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Ce que le Crédit Social propose

Par Louis Even le lundi, 01 octobre 2012. Dans Crédit Social

Louis Even fondateur de Vers DemainLouis Even, fondateur de Vers Demain.

Cet exposé succinct et didactique fut préparé en 1958 à la demande de la Chambre de Commerce des Jeunes du District de Montréal. La Chambre l’a publié dans le numéro de mars 1958 de sa revue:

But

Le Crédit Social propose l’établissement d’un régime économique et social dans lequel chaque personne puisse, sans préjudice à sa liberté, jouir de la sécurité absolue, c’est-à-dire avoir la garantie d’au moins le nécessaire pour répondre aux besoins essentiels de la vie.

Obstacles

Cette fin est contrariée par certains vices fondamentaux du système financier actuel:

1. Actuellement, toute expansion monétaire nécessitée par l’expansion économique se fait par des émissions bancaires de crédit prêté à intérêt. Les remboursements acheminent les crédits vers leur extinction, dans le système bancaire. La charge d’intérêt imposant des remboursements supérieurs aux émissions, le maintien des activités économiques nécessite d’autres emprunts également chargés d’intérêt.. L’effet est double: l’inflation des prix, pour payer ce loyer de l’argent; l’accumulation de dettes, industrielles ou publiques, collectivement impayables.

2. Il n’y a ni équivalence ni concordance de temps entre les prix attachés aux produits à mesure qu’ils sortent de l’industrie et le pouvoir d’achat distribué aux individus au cours de leur production. Or, le système financier actuel n’a rien pour corriger cet écart tant en volume qu’en vitesse d’écoulement.

3. Les sources d’énergie, les inventions, les progrès dans les techniques de production, la mécanisation, la motorisation et bientôt l’automation, augmentent le flot de produits tout en diminuant le besoin de labeur humain. Or, le système actuel continue de lier le revenu à l’emploi, au lieu de le lier au flot de produits et de faire tous les citoyens, embauchés ou non, bénéficier des fruits du progrès. Le progrès dans la production, résultant de la somme croissante de connaissances transmises d’une génération à l’autre, est un héritage commun. Cet héritage commun est un capital réel; c’est même le facteur prépondérant de l’abondante production moderne. Or, ce fait est méconnu dans le mode actuel de distribution et de répartition de la richesse produite.

Postulats fondamentaux

Les correctifs proposés par le Crédit Social reposent sur deux postulats, énoncés par l’ingénieur écossais C.H. Douglas, fondateur de l’école créditiste:

1. Le crédit financier doit refléter exactement le crédit réel.

Le crédit réel, c’est la capacité physique de produire et livrer les biens répondant aux besoins. Le crédit financier, l’argent sous toutes ses formes, doit donc se conformer à ce crédit réel: être émis à mesure que la production se réalise, et n’être rappelé que selon la consommation, la dépréciation ou la destruction de la richesse produite. Un problème purement financier est donc collectivement injustifiable. Tout ce qui est matériellement exécutable pour répondre aux besoins, publics ou privés, de la population. doit, par le fait même, être rendu financièrement possible.

2. Le coût réel de la production, c’est la consommation.

On saisit facilement cette vérité, si l’on fait abstraction de l’aspect financier pour ne considérer que l’aspect réel. C’est ce qu’il a fallu user de matériaux, d’énergies humaines ou provenant d’autre source, ce qu’il a fallu fournir de travail humain ou mécanique, consommer de biens de toutes sortes pour produire une chose: c’est bien cela qui constitue le coût réel de cette chose.

Si donc, d’une part, la valeur comptable de toute la production nationale, publique ou privée, au cours d’une année, est disons de 32 milliards; et si, dans le même temps, la valeur comptable de la consommation de toute sorte a été de 24 milliards, il faut en conclure que le coût réel de la production n’est pas de 32 milliards, mais de 24 milliards, soit les 3/4 seulement de sa valeur comptable. Et si l’on veut que toute cette production soit accessible aux consommateurs, pour qui elle est faite, il faut l’accorder aux consommateurs aux 3/4 de son prix comptable. Leur accorder un escompte général de 25 pour cent — tout en compensant d’une autre source le marchand, ou le producteur, obligé de récupérer le prix comptable.

Propositions financières

Le Crédit Social propose donc, en matière financière:

1. Que soit établi un Office National de Crédit, qui pourrait très bien être la Banque du Canada, dont la fonction serait de conformer ainsi la finance aux réalités de la production et de la consommation.

2. Que l’Office National de Crédit émette, sans charge d’intérêt, les crédits nouveaux nécessaires pour financer toute production nouvelle, ces crédits devant être retournés et annulés au rythme de la consommation de la richesse produite.

3. Que les prix comptables des produits continuent d’être établis par les producteurs eux-mêmes; mais qu’un escompte général soit accordé au consommateur lors de la vente au détail, selon le calcul indiqué ci-dessus, les succursales de l’Office National de Crédit compensant la différence aux marchands sur présentation de leurs bordereaux de vente.

4. Qu’un dividende périodique soit accordé, sans condition, à chaque citoyen, employé ou non, à titre de co-capitaliste du plus grand facteur de production moderne. Ce dividende devrait être au moins assez élevé pour que, en conjonction avec l’abaissement des prix par l’escompte compensé, il permette à chaque personne au moins le nécessaire pour vivre. Le dividende croîtrait d’ailleurs à mesure que la production exige moins de labeur humain. Le progrès, au lieu de créer des problèmes d’embauchage intégral, engendrerait des loisirs, ou activités libres, tout en maintenant un revenu intégral pour se procurer les fruits de la production.

Pour une réalisation

Ce nouveau mode de distribution et de répartition de la richesse n’exproprie personne et ne nationalise nullement les moyens de production. Il est conforme à la fois à la logique et à l’humain. Mais il tranche tellement avec les méthodes actuellement reçues, qu’il ne saurait être institué sans d’abord être connu et accepté. Il heurte aussi de front la dictature de l’argent.

On ne peut donc compter sur l’établissement du Crédit Social avant qu’il soit suffisamment connu pour être désiré, ni avant qu’une force suffisante ait été créée dans la population pour en exiger la mise en application.

Ni une élection ni un changement de gouvernement ne peuvent produire ces conditions. C’est pourquoi les Pèlerins de saint Michel ne présentent aucun candidat dans la présente élection, qu’ils récusent ce qui accentue la division quand il faut liguer les forces, et qu’ils poursuivent avec intensité leur travail d’éducation et de formation des citoyens dans le sens des principes du Crédit Social.

 

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