. Grand temps qu’on place la responsabilité là où elle est. Qu’on cesse d’accabler les victimes, ceux qui souffrent de privations, en les accusant d’être la cause de leur sort. Qu’on cesse de leur en­lever leur liberté, ou de piétiner sur leur dignité, comme condition pour avoir du pain.

Il n’est pas difficile de situer la cause majeure du mal. La production totale abon­de, ou peut abonder facilement si l’on n’entrave pas ses immenses possibilités. Les moyens physiques de transport des pro­duits, jusqu’aux besoins les plus reculés, ne font pas défaut. Il n’y a qu’un obstacle l’argent, la finance. La finance est surtout à la même place que la production; elle fait défaut là où sont les besoins qui ré­clament cette production. Et cent autres vices découlent de celui-là.

Or, l’argent n’est qu’un permis pour mo­biliser les activités de production d’une part, pour obtenir le produit d’autre part. Un défaut dans les permis n’est pas per­missible. C’est en soi la chose la plus fa­cile à régler. Mais c’est la chose à laquelle on refuse de toucher: le système finan­cier demeure une «vache sacrée» pour les gouvernements et pour les hommes en pla­ce dans les échelons du système. Plus, ils occupent une place élevée, plus ils mettent de zèle à monter la garde autour de son trône.

Merci à notre Pape d’avoir signalé qu’il peut être nécessaire de faire un ménage dans ce sanctuaire-là.

Une autre dénonciation

D’une autre source chrétienne, quoique non catholique celle-là, est venue une stig­matisation plus précise encore du système financier actuel, à la suite d’une étude fai­te à la demande d’une Eglise d’Ecosse, la «Congregational Union of Scotland». Constatant la présence d’une pauvreté pé­nible en face même de l’abondance offerte, les autorités de cette Eglise jugèrent qu’il devait y avoir quelque chose de fondamen­talement faux dans le système économi­que. Un Comité fut nommé — le Comité d’une doctrine chrétienne de la richesse pour examiner d’un point de vue chrétien le système financier existant.

La première réunion de ce comité eut lieu le 22 septembre 1960. Elle fut suivie de 16 autres. Le Comité consulta un grand nombre d’économistes, de professeurs, de banquiers, d’hommes d’affaires, de savants. Il publia le résultat de ses recherches dans un livre intitulé «Money — A Christian View» (Une vue chrétienne de l’argent).

En page 42 de ce livre paraissent les con­clusions suivantes:

1. Nous croyons que le système ac­tuel de finance-dette, dans lequel pra­tiquement tout l’argent vient en cir­culation sous forme de dette portant intérêt, est préjudiciable au bien-être de l’humanité, ne trouve aucune justi­fication dans la nature des choses et perpétue une fausse notion de la fonc­tion de l’argent dans la société humai­ne.

2. Nous croyons que le monopole vir­tuel dont jouit le système bancaire est contraire à la raison et à la justice. Lorsqu’une banque accorde un prêt, elle monnaye le crédit d’un client jugé digne de crédit. Ce monnayage est un service nécessaire, mais lorsque la banque l’a fait, elle remet à l’emprun­teur son propre crédit ainsi monnayé comme une dette envers la banque, dette majorée de 6, 8 ou 9 pour cent. Il semble exister là une anomalie, mas­quée par l’usage et l’habitude, qui de­mande examen. La véritable base du crédit réside dans les actifs de la na­tion — individus, travailleurs, compé­tences, richesses naturelles — dans l’é­norme puissance de production dont les hommes disposent aujourd’hui. La création et la fonction de l’argent (du crédit financier) devraient être en rap­port exact avec ces faits physiques, et rien autre.

3. Nous croyons que le système exis­tant constitue une barrière à la paix et au désarmement. Il engendre des lut­tes commerciales résultant en conflits internationaux. Il exige un amorçage de la pompe financière pour des dé­penses colossales en armements dans l’état de guerre froide actuelle. De vas­tes sommes d’argent sont ainsi mises en circulation pour la production d’ar­ticles qui ne sont pas placés sur le marché, ce qui empêche le système de craquer complètement. Il est difficile de nier l’assertion du professeur Gal­braith et d’autres quand ils disent que sans l’expansion de l’économie par la production d’armements, il y aurait un effondrement économique aux Etats-Unis, et dans notre pays aussi (l’An­gleterre).

Le Comité de la Doctrine Chrétienne de la Richesse constate donc bien ce que l’in­génieur-économiste C. H. Douglas, l’au­teur des propositions du Crédit Social, si­gnalait déjà voici près de cinquante ans: que le crédit financier est une chose socia­le par nature; que les banques s’attribuent la propriété de l’argent nouveau qui ap­partient de droit à la communauté; que la finance n’est pas en accord avec le réel et domine la vie économique au lieu de la servir; que les peuples subissent cet état de choses insensé parce que, l’usage et l’ha­bitude établis les empêchant de s’y arrêter, ils en acceptent les conséquences aussi iné­vitablement que celles de la température. Le Comité ajoute:

Convaincus qu’il n’est pas impossible à l’esprit humain de concevoir un sys­tème financier d’où seraient exclus ces vices, nous jugeons qu’un tel système financier corrigé s’impose, et que, com­me chrétiens, nous avons le devoir im­pératif d’en presser l’instauration.

Conditions d’un système sain

Le Comité insiste donc, avec raisons concrètes à l’appui, sur l’obligation de changer le système financier, sans toute­fois préciser les techniques du changement. Mais de toutes les propositions qui ont pu être faites jusqu’ici pour un changement, seul le Crédit Social en offre de nature à atteindre de façon directe les buts d’un sys­tème financier fidèle à sa fonction propre dans l’économie:

Etablir un système souple en accord constant avec les réalités de la produc­tion et de la consommation;

Faire de l’argent un facteur détermi­né et non plus un facteur déterminant des activités économiques;

Financer toute production possible ré­pondant aux besoins de la population, selon la hiérarchie de leur urgence; maintenir le pouvoir d’achat au ni­veau de la production offerte en face des besoins normaux de la population; et, pour permettre à chaque personne d’exercer son droit fondamental à une part de biens matériels, dans un monde où cela ne peut s’obtenir sans argent, assurer à chaque individu un revenu attaché à la personne et non pas uniquement à l’emploi.

Ce dernier point a été traité mille fois dans le journal Vers Demain et le sera en­core. Le refus de ce revenu attaché à la personne, donc à la famille selon le nom­bre de ses membres, ce refus est la cause d’une foule de maux. La poussée de l’éco­nomie actuelle vers la multiplication de be­soins matériels nouveaux, donc vers le ma­térialisme, pour maintenir l’emploi; l’in­tervention croissante des gouvernements pour s’occuper de fonctions qui relèvent normalement des personnes elles-mêmes, des familles et des associations libres; ces désordres, et bien d’autres, sont provoqués et accrus par le refus de reconnaître à chaque personne le droit à un revenu. Un re­venu à seul titre de personne, et non pas seulement à titre d’embauché, dans une économie qui a de moins en moins besoin de labeur humain pour entretenir la pro­duction répondant aux besoins normaux des hommes. D’ailleurs, tout individu ac­tuellement vivant n’est-il pas, avec tous les autres, cohéritier des progrès des généra­tions passées, donc co-capitaliste du plus grand facteur de l’immense production mo­derne ?

C’est ce statut de capitaliste, étendu à tous et à chacun, qui doit prendre de plus en plus le pas sur le statut d’embauchés. La majorité de la population n’est pas employée à la production. Tous ces gens-là ont quand même le droit fon­damental de vivre pleinement leur vie.

Solution: le Crédit Social

Pour remédier aux maux causés par un système financier faux, l’option créditiste n’est-elle pas infiniment supérieure aux of­fres du communisme ou aux législations étatisantes de nos gouvernements qui con­duisent graduellement à une économie de régime communiste ?

Face aux communistes dénonçant un ca­pitalisme qui enrichit les déjà riches et qui appauvrit les déjà pauvres, combien dé­pourvus restent les hommes de droite aux mains vides ! Dépourvus, mais combien coupables aussi quand ils continuent de bouder ou de refuser les propositions du Crédit Social, formulées, il y a presque un demi-siècle, et largement diffusées dans plusieurs pays, dont le nôtre tout particu­lièrement.

L’application des propositions du Crédit Social ne serait-elle pas le moyen par ex­cellence de réaliser le plan de Dieu dans la création des richesses de la terre, plan rap­pelé de plus en plus par nos grands Papes, de Léon XIII à Paul VI  ? (En 2008, nous pouvons dire jusqu’à Benoît XVI)

Oui, il faut changer le système finan­cier, si l’on ne veut pas que continuent des privations imméritées, que des pauvres continuent de mourir de faim et que la mi­se sous clé de l’abondance devant la per­pétuation de tant de souffrances attire sur nos pays les vengeances du Ciel.

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